American Express AMEX a publié le 24 juillet 2026 un deuxième trimestre supérieur aux attentes de bénéfice, et relevé sa prévision de croissance de revenus pour l’exercice à 10 %. Les dépenses des porteurs progressent de 9 % à taux de change constant, un rythme que le groupe présente comme le plus élevé depuis trois ans sur cette base. Ce trimestre montre surtout où se déplace la rentabilité d’un réseau de cartes.
Le trimestre en chiffres
| Indicateur | T2 2026 | T2 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume facturé | 455,8 Md$ | 416,3 Md$ | +9 % |
| Revenus totaux nets des charges d’intérêts | 19 637 M$ | 17 856 M$ | +10 % |
| Résultat avant impôt | 4 071 M$ | 3 550 M$ | +15 % |
| Résultat net | 3 110 M$ | 2 885 M$ | +8 % |
| Bénéfice par action dilué | 4,53 $ | 4,08 $ | +11 % |
| Nombre moyen d’actions diluées | 679 M | 699 M | -3 % |
Sur le semestre, le volume facturé atteint 883,8 Md$ (+10 %), les revenus 38 544 M$ (+11 %) et le bénéfice par action 8,81 $ (+14 %). Les charges du trimestre s’élèvent à 14,5 Md$, en hausse de 12 %, tirées par les coûts variables d’engagement client, par la refonte de la carte Platinum aux États-Unis et par l’utilisation croissante des avantages associés aux cartes. Le taux effectif d’impôt remonte à 23,6 %, contre 18,7 % un an plus tôt.
Côté risque, les provisions pour pertes de crédit s’établissent à 1,1 Md$, contre 1,4 Md$ un an plus tôt : une reprise de provisions sur le trimestre, là où l’exercice précédent avait constitué une réserve, partiellement compensée par des passages en perte plus élevés. Le taux net de passages en perte ressort à 2,0 %, stable sur un an.
Les cotisations, nouveau moteur de croissance
L’élément le plus structurant du trimestre n’est pas le volume, c’est la cotisation. Les revenus de frais de cartes progressent de 15,4 % sur un an et atteignent un niveau record ; la direction anticipe une accélération au troisième trimestre et une sortie d’exercice sur un rythme de croissance qu’elle qualifie de « high teens », soit proche de 20 %. Le moteur est identifié : la refonte de la carte Platinum américaine, lancée en septembre 2025, dont la tarification a commencé à être répercutée en janvier.
- Dépenses des porteurs particuliers américains : +11 %, plus forte progression depuis le premier trimestre 2018 hors période de pandémie.
- Dépenses internationales : +12 % à taux de change constant, dont +20 % sur les dépenses portées par les cartes Platinum hors États-Unis.
- Acquisition : environ 3 millions de nouvelles cartes sur le trimestre.
- Profil des nouveaux clients : environ 65 % des nouveaux comptes particuliers relèvent des générations Y et Z ; hors États-Unis, cette proportion atteint environ 70 % des nouveaux comptes Platinum.
- Entreprises : les dépenses des PME progressent de 5 %, comme celles des grands comptes.
Réinvestir la surperformance plutôt que l’encaisser
Le choix est explicite : la surperformance du premier semestre sera réinvestie. Le directeur financier Christophe Le Caillec a annoncé une hausse des dépenses de marketing de 10 % au second semestre par rapport à 2025, contre une progression de 6 % au deuxième trimestre. Les dépenses technologiques augmenteront également, sans chiffre communiqué : le directeur général Stephen Squeri évoque « a large backlog of technology projects » (conférence investisseurs). La prévision de bénéfice par action pour l’exercice reste inchangée, entre 17,30 $ et 17,90 $.
Au-delà de la carte : réservation, frais professionnels, partenariats
- Projet d’acquisition de TheFork, plateforme européenne de réservation de restaurants revendiquant 50 000 établissements dans 11 pays.
- Mise en pilote d’une plateforme de gestion des frais professionnels, nommée Center lors de la conférence investisseurs, auprès d’un premier groupe de clients du segment intermédiaire.
- Ouverture de l’utilisation des points Membership Rewards au paiement, pour les porteurs américains réglant via Apple Pay.
- Nouveaux avantages voyage pour les porteurs de cartes cobrandées Delta SkyMiles, et partenariat mondial avec ALL Accor, programme de réservation et de fidélité couvrant 45 marques hôtelières.
Les risques que le groupe cite lui-même
La liste des facteurs de risque du communiqué résume bien les sujets du secteur : effet des initiatives réglementaires (prix de l’acceptation, plafonds de taux et de frais, régulation des réseaux), couverture d’acceptation commerçant progressant moins qu’attendu, surfacturation, orientation du client vers un autre moyen de paiement, évolution des commissions marchands. Pour un réseau à trois coins, dont la commission marchand est historiquement supérieure à celle des schemes à quatre coins, ces trois derniers risques forment le cœur du sujet.
Trois points à suivre au troisième trimestre : l’accélération promise des cotisations, la tenue du taux de passages en perte à 2,0 %, et l’exécution du projet TheFork, soumis à un processus d’information-consultation sociale et à des autorisations réglementaires.