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🧾 Facturation électronique et paiement B2B

Réforme française 2026-2027 (plateformes agréées, e-invoicing, e-reporting), virement commercial, LCR, affacturage, DSO et Request-to-Pay : la facture et le paiement enfin reliés.

Le paiement B2B, un monde à part

Le paiement entre entreprises intervient à échéance de facture (30, 45, 60 jours), après contrôle et validation, et non au moment de la commande comme dans la vente au détail. Ce décalage entre la commande et le règlement crée le crédit interentreprises. Les entreprises françaises se financent ainsi mutuellement pour environ 700 milliards d'euros, soit davantage que l'encours de crédit bancaire court terme. Un jour de retard pèse sur la trésorerie du fournisseur, qui le répercute à son tour sur ses propres fournisseurs. Le paiement B2B relève donc autant du cash management que de la monétique.

≈ 700 Md€
crédit interentreprises en France, le premier financement court terme des entreprises
Banque de France, Observatoire des délais de paiement
≈ 13 jours
retard de paiement moyen des entreprises françaises
Altares, 2024-2025
≈ 25 %
des défaillances de PME attribuées aux retards et impayés clients
Estimations Observatoire des délais de paiement / assureurs-crédit
  • Virement SCT : le roi du B2B, avec l'écrasante majorité des règlements de factures en valeur ; désormais enrichi par l'instantané et la vérification du bénéficiaire (VoP).
  • Prélèvement SEPA B2B (SDD B2B) : mandat spécifique, pas de droit au remboursement pour le débiteur, apprécié des créanciers récurrents (loyers, leasing).
  • LCR (lettre de change relevé) : effet de commerce dématérialisé, à la fois instrument de paiement à échéance et support d'escompte, une spécificité française en déclin lent mais toujours significative.
  • Cartes B2B : cartes logées (voyages d'affaires), cartes virtuelles à usage unique pour les achats en ligne et le procure-to-pay.
  • Chèque : en chute continue, maintenu par l'habitude, coûteux à traiter et fraudogène.
InstrumentInitiativeÉchéancePoints fortsLimites
Virement SCT / SCT Instdébiteurà l'initiative du payeuruniversel, désormais instantané et vérifié (VoP)réconciliation pénible si référence absente
Prélèvement SDD B2Bcréancierprogramméemaîtrise de l'encaissement, pas de remboursement 8 semainesmandat lourd, réservé aux professionnels
LCRcréancier (acceptée par le débiteur)à échéance fixeescomptable, instrument de financementcircuit vieillissant, usage en repli
Carte virtuelle B2Bdébiteurimmédiatecontrôle fin, données riches, sécuritécoût MSC, acceptation fournisseur
Chèquedébiteurà réceptionhabitudedélais, fraude, traitement manuel
Instruments de paiement B2B comparés

La réforme française 2026-2027

La France généralise la facturation électronique entre assujettis à la TVA (ordonnance 2021-1190, calendrier révisé par la loi de finances 2024). Le principe interdit toute facture B2B domestique en PDF ou papier. Chaque facture devient un fichier de données structurées transitant par des plateformes immatriculées, avec remontée automatique des données à l'administration fiscale. Les objectifs affichés sont la lutte contre la fraude à la TVA, estimée entre 10 et 20 Md€ par an selon les sources, le pré-remplissage des déclarations et des gains de productivité massifs pour les entreprises.

