Le département du Trésor des États-Unis a désigné le jeudi 1er octobre 2026 le réseau A7, réseau de paiement lié à la Russie et utilisé selon lui par le régime iranien pour contourner les sanctions, comme organisation criminelle transnationale d’importance. A7 est dirigé par Ilan Shor, oligarque moldave en fuite déjà sanctionné par Washington. Le même jour, le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), cellule de renseignement financier du Trésor, a proposé d’interdire aux institutions financières américaines d’envoyer ou de recevoir des fonds, cryptoactifs compris, dans toute opération impliquant l’un des « sous-agents » d’A7. Ces sociétés de pays tiers, contrôlées par A7, reçoivent et émettent ses paiements. Le FinCEN a publié en parallèle une alerte assortie d’indicateurs de risque.
Le Trésor inscrit cette action dans l’opération Economic Outcast, sous la bannière de laquelle il a annoncé le même jour de nouvelles désignations visant l’Iran. « Le Trésor démantèle l’infrastructure financière qui permet à l’Iran et à d’autres adversaires de contourner les sanctions, de déplacer des fonds illicites et de porter atteinte à l’intégrité du système financier mondial », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Le communiqué situe la décision dans le prolongement de l’alerte publiée sur A7 le 31 août 2026 par la National Crime Agency britannique.
L’interdiction de tout transfert qui touche un sous-agent répertorié
Le FinCEN s’appuie sur la section 9714(a) du Combating Russian Money Laundering Act, qui autorise le Trésor à agir contre une catégorie de transactions « de préoccupation principale en matière de blanchiment en lien avec la finance illicite russe ». Outre les cinq mesures spéciales de la section 311 du USA PATRIOT Act, ce texte en prévoit une sixième, qui interdit certains transferts de fonds ou les soumet à des conditions. Le FinCEN l’a retenue au motif qu’une restriction des comptes de correspondant laisserait passer l’A7A5, le jeton du réseau adossé au rouble, dont les opérations ne passent pas par la correspondance bancaire.
La règle proposée créerait la section 1010.668 du titre 31 du Code of Federal Regulations. Elle interdirait aux institutions financières assujetties, dont les banques, les courtiers en valeurs mobilières et les entreprises de services monétaires, tout transfert de fonds avec un sous-agent, ou avec un compte ou une adresse de cryptoactifs administrés par lui ou pour son compte. Un établissement qui sait ou a des raisons de croire qu’un transfert est interdit devrait en avertir les personnes concernées avec lesquelles il entretient une relation commerciale directe. Chaque établissement déciderait aussi, selon une approche fondée sur les risques, des mesures de vigilance supplémentaires qui lui sont raisonnablement nécessaires pour ne pas traiter de transferts interdits. Selon le FinCEN, les logiciels de filtrage déjà employés pour respecter les sanctions pourraient servir à ce contrôle. L’agence dénombre 347 926 établissements potentiellement concernés, dont environ 35 000 supporteraient une charge plus que minime, et évalue leurs coûts de conservation des documents et de notification à 18 millions de dollars par an au plus, environ, pour l’ensemble.
| Sous-agent | Siège | Montant | Période |
|---|---|---|---|
| Power Sphere LLC-FZ | Dubaï | 61 M$ | sept. 2023 à juillet 2025 |
| Hydrofusion Resources FZ-LLC | Émirats arabes unis | 3,6 M$ | mai à juin 2025 |
| Gimli Trade LLC-FZ | Dubaï | 1,5 M$ | mai à juin 2025 |
| Galadriel Trading FZCO | Dubaï | Plus de 946 000 $ | mai à juillet 2025 |
| Sigizmund FZCO | Dubaï | 41 000 $ | juillet à sept. 2025 |
| Pearl Bridge | Dubaï | Environ 30 000 $ | avril 2025 |
Les commentaires sont recevables pendant 30 jours après la publication de la proposition au Federal Register, le journal officiel fédéral, sous la référence FINCEN-2026-0265. Le FinCEN présente ce délai comme un équilibre entre l’information du public et le risque que la poursuite des transferts illicites ferait courir à la sécurité nationale.
Sociétés écrans, fausses factures et VPN pilotés depuis Moscou
Dans une transaction type, le client règle A7 à l’intérieur du réseau, au moyen notamment de lettres de change ou de billets à ordre, appelés veksels en russe. Un sous-agent figure alors comme payeur sur la facture et envoie les fonds par les banques correspondantes et le réseau SWIFT. En juin 2026, A7 avait créé ou acquis des centaines de sous-agents, entre autres à Hong Kong, en Indonésie, au Kirghizistan, aux Seychelles, en Turquie et aux Émirats arabes unis. Selon le FinCEN, le personnel d’A7 basé à Moscou gère leurs comptes au travers de VPN qui le font apparaître à l’étranger.
Le FinCEN relie certains sous-agents à l’Iran. L’un d’eux a traité directement avec des entités de la « flotte fantôme » qui transporte le pétrole iranien en contournant les sanctions. Avec une société sœur, il a reçu près de 140 millions de dollars d’entités impliquées dans le contournement des sanctions visant l’Iran, entre juillet 2023 et octobre 2025. Un autre a versé environ 1,6 million de dollars à une société liée aux achats d’armement iraniens. Le Trésor reproche aussi à A7 un soutien financier aux Gardiens de la révolution islamique et au Hamas, et le rattache à Nobitex, première plateforme d’échange de cryptoactifs d’Iran, sanctionnée le 2 juin 2026.
Le gel des avoirs s’étend au réseau et à son jeton adossé au rouble
La désignation par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le bureau du Trésor chargé des sanctions, gèle tous les biens et intérêts du réseau A7 situés aux États-Unis ou détenus par des personnes américaines. Le gel couvre aussi les transactions impliquant des sous-agents qui agissent pour son compte. Cette désignation prolonge celles du 14 août 2025, qui visaient notamment A7 LLC et Old Vector LLC, la société kirghize émettrice de l’A7A5, jeton que l’OFAC traite lui-même comme un bien gelé. Chaque A7A5 est présenté comme adossé à des dépôts en roubles chez Promsvyazbank (PSB), banque d’État russe de la défense, sanctionnée, à l’origine d’A7 avec Ilan Shor. Selon le FinCEN, le jeton sert surtout de passerelle vers des actifs numériques plus répandus, comme l’USDT de Tether.
L’alerte, référencée FIN-2026-Alert007, demande aux établissements de mentionner le terme « FIN-2026-A7NETWORK » dans leurs déclarations d’opérations suspectes. Parmi ses indicateurs de risque :
- une société de création récente qui enchaîne soudain des volumes inhabituels de transactions importantes ;
- des connexions depuis des adresses IP liées à l’infrastructure VPN d’A7, comme les domaines muzpan[.]com et sodkamus[.]com ;
- des factures qui portent des caractères cyrilliques hors de propos, un tampon d’entreprise apposé sur un document produit pour le reste sous forme numérique, ou des traces de retouche par IA ;
- une exposition, directe ou indirecte, à l’A7A5 ou à des jetons « enveloppés » qui en dérivent.
Selon Reuters, A7 a rejeté catégoriquement le 2 octobre toute accusation de collaboration avec l’Iran ou avec des organisations terroristes, et affirmé servir des opérations d’import-export légitimes portant sur des biens de consommation et des matières premières.