Trois annonces distinctes, publiées dans la dernière semaine d’août 2026, décrivent un même mouvement : les banques américaines qui s’opposaient à l’émission privée de stablecoins préparent la leur. Le déclencheur commun tient au calendrier du GENIUS Act, dont l’application pleine est fixée à janvier 2027.
Le Wall Street Journal a rapporté que plus d’une douzaine d’établissements, parmi lesquels Bank of America, Wells Fargo et Santander, font avancer un projet de stablecoin commun. Le jeton porterait d’abord sur le dollar, avec l’hypothèse d’ajouter ensuite l’euro et d’autres devises du G7. Les usages visés sont professionnels : trésorerie d’entreprise, règlement transfrontalier, paiements programmables.
JPMorgan, entre dépôt tokenisé et stablecoin
JPMorgan étudie de son côté l’émission d’un stablecoin, tout en indiquant publiquement n’avoir aucun projet actif et vouloir apprécier ses options selon la demande de ses clients et l’évolution de la réglementation. La banque exploite déjà JPM Coin, qui relève d’une catégorie différente et coexisterait avec un éventuel jeton.
| Dépôt tokenisé | Stablecoin de paiement | |
|---|---|---|
| Nature | Représentation d’un dépôt inscrit au bilan d’une banque | Engagement d’un émetteur, adossé à des actifs de réserve |
| Circulation | Entre clients d’une banque ou d’un cercle fermé d’établissements | Entre portefeuilles, applications et chaînes, sans relation préalable |
| Cadre américain | Droit bancaire existant | GENIUS Act, statut d’émetteur autorisé |
| Rémunération du porteur | Le dépôt sous-jacent peut être rémunéré | Interdite |
L’écart tient à la portée. Un dépôt tokenisé reste rattaché à l’argent détenu dans un établissement déterminé, et sa circulation s’arrête aux frontières du cercle qui l’accepte. Un stablecoin se transfère entre portefeuilles, applications, plateformes d’échange et chaînes, sans que les deux parties partagent une banque. Une banque qui envisage les deux répond à deux besoins séparés, le règlement entre membres d’une part, la circulation ouverte d’autre part.
BankChain Alliance : les banques régionales s’organisent
Le 25 août 2026, trente-neuf associations bancaires d’États américains ont annoncé la BankChain Alliance, un réseau de chaîne de blocs détenu par la profession et destiné aux dépôts tokenisés, aux stablecoins émis par des banques et aux paiements programmables. Le lancement est visé pour 2027.
La présidence par intérim revient à Kathy Kraninger, directrice générale de la Florida Bankers Association et ancienne directrice du Bureau de protection financière des consommateurs. Le partenaire technologique n’est pas encore choisi, et ce choix déterminera largement l’interopérabilité du réseau avec les chaînes existantes. L’alliance prévoit d’ouvrir le capital aux banques du pays.
Ce que le GENIUS Act a changé
Le calendrier de ces annonces n’est pas indépendant du droit. Le GENIUS Act réserve l’émission de stablecoins de paiement à des émetteurs autorisés, les permitted payment stablecoin issuers, et interdit de verser une rémunération au porteur. Son entrée en application complète est fixée à janvier 2027.
Le risque que la profession cherche à contenir est la sortie du dépôt. Une entreprise qui déplace sa trésorerie opérationnelle vers un jeton émis par un tiers retire des ressources au bilan bancaire, et prive l’établissement de la relation de flux qui alimente ses autres revenus. Les deux projets annoncés visent le même but, garder le flux et son collatéral dans le périmètre réglementé.
Les réseaux de cartes se placent en fournisseurs
Les schemes occupent dans la même semaine une position d’infrastructure. Le 26 août 2026, le groupe coréen Shinhan Financial a signé un accord avec Visa pour éprouver l’émission, le transfert et le remboursement de stablecoins sur la plateforme du réseau, et concevoir un modèle adapté au marché coréen. Les deux partenaires prévoient d’en tester l’usage dans le paiement par carte ainsi que dans les flux entre entreprises et vers les particuliers.
La question posée aux banques ne porte plus sur l’autorisation, réglée par le GENIUS Act, ni sur la technologie, disponible chez plusieurs fournisseurs. Elle porte sur la distribution : qui détient le portefeuille dans lequel le jeton se trouve, et quelle application déclenche le paiement. Un stablecoin émis par un consortium bancaire mais conservé dans une application non bancaire ne ramène pas le dépôt au bilan de ses émetteurs.