L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, adossé à la Banque de France, a publié le 9 septembre 2026 son dixième rapport annuel. Le document porte sur l’exercice 2025 et chiffre à 1,241 milliard d’euros le préjudice cumulé de la fraude aux moyens de paiement scripturaux en France, en hausse de 3,8 % sur un an. Le nombre d’opérations frauduleuses recule dans le même temps, à 7,2 millions, soit 7,6 % de moins qu’en 2024.
Le déplacement vers l’ingénierie sociale
Le chiffre qui porte la hausse du préjudice total est celui de la fraude par manipulation, c’est-à-dire les opérations que la victime autorise elle-même sous l’effet d’une tromperie. Elle atteint 516 millions d’euros en 2025, en progression de 34 % sur un an, et représente désormais plus de 40 % de la fraude totale aux moyens de paiement. Sa part a doublé en quatre ans, portée par une hausse cumulée de 43 % entre 2021 et 2024.
- Fraude au faux conseiller bancaire, qui pousse la victime à valider elle-même une opération frauduleuse
- Fraude au faux service antifraude, qui détourne la procédure censée protéger le client
- Fraude au président, qui usurpe l’autorité d’un dirigeant pour obtenir un virement d’entreprise
- Fraude par substitution d’IBAN, qui remplace les coordonnées bancaires d’un créancier légitime
Les fraudes techniques reculent à des niveaux historiquement bas
La fraude à la carte recule en montant comme en taux, ce qui confirme l’efficacité des dispositifs d’authentification forte généralisés depuis plusieurs années sur les paiements à distance. Le chèque affiche à l’inverse le taux de fraude le plus élevé de tous les instruments suivis par l’Observatoire, alors même que son usage continue de décliner. Le rapport pointe la livraison du chéquier comme un point de vulnérabilité persistant et recommande une remise sécurisée et tracée, ou un retrait en agence sans frais, d’ici décembre 2026.
Une obligation de remboursement que l’authentification ne suffit pas à écarter
L’article L. 133-18 du Code monétaire et financier impose à l’établissement teneur de compte de rembourser immédiatement un client victime d’une opération non autorisée, sauf à démontrer une négligence grave de sa part. La circonstance que l’opération ait franchi une authentification forte ne suffit pas, à elle seule, à établir cette négligence : quand la manipulation conduit la victime à valider elle-même l’opération sur son propre appareil, l’authentification technique fonctionne normalement, ce qui déplace le terrain de la preuve vers le comportement du client plutôt que vers la sécurité du système.
Ce que la bascule statistique change pour les établissements
Le dixième rapport de l’Observatoire acte un renversement engagé depuis plusieurs exercices : la criminalité contre les moyens de paiement se déplace de l’attaque technique, coûteuse à industrialiser face à des protections désormais matures, vers la manipulation du payeur, qui contourne ces mêmes protections sans avoir à les franchir. Les dispositifs de détection fondés sur le comportement de paiement, plutôt que sur la seule vérification de l’identité du payeur, deviennent le principal levier disponible face à une fraude que l’authentification forte ne peut plus, par construction, empêcher.