La dernière semaine de juillet 2026 a livré, coup sur coup, les résultats trimestriels des principaux acteurs cotés du paiement. Lus ensemble, ils racontent une même histoire : d’un côté, des réseaux de cartes américains qui accélèrent ; de l’autre, des prestataires de services de paiement européens qui peinent à retrouver la croissance. Le contraste est assez net pour mériter qu’on le regarde de face, chiffres à l’appui.
Les réseaux américains accélèrent
Visa a publié le 28 juillet un chiffre d’affaires net de 11,6 Md$ pour son troisième trimestre fiscal clos fin juin, en hausse de 14 % sur un an. Le réseau a franchi pour la première fois la barre des 4 000 Md$ de volume de paiements sur un trimestre, traité 71,7 milliards de transactions (+10 %) et vu son volume transfrontalier progresser de 13 % à taux constant. Résultat : la direction a relevé sa prévision annuelle et le bénéfice par action non-GAAP atteint 3,32 $, en hausse de 11 %.
Deux jours plus tard, Mastercard a affiché un profil quasi identique : 9,3 Md$ de chiffre d’affaires net au deuxième trimestre, également +14 %, un volume transfrontalier en hausse de 12 % et un bénéfice net de 4,4 Md$. Là encore, c’est le transfrontalier, voyages internationaux et commerce en ligne cross-border, qui tire la croissance, bien plus vite que la dépense domestique. Le même moteur avait porté American Express AMEX une semaine plus tôt, avec 19,6 Md$ de revenus (+10 %) et une prévision annuelle relevée.
| Acteur | Revenus | Croissance | Signal clé |
|---|---|---|---|
| Visa (T3 fiscal) | 11,6 Md$ | +14 % | Volume de paiements > 4 000 Md$, prévision relevée |
| Mastercard (T2) | 9,3 Md$ | +14 % | Transfrontalier +12 %, bénéfice net 4,4 Md$ |
| American Express (T2) | 19,6 Md$ | +10 % | Prévision annuelle portée à +10 % |
| PayPal (T2) | 8,68 Md$ | +5 % | Marge de transaction relevée, Venmo et Braintree moteurs |
Les prestataires européens à la peine
Le tableau se renverse en Europe. Worldline a publié le 30 juillet un chiffre d’affaires semestriel de 1 736 M€, en repli organique de 0,2 % sur un an, mettant fin à sept trimestres consécutifs de contraction sans pour autant retrouver la croissance. Surtout, le groupe a abaissé sa prévision annuelle (désormais « stable à légèrement positive ») en invoquant des banques qui tardent à attribuer leurs contrats. L’EBITDA ajusté ressort à 294 M€ (marge de 16,9 %), au-dessus des attentes, et le désendettement progresse, mais l’action a cédé près de 3,7 % à la publication.
L’italien Nexi a livré un message plus stable mais tout aussi contraint : 1,74 Md€ de revenus semestriels, en hausse de seulement 1 %, un EBITDA stable à 870 M€ et un bénéfice net porté à 115 M€ contre 88 M€ un an plus tôt. Le groupe confirme ses objectifs annuels. Cette prudence, comparée aux relèvements de Visa, Mastercard et Amex, en dit long sur la différence de conjoncture ressentie de part et d’autre de l’Atlantique.
| Acteur | Revenus (S1) | Croissance | Prévision annuelle |
|---|---|---|---|
| Worldline | 1 736 M€ | −0,2 % (organique) | Abaissée à « stable à légèrement positive » |
| Nexi | 1,74 Md€ | +1 % | Confirmée |
L’autre visage du trimestre : la crypto sous pression
Hors du duel réseaux/PSP, la saison a aussi rappelé la fragilité des revenus adossés à la crypto. Coinbase a publié le 30 juillet un chiffre d’affaires de 1,22 Md$, en baisse de 19 % sur un an, et une perte nette de 359 M$. Les revenus de transaction reculent de 21 %, signe d’un marché crypto atone, mais l’encours moyen d’USDC détenu sur ses produits atteint un record de 20 Md$, confirmant que la valeur migre du trading spéculatif vers le stablecoin comme instrument de paiement et de trésorerie. Un déplacement de fond que les réseaux de cartes, eux aussi, cherchent désormais à capter.
Ce qu’il faut retenir : la saison des résultats confirme que la valeur, dans le paiement, se concentre là où sont les rails et le transfrontalier, pas là où se livre la bataille commerciale de l’acquisition. Ce n’est pas une fatalité (la consolidation européenne, le virement instantané gratuit et l’arrivée de Wero rebattent lentement les cartes), mais l’écart de valorisation entre un réseau à +14 % et un acquéreur à l’arrêt raconte, mieux qu’un long discours, où se situe aujourd’hui le pouvoir de fixer les prix. À suivre : la publication d’Adyen le 13 août et celle de Block le 5 août, deux autres publications de résultats qui renseigneront sur la santé du secteur.