réception obligatoire : 1/9/2026émission : 1/9/2026 GE-ETI, 1/9/2027 PMEPPF · DGFiPannuaire central + concentrateurFournisseurémet depuis son ERPPA émettricecontrôle, adresse, routePA réceptricedélivre et suit les statutsAcheteurvalide et paiefacture structuréeinteropérabilité des PAmise à dispositionFactur-X · UBL · CIIdonnées de facturationstatuts du cycle de vieRèglement à échéanceSCT / SCT Inst (référence RF portée)paie à échéancecrédit + réconciliationservices : e-reporting de paiementDonnées vers la DGFiPFacture entre entreprisesPaiementDepuis le recentrage du portail public, tous les échanges de factures passent par des plateformes immatriculées.
sept. 2021
Ordonnance 2021-1190
Socle juridique de l'obligation d'e-invoicing et d'e-reporting.
juil. 2023
Report du calendrier initial
Le lancement prévu en 2024 est reporté ; la loi de finances 2024 fixe le nouveau calendrier.
oct. 2024
Recentrage du PPF
L'État renonce à faire du Portail Public de Facturation une plateforme d'échange gratuite. Le PPF devient annuaire central + concentrateur de données pour la DGFiP.
1er sept. 2026
Première marche
Toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques ; grandes entreprises et ETI doivent les émettre (et e-reporter).
1er sept. 2027
Deuxième marche
Obligation d'émission étendue aux PME, TPE et micro-entreprises.
2030-2032
ViDA (UE)
Le paquet européen « TVA à l'ère numérique » (adopté en 2025) imposera l'e-invoicing structuré sur les opérations intra-UE.
🔑
Le schéma en Y passe tout entier par les plateformes agréées
Dans le schéma initial, les entreprises pouvaient échanger gratuitement via le PPF. Depuis le recentrage d'octobre 2024, tous les échanges de factures passent par des plateformes agréées (PA, appelées plateformes de dématérialisation partenaires ou PDP jusqu'à la loi de finances pour 2026), immatriculées par la DGFiP. Le PPF conserve deux rôles : l'annuaire (qui adresse quelle entreprise via quelle PA) et le concentrateur des données fiscales. Le choix d'une PA s'impose donc à toutes les entreprises, y compris à celles qui se bornent à recevoir des factures.
  • E-invoicing : factures B2B domestiques entre assujettis français, transmises en format structuré via une plateforme agréée, avec statuts de cycle de vie (déposée, rejetée, refusée, encaissée…).
  • E-reporting de transactions : données des ventes B2C et internationales (export, intra-UE), transmises à l'administration selon un calendrier périodique.
  • E-reporting de paiement : pour les prestations de services, transmission des données d'encaissement (date, montant), car la TVA y est exigible à l'encaissement. C'est le pont officiel entre facture et paiement.
  • Mentions nouvelles obligatoires : SIREN du client, adresse de livraison, type d'opération (biens/services), option TVA sur les débits.
≈ 2 Md
de factures B2B échangées chaque année en France, toutes à dématérialiser
DGFiP, études d'impact
≈ 100
plateformes agréées (ex-PDP) immatriculées sous réserve par la DGFiP en 2025
Liste DGFiP, 2025
5-10 €
coût complet estimé du traitement manuel d'une facture papier, contre moins de 1 € en automatisé
Études dématérialisation (DFCG, éditeurs)

Plateformes agréées, formats et circuits

Une plateforme agréée (PA, appelée PDP jusqu'à la loi de finances pour 2026) est un opérateur privé immatriculé par l'administration, d'abord « sous réserve », puis définitivement après audits. Elle transmet les factures à la plateforme du destinataire et en extrait les données fiscales pour le concentrateur. Elle gère les statuts de cycle de vie. Elle garantit l'authenticité, l'intégrité et la lisibilité. Le marché des plateformes agréées regroupe éditeurs de dématérialisation historiques, ERP, experts-comptables en ligne et opérateurs télécoms, soit plus d'une centaine d'acteurs immatriculés, dont la consolidation est attendue.

