Une remise de fonds, ou remittance, est un transfert d’argent effectué par une personne travaillant à l’étranger vers son pays d’origine. Le marché s’organise en corridors : un pays d’envoi, un pays de réception, une devise de départ et une devise d’arrivée. Chaque corridor a ses prix, ses concurrents et ses exigences de conformité propres.
Moniepoint, fintech nigériane, avait ouvert en avril 2025 le corridor Royaume-Uni vers Nigeria sous la marque MonieWorld, à travers sa filiale britannique Moniepoint GB. Le service a cessé d’accepter des opérations le 15 août 2026 et fermera complètement le 15 septembre. L’entreprise indique rediriger son architecture technique, son capital et ses équipes vers ses marchés africains.
Ce que l’ouverture avait coûté
Les montants engagés sont documentés. Moniepoint a dépensé environ 1,2 M£ en frais d’installation, répartis entre charges administratives, infrastructure technique et recrutement de fonctions de conformité. Sur la période allant de février à décembre 2024, 1,26 M$ de charges administratives et d’infrastructure avaient déjà été comptabilisés en perte. L’entreprise avait par ailleurs versé un acompte de 2,5 M$ en juillet 2025 pour acquérir Bancom Europe Ltd, établissement de monnaie électronique agréé par la Financial Conduct Authority, et réservé au total 7,39 M$ à son implantation londonienne.
Sur les résultats, l’entreprise communique une progression de 70 % du volume mensuel d’opérations auprès de la diaspora britannique, sans publier ni volume total ni nombre de clients acquis. L’absence de ces deux chiffres empêche de rapporter la croissance à une base de départ, et donc d’en mesurer la portée.
L’économie d’un corridor
Le corridor britannique vers le Nigeria est disputé par des opérateurs installés et par une génération d’acteurs spécialisés dans la diaspora africaine. La marge y est mince par construction : elle se compose d’un écart de change et d’une commission, l’un et l’autre soumis à une pression concurrentielle continue. Face à ce revenu unitaire faible, les coûts fixes britanniques sont élevés, puisqu’ils comprennent l’agrément, la lutte contre le blanchiment, le filtrage des sanctions et l’acquisition de clients dans un marché saturé de publicité.
| Segment | Coût moyen |
|---|---|
| Moyenne vers les pays du G20 receveurs | 5,68 % |
| Afrique subsaharienne, région la plus chère | 8,37 % |
| Asie du Sud, région la moins chère | 5,53 % |
| Envoi par une banque | 14,99 % |
| Envoi initié par carte | 4,39 % |
Le redéploiement
Moniepoint réoriente ses moyens vers le Nigeria, où le groupe déclare avoir traité l’équivalent de 294 Md$ de transactions en rythme annualisé sur 2025, et vers le Kenya, où il a acquis en mai 2026 une participation de 78 % dans Sumac Microfinance Bank. La majorité des salariés affectés à MonieWorld sont redéployés en interne. L’entreprise s’engage à traiter les fonds restants et à accompagner la transition de ses clients.
Le retrait éclaire une difficulté récurrente des fintechs africaines qui remontent vers les marchés d’envoi. Servir la diaspora depuis Londres suppose de conquérir un client dont le coût d’acquisition se compte en dizaines de livres, pour une marge unitaire de quelques livres par transfert. La rentabilité dépend alors de la fréquence d’usage et de la durée de vie du client, deux variables que seize mois d’exploitation suffisent rarement à établir.