L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur bancaire fédéral, a annoncé le 8 octobre 2026 une injonction de cesser et une amende civile de 350 millions de dollars contre American Express National Bank, banque d’American Express AMEX établie à Sandy (Utah), pour les failles de son dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT). Selon l’OCC, elle a traité, de juin 2014 à mai 2025 environ, quelque 13 milliards de dollars de blanchiment commercial présumé, sans le repérer ni le déclarer à temps et en totalité. La Réserve fédérale a pris le même jour une mesure distincte contre la maison mère, American Express Company, et sa filiale American Express Travel Related Services Company (TRS).
L’analyse des risques se concentrait, selon l’OCC, sur les comptes de dépôt à vue, une gamme « relativement étroite », et pas assez sur les cartes de crédit et les charge cards (réglées en totalité chaque mois), qui dominent l’activité. L’ordonnance range la banque parmi les plus grands émetteurs de ces cartes aux États-Unis en volume de transactions. La banque ne reconnaît ni ne conteste ces constats.
Des achats par carte et leurs remboursements en cause
D’après l’ordonnance, les 13 milliards de dollars comprennent des achats suspects réglés par carte et leurs remboursements, passés parfois par des comptes liés à des initiés de la banque. La banque en signalait par intermittence, sans les contrôles nécessaires pour en saisir à temps toute l’ampleur. L’OCC relève un manquement répété aux obligations de déclaration d’activité suspecte (SAR) : déclarations tardives, manquantes ou incomplètes.
Parmi les autres constats de l’OCC :
- aucun cadre efficace de vigilance continue, d’où des notations de risque client inadaptées ;
- des lacunes substantielles dans les procédures d’identification des clients ;
- des tests indépendants faibles, des équipes sans l’expertise requise et une formation inadaptée aux postes.
« American Express n’a pas maintenu un programme de conformité LCB-FT correctement aligné sur les risques de blanchiment de ses activités », a déclaré le contrôleur de la monnaie, Jonathan Gould, pour qui la banque a ainsi privé les autorités de poursuite d’informations importantes.
Une revue indépendante des déclarations de soupçon passées
L’ordonnance de l’OCC laisse 15 jours au conseil pour nommer un comité de conformité, et 90 jours à la banque pour soumettre un plan d’action. Elle doit étendre son analyse des risques aux produits « accessoires et extensions compris », comme les cartes supplémentaires, fixer des plafonds de transaction fondés sur les risques, revoir le dédoublonnage et la suppression des alertes, cibler les indices de blanchiment commercial et surveiller les opérations de ses initiés. Un consultant indépendant dira, par une revue rétrospective, si des activités jamais signalées doivent être déclarées.
La Fed vise la maison mère et TRS, sans amende
La Fed vise notamment l’incapacité du groupe à détecter et signaler suffisamment certaines activités suspectes liées au blanchiment, et relève des défaillances importantes dans la mise en œuvre de son programme LCB-FT, « en particulier » dans sa banque nationale. Son ordonnance, sans amende, cite des faiblesses relevées par la Fed de New York dans la surveillance des transactions, la transmission des cas de fraude et l’évaluation des risques liés aux tiers.
Sous 90 jours, la maison mère doit présenter des plans sur la supervision par son conseil et sur son programme LCB-FT, y compris les processus exploitant les informations de partenaires de réseau, de distributeurs automatiques et de tiers chargés de la conformité. TRS doit remettre un plan de conformité aux règles de l’OFAC, le bureau des sanctions du Trésor. Les deux sociétés ne peuvent plus recourir à quiconque a, selon le dossier d’enquête interne constitué depuis 2024, pris part aux agissements en cause, été sanctionné à ce titre et quitté le groupe ou été licencié.
American Express avait déjà provisionné une partie de l’amende
Dans un formulaire 8-K, American Express indique que les ordonnances règlent des examens « déjà rendus publics » menés par les régulateurs bancaires sur certains aspects de son programme de lutte contre la criminalité financière. Une partie de l’amende avait été provisionnée, et elle ne modifie pas ses prévisions annuelles pour 2026. Les ordonnances n’imposent pas de plafond d’actifs, et leur coût ne devrait pas peser sur les prévisions 2027. Son rapport trimestriel (10-Q) du 24 juillet 2026 évoquait une mesure coercitive attendue, éventuellement assortie d’amendes civiles.
« Si nous avons accompli des progrès significatifs, nous savons qu’il reste du travail », a déclaré le PDG, Stephen J. Squeri, dans un communiqué cité par PYMNTS, promettant de coopérer encore avec les régulateurs et les autorités de poursuite.