Circuit d'une facture B2B domestique sous la réforme
Fournisseur
Émet la facture dans un format du socle
Depuis son ERP ou l'outil de sa plateforme agréée
Plateforme agréée émettrice
Contrôle, consulte l'annuaire, route vers la plateforme agréée du client
L'annuaire central (PPF) indique la plateforme de réception du SIREN destinataire
Plateforme agréée réceptrice
Délivre la facture à l'acheteur et gère les statuts
Reçue, approuvée, refusée, en litige, payée, encaissée
Plateformes agréées (les deux)
Transmettent les données fiscales au concentrateur (PPF/DGFiP)
Extrait de données, pas nécessairement la facture complète
Acheteur
Règle la facture, et le statut « encaissée » remonte
Pour les services : e-reporting de paiement obligatoire
  • Factur-X : format hybride franco-allemand, un PDF lisible contenant un XML structuré (syntaxe CII) ; le préféré des PME car il reste lisible par l'humain.
  • UBL et CII : formats 100 % XML du socle, alignés sur la norme sémantique européenne EN 16931 ; privilégiés par les grands comptes et les échanges automatisés.
  • Peppol : réseau d'interopérabilité international, pressenti comme couche d'échange entre plateformes agréées et pour l'e-invoicing européen (ViDA).
Extrait d'un XML Factur-X (syntaxe CII, profil EN 16931)
<rsm:ExchangedDocument>
  <ram:ID>FAC-2026-0912</ram:ID>
  <ram:TypeCode>380</ram:TypeCode>
  <ram:IssueDateTime>
    <udt:DateTimeString format="102">20260709</udt:DateTimeString>
  </ram:IssueDateTime>
</rsm:ExchangedDocument>
<ram:ApplicableHeaderTradeSettlement>
  <ram:PaymentReference>RF18539007547034</ram:PaymentReference>
  <ram:InvoiceCurrencyCode>EUR</ram:InvoiceCurrencyCode>
  <ram:SpecifiedTradeSettlementPaymentMeans>
    <ram:TypeCode>30</ram:TypeCode>
    <ram:PayeePartyCreditorFinancialAccount>
      <ram:IBANID>FR7630001007941234567890185</ram:IBANID>
    </ram:PayeePartyCreditorFinancialAccount>
  </ram:SpecifiedTradeSettlementPaymentMeans>
  <ram:SpecifiedTradePaymentTerms>
    <ram:DueDateDateTime>
      <udt:DateTimeString format="102">20260908</udt:DateTimeString>
    </ram:DueDateDateTime>
  </ram:SpecifiedTradePaymentTerms>
</ram:ApplicableHeaderTradeSettlement>
ℹ️
La facture porte déjà tout ce qu'il faut pour payer
L'extrait ci-dessus porte l'IBAN du créancier, l'échéance et une référence de paiement structurée (ici au format RF, ISO 11649). Une facture électronique bien formée contient toutes les données d'un ordre de virement pré-rempli, ce qui rend possibles le bouton « payer » intégré et la réconciliation automatique décrits plus bas.

Financer le poste clients : affacturage, Dailly, escompte

Le règlement à échéance, propre au B2B, immobilise la créance client jusqu'à la date de paiement convenue. Plusieurs techniques financières permettent de la mobiliser, en cédant ou en nantissant les factures pour encaisser immédiatement, contre une décote qui rémunère le financeur. La France est le premier marché d'affacturage de l'Union européenne, avec plus de 400 milliards d'euros de créances prises en charge par an (ASF). La facturation électronique modifiera profondément les conditions de ce marché. Des factures structurées, authentifiées et horodatées se financent plus facilement, le risque de fraude documentaire y étant réduit.

🏭
Affacturage classique
L'entreprise cède ses factures au factor qui lui avance 80-95 % du montant, gère le recouvrement et, en version « sans recours », porte le risque d'impayé. Le coût se compose d'une commission d'affacturage et d'une commission de financement.
🔄
Affacturage inversé (reverse factoring)
Le grand donneur d'ordres en prend l'initiative. Ses fournisseurs sont payés comptant par le factor, au coût de crédit du donneur d'ordres (meilleur que le leur). Gagnant-gagnant sur les chaînes d'approvisionnement.
📜
Cession Dailly
Cession de créances professionnelles à une banque par simple bordereau (loi Dailly, 1981). Souple, elle est souvent adossée à une ligne de crédit court terme.
🛡️
Assurance-crédit et escompte LCR
L'assurance-crédit (Allianz Trade, Coface, Atradius) couvre l'impayé et calibre les encours ; l'escompte de LCR reste un financement d'effets à échéance apprécié des ETI industrielles.

