Le règlement interbancaire désigne l’opération par laquelle un réseau de cartes solde, entre ses membres, les positions nées des paiements de la journée. Visa a lancé un appel d’offres pour désigner un prestataire de règlement en stablecoins, document dont CoinDesk a pris connaissance le 18 août 2026. La démarche fait suite au rachat de BVNK par Mastercard , finalisé début août pour un montant pouvant atteindre 1,8 milliard de dollars.
BVNK est une société britannique d’infrastructure de paiement en stablecoins. Visa Ventures y avait investi en mai 2025, investissement transformé en partenariat formel annoncé le 14 janvier 2026. Le passage de la société sous le contrôle d’un concurrent direct place Visa devant une situation ordinaire dans l’industrie du paiement : un prestataire devenu la propriété du réseau rival.
Ce que demande l’appel d’offres
Le document énonce des exigences précises. Le prestataire recherché doit savoir échanger et régler plusieurs stablecoins, et non un seul. Il doit détenir des agréments d’échange de crypto-actifs dans quatre juridictions : les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et Singapour. Visa distingue par ailleurs deux rôles, celui de partenaire de règlement et celui de contrepartie de gré à gré, un même candidat pouvant se voir confier l’un ou l’autre.
| Exigence | Portée |
|---|---|
| Échange multi-stablecoins | conversion entre plusieurs jetons, et non un jeton unique |
| Règlement d’Open USD | le jeton mutualisé porté notamment par Stripe, Visa et Mastercard |
| Licences | États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Singapour |
| Rôles distingués | partenaire de règlement, contrepartie de gré à gré |
La mention d’Open USD situe l’enjeu. Ce stablecoin dollar mutualisé, annoncé le 30 juin 2026 par un ensemble d’acteurs du paiement parmi lesquels figurent Stripe, Visa et Mastercard, a besoin d’une chaîne de règlement opérationnelle pour exister autrement que sur le papier. Le prestataire retenu par Visa se trouvera donc au point de passage d’un jeton que les deux réseaux soutiennent conjointement, alors même qu’ils s’affrontent sur le reste de la chaîne.
Pourquoi un réseau de cartes règle en stablecoin
Le règlement classique d’un réseau de cartes passe par des banques correspondantes et suit les horaires d’ouverture des systèmes de paiement de gros montant. Une opération entre deux devises éloignées peut ainsi rester en suspens pendant un ou deux jours ouvrés, période durant laquelle les fonds sont immobilisés et le risque de change porté par l’un des membres.
Le stablecoin propose un autre profil. Le transfert s’exécute en continu, week-ends compris, et la réception est acquise en quelques minutes. Visa a bâti sur ce constat sa Visa Stablecoin Platform, présentée en juillet 2026, qui permet à des banques d’accéder à des stablecoins, de les conserver, de les rembourser et de les transférer. La chaîne suppose toutefois un intermédiaire capable de convertir un jeton en un autre, puis en monnaie de banque centrale, sous le régime d’agrément de chaque pays concerné. BVNK assurait précisément cette fonction.
Une acquisition qui déplace une frontière
L’opération illustre un mouvement plus large. Les réseaux de cartes ont longtemps acheté des sociétés de traitement, de lutte contre la fraude ou d’agrégation bancaire. Ils achètent désormais des maillons de règlement en actifs numériques, catégorie qui n’existait pas dans leur périmètre cinq ans plus tôt. Le nombre de sociétés détenant simultanément les agréments requis dans plusieurs juridictions et la capacité technique correspondante reste faible, ce qui donne à chaque acquisition un effet immédiat sur les concurrents.
Ce que la suite dira
Trois éléments méritent d’être suivis. Le premier est l’identité du prestataire retenu, et notamment le point de savoir s’il s’agit d’un acteur natif des crypto-actifs ou d’un établissement bancaire ayant obtenu les agréments correspondants. Le deuxième est la durée de l’engagement : un contrat de règlement court expose de nouveau Visa au scénario qu’il subit aujourd’hui. Le troisième tient au sort d’Open USD, dont la chaîne de règlement se construit alors que ses promoteurs mettent en concurrence leurs prestataires respectifs.
Le règlement, longtemps traité comme une plomberie invisible dont seuls les membres des réseaux discutaient, devient un terrain de concurrence exposé. La raison en est simple à énoncer : dès lors que le règlement s’exécute en continu et en dehors des banques correspondantes, celui qui tient ce maillon tient une part du calendrier de son concurrent.