La Banque centrale d’Irlande a publié le 4 septembre 2026 ses statistiques annuelles de fraude aux paiements portant sur l’année 2025. La valeur totale des paiements frauduleux déclarés par les prestataires établis en Irlande s’établit à 179,04 M€, contre 140,80 M€ un an plus tôt, soit une progression de 27,2 %. Un second chiffre, moins repris, dit davantage sur la nature du problème. Sur les 165,36 M€ de fraude portant sur des paiements électroniques, 67,4 %, soit 111,53 M€, concernaient des opérations authentifiées par authentification forte du client.
Ce que couvre la publication
Ces statistiques sont produites au titre du règlement européen sur les statistiques de paiement, entré en application en 2022, qui a harmonisé la collecte sur la fraude. Le périmètre irlandais réunit les banques, les credit unions, les établissements de paiement et de monnaie électronique et les opérateurs de services de paiement résidant en Irlande. Le volume reste presque stable, à 510 840 opérations et 0,3 % de hausse, alors que la valeur progresse de plus d’un quart. Rapporté à l’ensemble des paiements traités, le taux de fraude atteint 0,001 % en valeur et 0,01 % en volume, soit environ une opération sur 10 000.
| Instrument | Valeur 2025 | Variation sur un an | Montant moyen |
|---|---|---|---|
| Virement | 83,34 M€ | +23,3 % | 2 412 € |
| Carte | 51,01 M€ | +18,6 % | 119 € |
| Monnaie électronique | 40,42 M€ | +57,7 % | 1 427 € |
| Prélèvement | 12,21 M€ | +28,0 % | 126 € |
| Chèque | 0,08 M€ | -56,4 % | 9 741 € |
Le périmètre de l’authentification forte
L’authentification forte du client, imposée par la deuxième directive européenne sur les services de paiement, consiste à vérifier l’identité du payeur au moyen d’au moins deux éléments indépendants choisis parmi la connaissance, la possession et l’inhérence. Le dispositif produit ses effets sur le terrain qui lui a été assigné. Les paiements authentifiés par SCA affichent un taux de fraude de 0,005 % en volume, contre 0,01 % pour ceux qui ne le sont pas.
Le contrôle porte sur l’auteur de l’ordre, sans rien vérifier de sa destination ni de son motif. Un payeur convaincu par téléphone ou par message de virer ses fonds vers un compte contrôlé par un tiers valide lui-même l’authentification, avec ses propres facteurs. L’opération est authentique au sens de la directive et frauduleuse par son résultat. Les 111,53 M€ recensés sur le périmètre authentifié s’expliquent par cet écart entre l’identité vérifiée et la destination des fonds.
Le déplacement vers la manipulation du payeur
La Banque centrale d’Irlande classe la fraude selon quatre types de scénarios. La manipulation du payeur désigne les cas où le titulaire du compte émet lui-même l’ordre après avoir été trompé, ce que le secteur nomme la fraude au virement autorisé. Elle représente 74,86 M€ en 2025 et 45,0 % de la valeur totale, contre 35,2 % un an plus tôt. Sur le seul virement, elle passe de 45,6 % à 67,2 % de la valeur frauduleuse.
Le premier d’entre eux, l’émission d’un ordre de paiement par le fraudeur, reste majoritaire en valeur avec 91,32 M€ et 54,9 % du total ; les deux derniers, la modification d’un ordre de paiement par le fraudeur et l’opération non autorisée, pèsent peu, la seconde se concentrant sur le prélèvement. La fédération bancaire irlandaise, Banking and Payments Federation Ireland, a diffusé le même jour une alerte aux consommateurs bâtie sur un périmètre plus étroit, celui du virement obtenu par manipulation, qu’elle chiffre à près de 53 M€.
La destination des fonds
La fraude déclarée en Irlande sort majoritairement du pays. Les opérations transfrontalières concentrent 69,8 % de la valeur frauduleuse, soit 124,89 M€, en progression de 6,3 points sur un an, quand la fraude domestique s’établit à 54,14 M€ et 30,2 % du total. La décomposition sépare 59,01 M€ dirigés vers l’Espace économique européen, en hausse de 26,1 %, et 65,88 M€ vers des comptes situés hors de cet espace, en hausse de 54,8 %. Le flux qui progresse le plus vite échappe aussi aux mécanismes de coopération prévus par le droit de l’Union, ce qui reporte l’enjeu sur la chaîne de récupération des fonds.
Ce que la réglementation déplace
Le règlement (UE) 2024/886 sur les virements instantanés en euros a ajouté au droit européen une vérification qui porte sur le bénéficiaire. L’article 5 quater qu’il insère dans le règlement (UE) n° 260/2012 impose aux prestataires de rapprocher le nom du bénéficiaire saisi par le payeur du titulaire réel du compte désigné par l’IBAN, et d’avertir le payeur lorsque les deux divergent. Pour les prestataires situés dans un État membre dont la monnaie est l’euro, l’obligation s’applique depuis le 9 octobre 2025. Les chiffres irlandais de 2025 décrivent donc une année presque entièrement antérieure à ce contrôle. Le règlement sur les services de paiement, en cours d’adoption, étend la même vérification au-delà des virements déjà couverts.
Colm Kincaid, sous-gouverneur chargé de la protection des consommateurs et des investisseurs à la Banque centrale d’Irlande, associe la publication à un rappel sur le signalement, les victimes qui déclarent la fraude à leur prestataire ayant plus de chances de récupérer leurs fonds. Le superviseur relève que 38 % des victimes de fraude financière ne signalent jamais les faits. Le montant moyen varie fortement selon l’instrument, de 119 € sur la carte à 2 412 € sur le virement, et la monnaie électronique passe de 692 € à 1 427 € en un an.