Les banques malaisiennes et Payments Network Malaysia (PayNet) préparent des alertes à la fraude communes à tout le secteur, capables de « prévenir les banques et les clients d’un risque potentiel avant que la transaction n’aboutisse ». Abdul Rasheed Ghaffour, gouverneur de Bank Negara Malaysia (BNM), la banque centrale du pays, l’a annoncé le 6 octobre 2026 à Kuala Lumpur, devant la 16ᵉ International Conference on Financial Crime and Counter Terrorism Financing (IFCTF). Un pilote avec une sélection de banques est visé au premier semestre 2027, avant un déploiement plus large.
Ces alertes inciteront le client « à s’arrêter, réfléchir et vérifier avant de poursuivre ». Le gouverneur a reconnu qu’elles pourraient ajouter de la friction, en jugeant ces mesures nécessaires pour trouver « un juste équilibre entre la commodité offerte et la protection des clients contre la fraude, en particulier les escroqueries autorisées ».
Des alertes conçues contre la fraude que la victime autorise elle-même
Environ 95 % des cas de fraude en ligne concernent des victimes trompées qui transfèrent elles-mêmes les fonds, selon le gouverneur, pour qui l’intelligence artificielle facilite leur manipulation. Il a cité une estimation d’Interpol selon laquelle la fraude assistée par l’IA serait 4,5 fois plus rentable que les méthodes traditionnelles. « Les criminels n’opèrent plus à la vitesse des personnes. Ils opèrent à la vitesse de la technologie », a-t-il déclaré.
Le discours ne nomme pas les banques qui participeront au pilote et ne précise pas ce qui déclencherait une alerte.
Les données du réseau repèrent déjà des comptes de mules
Le gouverneur a cité un pilote sur les comptes de mules, qui reçoivent puis font circuler l’argent détourné, pour montrer l’apport des données partagées. Depuis octobre 2025, le National Fraud Portal expérimente l’analyse des schémas du réseau de paiement pour repérer des comptes de mules potentiels. PayNet a signalé plus de 1 600 comptes suspects, dont beaucoup ont ensuite été jugés porteurs de risques liés aux mules. Croiser les informations de plusieurs institutions peut, selon lui, révéler des risques qui peuvent sembler invisibles à un établissement isolé.
BNM, PayNet et les institutions financières ont lancé ce portail le 20 août 2024 pour le National Scam Response Centre (NSRC), le centre national de réponse aux escroqueries. Il automatise le traitement des signalements et le traçage des fonds volés dans l’ensemble du système financier.
Deux textes de BNM et davantage de fraude empêchée
BNM a révisé son document de politique Risk Management in Technology et a récemment publié un document Financial Institutions’ Response to Fraud, qui renforce selon le gouverneur la responsabilité des établissements dans la gestion du risque de fraude. Les alertes prévues s’appuient, selon lui, sur ces fondations. Le secteur financier malaisien a empêché environ 1,9 milliard de ringgits de tentatives d’opérations frauduleuses au premier semestre 2026, contre 1,2 milliard sur toute l’année 2025, selon BNM.
En Europe, la vérification du bénéficiaire compare un nom et un compte
Dans l’Union européenne, le règlement sur les paiements instantanés impose depuis le 9 octobre 2025 aux prestataires de services de paiement de la zone euro de proposer la vérification du bénéficiaire (Verification of Payee), et étendra l’obligation aux autres États membres le 9 juillet 2027, selon la Banque centrale européenne. Avant l’initiation du paiement, le service signale au payeur tout écart entre l’identifiant de compte saisi et le nom du bénéficiaire. Il ne vérifie que cette concordance, si bien qu’un virement vers un compte au bon nom mais contrôlé par un escroc passe.
En France, la fraude par manipulation, où la victime trompée valide elle-même l’opération, a atteint 516 millions d’euros en 2025, un peu plus de 40 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement, selon le rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement publié le 9 septembre 2026 par la Banque de France. Ce chiffre porte sur des montants et les 95 % de BNM sur des cas, ce qui exclut une comparaison directe.