Les quatre rails SEPA : SCT, SCT Inst, SDD Core, SDD B2B
Le virement et le prélèvement SEPA sont deux instruments de paiement scripturaux libellés en euros, régis par des règles communes à l’ensemble de la zone. Le virement est initié par le payeur, qui ordonne le transfert de fonds. Le prélèvement est initié par le créancier. Il repose sur un mandat signé par le débiteur. L’European Payments Council (EPC) en publie quatre déclinaisons, appelées schemes, dont les règles de délai et de révocabilité diffèrent d’un scheme à l’autre. En France, au premier semestre 2025 (OSMP, note statistique publiée le 27 janvier 2026), le virement représente 17,9 % du nombre de transactions scripturales et concentre 90 % des montants échangés. Le prélèvement pèse 14,3 % des transactions pour un montant moyen de 453 €, valeur caractéristique d’une facture récurrente plutôt que d’un paiement d’appoint. La distinction entre SDD Core et SDD B2B commande la fenêtre de remboursement. Elle atteint huit semaines sans motif dans le premier cas, et n’existe pas dans le second pour une opération autorisée.
| Scheme | Qui initie | Délai | Réversibilité | Messages ISO 20022 | Usage typique |
|---|---|---|---|---|---|
| SCT (virement SEPA) | Le payeur | Crédit du bénéficiaire au plus tard J+1 ouvré, délai fixé par le rulebook SCT de l'EPC pour toute la zone SEPA (en France, codifié à l'art. L. 133-13 du code monétaire et financier) | Retour ≤ 3 jours ouvrés bancaires ; Recall ≤ 10 jours ouvrés, sans garantie de récupération | pain.001.001.09 (client → banque), pacs.008.001.08 (interbancaire) | Salaires, factures, remboursements |
| SCT Inst (virement instantané) | Le payeur | 10 s maximum, 24 h/24, 7 j/7, 365 j/an | Aucune annulation unilatérale : les fonds sont crédités et disponibles avant toute contestation | pacs.008.001.08, annulation via camt.056.001.08 | P2P, pay-by-bank, paiements urgents, gros paniers |
| SDD Core (prélèvement standard) | Le créancier, sur mandat signé du débiteur | Présentation au plus tard D-1 ouvré, au plus tôt D-14 jours calendaires ; débit à l’échéance D | 8 semaines de remboursement sans motif ; 13 mois si opération non autorisée | pain.008.001.08 (client → banque), pacs.003.001.08 (interbancaire) | Abonnements, factures grand public, échéanciers |
| SDD B2B (prélèvement interentreprises) | Le créancier, sur mandat d’un débiteur non-consommateur | Présentation au plus tard D-1 ouvré ; la banque du débiteur contrôle le mandat avant de payer | Aucun remboursement d’une opération autorisée ; retour possible ≤ 3 jours ouvrés seulement | Mêmes messages, LclInstrm = B2B | Loyers commerciaux, fournisseurs, franchises |
Lire un IBAN sans se tromper
FR 14 20041 01005 0500013M026 06 IBAN francais : 27 caracteres (34 au maximum, ISO 13616)
| | | | | |
| | | | | +-- cle RIB : 2 chiffres, controle national historique
| | | | +-------------- numero de compte : 11 caracteres, chiffres ET lettres
| | | +-------------------- code guichet : 5 chiffres
| | +-------------------------- code banque : 5 chiffres
| +----------------------------- cle IBAN : 2 chiffres, ISO 7064 MOD 97-10
+-------------------------------- code pays ISO 3166-1 (FR)
