La Banque centrale des Émirats arabes unis a ordonné un examen spécial et urgent des succursales émiriennes de Banque Misr, le samedi 29 août 2026, avec une revue rétrospective des opérations citées par Washington. Le lendemain, les banques centrales émirienne et égyptienne ont annoncé se coordonner. Ces communiqués répondent à la proposition de règle publiée le 28 août par le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), service antiblanchiment du Trésor.
Une mesure qui ne gèle aucun avoir
La proposition repose sur la section 311 de l’USA PATRIOT Act, codifiée à 31 U.S.C. 5318A. Ce texte autorise le Trésor à constater qu’un établissement financier étranger relève d’une préoccupation première en matière de blanchiment, puis à lui appliquer l’une des cinq mesures spéciales prévues par la loi. Le FinCEN a retenu la cinquième, celle des comptes de correspondant. Son constat tient au rôle de nœud d’accès au dollar que joueraient les cinq succursales pour la finance illicite iranienne, activité chiffrée à 520 M$ sur les douze derniers mois. Aucun avoir n’est gelé et aucune inscription n’est portée sur une liste de l’OFAC.
- interdiction, pour les établissements financiers américains, d’ouvrir ou de tenir un compte de correspondant pour Banque Misr UAE ;
- obligation de prendre des mesures raisonnables pour ne pas traiter une opération passant par le compte de correspondant américain d’une banque étrangère dès lors qu’elle implique Banque Misr UAE ;
- obligation d’appliquer à tous les comptes de correspondant étrangers une diligence spéciale destinée à écarter de telles opérations.
Le FinCEN estime à 128 le nombre d’établissements américains susceptibles d’avoir à notifier leurs correspondants, et relève que trois d’entre eux seulement tiennent un compte direct pour Banque Misr UAE. L’accès au dollar de cinq succursales tient donc à trois relations bancaires. La période de commentaires publics court trente jours sous le dossier FINCEN-2026-0232, avant une règle définitive qui fixera sa date d’entrée en vigueur.
La chaîne du correspondant, et l’endroit où la règle la coupe
Un compte de correspondant est un compte qu’une banque tient dans les livres d’une autre pour y faire exécuter des opérations là où elle n’est pas établie. Le dollar ne se règle définitivement que dans le système bancaire américain, si bien qu’une opération libellée dans cette monnaie touche toujours un compte tenu aux États-Unis.
Le deuxième volet vise le correspondant en cascade. Une banque étrangère titulaire d’un compte aux États-Unis ne pourra plus y faire transiter d’opérations impliquant Banque Misr UAE, et la banque américaine teneuse du compte devra les détecter par ses dispositifs de filtrage de sanctions.
Le cantonnement annoncé au Caire, et sa limite
La Banque centrale d’Égypte a déclaré que la portée se limite aux opérations en dollars de la branche émirienne avec ses correspondants, sans effet sur les autres agences ni sur les autres banques égyptiennes. La proposition américaine confirme ce périmètre et exclut expressément la maison mère et ses implantations hors des Émirats. La banque centrale émirienne étudie les options quant au statut de la banque si la mesure était imposée.
Le périmètre juridique et le périmètre pratique ne coïncident pas nécessairement. Les dispositifs de filtrage travaillent sur des chaînes de caractères, et la dénomination des cinq succursales reprend celle de la maison mère. La diligence spéciale exigée déplace le contrôle vers des contreparties qui n’ont pas accès aux informations non publiques du FinCEN.
Un précédent où l’effet a devancé la règle
ABLV Bank, établissement letton, a fait l’objet d’une proposition de même nature en février 2018, retirée en septembre 2024 sans qu’une règle définitive ait été adoptée. Le document de retrait rapporte qu’une semaine après la publication américaine, la Banque centrale européenne relevait une vague brutale de retraits de dépôts et un accès de plus en plus difficile au financement en dollars. Les précédents de section 311 laissent de quatre à plus de vingt mois entre la proposition et la règle définitive.
L’échelle du corridor
Les transferts des Égyptiens de l’étranger ont atteint environ 43 Md$ sur les onze premiers mois de l’exercice 2025-2026, contre environ 33 Md$ un an plus tôt, selon la Banque centrale d’Égypte citée par AGBI. Leur répartition place les Émirats derrière l’Arabie saoudite. Sur l’exercice 2023-2024, le Koweït, l’Arabie saoudite et les Émirats réunis pesaient environ 12 Md$ sur environ 26 Md$, dont environ 8 Md$ pour la seule Arabie saoudite. La proposition ne vise ni ces transferts ni les canaux qui les acheminent. Le précédent letton situe le risque dans la réaction des contreparties.