Fideuram, la filiale de banque privée d’Intesa Sanpaolo, a viré environ 95 millions d’euros à l’étranger en février, sur la foi d’un faux message de Carlo Messina, administrateur délégué d’Intesa Sanpaolo, et de la voix d’un avocat clonée par IA. Plus de la moitié des fonds a été récupérée en Chine et au Portugal ; entre 36 et 39,5 millions d’euros manquent encore, en partie convertis en cryptoactifs.
Le Corriere della Sera a révélé l’affaire le 25 septembre 2026, reprise le jour même par l’ANSA, Il Sole 24 Ore, Forbes Italia et Reuters. Les deux banques ont refusé de commenter auprès de Reuters, et Paypedia n’a trouvé aucune déclaration de leur part.
Un message WhatsApp et une acquisition fictive
Le premier message est parvenu le 23 février à Paolo Molesini, alors président de Fideuram, depuis un numéro différent de celui qu’il connaissait, selon l’ordonnance de la juge citée par l’ANSA. Il annonçait l’appel d’un avocat chargé de conclure le rachat d’une banque internationale qu’Intesa ne pouvait acquérir directement, une fuite risquant de conduire la Consob, le régulateur italien des marchés, à bloquer l’opération.
L’avocat mis en avant était Paolo Nastasi, associé gérant d’A&O Shearman Italia, une connaissance de Molesini étrangère à l’affaire. Les escrocs ont cloné sa voix avec des outils d’intelligence artificielle, envoyé onze documents et fait signer un accord de confidentialité et une procuration portant en apparence la signature de Messina. Des courriels imitant le cabinet ont fourni les comptes à créditer.
Le responsable des paiements prévenu par un faux directeur général
Le même jour, un faux directeur général de Fideuram a prévenu le responsable de la trésorerie et des paiements que Molesini allait lui demander des virements « urgents et confidentiels », rapporte l’ANSA. Sur instruction de Molesini, le directeur financier de Fideuram a ensuite envoyé les fonds, surtout vers la Chine et Hong Kong, selon le Corriere della Sera. Open dénombre onze virements.
Plus de la moitié récupérée, des chiffres divergents sur le reste
Alertée par ses systèmes de sécurité interne, Fideuram a vite activé la coopération interbancaire internationale, selon le Corriere della Sera. Une banque en Chine a bloqué une partie des fonds et les a restitués. Dans une banque portugaise, qui avait signalé des opérations suspectes selon Open, les procureurs milanais, avec le parquet de Lisbonne et Eurojust, ont immobilisé une autre tranche, saisie sur ordonnance de la juge milanaise Sonia Mancini. Reuters chiffre les sommes récupérées à environ 53 millions d’euros.
| Montant | Corriere della Sera | ANSA | Open |
|---|---|---|---|
| Virés | Environ 95 M€ | Près de 95 M€ | 95 M€ (11 virements) |
| Bloqués en Chine | 40 M€, restitués | 42 M€ | Non précisé |
| Gelés au Portugal | 13 M€ | Plus de 13 M€ | Plus de 13 M€ |
| Manquants | Au moins 36 M€ | 39,5 M€ | 39,5 M€ |
Le Corriere della Sera, suivi par Il Sole 24 Ore, Forbes Italia et MF, compte au moins 36 millions d’euros introuvables. L’ANSA, La Stampa et Open retiennent 39,5 millions, montant qu’Open attribue à l’ordonnance de la juge.
Selon Reuters, l’argent manquant a transité par des comptes à l’étranger avant d’être converti en cryptoactifs. D’après Open, plus de 36 millions d’euros sont passés par des comptes à Malte, au Luxembourg et aux Pays-Bas, puis par une plateforme canadienne de transfert d’argent, jusqu’à deux portefeuilles bitcoin rattachés à un suspect.
Un suspect à Milan, deux autres banques visées
Ce suspect, un Israélien de 48 ans, est visé avec des complices non identifiés pour escroquerie aggravée et usurpation d’identité, selon Open. D’après l’analyse des flux financiers citée par Open, près de 4 millions d’euros, convertis en cryptoactifs, lui seraient revenus. Les enquêteurs recherchent le reste de la bande par commissions rogatoires, selon l’ANSA. Molesini, qui n’est pas visé par l’enquête selon Il Sole 24 Ore, a quitté la présidence le 12 mars pour raisons personnelles, rappelle le Corriere della Sera.
Le parquet de Milan enquête séparément sur des fraudes similaires. Chez Banca Ifis, une responsable aurait autorisé en mai environ 24 millions d’euros de virements vers l’Espagne, Singapour, Hong Kong et Bahreïn, dont 20 millions récupérés, selon l’ANSA. Une banque plus petite, coopérative selon La Stampa, a été escroquée d’environ 2 millions d’euros, retrouvés en partie en Croatie. Une société non bancaire du groupe Bper a subi une fraude identique pour des montants bien moindres, ajoute l’ANSA.