# Verifier une cle IBAN a la main :
# 1. deplacer les 4 premiers caracteres a la fin -> 20041010050500013M02606FR14
# 2. lettres en chiffres, A=10 ... Z=35 -> 200410100505000132202606152714
# 3. ce nombre modulo 97 doit valoir exactement 1 -> IBAN arithmetiquement valide
# Longueurs nationales : 27 en France, 22 en Allemagne, 16 en Belgique, 15 en Norvege.
# Un IBAN plus court n a donc rien d anormal, et le BIC n est plus exige dans SEPA.L’IBAN, ou International Bank Account Number, est l’identifiant normalisé d’un compte bancaire défini par la norme ISO 13616. Sa structure juxtapose un code pays, une clé de contrôle et un identifiant national de compte, sa longueur totale variant selon les pays. Deux propriétés de cette anatomie gouvernent son emploi. Le BIC n’est plus exigé pour un virement ou un prélèvement SEPA, le règlement (UE) n° 260/2012 ayant supprimé cette obligation en février 2014 pour les opérations nationales et en février 2016 pour les opérations transfrontalières. Un formulaire réclamant encore ce code impose une saisie supplémentaire, donc une source d’erreur, sans rien apporter au traitement. La clé IBAN, ensuite, ne prouve que la cohérence arithmétique du numéro. Un IBAN valide au regard de ce calcul peut désigner un compte clôturé ou le compte d’un fraudeur. Le titulaire, lui, n’est pas vérifié. La vérification du bénéficiaire, obligatoire depuis le 9 octobre 2025, porte précisément sur ce point.
signal.conso.gouv.fr. L’argument technique parfois opposé, celui d’un outil limité à 27 caractères, ne constitue pas une cause d’exonération. La mise en conformité du formulaire incombe à celui qui l’exploite.VOP : ce que la vérification du bénéficiaire contrôle depuis le 9 octobre 2025
La vérification du bénéficiaire (Verification Of Payee, VOP) est le contrôle qui confronte le nom saisi par le payeur au titulaire réel du compte désigné par l’IBAN, avant l’autorisation du virement. Elle est imposée à tout prestataire de services de paiement (PSP) de la zone euro depuis le 9 octobre 2025, par l’article 5 quater du règlement SEPA. Cet article a été inséré par le règlement (UE) 2024/886 sur les paiements instantanés, qui a rendu le virement instantané obligatoire dans la zone euro. La banque du payeur interroge celle du bénéficiaire, qui détient le nom enregistré sur le compte. Le contrôle intervient avant toute autorisation, que le virement soit instantané ou non. Le service est gratuit (article 5 ter §2) et doit être offert sur tous les canaux d’initiation. Un ordre papier relève du même contrôle, vérifié à la réception si le payeur est présent. L’EPC normalise les échanges inter-PSP via le rulebook VOP, entré en vigueur le 5 octobre 2025, quatre jours avant l’échéance réglementaire.
| Réponse | Ce que voit le payeur | Ce que le PSP doit faire | Qui porte le risque |
|---|---|---|---|
| Match | Rien de particulier, le parcours continue | Laisser autoriser | Situation normale |
| Close match (quasi-équivalent) | Le nom réellement enregistré par la banque du bénéficiaire est affiché | Afficher ce nom pour que le payeur tranche, en appliquant la minimisation des données | Le payeur, qui valide en connaissance de cause |
| No match | Avertissement explicite : autoriser peut envoyer les fonds sur un compte qui n’appartient pas au bénéficiaire indiqué | Avertir, sans bloquer : le PSP ne peut pas empêcher l’autorisation (art. 5 quater §5) | Le payeur, informé, assume sa décision |
| Vérification impossible | Mention que le contrôle n’a pas pu être effectué | Poursuivre, en informant : pas de réponse sous 5 secondes, PSP non joignable ou hors scheme | Zone grise : aucune information utile n’a été apportée au payeur |
- Normalisation avant comparaison : casse ignorée, accents et diacritiques neutralisés (
é = e,ö = o = oe), titres de civilité et ponctuation retirés, espaces de bord supprimés (recommandations EPC288-23, octobre 2024). - Personnes physiques : prénom et nom exacts = Match ; le nom exact d’un seul des co-titulaires du compte suffit.
- Personnes morales : le nom commercial peut valoir Match si la banque du bénéficiaire dispose d’une source fiable, en plus de la dénomination sociale.
- Close match : deux lettres inversées, initiale du prénom seule, substitution phonétique, faute d’orthographe sous le seuil de distance de Levenshtein fixé par la banque du bénéficiaire.
- Codes d’identification (numéro de TVA, identifiant d’entité juridique) : Match ou No match uniquement, pas de Close match possible sur un code.
