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Réglementation

Emmanuel Moulin plaide pour une révision ciblée de MiCA, des dépôts tokenisés aux stablecoins non adossés à l’euro

À l’ouverture du Forum Fintech ACPR-AMF, Emmanuel Moulin a jugé qu’une révision ciblée de MiCA pourrait clarifier le régime des dépôts tokenisés et des stablecoins, et mieux encadrer l’usage des stablecoins non adossés à l’euro dans les paiements du quotidien.

Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France et président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), a estimé le 2 octobre 2026 que le cadre européen des cryptoactifs devait être adapté aux évolutions de la finance tokenisée. Une révision ciblée du règlement sur les marchés de cryptoactifs (MiCA) pourrait, selon lui, clarifier le traitement juridique des dépôts tokenisés et le régime applicable aux stablecoins, tout en encadrant mieux l’utilisation des stablecoins non adossés à l’euro pour les paiements du quotidien et les modèles multi-émetteurs.

Le gouverneur s’exprimait en ouverture du Forum Fintech ACPR-AMF, réuni à la Banque de France à Paris dix ans après sa création. Le forum était le premier qu’il ouvrait en tant que gouverneur. Son discours intervient deux jours après la réponse de l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) à la consultation de la Commission européenne sur la révision de MiCA.

« Une révision ciblée du règlement MiCA pourrait clarifier le traitement juridique des dépôts tokenisés et le régime applicable aux stablecoins », a déclaré Emmanuel Moulin. Il a aussi proposé de pérenniser le régime pilote européen des infrastructures de marché DLT dans le cadre du paquet MISP (Market Integration and Supervision Package) de la Commission, en jugeant qu’« un rehaussement des plafonds d’activité autour de 300 Mds€ serait pertinent ».

Environ 300 Md€
plafonds d’activité proposés pour un régime pilote DLT pérennisé
Banque de France
Plus de 1 200
fintechs en France
France FinTech, cité par la Banque de France
Près de 55 000
emplois dans les fintechs en France
France FinTech, cité par la Banque de France
15
licornes de la fintech française
France FinTech, cité par la Banque de France

Une révision de MiCA déjà commentée par les autorités européennes

Le document de consultation de la Commission sur la révision de MiCA relève que les termes « tokenised deposit » et « deposit tokens » ne sont pas définis, et que MiCA n’interdit pas, à ce jour, les modèles multi-émetteurs. Dans un tel modèle, tel que le décrit la Commission, un émetteur mondial de stablecoins est soumis à MiCA pour les jetons offerts ou détenus dans l’Union, et aux règles des autres juridictions où il émet ou offre aussi ces jetons.

Les autorités européennes ont déjà répondu à la Commission. Le 24 septembre, l’Autorité bancaire européenne (ABE) lui a recommandé d’envisager des modifications réglementaires pour les dispositifs multi-émetteurs de pays tiers, afin d’atténuer des risques qu’elle qualifie de significatifs à très significatifs. Le 30 septembre, l’ESMA a demandé des règles explicites pour empêcher les entreprises de cryptoactifs régulées de proposer des services liés à des stablecoins non conformes à MiCA. Emmanuel Moulin a pour sa part distingué un usage de paiement, celui des stablecoins non adossés à l’euro dans les achats du quotidien.

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L’argument de la souveraineté
Selon Emmanuel Moulin, la tokenisation permettra des gains d’efficacité en réduisant les délais de règlement et les coûts de transaction, mais soulève aussi des enjeux de stabilité financière et de souveraineté. « L’Europe pourrait notamment devenir dépendante d’infrastructures non européennes et d’actifs de règlement non libellés en euros », a-t-il déclaré.
Billets de dollars américains et d’euros éparpillés sur une surface plane
Le gouverneur souhaite que MiCA encadre mieux l’usage des stablecoins non adossés à l’euro dans les paiements du quotidien.

Des jetons Pontes pour régler des NEU CP tokenisés d’ici fin 2026

La réponse européenne décrite par le gouverneur repose sur trois piliers. Le premier est une monnaie de banque centrale adaptée à l’ère numérique, avec le projet d’euro numérique pour le grand public et, pour le marché interbancaire, Pontes, que l’Eurosystème a lancée le 21 septembre 2026 pour régler en monnaie de banque centrale des transactions de gros sur actifs tokenisés. Un premier groupe de participants, dont la Caisse des Dépôts, Memo Bank et Société Générale, avait achevé son raccordement au lancement, selon la BCE, qui assigne à un second projet, Appia, l’objectif de livrer un plan d’ensemble d’ici 2028.

