Circle a bouclé le 31 juillet 2026 la seconde moitié d’un montage réglementaire inédit pour un émetteur de stablecoin. En obtenant une charte de trust à vocation limitée du régulateur financier de l’État de New York (NYDFS), l’émetteur de l’USDC complète le dispositif entamé trois semaines plus tôt avec l’agrément de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur bancaire fédéral américain.
Le résultat : une structure à deux étages, où une entité fédérale et une entité new-yorkaise se répartissent les deux métiers d’un émetteur de dollar numérique. C’est, à ce jour, l’édifice réglementaire le plus abouti du secteur, et un modèle que ses concurrents auront du mal à répliquer.
Deux chartes, deux métiers
Émettre un stablecoin recouvre en réalité deux fonctions distinctes : créer et détruire les jetons au rythme des souscriptions et des rachats d’une part ; garder les réserves qui les adossent d’autre part. Circle a choisi de confier chacune à une entité dédiée.
| Entité | Régulateur | Fonction |
|---|---|---|
| Circle New York Trust | NYDFS (État de New York) | Émission de l’USDC sous la loi bancaire new-yorkaise |
| Circle National Trust | OCC (fédéral) | Garde des réserves et rôle de fiduciaire du collatéral |
L’agrément fédéral, approuvé le 10 juillet 2026, a donné naissance à First National Digital Currency Bank, N.A., exploitée sous le nom de Circle National Trust. La charte new-yorkaise du 31 juillet crée, elle, Circle Internet Trust Company, vers laquelle l’émission de l’USDC doit progressivement migrer.
Le GENIUS Act en toile de fond
Cette course aux agréments n’a rien de gratuit. Le GENIUS Act, premier cadre fédéral américain dédié aux stablecoins de paiement, impose aux grands émetteurs d’obtenir une charte de l’OCC. Pour Circle, se doter d’un statut fédéral n’est donc pas un luxe de conformité : c’est la condition d’accès au marché qu’il domine déjà.
Pourquoi cette architecture compte
En séparant émission et garde sous deux régulateurs, Circle bâtit ce que plusieurs observateurs qualifient de « pile de conformité État-fédéral » difficile à égaler. Son grand rival Tether, non agréé aux États-Unis et retiré des plateformes régulées de l’Union européenne sous MiCA, ne dispose d’aucun équivalent. Or l’écart de légitimité pourrait peser autant que l’écart de volume.
La crainte des banques : la fuite des dépôts
Cet adoubement réglementaire ne fait pas que des heureux. Plusieurs organisations bancaires américaines mettent en garde contre un effet de siphon : à mesure que les dollars numériques gagnent en légitimité, une partie de l’épargne pourrait quitter les comptes de dépôt classiques pour des stablecoins. Standard Chartered estime à environ 500 Md$, d’ici fin 2028, les dépôts susceptibles de migrer, autant de ressources en moins pour financer le crédit.
Pour Circle, la manœuvre verrouille une avance stratégique : celle d’un émetteur qui ressemble de plus en plus à une institution financière régulée, et de moins en moins à une start-up crypto. Reste à voir si le double statut tiendra ses promesses opérationnelles, et si les autres émetteurs, à commencer par les consortiums bancaires européens, sauront répondre par une architecture aussi lisible.