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Innovation

Project Agorá : les dépôts tokenisés passent à l’argent réel pour le paiement transfrontalier

La Banque des règlements internationaux a dévoilé le 30 juillet les premiers résultats en argent réel de Project Agorá : trente transactions transfrontalières réglées avec des dépôts bancaires tokenisés et des réserves de banque centrale, en 80 secondes en moyenne. Lloyds et CaixaBank ont notamment lié change, paiement et règlement en un seul mouvement. Ce règlement dit « atomique » esquisse une alternative bancaire aux stablecoins.

Le 30 juillet 2026, la Banque des règlements internationaux (BRI) a publié les premiers résultats en argent réel de Project Agorá, son grand chantier sur la tokenisation des paiements transfrontaliers de gros. Après une phase de prototype dévoilée en mai, banques centrales et banques commerciales ont exécuté de vraies transactions avec de la monnaie de banque centrale et des dépôts bancaires tokenisés. Lloyds Banking Group et l’espagnol CaixaBank comptent parmi les établissements qui ont mené ces opérations.

Project Agorá est piloté par la BRI avec l’Institut de la finance internationale (IIF). Il réunit un cercle de banques centrales (Banque d’Angleterre, Banque de France, Banque du Japon, Banque de Corée et Banque nationale suisse pour cette phase) et une vingtaine d’institutions financières privées. Son ambition : vérifier si la tokenisation peut lever les frictions bien connues du paiement transfrontalier, à savoir la lenteur, l’opacité des frais et les chaînes de correspondants bancaires empilées.

ℹ️
Qu’est-ce qu’un dépôt tokenisé ?
Un dépôt tokenisé est une représentation numérique, sur un registre programmable, de l’argent que le titulaire détient déjà sur un compte bancaire. Il reste de la monnaie de banque commerciale, garantie par la même banque, mais rendue mobile et « programmable » comme un jeton, ce qui le distingue à la fois d’une cryptomonnaie et d’un stablecoin émis par un tiers. L’idée : conserver la sécurité et le cadre réglementaire du dépôt bancaire tout en gagnant la vitesse et l’automatisation d’un registre partagé.

Ce qui a été testé

La phase en valeur réelle a porté sur un volume délibérément modeste mais bien réel : 30 transactions pour une valeur d’environ 800 000 francs suisses (près de 984 000 $), réglées avec de véritables réserves de banque centrale et des dépôts tokenisés. Lloyds a participé à trois d’entre elles, couvrant la livre sterling, l’euro, le franc suisse et un flux de change croisé. Les monnaies mobilisées sur l’ensemble du test incluaient franc suisse, euro, sterling, yen, won et dollar. Le dollar était la seule devise dont la banque centrale n’a pas pris part à cette phase.

  • Des paiements intra-devise entre banques, réglés en dépôts tokenisés adossés à des réserves de banque centrale.
  • Une transaction transdevise liant conversion de change, paiement et règlement en une seule opération synchronisée.
  • Un règlement effectué sans connexion aux systèmes de règlement des banques centrales ni aux cœurs bancaires. La démonstration portait sur la mécanique, pas encore sur la production.
30
Transactions exécutées en argent réel durant la phase en valeur
BRI / Ledger Insights, 30 juillet 2026
≈ 984 000 $
Valeur totale des transactions (≈ 800 000 CHF)
BRI / Ledger Insights
≈ 80 s
Durée moyenne de règlement d’une transaction
BRI / Ledger Insights
5 + 22
Banques centrales et institutions financières participant à cette phase
BRI / Ledger Insights
Salle de serveurs symbolisant une infrastructure financière
Trente transactions en argent réel, réglées en 80 secondes en moyenne sur un registre partagé : la preuve de concept, pas encore la production.