- La banque du bénéficiaire porte la responsabilité du verdict qu’elle rend : c’est elle, pas la banque du payeur, qui décide de ce qui constitue un Match.
Le règlement répartit la responsabilité entre les prestataires. Le critère retenu est le respect par chacun de ses propres obligations. Un PSP ayant satisfait aux siennes échappe à la responsabilité d’un virement exécuté vers un mauvais bénéficiaire sur la base d’un identifiant unique inexact. Un manquement de sa part, VOP non proposée ou information de résultat non délivrée au payeur, peut en revanche rendre l’opération mal exécutée. Dans ce cas, il restitue sans tarder le montant viré et rétablit le compte débité. Lorsque le manquement vient de la banque du bénéficiaire ou de l’initiateur de paiement, la charge se déplace sur eux (article 5 quater §8).
SCT Inst et IPR : ce qui a réellement changé en 2025-2026
- Sous-délais resserrés par le rulebook SCT Inst 2025 v1.1 (EPC004-16, en vigueur depuis le 5 octobre 2025) pour tenir les 10 s légales. L’ancienne cadence 10-20-25 s devient un triptyque 5-7-9 s : cible de 5 s pour la confirmation de la banque du bénéficiaire (contre 10 s), time-out à 7 s (contre 20 s), réception de la confirmation par la banque du payeur au plus tard à la 9ᵉ seconde (contre la 25ᵉ).
- Horodatage à la milliseconde obligatoire (attribut du Time Stamp) : c’est lui qui fait foi pour mesurer les 10 s.
- Au-delà de 10 s sans confirmation, la banque du payeur doit immédiatement rétablir le compte du payeur et l’informer.
- Filtrage des sanctions repensé (art. 5 quinquies) : le contrôle porte sur la base clients, immédiatement après toute mise à jour des listes et au moins une fois par jour civil ; il est interdit de refiltrer payeur et bénéficiaire opération par opération, ce qui supprime la principale cause de retard.
- Recall SCT Inst : un seul par opération, pour motif limité (doublon, incident technique, virement frauduleux) ; 10 jours ouvrés bancaires, portés à 13 mois pour le motif fraude ; la banque du bénéficiaire a 15 jours ouvrés pour répondre, ensuite une Request for Status Update est le seul recours.
Le mandat de prélèvement : ICS, RUM, pré-notification
FR 72 ZZZ 123456 ICS francais : 13 caracteres (35 au maximum dans SEPA)
| | | |
| | | +-- identifiant national, 6 alphanumeriques (ex-NNE), attribue via la
| | | banque du creancier par la Banque de France
| | +------ code activite (Creditor Business Code) : 3 caracteres libres, choisis
| | par le creancier, NON pris en compte dans la cle, NON controles par
| | la banque du debiteur -> ils ne creent PAS un nouveau creancier
| +--------- cle de controle ISO 7064 MOD 97-10, calculee sur pays + identifiant
| national uniquement
+------------ code pays : FR, MC (Monaco), NC, PF, WF
# Unicite du mandat dans tout SEPA = couple (ICS hors code activite ; RUM).
# Un seul ICS suffit pour toute la zone SEPA : pas besoin d un ICS par pays.<PmtInf>
<PmtMtd>DD</PmtMtd>
<PmtTpInf>
<SvcLvl><Cd>SEPA</Cd></SvcLvl>
<LclInstrm><Cd>CORE</Cd></LclInstrm> <!-- CORE ou B2B : jamais melanges -->
<SeqTp>RCUR</SeqTp> <!-- OOFF | FRST (optionnel) | RCUR | FNAL -->
</PmtTpInf>
<ReqdColltnDt>2026-08-05</ReqdColltnDt> <!-- D : echeance = date de debit -->
<Cdtr><Nm>ACME ENERGIE SAS</Nm></Cdtr> <!-- nom affiche sur le releve du debiteur -->
<CdtrSchmeId><Id><PrvtId><Othr>
<Id>FR72ZZZ123456</Id> <!-- ICS -->
<SchmeNm><Prtry>SEPA</Prtry></SchmeNm>
</Othr></PrvtId></Id></CdtrSchmeId>
<DrctDbtTxInf>
<PmtId><EndToEndId>FACT-2026-08-004512</EndToEndId></PmtId>
<InstdAmt Ccy="EUR">64.90</InstdAmt>
<DrctDbtTx><MndtRltdInf>
<MndtId>RUM-CLI-004512</MndtId> <!-- RUM : identique sur toute la vie du mandat -->
<DtOfSgntr>2024-03-11</DtOfSgntr> <!-- date de signature : opposable en cas de litige -->
</MndtRltdInf></DrctDbtTx>
<Dbtr><Nm>MARTIN DUPONT</Nm></Dbtr>
<DbtrAcct><Id><IBAN>FR1420041010050500013M02606</IBAN></Id></DbtrAcct>
</DrctDbtTxInf>
</PmtInf>- Pré-notification obligatoire : le créancier informe le débiteur du montant et de la date au plus tard 14 jours calendaires avant l’échéance, sauf accord bilatéral sur un délai plus court. Un échéancier daté et chiffré vaut pré-notification pour toutes ses lignes.