Le DSO (days sales outstanding) mesure le nombre de jours de chiffre d'affaires immobilisés en créances clients. Il s'obtient, en première approche, en divisant les créances clients par le CA TTC, le quotient étant multiplié par 365. Pour une entreprise réalisant 100 M€ de CA, une réduction du DSO de 5 jours libère de l'ordre de 1,4 M€ de trésorerie, sans emprunter un euro. Quatre leviers sont employés, par ordre d'efficacité décroissante. Le premier consiste à facturer vite et juste, ce à quoi pourvoit la facture électronique. Viennent ensuite la relance précoce et systématique, puis la mise à disposition de moyens de paiement sans friction, comme le virement pré-rempli ou le Request-to-Pay. Le financement du résidu ferme la liste.

> 400 Md€
de créances prises en charge par l'affacturage en France chaque année, 1er marché de l'UE
ASF (Association française des Sociétés Financières)
60 j / 45 j fin de mois
plafonds légaux des délais de paiement convenus entre entreprises
Loi LME, art. L. 441-10 C. com.
40 €
indemnité forfaitaire de frais de recouvrement due de plein droit par facture payée en retard
Code de commerce
ℹ️
Les délais de paiement sont surveillés et sanctionnés
La DGCCRF contrôle les délais de paiement et publie les sanctions (name and shame). Les amendes peuvent atteindre 2 M€ pour une personne morale, et de grands groupes ont régulièrement fait l'objet de ces publications. L'e-invoicing donnera à l'administration une vision quasi temps réel des échéances et des retards, ce qui augmentera le nombre de manquements susceptibles d'être constatés.

Réconcilier la facture et le paiement

Le rapprochement entre l'encaissement constaté en banque et la facture qu'il éteint constitue le point de rupture historique du traitement B2B. Un virement crédite le compte sans indiquer lequel des 4 000 clients l'a émis, ni quelles factures il règle. Plusieurs situations brouillent cette identification, les libellés tronqués, les paiements groupés qui soldent douze factures en un virement, les déductions unilatérales et les acomptes. Le lettrage mobilise des équipes comptables entières. Le principe de la solution consiste à faire voyager une référence structurée de la facture jusqu'au virement, puis du virement jusqu'à l'écriture comptable. La facturation électronique et l'ISO 20022 permettent d'industrialiser ce transport.