Le cœur de la démonstration tient dans une opération menée par Lloyds : la conversion de francs suisses en livres sterling, où change, paiement et règlement se sont produits simultanément plutôt qu’en étapes séparées. Dans une chaîne de correspondants classique, ces trois gestes s’enchaînent sur plusieurs heures, voire plusieurs jours, chacun exposant les parties à un risque de contrepartie. Ici, ils s’exécutent d’un bloc.

🔑
Le règlement « atomique »
Un règlement est dit atomique quand les deux jambes d’une transaction (par exemple « je livre des francs » et « je reçois des livres ») se réalisent en même temps ou pas du tout. Il n’existe aucun instant où une partie a payé sans avoir reçu. C’est la version numérique du principe de paiement contre paiement (PvP, payment versus payment), appliquée ici à un flux de change transfrontalier, et c’est précisément ce qui supprime le risque de règlement qui hante le paiement international.

Dépôt tokenisé contre stablecoin

Agorá s’inscrit dans une bataille de fond sur la forme que prendra l’argent numérique. D’un côté, les stablecoins privés (Tether, Circle, ou les consortiums comme Open USD) proposent un jeton adossé à des réserves, hors du bilan bancaire traditionnel. De l’autre, les banques centrales et commerciales défendent le dépôt tokenisé, qui garde l’argent dans le système bancaire régulé. Le pari d’Agorá : offrir la programmabilité qui fait le succès des stablecoins, sans sortir la monnaie du périmètre de la supervision prudentielle.

CritèreDépôt tokeniséStablecoin
Nature de la monnaieMonnaie de banque commercialeCréance sur un émetteur privé
ÉmetteurLa banque du titulaireSociété spécialisée (agréée sous MiCA, GENIUS Act…)
CadreRéglementation bancaire existanteCadre crypto dédié, plus récent
Règlement transfrontalierVise le règlement atomique interbancaireTransfert de jeton pair à pair
Deux formes de monnaie numérique programmable
Avril 2024
Lancement de Project Agorá
La BRI et l’IIF réunissent sept banques centrales et une quarantaine d’institutions pour explorer la tokenisation des paiements transfrontaliers.
Mai 2026
Prototype dévoilé
Une première maquette technique démontre l’enchaînement change-paiement-règlement sur registre partagé.
30 juillet 2026
Premiers résultats en argent réel
30 transactions réglées avec dépôts tokenisés et réserves de banque centrale ; Lloyds et CaixaBank parmi les participants.
Graphique de flux financiers transfrontaliers
Change, paiement et règlement liés en un seul mouvement : l’argument d’Agorá contre la chaîne de correspondants bancaires.

Restent les limites, que la BRI ne masque pas : trente transactions ne font pas une infrastructure, le test s’est déroulé sans connexion aux systèmes réels des banques centrales, et l’absence de la Réserve fédérale prive l’exercice de la banque centrale de la devise reine du transfrontalier. Le projet demeure expérimental, sans engagement de mise en production.

Ce qu’il faut retenir : pendant que les réseaux de cartes et les fintechs misent sur les stablecoins pour moderniser le paiement transfrontalier, les banques centrales avancent leur propre carte, un argent numérique qui reste de la monnaie bancaire régulée. Agorá ne tranche pas encore le débat, mais il prouve que le règlement atomique multidevise fonctionne avec de l’argent réel. C’est la brique qui manquait pour rendre crédible l’alternative bancaire. À suivre : l’élargissement à d’autres banques centrales (la Réserve fédérale en tête) et le passage, un jour, du laboratoire à la production.

Provenance

Publié le 1 août 2026

4 sources, 4 domaines distincts

↗ BIS · Project Agora: exploring tokenisation of cross-border payments · bis.org↗ Ledger Insights · BIS reveals scale of Project Agorá tokenized deposit transactions using real money (30 juillet 2026) · ledgerinsights.com↗ Finextra · Lloyds Banking Group and CaixaBank complete tokenised deposit transactions through Project Agorá · finextra.com↗ FF News · Lloyds Banking Group completes live tokenised deposit transactions via Project Agorá · ffnews.com
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