- RUM : jusqu’à 35 caractères latins choisis librement par le créancier, mais strictement identique dans le premier prélèvement, tous les suivants et toutes les R-transactions. L’espace est déconseillé (rejets à la lecture non automatisée) et le CFONB recommande de n’y mettre aucune donnée sensible (IBAN, numéro de pièce d’identité, numéro de carte).
- Caducité à 36 mois : un mandat sans aucun prélèvement présenté pendant 36 mois à compter de la dernière échéance devient caduc, de même qu’après un prélèvement de séquence FNAL. Reprendre les encaissements exige un nouveau mandat et une nouvelle RUM.
- Séquence : depuis la version 9.0 du rulebook SDD Core, applicable en novembre 2016, l’usage de
FRSTpour le premier prélèvement d’une série est optionnel, etRCURest accepté dès la première échéance. En revanche, une séquence incohérente (unRCURaprès unOOFF) déclenche un rejetAG02. - Conservation : le créancier doit pouvoir produire le mandat pendant au moins toute la durée de la fenêtre de contestation d’une opération non autorisée, soit 13 mois après le dernier prélèvement. C’est cette copie que la banque du débiteur réclamera.
Le cycle de vie d’un prélèvement, de D-14 à D+13 mois
| R-transaction | Qui l’initie | Fenêtre | Effet et remarques |
|---|---|---|---|
| Rappel (Revocation) | Le créancier auprès de sa banque | Avant mise en circulation dans le système d’échange | Hors périmètre des rulebooks EPC : service facultatif, à vérifier dans son contrat bancaire |
| Demande d’annulation (Request for cancellation) | La banque du créancier | Avant le règlement | Également hors rulebook ; sert typiquement après une remise en double |
| Rejet (Reject) | La banque du débiteur ou le CSM | Avant le règlement D | Motif technique ou bancaire : IBAN invalide, compte clôturé, format de fichier invalide |
| Refus (Refusal) | Le débiteur | Avant D | Traité avant D il devient un Rejet ; traité après D, il devient un Remboursement |
| Retour (Return) | La banque du débiteur | ≤ 5 jours ouvrés bancaires après D en Core, 3 en B2B | Impayé classique : défaut de provision, compte bloqué, opposition |
| Reversement (Reversal) | Le créancier ou sa banque | Du règlement jusqu’à 5 jours ouvrés interbancaires | Rembourse spontanément le débiteur ; la banque du débiteur doit le traiter, sans contrôle |
| Remboursement sans motif (Refund, MD06) | Le débiteur | ≤ 8 semaines après le débit (+ 2 jours ouvrés de traitement) | Core uniquement, sans justification, remboursement à première demande |
| Remboursement pour opération non autorisée (MD01) | Le débiteur | De 8 semaines à 13 mois calendaires (+ 30 jours de procédure + 4 jours ouvrés) | Déclenche la procédure de recherche de preuve du consentement |
Au-delà de 8 semaines, la contestation ouverte au débiteur change de fondement. Seule une opération présumée non autorisée, adossée à un mandat inexistant, révoqué auprès du créancier ou caduc après 36 mois, peut encore être contestée, jusqu’à 13 mois. La banque du débiteur applique alors la procédure de recherche de preuve du consentement, qui oblige le créancier à produire la copie du mandat signé. En France, chaque étape de cette procédure est bornée dans le temps. La banque du débiteur transmet la contestation en 4 jours ouvrés bancaires, et la banque du créancier la relaie au créancier en 3 jours. Le créancier répond en 7 jours, et la banque du débiteur conclut dans les 4 jours suivant la réponse, sans dépasser 30 jours calendaires après la réclamation de son client. Le remboursement peut être assorti d’intérêts compensatoires calculés sur l’€STR. En droit français, le socle est le code monétaire et financier. Son article L. 133-18 impose le remboursement immédiat d’une opération non autorisée, et son article L. 133-24 fixe le signalement au plus tard 13 mois après le débit. Son article L. 133-25 ouvre le droit au remboursement d’un prélèvement autorisé dans les 8 semaines.
