Le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), cellule de renseignement financier du Trésor américain, a publié le 3 septembre 2026 une alerte référencée FIN-2026-Alert005 et une analyse sur les escroqueries à l’investissement en actifs numériques. Celle-ci porte sur 33 904 déclarations d’activité suspecte déposées entre le 8 septembre 2023 et le 31 décembre 2025 par environ 1 300 établissements, pour 12,7 Md$. Elle reconstitue une séquence de financement qui se joue chez la banque.
Ce que recouvrent les 33 904 déclarations
Une déclaration d’activité suspecte, ou suspicious activity report, est un signalement déposé par un établissement assujetti au Bank Secrecy Act. Elle traduit un soupçon, sans qualification pénale. Le FinCEN a retenu les déclarations portant le mot-clé de son alerte de 2023 sur le pig butchering, classées par date de dépôt plutôt que par date des faits.
La séquence de financement, du compte courant au crédit hypothécaire
L’analyse recense les ressources que les victimes mobilisent, et la même liste revient d’un dossier à l’autre. Les victimes commencent par les fonds immédiatement disponibles, puis se tournent vers d’autres ressources à mesure que de nouveaux versements sont réclamés.
- Comptes courants et comptes d’épargne personnels, mobilisés en premier.
- Retraits sur les comptes de retraite et d’investissement, vente de titres.
- Endettement : crédit hypothécaire renouvelable, avance sur carte, prêt personnel.
- Une part plus réduite des victimes sollicite des fonds auprès de tiers, reçus par virement, entre particuliers ou en espèces.
Deux dossiers cités en donnent la mesure. Une entreprise de services monétaires a signalé une victime âgée ayant transféré près de 640 000 $ de son fonds de retraite. Un établissement de dépôt a décrit un client qui a retiré près de 150 000 $ de son compte de retraite, ouvert un crédit hypothécaire renouvelable, pris un prêt personnel et refinancé son prêt immobilier.
Qui déclare, et qui voit les montants
| Type d’établissement | Déclarations | Part | Montants |
|---|---|---|---|
| Entreprises de services monétaires (MSB) | 18 568 | 54,8 % | 5,5 Md$ |
| Établissements de dépôt | 13 810 | 40,7 % | 6,4 Md$ |
| Entreprises de titres et de contrats à terme | 1 504 | 4,4 % | 784,5 M$ |
| Autres | 22 | 0,1 % | 8,4 M$ |
| Total | 33 904 | 100 % | 12,7 Md$ |
Les deux premières familles n’observent pas la même chose. Les entreprises de services monétaires, surtout celles du secteur des actifs numériques, signalent des victimes qui envoient des jetons vers des adresses affiliées aux escrocs. Les établissements de dépôt signalent plutôt des demandes de prêt, des secondes hypothèques et des virements liés à un placement. Le FinCEN relève que chaque déclarant ne livre qu’un instantané du cycle.
Après la banque, la conversion en stablecoin
Les déclarations mentionnent au moins 22 actifs numériques. Ethereum, Tether (USDT) et USD Coin (USDC) reviennent le plus souvent, et beaucoup de déclarations bancaires ne précisent pas l’actif en cause. À partir d’outils d’analyse de la chaîne de blocs, dits blockchain analytics, qui retracent les transferts entre adresses publiques, le FinCEN observe que les escrocs convertissent presque toujours le produit de la fraude en stablecoins, presque exclusivement en USDT. Des protocoles décentralisés font ensuite passer ces jetons d’Ethereum vers Tron, avant l’envoi vers des plateformes situées hors des États-Unis.
Ce que l’alerte demande aux établissements
L’alerte demande aux établissements déclarant une activité liée à ces centres d’inscrire le mot-clé FIN-2026-SCAMCENTERS dans le champ 2 du formulaire et dans le récit, puis de sélectionner « Fraud-Other » au champ 34(z) avec la mention « Scam Centers ». Elle énumère seize indicateurs, dont l’usage d’un stablecoin dont l’émetteur annonce ne pas coopérer avec les autorités. Le FinCEN encourage aussi le partage volontaire prévu à la section 314(b) du USA Patriot Act, qui protège les établissements éligibles échangeant des informations sur des soupçons de blanchiment ou de fraude.