La référence de facture doit revenir intacte à celui qui l'a émise1 · La facturele fournisseur pose la cléFAC-2026-09122 · pain.001l'acheteur la recopieRmtInf/Strd/Ref3 · Les banqueselles transportent la clétransportée telle quelle4 · camt.054restituée au fournisseurRmtInf/Strd/Ref5 · L'ERPlettrage sans interventionlettré sans une mainRF (ISO 11649) : la clé porte son contrôleDeux ruptures, et le lettrage redevient manuelRupture 1 : la référence en texte libreRmtInf/Ustrd : une phrase, pas une cléenvoyée : « règlement de juillet »reçue : rien de structuré à lettrerRupture 2 : le format ancien tronqueMT940 :61: champ 7 · 16 caractères, pointenvoyée : REGLEMENT FAC-2026-0912reçue : REGLEMENT FAC-20 (16 max)Une référence structurée traverse cinq systèmes sans être retapée une seule fois.Un seul maillon en texte libre ou tronqué, et les quatre suivants ne peuvent plus rapprocher.
  • Référence RF (ISO 11649) : référence créancier auto-contrôlée (clé de contrôle intégrée), portée dans le champ remise structuré du virement SEPA, le standard du virement référencé.
  • RemittanceInformation structuré (ISO 20022) : le pain.001 (ordre) et le camt.054 (avis de crédit) peuvent transporter les numéros de factures réglées, et le lettrage devient un simple rapprochement de clés.
  • Virement pré-rempli : le bouton « payer » d'une facture électronique initie un virement (open banking / PIS) où IBAN, montant et référence sont déjà posés. Zéro faute de frappe, zéro virement orphelin.
  • Rapprochement assisté par IA : pour le stock résiduel (payeurs sans référence), les moteurs de matching apprennent les habitudes de paiement de chaque client (écarts habituels, regroupements).
Ordre de virement pain.001 avec remise structurée (extrait)
<CdtTrfTxInf>
  <Amt><InstdAmt Ccy="EUR">12480.00</InstdAmt></Amt>
  <Cdtr><Nm>Fournisseur Industrie SAS</Nm></Cdtr>
  <CdtrAcct><Id><IBAN>FR7630001007941234567890185</IBAN></Id></CdtrAcct>
  <RmtInf>
    <Strd>
      <CdtrRefInf>
        <Tp><CdOrPrtry><Cd>SCOR</Cd></CdOrPrtry></Tp>
        <Ref>RF18539007547034</Ref>
      </CdtrRefInf>
      <RfrdDocInf>
        <Nb>FAC-2026-0912</Nb>
        <RltdDt>2026-07-09</RltdDt>
      </RfrdDocInf>
    </Strd>
  </RmtInf>
</CdtTrfTxInf>
✅
La boucle se ferme avec le statut « encaissée »
La réforme française impose des statuts de cycle de vie remontés via les plateformes agréées, dont le statut « encaissée », obligatoire pour les prestations de services (TVA à l'encaissement). Pour la première fois, un référentiel national relie chaque facture à son paiement. Les écritures de la comptabilité fournisseur et les mouvements du relevé bancaire disposent ainsi d'une clé de correspondance commune.

Request-to-Pay et l'avenir du règlement B2B

Le Request-to-Pay (RTP) désigne le mécanisme par lequel un créancier adresse à son débiteur une demande de règlement avant que celui-ci n'émette son paiement. Le scheme SEPA Request-to-Pay (SRTP, lancé par l'EPC en juin 2021) normalise l'envoi de cette demande de paiement du créancier vers le payeur, via leurs prestataires respectifs. Le payeur reçoit la demande dans son outil bancaire et l'accepte, immédiatement ou à l'échéance, sans ressaisir ni montant ni coordonnées bancaires. Le paiement part alors en virement, instantané dans le cas le plus favorable. Le RTP constitue une couche de messagerie qui précède et déclenche le virement, sans être lui-même un moyen de paiement. La demande porte la référence de facture, le virement la restitue, et la réconciliation s'opère sans intervention manuelle.