Core ou B2B : le choix qui décide du risque d’impayé
| Critère | SDD Core | SDD B2B |
|---|---|---|
| Qui peut être débiteur | Particulier ou entreprise | Non-consommateur uniquement (art. 2-24 du règlement 260/2012) ; un compte de particulier est rejeté en AC13 |
| Rôle de la banque du débiteur | Aucun contrôle de mandat : elle paie et rembourse si on le lui demande | Obligation de contrôler chaque collecte contre les données du mandat enregistré chez elle |
| Remboursement d’une opération autorisée | 8 semaines, sans motif | Aucun, c’est tout l’intérêt du scheme |
| Opération non autorisée | 13 mois ; la banque du débiteur récupère les fonds auprès de la banque du créancier | 13 mois aussi, mais la banque du débiteur ne peut pas se retourner contre la banque du créancier : elle supporte la perte |
| Retour (impayé) après règlement | ≤ 5 jours ouvrés bancaires | ≤ 3 jours ouvrés bancaires |
| Adhésion des PSP | Obligatoire pour tout PSP adhérant aux schemes SEPA | Scheme optionnel : tous les établissements ne le proposent pas, ni côté créancier, ni côté débiteur |
| Charge administrative du mandat | Mandat conservé par le seul créancier | Le débiteur doit déposer et faire enregistrer le mandat auprès de sa banque, et l’informer de toute révocation |
MD01 en série, alors même que le créancier détient un mandat signé.L’arbitrage entre les deux schemes se fait sur le rapport entre le risque d’impayé et le coût d’obtention du mandat. Le B2B est employé lorsque le montant unitaire est élevé, la relation contractuelle stable et le débiteur outillé pour gérer le dépôt de mandat auprès de sa banque. Les loyers commerciaux, les redevances de franchise et les approvisionnements récurrents réunissent ces conditions. Pour un abonnement logiciel à 49 € par mois, vendu en ligne à des TPE, le rapport s’inverse. Le coût de friction du dépôt de mandat, en délai comme en taux de signature obtenu, dépasse largement le risque d’impayé. Le Core, complété d’une relance automatisée sur les codes de rejet, revient alors moins cher que le mandat B2B.
