La Reserve Bank of Australia a publié le 3 septembre 2026 le communiqué 2026-24, qui porte deux textes de sens opposé. Le premier, écrit avec le Trésor australien, écarte à ce stade une monnaie numérique de banque centrale destinée au grand public, faute de motif d’intérêt public clair. Le second ouvre jusqu’au 30 octobre une consultation sur le rôle de RITS dans un écosystème tokenisé.
Une monnaie numérique de banque centrale de détail serait une forme tokenisée de monnaie émise par la banque centrale, utilisable par les ménages pour leurs paiements courants. Elle s’ajouterait aux billets sans les remplacer. Les Australiens détiennent aujourd’hui l’essentiel de leur monnaie en dépôts, créance sur une banque commerciale. L’évaluation de 2024 est confirmée, et la RBA indique qu’elle réexaminera le dossier si les circonstances et le motif d’action publique changent.
Ce que 239 Australiens ont répondu
Le refus s’appuie d’abord sur une consultation directe du public, confiée à Verian, agence d’études indépendante. Celle-ci a réuni 33 groupes de discussion et 239 participants entre février et juillet 2026, dans tous les États et territoires, en ville comme en zone reculée. Des séances ont visé des publics rarement consultés, dont les peuples aborigènes et insulaires du détroit de Torres.
Les participants ont eu du mal à distinguer cette monnaie de celles qu’ils emploient déjà, et à lui trouver un bénéfice personnel. Beaucoup ont jugé pesante la gestion d’un moyen de paiement de plus. Chez ceux qui ont un avis tranché, l’opposition domine : « définitivement pas pour moi » revient plus de deux fois plus souvent que « j’adorerais ».
Les espèces cessent de reculer
Un argument voisin porte sur l’accès du public à la monnaie de banque centrale quand les billets reculent. L’enquête de la RBA sur les paiements des consommateurs mesure l’inverse. En 2025, 50 % des Australiens déclarent utiliser des espèces au moins une fois par semaine, contre 47 % en 2022, et les paiements en espèces représentent 15 % des transactions en nombre, contre 13 % en 2022.
Le second argument porte sur la souveraineté monétaire. L’évaluation de 2024 recensait trois scénarios de substitution : une inflation durablement élevée, une fonctionnalité de paiement supérieure venue d’un système monétaire étranger, et une plateforme commerciale dont l’accès imposerait une monnaie tokenisée en devise étrangère. La RBA observe la substitution principalement dans des économies émergentes à faible confiance monétaire. Elle juge le troisième scénario plus plausible que les autres dans les années à venir, tout en estimant que l’efficacité d’une monnaie numérique de banque centrale comme parade pourrait y être limitée.
| Critère | 2024 | 2026 |
|---|---|---|
| Besoins non couverts | Consultation à mener | Le système répond aux besoins |
| Souveraineté monétaire | Risques de substitution trop faibles pour justifier une émission | Aucun signe de substitution en Australie |
| Usage des espèces | Au plus bas après des années de recul | Stabilisé |
RITS, le règlement de gros et la monnaie tokenisée
RITS, pour Reserve Bank Information and Transfer System, règle en monnaie de banque centrale les obligations interbancaires des paiements de montant élevé et des opérations de marché, sur les comptes que les établissements tiennent auprès de la RBA, les Exchange Settlement Accounts. La consultation est l’une des onze initiatives du rapport final de Project Acacia, l’expérimentation de tokenisation livrée en mai 2026 avec le Digital Finance Cooperative Research Centre. Le document de consultation soumet quatre sujets aux commentaires.
- La synchronisation des plateformes d’actifs tokenisés avec RITS et le Fast Settlement Service, pour un règlement livraison contre paiement.
- L’échange à parité entre monnaies privées tokenisées d’établissements différents.
- L’accès des émetteurs de stablecoins aux réserves de banque centrale.
- La conception de réserves tokenisées, de l’émission à la gestion de la liquidité.
Le document décrit trois façons d’obtenir la livraison contre paiement. Le verrouillage de l’actif immobilise le titre sur sa plateforme pendant que la jambe espèces se règle dans RITS. Le verrouillage des réserves procède dans l’ordre inverse et fonctionne déjà, puisque les plateformes de transfert électronique de propriété PEXA et Sympli immobilisent par un lot de réservation les fonds des banques débitrices avant l’inscription au registre foncier. Le troisième modèle verrouille les deux jambes.
L’obstacle de la ségrégation des réserves
Le point délicat concerne les stablecoins. Les établissements de dépôt agréés peuvent demander un compte de règlement, les émetteurs de stablecoins qui n’en sont pas ne le peuvent généralement pas. Pendant Project Acacia, Forte, émetteur non agréé du stablecoin AUDF, a déposé des fonds auprès d’un établissement agréé qui maintenait, par contrat privé, des soldes équivalents sur son compte de règlement. La RBA relève qu’un tel montage n’assure aucune séparation juridique ou opérationnelle claire entre les actifs de couverture du stablecoin et les autres avoirs de l’établissement sur ce compte. Le titulaire d’un compte agit pour son propre compte, et non comme mandataire ou fiduciaire, de sorte que le client final n’a aucune créance directe sur la banque centrale.
Le rapport situe enfin la RBA parmi les autres banques centrales. La Banque du Canada, la Norges Bank et la Banque de réserve d’Afrique du Sud ont récemment relégué au second plan leurs travaux sur la monnaie numérique de détail, au profit de la monnaie numérique de gros ou d’autres sujets de paiement. La zone euro reste l’économie avancée la plus engagée, mais ses motifs tiennent à sa propre géographie : la fragmentation des systèmes de paiement entre pays et la dépendance à des prestataires étrangers. La RBA relève que l’Australie ne connaît ni l’une ni l’autre. Ses dispositifs de paiement sont harmonisés entre États et servis par un ensemble concurrentiel de prestataires nationaux et étrangers.