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🧾 Espèces & chèque : le déclin

Le recul du cash (plafonds, coût, accès) et l'effondrement du chèque (moyen de paiement au taux de fraude le plus élevé), sans oublier leur rôle d'inclusion

Le cash recule, sans disparaître

Les espèces sont les billets et les pièces ayant cours légal. Elles restent le moyen de paiement le plus universel, alors que leur part fond d'année en année. Dans la zone euro, elles ne représentaient plus que 52 % des paiements en point de vente en nombre en 2024 (contre 59 % en 2022 et 72 % en 2019), selon l'étude SPACE de la BCE. La France se situe en dessous de cette moyenne, la carte y ayant pris le dessus, portée par le sans-contact.

52 %
part des espèces au point de vente en zone euro (en nombre), 2024
BCE, étude SPACE 2024
72 % → 52 %
recul de la part du cash entre 2019 et 2024 (zone euro)
< 50 000
distributeurs de billets en France, en recul continu
Banque de France

Plafonds, coût et accès

Le plafond de paiement en espèces est le montant au-delà duquel un règlement en billets et pièces cesse d'être licite. En France, un paiement en espèces à un professionnel est plafonné à 1 000 € pour un particulier résident fiscal, en vertu du Code monétaire et financier. Le plafond monte à 15 000 € pour un non-résident agissant à titre privé. À l'échelle européenne, le nouveau règlement anti-blanchiment (AMLR, 2024) instaure un plafond harmonisé de 10 000 € pour les paiements en espèces, applicable à partir de 2027.

SituationPlafondBase
Particulier résident payant un professionnel1 000 €Code monétaire et financier (art. D112-3)
Particulier non-résident (achat privé)15 000 €Code monétaire et financier
Plafond harmonisé UE (achats en espèces)10 000 €Règlement (UE) 2024/1624 (AMLR), à partir de 2027
Plafonds de paiement en espèces (France / UE)
ℹ️
Le cash a un coût caché
Manipuler des espèces coûte cher au commerce et aux banques : comptage, transport de fonds sécurisé (cash-in-transit), assurance, entretien des automates, risque de vol. Beaucoup de commerçants poussent donc la carte et le sans-contact. L'accès au cash reste pourtant un droit de fait, protégé par des engagements des banques pour maintenir un maillage de retrait suffisant sur le territoire.

Le chèque : un effondrement (et un problème de fraude)

Le chèque est un écrit par lequel le titulaire d'un compte donne à sa banque l'ordre de payer une somme déterminée au bénéficiaire désigné. La France a longtemps été le pays du chèque, dont elle concentre encore l'essentiel des volumes émis dans la zone euro. L'usage s'effondre pourtant, de l'ordre de 10 % de baisse par an, et ce moyen de paiement en déclin affiche le taux de fraude le plus élevé de tous. Le chèque est un support papier facile à falsifier, voler ou détourner, dépourvu d'authentification forte comme de cryptographie.

⚠️
Le chèque, le taux de fraude le plus élevé
En 2022, la fraude au chèque a atteint 395 M€ en France, pour un taux de fraude de 0,073 %. Aucun autre moyen de paiement ne monte aussi haut, bien au-dessus de la carte (0,053 %). En montant, la carte reste devant (464 M€), mais le chèque ne pèse qu'une faible part des paiements scripturaux. Il concentre une fraude disproportionnée au regard de son usage (Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, Banque de France).
395 M€
fraude au chèque en France (montant), 2022
Observatoire de la sécurité des moyens de paiement
0,073 %
taux de fraude du chèque (2022), le plus élevé de tous les moyens
≈ -10 %/an
recul du volume de chèques émis en France
années 2000
Apogée du chèque
La France émet plusieurs milliards de chèques par an, championne d'Europe.
années 2010
Bascule vers la carte
Sans-contact et e-commerce accélèrent le recul du papier.
2022
Chèque = taux de fraude n°1
395 M€ de fraude au chèque, et le taux de fraude le plus élevé de tous les moyens de paiement.
2024
Instant à la relève
Le virement instantané, gratuit et sécurisé, se pose en remplaçant naturel du chèque.

Inclusion : le revers de la médaille

L'inclusion financière désigne la possibilité, pour toute personne, d'accéder aux moyens de paiement et de les utiliser. Le recul du cash et du chèque touche inégalement la population, une part continuant d'en dépendre, notamment les personnes âgées, précaires, non ou peu bancarisées, ainsi que les associations et certains milieux ruraux. Le liquide permet de payer sans compte, de tenir un budget « à l'enveloppe » et de préserver son anonymat. Le chèque, lui, sert encore de caution, de don ou de règlement de proximité.

🧓
Personnes fragiles
Une bascule trop rapide vers le tout-numérique exclut celles et ceux qui n'ont ni smartphone, ni aisance avec les applications, ni accès facile à un guichet.
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Accès de proximité
Maintenir des points de retrait et de dépôt (banques, bureaux de poste, commerçants) est une condition d'inclusion, pas un simple confort.
🔄
Des alternatives crédibles
Le virement instantané gratuit et le paiement par carte pour tous (droit au compte) doivent accompagner le déclin, pas seulement le décréter.
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Le bon réflexe
Le débat ne se réduit pas à une opposition entre le cash et le numérique : il porte sur l'accompagnement de la transition. Cet accompagnement suppose trois volets. Il faut garantir l'accès aux espèces tant qu'elles restent nécessaires, sécuriser le chèque ou le remplacer par le virement instantané, et former les publics fragiles. La couverture de l'ensemble de la population figure ainsi parmi les critères d'évaluation d'un système de paiement moderne.

