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Réglementation

L’OCC ferme la porte à bunq : anatomie d’un refus de charte bancaire américaine

Par une lettre du 4 août 2026 rendue publique le 7, le régulateur fédéral des banques à charte nationale aux États-Unis a rejeté la demande de charte de banque nationale déposée par la néobanque néerlandaise bunq. La décision, motivée sur cinq critères, énumère les conditions qu’une fintech européenne doit remplir pour s’implanter aux États-Unis.

Réseaux évoqués

Le 4 août 2026, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur des banques à charte fédérale aux États-Unis, a signé la décision nº 1384 de sa direction Chartering, Organization and Structure. Elle refuse la demande d’agrément déposée pour bunq US Bank, National Association, filiale américaine en projet de la néobanque néerlandaise bunq. L’information a été rendue publique le 7 août. Le document, long de six pages et signé du Senior Deputy Comptroller Stephen A. Lybarger, est inhabituellement explicite : il énumère cinq séries de manquements et indique ce qu’une demande ultérieure devrait corriger.

Ce que bunq voulait construire aux États-Unis

Le projet reposait sur une société de tête, Bunq US Holding LLC, détenue majoritairement par Ali Niknam, fondateur et actionnaire de contrôle de bunq B.V., l’établissement de crédit néerlandais supervisé par De Nederlandsche Bank. La banque américaine devait offrir deux produits, des comptes de dépôt et des cartes de crédit non garanties. Le modèle économique était celui de la maison mère : un abonnement à quatre paliers, gratuit au niveau de base puis payant à mesure que les fonctionnalités s’ajoutent, complété par les commissions d’interchange perçues sur les paiements par carte.

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L’écart entre le modèle européen et le projet américain
En Europe, bunq B.V. commercialise deux produits, des comptes de dépôt et des cartes de crédit garanties, adossées à une somme immobilisée. Le projet américain reposait sur du crédit non garanti, un métier de risque que ni la direction pressentie ni le conseil ne pratiquaient. C’est cet écart, plus que la taille du groupe, que l’OCC a jugé rédhibitoire.
50 M$
capital initial annoncé dans la demande
OCC, décision nº 1384
58,3 M$
capital révisé en cours d’instruction, sans analyse justificative
OCC, décision nº 1384
janvier 2026
dépôt de la demande d’agrément auprès de l’OCC
Reuters, 7 août 2026
22 millions
utilisateurs revendiqués par bunq en 2025
Euromoney, 17 juillet 2026

Cinq motifs, un même reproche

L’OCC statue sur le fondement du 12 CFR 5.13(b), qui l’autorise à rejeter une demande présentant une préoccupation sérieuse de supervision ou de conformité. Il applique ensuite la grille de son règlement de chartering, le 12 CFR 5.20(f) : connaissance des lois bancaires par les organisateurs, compétence de la direction et du conseil, suffisance du capital, perspective raisonnable de rentabilité, gestion saine et prudente, absence de dénomination trompeuse. Le dossier bunq a échoué sur cinq de ces six critères.

CritèreCe que la décision reproche au dossier
Suffisance du capitalL’origine des fonds n’a jamais été établie : tantôt les avoirs personnels d’Ali Niknam, tantôt un dividende versé par bunq B.V. Aucun justificatif de disponibilité n’a été produit.
Compétence de la directionNi la direction pressentie ni le conseil n’ont démontré d’expérience de la carte de crédit non garantie, produit de crédit principal de la banque projetée.
Perspective de rentabilitéLe taux d’impayés retenu est repris des projections européennes de bunq B.V. La provision pour pertes de crédit est inférieure à celle des banques de cartes déjà supervisées par l’OCC.
Gestion saine et prudentePlan d’affaires et plan marketing insuffisamment étayés au regard de la concurrence et de l’absence de notoriété de la marque sur le marché américain.
OrganisateursExpérience bancaire limitée à des domaines spécialisés, gestion de fortune et informatique. Celle d’Ali Niknam porte sur un établissement qui n’est pas soumis au droit américain.
Les cinq griefs retenus par la décision nº 1384
Signature d’un document officiel
La décision nº 1384 est motivée sur cinq critères du règlement de chartering de l’OCC.

Le passage le plus sévère concerne le dirigeant pressenti. La décision relève qu’il connaît mal la réglementation bancaire fédérale, qu’il exercerait ses fonctions à temps partiel, qu’il consacrerait une part importante de son temps à d’autres entités du groupe dont il reste administrateur, et qu’il passerait la majeure partie de l’année hors des États-Unis. Le régulateur en tire une conclusion de gouvernance : le conseil ne serait pas en mesure de superviser efficacement le produit principal de la banque. bunq avait par ailleurs sollicité des dérogations aux exigences de résidence et de nationalité applicables aux administrateurs de banque nationale ; le refus les rend sans objet.

