Un paiement dit « à une seule jambe », en anglais one-leg-out, est une opération dont une extrémité seulement se trouve dans le périmètre d’un système de paiement donné. L’autre extrémité relève d’un pays tiers, d’une autre devise et d’un autre ensemble de règles. Le système domestique ne prend alors en charge que sa moitié de la chaîne, et transmet le reste à une contrepartie.
The Clearing House, opérateur du réseau instantané américain RTP, a indiqué le 26 août 2026 qu’il ferait entrer en vigueur en septembre les règles autorisant ce type d’opérations, puis qu’il lancerait un pilote transfrontalier au premier semestre 2027. BNY figure parmi les premiers établissements inscrits.
Ce que change une règle « à une seule jambe »
Jusqu’ici, RTP réglait des paiements dont les deux comptes se trouvaient aux États-Unis. La modification de règles fait du réseau la jambe américaine d’un paiement international, entrant ou sortant. Elle s’accompagne d’un assouplissement des conditions de participation des banques étrangères, ce qui élargit mécaniquement le nombre d’établissements susceptibles d’émettre ou de recevoir sur le réseau.
- paiement entrant : une banque étrangère initie l’ordre, RTP crédite le compte du bénéficiaire américain en quelques secondes ;
- paiement sortant : un donneur d’ordre américain règle sur RTP, une contrepartie prend le relais pour la jambe étrangère ;
- conversion de devise : elle reste à la charge des banques participantes, le réseau ne la traite pas ;
- règles applicables : chaque jambe conserve les siennes, y compris en matière de recours et de délais de rejet.
Les volumes du réseau
Le réseau RTP est en service depuis 2017 et son plafond unitaire s’établit à 10 M$. The Clearing House a relevé le 1er mai 2026 deux records sur une même journée : 2,27 millions de paiements pour 8,62 Md$. L’opérateur indique traiter plus de 1,5 million de paiements lors d’une journée ordinaire, et approcher les 500 Md$ de valeur par trimestre.
« RTP sera le premier réseau de paiement instantané américain à disposer d’une capacité transfrontalière », a déclaré Greg MacSweeney, porte-parole de The Clearing House. Carl Slabicki, responsable des paiements internationaux et du commerce chez BNY, motive la démarche par la demande : « il y a beaucoup de demande venue de l’étranger pour pouvoir payer vers et depuis des bénéficiaires américains 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ».
La course avec FedNow
La Réserve fédérale a proposé en avril 2026 d’étendre FedNow à l’international, sans annoncer de date de démarrage ; plusieurs banques avaient demandé un pilote préalable. The Clearing House, détenu par de grandes banques américaines et étrangères parmi lesquelles JPMorgan Chase, Bank of America, Citizens, Deutsche Bank et Santander, se positionne pour arriver le premier. Les deux systèmes ne s’excluent pas : une banque peut participer aux deux, et les entreprises qui émettent des paiements arbitreront sur la portée réelle des réseaux de correspondants.
| RTP (The Clearing House) | FedNow (Réserve fédérale) | |
|---|---|---|
| Statut | règles one-leg-out en vigueur en septembre 2026 | extension proposée, consultation close en juin |
| Pilote | annoncé au premier semestre 2027 | réclamé par les banques, non fixé |
| Gouvernance | opérateur privé détenu par des banques | banque centrale |
| Participants étrangers | conditions assouplies | non tranché |
Un mécanisme déjà en service en Europe
Le procédé n’est pas nouveau. Le Conseil européen des paiements a mis en service le 28 novembre 2023 son schéma One-Leg Out Instant Credit Transfer, premier dispositif de l’organisme à sortir du périmètre géographique du SEPA. Il ne couvre que la jambe en euros d’un virement instantané international, entrant ou sortant, et laisse l’autre extrémité aux règles du pays concerné. L’architecture retenue par The Clearing House reprend la même logique de découpage.
L’enjeu de fond dépasse la rivalité entre deux opérateurs américains. Le paiement instantané transfrontalier bute partout sur les mêmes obstacles : le change, les horaires d’ouverture des systèmes de règlement, les contrôles de sanctions et la responsabilité en cas d’erreur. Découper l’opération en deux jambes ne supprime aucun de ces obstacles, mais il permet à chaque système de traiter la partie qu’il maîtrise, sans attendre qu’un standard mondial les réconcilie.