Les résultats du deuxième trimestre 2026 publiés par Block et PayPal contiennent une ligne qui retient l’attention en dehors du volume traité. Chez les deux acteurs, l’activité de crédit aux commerçants progresse plus vite que le paiement lui-même. Le mécanisme est identique dans les deux cas : la plateforme observe en continu les encaissements d’un commerçant, en déduit sa capacité de remboursement et lui avance des fonds prélevés ensuite sur ces mêmes encaissements.
Ce que montrent les comptes du trimestre
Chez Block, Square a traité 72,8 Md$ de volume brut de paiement au deuxième trimestre, en hausse de 13 % sur un an. Sur la même période, 1,2 Md$ de prêts Square Loans ont été cédés, contre 1,1 Md$ un an plus tôt, pour un gain sur cession de 69,1 M$ contre 62,3 M$. Le taux de monétisation des services financiers rapporté au volume traité passe de 0,38 % à 0,41 %.
Chez PayPal, l’encours de prêts, avances, intérêts et commissions à recevoir des marchands atteint 1,9 Md$, en progression de 14 % sur un an, contre 1,7 Md$ au deuxième trimestre 2025. Cette croissance provient pour environ 140 M$ du portefeuille américain PayPal Business Loan et pour environ 100 M$ de l’offre PayPal Working Capital, principalement en Allemagne. Le mouvement n’est pas propre aux plateformes de paiement : le prêteur spécialisé Enova a produit 1,6 Md$ de financements aux petites entreprises sur le trimestre, contre 1,24 Md$ un an plus tôt.
| Acteur | Indicateur | T2 2026 | T2 2025 |
|---|---|---|---|
| Block / Square | Prêts cédés | 1,2 Md$ | 1,1 Md$ |
| Block / Square | Gain sur cession | 69,1 M$ | 62,3 M$ |
| PayPal | Encours marchands | 1,9 Md$ | 1,7 Md$ |
| Enova | Financements aux PME | 1,6 Md$ | 1,24 Md$ |
Pourquoi l’acceptation fait un bon dossier de crédit
- La donnée d’activité est native. La plateforme connaît le chiffre d’affaires encaissé, sa saisonnalité et ses variations, sans réclamer de liasse comptable.
- Le remboursement est prélevé à la source. Une fraction des encaissements quotidiens est retenue, ce qui aligne le rythme de remboursement sur celui de l’activité.
- La distribution coûte peu. L’offre est présentée dans l’interface que le commerçant consulte déjà pour suivre ses ventes.
- Le bilan reste mobile. Les créances sont cédées à des investisseurs ou à des partenaires bancaires, la plateforme conservant la relation et une commission.
Les limites du modèle
L’avantage tient tant que les encaissements tiennent. Un ralentissement de la consommation frappe simultanément le volume traité et la qualité du portefeuille de crédit, ce qui installe une corrélation entre deux sources de revenu censées se compléter. Aux États-Unis, le financement des professionnels échappe par ailleurs largement au régime protecteur du crédit à la consommation, ce qui explique la vitesse de déploiement et expose ces offres à un examen réglementaire à mesure que les encours grossissent.
Le mouvement rejoint une tendance déjà visible ailleurs dans le secteur, celle d’acteurs du paiement qui cherchent à posséder leurs briques financières plutôt qu’à les louer. Le dépôt par Nayax d’une demande de licence bancaire début août procède de la même logique, tout comme l’exploitation par Block de sa propre banque industrielle, Square Financial Services, agréée dans l’Utah. La marge d’acceptation, comprimée par la concurrence, pousse à monétiser autrement le même flux.
Le déplacement est net. Après la course au volume, puis la course aux services d’acceptation, les plateformes de paiement valorisent désormais ce qu’elles savent du commerçant. Cette bascule les rapproche du métier bancaire, avec les exigences prudentielles et les obligations de protection de la clientèle qui l’accompagnent.