Quand ça échoue : codes ISO, délais, qui paie
| Code | Libellé ISO | Ce qui s’est réellement passé | Action utile |
|---|---|---|---|
AM04 | Insufficient funds | Provision insuffisante à l’échéance, le motif d’impayé numéro un | Représenter à une date choisie (après paie), pas immédiatement |
AC01 | Incorrect account number | IBAN inexistant ou mal saisi | Recollecter l’IBAN auprès du client ; ne jamais « corriger » un IBAN soi-même |
AC04 | Closed account | Compte clôturé | Mandat mort : nouvelle coordonnée bancaire et nouveau mandat |
AC06 | Blocked account | Compte bloqué, ou opposition du débiteur sur ce créancier | Contacter le débiteur : un blocage vaut révocation de fait |
AC13 | Invalid debtor account type | Prélèvement B2B présenté sur un compte de consommateur | Basculer la relation en Core |
AG01 | Transaction forbidden | Prélèvement interdit sur ce type de compte (livret, compte à terme) | Demander un compte de dépôt |
AG02 | Invalid bank operation code | Séquence incohérente : RCUR après un OOFF, ou mandat déjà finalisé | Corriger SeqTp dans le référentiel de mandats |
AM05 | Duplication | Doublon détecté par le CSM ou la banque du débiteur | Auditer l’idempotence des remises : un fichier rejoué coûte cher |
BE05 | Unrecognised initiating party | ICS inconnu ou incohérent | Vérifier l’ICS auprès de sa banque avant de relancer |
MD01 | No mandate | Pas de mandat valide : jamais signé, révoqué, caduc, ou non enregistré (B2B) | Produire la copie du mandat sous 7 jours ouvrés, sinon la perte est acquise |
MD06 | Refund requested by end customer | Contestation sans motif dans les 8 semaines | Contact commercial : la voie interbancaire est fermée |
MD07 | End customer deceased | Débiteur décédé | Clore le contrat, gérer la créance avec la succession |
MS02 | Refusal by the debtor | Refus du débiteur avant l’échéance, après pré-notification | Signal d’alerte : la pré-notification a fait son travail |
SL01 | Specific service offered by the debtor PSP | Filtre paramétré par le débiteur : liste blanche de créanciers, plafond, périodicité | Faire ajouter l’ICS à la liste autorisée par le client |
MS03 | Reason not specified | Motif masqué : certaines banques l’utilisent quand la réglementation nationale interdit de divulguer AC04, AM04, MD07, RR01… | Ne pas conclure « erreur technique » : un MS03 cache souvent un défaut de provision |
Le virement dispose d’un jeu de retours plus restreint que celui du prélèvement, et chaque procédure dépend du moment où le défaut est constaté. Avant règlement, la banque du donneur d’ordre ou le CSM rejettent l’opération (IBAN ou BIC invalide, doublon, fichier hors cut-off). Après règlement, la banque du bénéficiaire peut retourner l’opération dans un délai de 3 jours ouvrés bancaires (compte clôturé, bénéficiaire décédé, virement interdit sur ce type de compte, refus du bénéficiaire). La banque du donneur d’ordre peut enfin lancer un Recall dans les 10 jours ouvrés bancaires, pour trois motifs seulement : doublon, incident technique, virement frauduleux. Le délai passe à 13 mois pour la fraude. Un seul recall est autorisé par opération. La banque du bénéficiaire dispose de 15 jours ouvrés pour répondre. Pour tout autre motif, par exemple une erreur de bénéficiaire commise par le client, il ne reste que la Request for Recall by the Originator, qui dépend de l’accord du bénéficiaire. Techniquement, la demande passe par camt.056.001.08 et la réponse par camt.029.001.09.
Les échéances à mettre au calendrier
Et ailleurs dans le monde. Le même mécanisme, ailleurs.
Le délai maximal d'exécution d'un virement instantané
Au Brésil, le Manuel des temps du Pix fixe la limite à 40 secondes entre la réception de l'ordre par la banque du payeur et le règlement : au-delà, la transaction est rejetée par le SPI, le système de paiements instantanés de la banque centrale. S'y ajoute un accord de niveau de service sur l'expérience du payeur (6,0 secondes au 50e centile, 10,0 secondes au 99e) et un canal secondaire plafonné à 45 minutes pour les Pix programmés.
Banco Central do Brasil, Manual de Tempos do Pix, version 7.0, § 1.1, https://www.bcb.gov.br/content/estabilidadefinanceira/pix/Regulamento_Pix/IX_ManualdeTemposdoPix.pdf
Aux États-Unis, le service FedNow de la Réserve fédérale applique un payment timeout clock de 20 secondes : si la banque du bénéficiaire n'a pas répondu avant l'expiration du compteur, le paiement est rejeté et les deux banques reçoivent un message d'échec. Chaque banque réceptrice se réserve de 1 à 5 secondes de ce compteur, selon sa capacité à traiter le message.
Federal Reserve, FedNow Service, « Understanding the payment timeout clock », https://explore.fednow.org/resources/readiness-guide-understanding-the-payment-timeout-clock.pdf
En Inde, la Reserve Bank of India ne fixe pas de délai en secondes mais tarife le retard : pour un virement UPI débité sans crédit du bénéficiaire, la contre-passation automatique doit intervenir au plus tard à J+1, faute de quoi la banque doit au client une compensation de 100 roupies par jour de retard, versée sans réclamation de sa part. Le délai passe à J+5 pour un paiement marchand resté sans confirmation.