Et ailleurs dans le monde. Le même mécanisme, ailleurs.

Le plafond légal des paiements en espèces

Italie

En Italie, le plafond des transferts d'espèces est de 5 000 € depuis le 1er janvier 2023, relevé de 2 000 € par la loi de finances 2023 qui modifie l'article 49 du décret législatif 231/2007. La sanction frappe le payeur comme celui qui encaisse : de 1 000 à 50 000 € pour les opérations jusqu'à 250 000 €.

Legge 29 dicembre 2022 n. 197 (legge di bilancio 2023), art. 1 comma 384, modifiant l'art. 49 du D.Lgs. 231/2007

Inde

En Inde, l'article 269ST de l'Income-tax Act, introduit par le Finance Act 2017, interdit de recevoir 200 000 roupies (2 lakh) ou plus en espèces d'une même personne sur une journée, pour une même transaction ou un même événement. La pénalité est égale au montant reçu et pèse sur celui qui encaisse, non sur celui qui paie ; l'État, les banques et la poste en sont exclus.

Income-tax Act 1961, art. 269ST (Finance Act 2017), Income Tax Department, Inde

États-Unis

Aux États-Unis, aucun plafond fédéral ne limite un paiement en espèces : c'est une obligation de déclaration qui joue. Tout professionnel qui reçoit plus de 10 000 $ en espèces, en une fois ou par transactions liées, doit déposer le formulaire 8300 auprès de l'IRS et du FinCEN dans les 15 jours et en conserver copie cinq ans.

https://www.irs.gov/businesses/small-businesses-self-employed/form-8300-and-reporting-cash-payments-of-over-10000

Royaume-Uni

Au Royaume-Uni non plus il n'existe pas de plafond, mais un seuil d'enregistrement. Tout « high value dealer » qui accepte ou effectue des paiements en espèces de 10 000 € ou plus (ou l'équivalent dans une autre devise) en contrepartie de biens doit s'enregistrer auprès du HMRC au titre des Money Laundering Regulations.

https://www.gov.uk/guidance/money-laundering-regulations-high-value-dealer-registration

L'obligation, pour un commerçant, d'accepter les espèces

Norvège

En Norvège, la loi sur les contrats financiers (finansavtaleloven, § 2-1 al. 3, modifiée en juin 2024) oblige depuis le 1er octobre 2024 tout commerce disposant d'un local de vente régulier à accepter les espèces, sauf lorsque le montant dû dépasse 20 000 NOK et hors automates ou sites sans personnel. Depuis le 1er mai 2025, le refus expose à une amende administrative, l'autorité de la consommation (Forbrukertilsynet) étant l'instance de recours.

https://www.norges-bank.no/en/topics/notes-and-coins/the-right-to-pay-cash/

États-Unis

Aux États-Unis, rien n'oblige un commerçant à accepter les espèces. La Réserve fédérale rappelle qu'aucune loi fédérale n'impose à une entreprise privée d'accepter billets et pièces : le cours légal du 31 U.S.C. 5103 vaut pour l'extinction d'une dette, pas pour le choix des moyens de paiement d'un point de vente. Seules certaines lois d'État ou municipales imposent l'acceptation.

https://www.federalreserve.gov/faqs/currency_12772.htm

Zone euro

Dans la zone euro, la recommandation 2010/191/UE de la Commission du 22 mars 2010 pose que l'acceptation des billets et pièces en euros doit être la règle dans le commerce de détail, un refus n'étant admis que pour un motif de bonne foi (l'absence de monnaie à rendre, par exemple). Elle ajoute qu'aucun frais supplémentaire ne doit être facturé pour un paiement en espèces.

https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32010H0191

La sortie de scène du chèque

Australie

L'Australie a fixé une date de mort au chèque. Le Cheques Transition Plan publié par le Treasury en novembre 2024 arrête l'émission de chèques au 30 juin 2028 et leur acceptation au 30 septembre 2029, la transition étant pilotée par un comité où siègent le Treasury et l'industrie.

https://treasury.gov.au/publication/p2024-555854

États-Unis

Aux États-Unis, le chèque recule sans disparaître : 9,2 milliards de chèques en 2024 pour 24 450 milliards de dollars, soit 4 % des paiements scripturaux en nombre contre 59 % en 2000, selon l'étude triennale de la Federal Reserve. Le montant moyen d'un chèque est passé de 945 $ en 2000 à 2 653 $ en 2024 : l'instrument s'est replié sur les gros règlements.

https://www.federalreserve.gov/paymentsystems/frps_cy2015_24_topline.htm

Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a choisi de numériser le chèque plutôt que de le supprimer : la partie 4A insérée dans le Bills of Exchange Act 1882 par le Small Business, Enterprise and Employment Act 2015 autorise la présentation d'un chèque par image électronique de ses deux faces, ce qui dispense de la remise du support papier et de ses délais.

https://www.legislation.gov.uk/ukpga/1882/61/part/4A