Le deuxième pilier est une offre européenne de monnaie de banque commerciale tokenisée, composée de dépôts bancaires tokenisés, de stablecoins adossés à l’euro et d’infrastructures de paiement permettant la compensation multilatérale de ces jetons. La Banque de France et l’ACPR ont lancé en mars 2026 le groupe stratégique sur l’innovation et la tokenisation (GSIT), avec l’AMF, la direction générale du Trésor et des acteurs privés de la Place. Dans ce cadre, le projet Pythagore, conduit par la Banque de France et Euroclear France, doit permettre d’ici la fin de 2026 de régler des NEU CP tokenisés, les titres de créances négociables à court terme du marché français, en jetons de monnaie centrale fournis via Pontes.

Le troisième pilier est réglementaire. Le régime pilote DLT, applicable depuis le 23 mars 2023, fournit le cadre juridique de la négociation et du règlement des cryptoactifs qui ont la qualité d’instruments financiers. L’ESMA en rappelle les plafonds par instrument : actions dont la capitalisation boursière est inférieure à 500 millions d’euros, obligations dont l’émission est inférieure à 1 milliard d’euros, OPCVM dont les actifs sous gestion sont inférieurs à 500 millions d’euros. Prévu pour durer au moins trois ans et prolongeable par la Commission, il pourrait, s’il est concluant, devenir permanent par une modification de la législation financière de l’Union, indique l’ESMA. Le discours ne précise pas quels plafonds le chiffre de 300 milliards d’euros remplacerait.

Gros plan sur une pièce de 2 euros portant le mot EURO au-dessus d’une carte de l’Europe
La Banque de France veut favoriser une offre européenne de dépôts tokenisés et de stablecoins adossés à l’euro, à côté de la monnaie de banque centrale.

L’ACPR surveillera l’IA à haut risque à partir de décembre 2027

L’intelligence artificielle est le deuxième des trois enjeux que le gouverneur a retenus pour la décennie, entre la tokenisation et la fragmentation géopolitique. Près de 80 % des fintechs l’utilisent, selon une étude de France FinTech citée dans le discours. Dans le secteur financier, la catégorie « à haut risque » du règlement européen sur l’IA comprend les systèmes d’octroi de crédit, d’évaluation des risques et de tarification en assurance, a rappelé le gouverneur, et l’ACPR sera chargée de leur surveillance à compter de décembre 2027. Il a ajouté que « notre cadre règlementaire n’est sans doute pas suffisant pour faire face aux risques des modèles les plus avancés ».

Le gouverneur a chiffré le secteur à plus de 1 200 entreprises et près de 55 000 emplois en France, dont 15 licornes, d’après le panorama publié par France FinTech en septembre 2026. Citant l’Observatoire de la Fintech, il a relevé une hausse de 51 % des levées de fonds sur un an au premier semestre 2026, portée par quelques opérations importantes. « Cette tendance encourageante demeure toutefois fragile », a-t-il souligné, en appelant à davantage de fonds propres, notamment d’investisseurs européens.

21 septembre 2026
Pontes entre en service
L’Eurosystème commence à régler en monnaie de banque centrale des transactions de gros sur actifs tokenisés.
24 septembre 2026
L’ABE répond à Bruxelles
Elle recommande d’envisager des modifications pour les dispositifs multi-émetteurs de pays tiers.
30 septembre 2026
L’ESMA rend ses propositions sur MiCA
Elle demande des règles contre les services liés à des stablecoins non conformes.
2 octobre 2026
Emmanuel Moulin ouvre le Forum Fintech
Il plaide pour une révision ciblée de MiCA et des plafonds du régime pilote autour de 300 milliards d’euros.
Fin 2026
Objectif du projet Pythagore
Règlement de NEU CP tokenisés en jetons de monnaie centrale fournis via Pontes.
Décembre 2027
Surveillance de l’IA
L’ACPR doit commencer à surveiller les systèmes d’IA à haut risque du secteur financier.

Rien ne change dans le droit à ce stade. Selon son document de consultation, la Commission s’appuiera sur les réponses pour préparer, si elle le juge approprié, une proposition formelle. Toute modification de MiCA devrait ensuite être adoptée par le Parlement européen et le Conseil.

Provenance

Publié le 2 octobre 2026

8 sources, 5 domaines distincts

↗ Banque de France, « Pour un dixième anniversaire : une conviction, deux principes et trois enjeux », discours d’Emmanuel Moulin · banque-france.fr↗ Banque de France, version anglaise du discours · banque-france.fr↗ Banque de France, texte intégral du discours avec ses notes (PDF) · banque-france.fr↗ ESMA, ESMA calls for changes to make MiCA clearer, safer and ready for emerging services · esma.europa.eu↗ ABE, The EBA identifies priorities for the review of MiCA · eba.europa.eu↗ BCE, Eurosystem brings central bank money to tokenised finance · ecb.europa.eu↗ Commission européenne, document de la consultation ciblée sur la révision de MiCA · finance.ec.europa.eu↗ ESMA, page consacrée au régime pilote DLT · esma.europa.eu
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