L’OCC examine aussi l’historique de la maison mère. bunq B.V. a démarré son activité commerciale en 2015 mais n’a connu son premier exercice complet bénéficiaire qu’en 2023, une rentabilité que le régulateur attribue largement à la remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne. Lorsque les taux ont reflué en 2024 et 2025, le résultat a suivi. L’OCC y voit la démonstration des limites d’un modèle d’abonnement dont une part centrale du revenu provient de la rémunération des réserves, et un risque de taux que les organisateurs n’ont pas expliqué comment gérer sur un marché nouveau.

Indicateurs de performance affichés sur un écran
Le régulateur a rapproché les projections américaines de l’historique de rentabilité de la maison mère néerlandaise.
⚠️
Le grief le plus lourd
Au-delà des critères de chartering, l’OCC a conclu défavorablement sur quatre facteurs du 12 U.S.C. 1816, dont la character and fitness de la direction. Le motif est explicite : des incohérences dans ce que la direction communiquait au régulateur pendant l’instruction. Dans la pratique américaine, une réserve sur l’honorabilité pèse plus lourd qu’une insuffisance chiffrée, parce qu’elle ne se corrige pas par un apport de capital.

Après Wise, un second refus en un mois

Début 2024
Premier retrait
bunq retire une première demande de charte bancaire américaine, déposée sous l’administration précédente.
Octobre 2025
Agrément de courtage
La FINRA approuve la licence de broker-dealer de bunq, qui ouvre l’investissement en actions américaines à ses clients.
Janvier 2026
Nouvelle demande
bunq dépose auprès de l’OCC une demande de charte de banque nationale, avec des comptes de dépôt et des cartes de crédit non garanties.
Juillet 2026
Refus opposé à Wise
L’OCC rejette la demande de national trust bank de Wise, sur des motifs de supervision et de conformité.
4 août 2026
Décision nº 1384
L’OCC refuse la demande relative à bunq US Bank, N.A.
7 août 2026
Publication
La décision est rendue publique et reprise par la presse spécialisée.

Le rapprochement avec le dossier Wise, refusé un mois plus tôt, alimente une lecture politique selon laquelle Washington fermerait son marché bancaire aux fintechs européennes. La décision nº 1384 ne soutient pas cette lecture. Elle est technique, longuement motivée, et se conclut par une phrase qui laisse la voie ouverte : le refus n’interdit pas le dépôt d’une nouvelle demande de novo. Une voie de recours existe également auprès du médiateur de l’OCC, prévue au 12 CFR 5.13(f).

Ce que le dossier enseigne aux candidats européens

  • Le capital doit être traçable, pas seulement annoncé. Une enveloppe portée de 50 M$ à 58,3 M$ en cours d’instruction, sans note explicative ni justificatif de disponibilité, est traitée comme une absence de capital démontré.
  • Les projections européennes ne se transposent pas. Le taux d’impayés d’un portefeuille de cartes garanties aux Pays-Bas ne dit rien du risque d’un portefeuille de crédit non garanti aux États-Unis, où les émetteurs opérant sur les réseaux Visa et Mastercard sont installés depuis des décennies.
  • La disponibilité du dirigeant est un critère de gouvernance. Le temps partiel, le cumul de mandats et la résidence hors du pays ont été lus comme un défaut de supervision du produit principal.
  • La cohérence des réponses compte autant que leur contenu. L’OCC a fondé sa réserve d’honorabilité sur des incohérences de communication survenues pendant l’instruction.

bunq n’a pas renoncé. Un porte-parole a indiqué que le régulateur attendait un plan davantage conçu pour le marché américain, une expérience mieux démontrée sur les produits visés et davantage de détail sur la structure financière, et que l’entreprise entendait répondre à ces objections. Le calendrier, lui, s’allonge. Entre le retrait de 2024, la demande de janvier 2026 et le refus d’août, la deuxième néobanque européenne aura passé plus de deux ans à la porte du système bancaire américain sans l’avoir franchie.

Provenance

Publié le 9 août 2026

5 sources, 5 domaines distincts

↗ OCC, Corporate Decision #1384, bunq US Bank, N.A. (Proposed), 4 août 2026 · occ.gov↗ Reuters, « US regulator rejects Bunq application for national bank charter », 7 août 2026 · ph.investing.com↗ Finextra, « OCC rejects Bunq’s bank charter application » · finextra.com↗ PYMNTS, « OCC Says No to Bunq US Banking License Bid », 9 août 2026 · pymnts.com↗ Euromoney, « Europe’s best digital bank 2026: bunq », 17 juillet 2026 · euromoney.com
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