Plan 1 · messagerie SRTP : aucun euro ne bougeCréancierla facture, la référencePrestataire RtPachemine la requêtePrestataire RtPprésente la requêtePayeurdécide : oui, non, plus tardrequête ISO 20022acheminementprésentationréponse : accepté, refusé, plus tardle payeur accepterefus : aucun fluxPlan 2 · exécution : le virement push partPayeurordonne le virementPSP du payeurdébite après SCACSM / TIPSrèglement brutPSP du créanciercrédite le comptepacs.008SCT Instcrédit ≤ 10 scrédit définitif, aucun chargebackrulebook SRTP v1.0 · EPC, 15 juin 2021Messages : aucun euroVirement push : définitifRefus : rien ne partLe Request-to-Pay ne déplace pas d’argent : c’est un dialogue posé au-dessus d’un rail existant.
Une facture réglée par Request-to-Pay
Fournisseur
Émet sa facture électronique via sa plateforme agréée
Montant 12 480 €, échéance au 8 septembre, référence RF
Prestataire RTP du fournisseur
Envoie la demande de paiement au payeur
Adressage par IBAN ou alias ; demande liée à la facture
Acheteur
Reçoit la demande dans sa banque ou son ERP, l'accepte pour l'échéance
Acceptation possible : payer maintenant / payer à l'échéance / refuser
Banque de l'acheteur
Exécute le virement (SCT Inst) à la date convenue
IBAN vérifié (VoP), référence RF embarquée
Fournisseur
Encaisse, lettre automatiquement, le statut « encaissée » remonte à la plateforme agréée
DSO maîtrisé, zéro saisie, zéro rapprochement manuel
  • Cas d'usage B2B : facture avec bouton « payer », échéanciers acceptés une fois et exécutés automatiquement, relances portant une demande de paiement actionnable.
  • Cas d'usage B2C adjacents : factures d'énergie et de télécoms, loyers, péages, partout où le prélèvement est mal aimé et la carte coûteuse.
  • Frein principal : l'adoption par les banques du scheme SRTP reste inégale ; des acteurs privés (fintechs de facturation, plateformes agréées) comblent l'écart avec des RTP propriétaires par e-mail ou ERP.
🔑
Quatre briques, un système
Quatre dispositifs se combinent. L'e-invoicing transforme la facture en donnée fiable, exploitable par les deux parties. Le virement instantané rend le règlement immédiat et disponible 24/7. La VoP vérifie le bénéficiaire avant l'envoi des fonds, ce qui fait reculer la fraude au RIB. Le Request-to-Pay fait circuler la demande de paiement et permet de l'accepter en un clic. Assemblés, ces dispositifs dessinent un « pay-by-invoice » européen, où l'émission de la facture, son règlement, son lettrage et son financement s'enchaînent sans ressaisie.

À l'horizon 2030, le paquet européen ViDA étendra l'e-invoicing structuré aux opérations intra-UE. Les données de facturation alimenteront en continu les déclarations de TVA, le scoring de crédit et le financement de factures. Le paiement B2B a été modernisé plus tardivement que le paiement de détail. Il constitue aujourd'hui le chantier le plus rentable du secteur. Chaque étape supprimée entre l'émission de la facture et l'exécution du virement se lit directement dans le DSO, donc dans la trésorerie disponible.

Et ailleurs dans le monde. Le même mécanisme, ailleurs.

L'obligation de facture électronique structurée entre entreprises et l'architecture de contrôle retenue

Italie

Depuis le 1er janvier 2019, toute facture entre assujettis résidents ou établis en Italie doit être électronique et transiter par le Sistema di Interscambio (SdI) de l'Agenzia delle Entrate : une facture qui n'est pas passée par le SdI est réputée non émise. L'obligation couvre aussi bien les opérations B2B que les ventes au consommateur final.

Agenzia delle Entrate, « La fattura elettronica », https://www.agenziaentrate.gov.it/portale/aree-tematiche/fatturazione-elettronica/guida-fatturazione-elettronica/la-fattura-elettronica

Brésil

L'Ajuste SINIEF 07/05 institue la Nota Fiscal Eletrônica : le document n'a de valeur juridique qu'après signature numérique de l'émetteur et « autorisation d'usage » délivrée par l'administration fiscale de l'État (SEFAZ) avant la réalisation de l'opération taxable. L'émetteur doit transmettre au destinataire le fichier de la NF-e et son protocole d'autorisation dès réception. Le contrôle est donc a priori, transaction par transaction.

CONFAZ, Ajuste SINIEF 7/05, https://www.confaz.fazenda.gov.br/legislacao/ajustes/2005/AJ007_05

Mexique

Une facture mexicaine n'existe fiscalement qu'une fois « timbrée » (certifiée) par le SAT lui-même ou par un Proveedor Autorizado de Certificación (PAC), opérateur privé agréé, l'équivalent fonctionnel des plateformes agréées françaises (ex-PDP). La version CFDI 4.0 est entrée en vigueur le 1er janvier 2022 et est la seule valide depuis la fin de la coexistence avec la 3.3, le 31 mars 2023.

