Une plateforme stablecoin d’entreprise désigne l’infrastructure par laquelle une institution financière fait émettre, transférer puis détruire un jeton adossé à une monnaie, sans exploiter elle-même la chaîne de blocs sous-jacente ni assumer la garde des réserves. Visa a ouvert la sienne aux institutions financières en juillet 2026. Elle a enregistré ses deux premiers clients coréens en trois jours : Shinhan Financial Group le 26 août, puis Dunamu, maison mère de la plateforme d’échange Upbit, le 28 août.
La séquence est resserrée, et elle vise un marché qui n’a pas encore de règles. La Corée du Sud discute depuis plus d’un an un texte, le Digital Asset Basic Act, censé fixer les conditions d’émission d’un stablecoin adossé au won. Ce texte n’est pas voté. Les deux accords portent donc sur des vérifications techniques et sur la conception d’un modèle d’affaires, non sur un lancement commercial.
Shinhan, ou les trois fonctions élémentaires
Shinhan Financial Group compte parmi les grands conglomérats financiers coréens ; il a déclaré un résultat net de 1 820 milliards de wons, soit environ 1,3 Md$, au trimestre précédant l’annonce. Le groupe indique qu’il utilisera la plateforme de Visa pour vérifier les fonctions élémentaires d’un stablecoin, puis pour dessiner un modèle adapté aux conditions du marché intérieur.
- l’émission du jeton et la constitution de sa réserve ;
- le transfert, y compris en remise de fonds transfrontalière ;
- le remboursement, c’est-à-dire la destruction du jeton contre de la monnaie classique ;
- le règlement d’opérations carte en stablecoin, objet d’un pilote distinct ;
- l’extension aux paiements entre entreprises et aux paiements aux particuliers.
Trois filiales sont citées comme points de raccordement au réseau de Visa : Shinhan Bank, Shinhan Card et Jeju Bank. Le groupe n’en est pas à son premier essai. Sa branche de gestion d’actifs a signé en août 2026 un accord avec la fondation Solana, Etherfuse et Orca, pour tester un fonds tokenisé libellé en wons.
Dunamu, la plateforme d’échange et le commerce agentique
Dunamu exploite Upbit, première plateforme d’échange d’actifs numériques du pays. Son accord avec Visa, annoncé le 28 août, couvre trois terrains : le paiement en stablecoin, la remise de fonds transfrontalière et le commerce agentique, c’est-à-dire l’achat conclu par un agent logiciel pour le compte d’un utilisateur. « La diffusion de l’IA, des stablecoins et de la tokenisation est une tendance de fond qui va changer le fonctionnement de la finance et du commerce », a déclaré Oh Kyung-seok, directeur général de Dunamu.
L’accord mentionne l’examen d’un usage possible de l’Open USD, jeton présenté en juin 2026 sous l’égide d’Open Standard et soutenu par plus de 140 institutions, parmi lesquelles Visa, Mastercard et Google. Un porte-parole a précisé que l’entreprise « ne privilégie ni n’exclut de stablecoin en particulier », et retient une structure ouverte.
| Élément | Shinhan Financial Group | Dunamu |
|---|---|---|
| Annonce | 26 août 2026 | 28 août 2026 |
| Nature du partenaire | conglomérat bancaire | opérateur de la plateforme Upbit |
| Objet principal | émission, transfert, remboursement | paiement, remise de fonds, commerce agentique |
| Volet carte | règlement d’opérations carte en stablecoin | non précisé |
| Jeton visé | modèle coréen à concevoir | Open USD à l’étude, sans exclusivité |
Dunamu n’arrive pas seul face au secteur bancaire. Hana Bank a accepté en mai 2026 d’acquérir 6,55 % de son capital pour environ 670 M$. Les deux entreprises annonçaient alors vouloir développer ensemble des stablecoins adossés au won, des remises de fonds sur chaîne de blocs et des titres tokenisés.
Le point de blocage législatif
Le Digital Asset Basic Act rassemble plusieurs propositions déposées à l’Assemblée nationale. Il prévoit un régime d’enregistrement des émetteurs, un capital minimal, des réserves de remboursement et un dossier décrivant l’infrastructure technique, les plafonds d’émission et les modalités de rachat. Le désaccord porte ailleurs : la Banque de Corée soutient que seules des entités détenues à 51 % au moins par une banque devraient pouvoir émettre un jeton en won, quand la Financial Services Commission juge qu’une telle règle freinerait l’innovation.
Pour Visa, l’intérêt de ces signatures tient moins au volume immédiat qu’au positionnement. Un stablecoin en won, s’il voit le jour, circulera sur des rails que quelqu’un devra fournir : émission, conversion, règlement des opérations carte adossées au jeton. Le réseau se place sur ces trois fonctions avant que la loi ne désigne les émetteurs autorisés.
La séquence coréenne prolonge une série plus large. Visa est entré en août dans le dispositif BLOOM de l’autorité monétaire de Singapour, consacré au règlement en stablecoin, et cherche un prestataire pour son propre règlement en jetons. Le réseau construit, marché par marché, une position d’intermédiaire entre les émetteurs de stablecoins et les circuits de paiement existants.