Le 14 août 2026, l’agence Bloomberg a rapporté que Mastercard propose aux acquéreurs brésiliens de leur verser la moitié des montants qu’ils réclament au titre de la faillite de Will Financeira, connue sous le nom de Will Bank, et d’y ajouter des services, notamment de protection contre la fraude, sur plusieurs années. L’exposition totale du réseau est évaluée à environ 5 milliards de reais, soit près de 950 M$. Une moitié environ a déjà été réglée. Le solde, de l’ordre de 2,5 milliards de reais, fait l’objet du litige.
Le point de départ, une faillite bancaire
Will Bank était une fintech contrôlée par Banco Master, dont la banque centrale brésilienne a arrêté l’activité en novembre 2025 avant de nommer un liquidateur et de faire arrêter l’actionnaire de contrôle. Will Financeira a elle-même été mise en liquidation en janvier 2026. L’établissement était émetteur de cartes : il portait donc, dans le circuit, l’obligation de rembourser au réseau les achats réalisés par ses porteurs. Sa disparition a interrompu ce remboursement et laissé un trou dans la chaîne de règlement, à un moment où les commerçants avaient déjà été payés.
Qui supporte le risque de règlement
Dans un schéma à quatre coins, la transaction met en présence le porteur, sa banque émettrice, le commerçant et l’acquéreur. Le réseau ne prête pas d’argent, il compense : il totalise les positions de chaque participant, puis organise le règlement net. L’acquéreur, de son côté, a déjà crédité le commerçant. Lorsque l’émetteur fait défaut avant d’avoir remboursé sa position, la perte se matérialise quelque part dans la chaîne, et la question devient celle du dernier garant.
- Le porteur paie chez le commerçant avec sa carte.
- L’acquéreur crédite le commerçant, généralement sous un à deux jours ouvrés.
- Le réseau compense les positions et appelle les fonds auprès de l’émetteur.
- L’émetteur règle sa position. S’il disparaît avant, la somme manque, et le réseau doit décider s’il l’avance.
Deux lectures d’une même règle
La banque centrale brésilienne a durci son cadre en 2026 : les instituteurs d’arrangements de paiement doivent garantir que les fonds parviennent bien aux bénéficiaires, au besoin sur leurs ressources propres. Les acquéreurs concernés, parmi lesquels Redecard, Cielo, StoneCo et PagSeguro, en déduisent que le réseau doit couvrir l’intégralité des transactions non réglées. Mastercard soutient de son côté que son obligation se limite aux échéances tombant le mois suivant la liquidation, et que la règle, dont la mise en conformité était attendue pour mai 2026, ne peut s’appliquer rétroactivement à une défaillance survenue en janvier.
| Point en litige | Position de Mastercard | Position des acquéreurs |
|---|---|---|
| Assiette de la garantie | Les échéances du mois suivant la liquidation | La totalité des transactions non réglées |
| Portée de la règle de la banque centrale | Non rétroactive, mise en conformité fixée à mai 2026 | Applicable, le réseau est garant du règlement |
| Issue proposée | 50 % du montant réclamé, plus des services pluriannuels | Réclamation maintenue sur la totalité |
Un précédent qui dépasse le Brésil
Le dossier a une portée qui excède un litige commercial. Il met à l’épreuve une hypothèse rarement vérifiée en pratique, celle d’un émetteur assez gros pour déséquilibrer la compensation d’un réseau sur un marché entier. Le Brésil compte par ailleurs une population d’émetteurs jeunes issus de la fintech, dont le profil de risque diffère de celui des banques établies et dont les volumes ont crû vite. La réponse apportée, qu’elle vienne d’un accord négocié ou d’une position de la banque centrale, fixera la doctrine locale sur l’étendue de la garantie de bonne fin.
Pour les acquéreurs, l’enjeu est immédiat : ils ont déjà payé les commerçants et portent une créance sur un réseau. Pour Mastercard, l’enjeu est doctrinal : accepter la lecture la plus large de la garantie reviendrait à assumer, sur chaque marché, le risque de crédit de l’ensemble de ses émetteurs. C’est cette ligne, davantage que les 2,5 milliards de reais en jeu, que la négociation brésilienne va déplacer ou confirmer.