SAT, « Servicio de facturación CFDI versión 4.0 », https://www.sat.gob.mx/aplicacion/75169/servicio-de-facturacion-cfdi-version-4.0-(vigente-a-partir-del-1-de-enero-de-2022)

Inde

Sous le régime GST, les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel agrégé atteint 5 crores de roupies doivent, depuis le 1er août 2023 (notification GST 10/2023), enregistrer leurs factures B2B sur un Invoice Registration Portal (IRP), qui renvoie un Invoice Reference Number (IRN) et un QR code apposés sur la facture.

GSTN, Invoice Registration Portal, https://einvoice6.gst.gov.in/content/einvoice-mandate/

Pologne

L'émission via le Krajowy System e-Faktur (KSeF) devient obligatoire le 1er février 2026 pour les entreprises dont les ventes 2024, TVA comprise, ont dépassé 200 millions de zlotys, puis le 1er avril 2026 pour toutes les autres, y compris les assujettis exonérés. L'obligation de recevoir les factures par KSeF s'applique en revanche à tous dès le 1er février 2026.

Ministerstwo Finansów, portail KSeF, https://ksef.podatki.gov.pl/informacje-ogolne-ksef-20/podstawy-prawne-oraz-kluczowe-terminy/

Le plafond légal des délais de paiement entre entreprises et la sanction du retard

Union européenne

La directive 2011/7/UE fixe à 60 jours calendaires le délai maximal convenu entre entreprises, sauf accord exprès qui ne soit pas manifestement abusif pour le créancier, et à 30 jours le délai de paiement des pouvoirs publics (60 jours par exception). Tout retard ouvre droit de plein droit à un montant forfaitaire minimal de 40 € au titre des frais de recouvrement, en sus des intérêts.

Directive 2011/7/UE, art. 3, 4 et 6, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32011L0007

Royaume-Uni

Aucun plafond légal ne borne les délais convenus entre entreprises : la loi agit par le coût du retard. Le Late Payment of Commercial Debts (Interest) Act 1998 ouvre droit à un intérêt légal de 8 % au-dessus du taux de base de la Banque d'Angleterre, et à une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 £ pour une créance inférieure à 1 000 £, 70 £ de 1 000 à 10 000 £, et 100 £ au-delà.

GOV.UK, « Late commercial payments: claim debt recovery costs », https://www.gov.uk/late-commercial-payments-interest-debt-recovery/claim-debt-recovery-costs

Inde

Le MSMED Act 2006 protège spécifiquement les micro et petites entreprises : l'acheteur doit payer dans le délai convenu, qui ne peut en aucun cas excéder 45 jours (art. 15). À défaut, il doit un intérêt composé à capitalisation mensuelle égal à trois fois le taux directeur (bank rate) notifié par la Reserve Bank of India (art. 16).

Micro, Small and Medium Enterprises Development Act, 2006, art. 15 et 16, https://www.indiacode.nic.in/bitstream/123456789/2013/3/A2006-27.pdf

États-Unis

Aucun plafond fédéral ne borne les délais convenus entre entreprises privées ; l'obligation ne pèse que sur l'État. La clause FAR 52.232-25 (Prompt Payment) impose aux agences fédérales de payer au 30e jour suivant la réception d'une facture conforme ou l'acceptation des prestations, avec pénalité d'intérêt versée automatiquement, sans demande du fournisseur (5 CFR partie 1315) ; le délai tombe à 7 jours pour les viandes et 10 jours pour les produits laitiers et frais.

Federal Acquisition Regulation 52.232-25, https://www.acquisition.gov/far/52.232-25