RBI, circulaire DPSS.CO.PD No.629/02.01.014/2019-20 du 20 septembre 2019, « Harmonisation of Turn Around Time (TAT) and customer compensation for failed transactions », https://rbi.org.in/Scripts/NotificationUser.aspx?Id=11693
La vérification du nom du bénéficiaire avant l'autorisation d'un virement
Au Royaume-Uni, le Confirmation of Payee a été imposé par le Payment Systems Regulator en deux vagues : les six plus grands groupes bancaires par la Specific Direction 10, au 31 mars 2020, puis environ 400 établissements supplémentaires par la Specific Direction 17, au 31 octobre 2024. Le payeur reçoit un match, un close match ou un no match avant de valider, et peut corriger l'ordre avant l'envoi des fonds.
Payment Systems Regulator, Confirmation of Payee, https://www.psr.org.uk/our-work/app-scams/confirmation-of-payee/
Au Brésil, le contrôle est intégré au parcours Pix depuis l'origine : la consultation d'une clé Pix dans l'annuaire DICT doit renvoyer au payeur, avant confirmation, le nom complet du bénéficiaire, son CPF masqué ou son CNPJ et la clé non masquée, mais jamais les numéros d'agence et de compte. Pour une personne morale, c'est le nom commercial qui doit être affiché lorsqu'il existe, à défaut la raison sociale.
Banco Central do Brasil, Requisitos mínimos para a experiência do usuário, version 7.3, décembre 2025, https://www.bcb.gov.br/content/estabilidadefinanceira/pix/Regulamento_Pix/IV_RequisitosMinimosparaExperienciadoUsuario.pdf
En Australie, la vérification du bénéficiaire ne vient pas de la loi mais d'un engagement collectif du secteur, le Scam-Safe Accord : les banques ont financé pour 100 millions de dollars australiens une plateforme nationale de Confirmation of Payee, déployée à partir de juillet 2025, avec une cible de plus de 95 % des comptes de particuliers couverts à la fin de 2025.
Australian Banking Association, Confirmation of Payee, https://www.ausbanking.org.au/scam-safe-accord/confirmation-of-payee/
Ce qui protège le débiteur d'un prélèvement : mandat, préavis et remboursement
Aux États-Unis, il n'existe pas d'équivalent du remboursement sans motif : la Regulation E limite la responsabilité du consommateur à 50 dollars s'il signale l'opération non autorisée dans les deux jours ouvrés, à 500 dollars au-delà, et lui impose de signaler une opération figurant sur un relevé dans les 60 jours suivant l'envoi de ce relevé, sous peine de supporter les débits ultérieurs.
12 CFR § 1005.6 (Regulation E), https://www.consumerfinance.gov/rules-policy/regulations/1005/6/
En Afrique du Sud, la protection est placée en amont du prélèvement plutôt qu'après : depuis le 1er mai 2021, tout mandat de prélèvement anticipé (early debit order) nouveau ou renégocié doit être créé dans le système DebiCheck, où le débiteur approuve électroniquement le mandat auprès de sa propre banque avant le moindre encaissement.
South African Reserve Bank, « The SARB modernises NPS with DebiCheck Project », https://www.resbank.co.za/en/home/publications/publication-detail-pages/media-releases/2021/The-SARB-modernises-NPS-with-Debicheck-Project
En Inde, le préavis dû au débiteur se compte en heures et non en jours : la Reserve Bank of India impose à l'émetteur d'envoyer une notification pré-transaction au titulaire au moins 24 heures avant le débit d'un mandat récurrent, en indiquant le nom du commerçant, le montant, la date et l'heure du débit, la référence de transaction et le motif du prélèvement.
RBI, circulaire DPSS.CO.PD.No.447/02.14.003/2019-20 du 21 août 2019, « Processing of e-mandate on cards for recurring transactions », https://rbi.org.in/Scripts/NotificationUser.aspx?Id=11668