Le 6 août 2026, Nayax, plateforme de paiement et de commerce spécialiste du retail non assisté (distribution automatique, bornes de recharge, lavage automobile), a fait coup double. D’un côté, elle a déposé auprès du département bancaire du Connecticut une demande d’agrément pour créer Nayax America Bank, une banque d’innovation non dépositaire. De l’autre, elle a lancé Yellow Account, un service de comptes et de dépôts pour PME… adossé à Adyen comme banque sponsor. Louer une licence aujourd’hui, en construire une demain : la séquence résume la nouvelle stratégie des fintechs de paiement.
Deux annonces, une même trajectoire
Yellow Account offre aux petites entreprises le règlement de leurs encaissements, la détention de soldes et des cartes de débit associées, les Yellow Cards, intégrées à la plateforme Nayax. Pour les dépôts, c’est Adyen, titulaire d’un agrément bancaire, qui joue le rôle de banque sponsor. En parallèle, la demande de charte vise à ce que Nayax puisse, demain, émettre elle-même cartes d’entreprise, programmes de dépenses encadrées et solutions de crédit court terme (avances de trésorerie commerçant, financement d’équipement) sur sa propre infrastructure régulée.
La banque d’innovation du Connecticut, un OVNI réglementaire
Le choix du Connecticut n’a rien d’un hasard fiscal. L’État a créé, à l’article 36a-70(t) de ses statuts, une charte d’innovation bank taillée pour les fintechs : une banque qui n’accepte pas de dépôts de détail et n’a pas besoin de l’assurance FDIC, mais qui dispose par ailleurs des pouvoirs d’une banque agréée. Capital minimum : 5 M$. L’examen du dossier doit durer environ six mois, sans garantie d’approbation.
- Accès direct aux réseaux : le titulaire peut se connecter à Visa et Mastercard sans passer par une banque sponsor tierce.
- Compte maître à la Fed : possibilité d’obtenir un master account et de se brancher sur les services de la Réserve fédérale.
- Pas de dépôts de détail : la clientèle visée est professionnelle (PME, marchands), pas le grand public.
- Précédents : Banking Circle US à Stamford et Numisma Bank à Greenwich ont déjà emprunté cette voie.
Pourquoi internaliser plutôt que louer une licence
Le modèle du sponsor bank (une fintech distribue des services financiers derrière la licence d’une banque partenaire, cœur du Banking-as-a-Service) a montré ses limites. Il partage la marge, impose une dépendance à un tiers, et expose la fintech aux défaillances de son partenaire : l’effondrement de l’intermédiaire Synapse en 2024, qui a gelé les fonds de centaines de milliers d’utilisateurs de néobanques américaines, a agi comme un électrochoc. Obtenir sa propre charte, c’est reprendre le contrôle de la conformité, de l’émission et, surtout, de la relation directe avec les réseaux et la banque centrale.
Adyen, banque sponsor… et modèle à dépasser
L’ironie n’échappe à personne : Nayax s’appuie aujourd’hui sur Adyen pour lancer Yellow Account, alors même qu’elle prépare l’outil qui, demain, la rendra moins dépendante de ce type de partenariat. Adyen, qui a fait de sa licence bancaire européenne et de sa succursale américaine un argument commercial, incarne les deux faces de la bascule : fournisseur d’infrastructure pour les uns, modèle à internaliser pour les autres. Les grands PSP vendent la banque comme un service ; leurs clients les plus ambitieux visent, eux, à devenir la banque.
Reste que la direction est claire. Entre les fintechs qui demandent des chartes et les banques qui rachètent des réseaux, la frontière entre « banque » et « prestataire technologique » s’efface un peu plus. Nayax, spécialiste discret des paiements de la machine à café et de la borne de recharge, illustre à sa manière une tendance de fond : à un certain volume, louer sa banque coûte plus cher que d’en devenir une.