Alipay a tenu le 17 août 2026 à Hangzhou la première édition de sa conférence consacrée à son écosystème d’intelligence artificielle, et y a lancé ce que la filiale d’Ant Group présente comme la première plateforme chinoise de commerce agentique intégrée. Le commerce agentique désigne un mode de transaction dans lequel un logiciel autonome recherche, compare, commande et paie pour le compte d’un utilisateur. L’annonce porte sur le versant commerçant de ce mécanisme, resté jusqu’ici le moins outillé.
Le problème que la plateforme traite
Un agent conversationnel ne sait pas lire une boutique en ligne comme le fait un humain. Une page marchande, un catalogue et un parcours de commande sont conçus pour un écran et pour un pouce, non pour être appelés par programme. Tant que le commerçant n’expose pas ses fonctions sous une forme structurée, l’agent doit interpréter des pages, exercice lent et faillible. La plateforme d’Alipay traite cette conversion. Elle transforme les pages existantes, les fiches produits et les parcours de service en Skills, unités d’action normalisées, et en outils au format MCP (Model Context Protocol), la spécification ouverte par laquelle un modèle de langage appelle une fonction externe.
- Commerçants sans capacité IA : conversion automatique de la vitrine, du catalogue et des parcours de service existants en Skills et en outils MCP, sans refonte technique préalable.
- Commerçants déjà équipés : création d’agents, orchestration des compétences, exécution des tâches et supervision de l’exploitation.
- Fonds commun : plus de 200 modules de compétences spécialisés et des capacités d’agent propres à certains secteurs, selon le décompte rapporté par Crowdfund Insider.
AHA, le protocole d’interconnexion
Le second étage de l’annonce porte sur AHA (Agent Hub Access), une suite de protocoles d’interconnexion entre agents et entre appareils. Sa fonction consiste à rendre les compétences d’un commerçant atteignables depuis un agent qui ne serait pas celui d’Alipay et depuis un terminal qui ne serait pas un téléphone. La documentation communiquée cite les smartphones, les véhicules connectés, les lunettes à assistance visuelle et les applications d’intelligence artificielle tierces. AHA embarque les briques transactionnelles d’Alipay, à savoir le paiement, l’identité, la gestion du risque et le suivi d’exécution de la commande.
Cette intégration distingue l’initiative des protocoles agentiques promus par les réseaux de cartes. Visa et Mastercard ont bâti leurs cadres respectifs sur la délégation d’un mandat de paiement à un agent, sans maîtriser l’identité de l’acheteur ni la logistique du commerçant. Alipay détient déjà les quatre couches, ce qui lui permet de traiter dans un même protocole l’authentification du client, le scoring de risque de la transaction, le débit du compte et la confirmation de livraison.
Ah Bao, l’agent grand public en aval
La plateforme commerçant alimente Ah Bao, l’agent grand public lancé par Alipay en juin 2026, qui donne accès par conversation à plus de 10 000 services du quotidien répartis en huit grandes catégories, du règlement des factures d’énergie à la réservation de services animaliers ou à la recherche d’une borne de recharge pour véhicule électrique. Des enseignes comme Luckin Coffee figurent parmi les partenaires intégrés. En août 2026, Alipay indiquait qu’Ah Bao était raccordé à cinq marques de smartphones représentant ensemble plus de 70 % du marché chinois, ainsi qu’à seize constructeurs automobiles.
Le dispositif d’amorçage
Alipay accompagne le lancement d’un programme d’incitations destiné à peupler la plateforme. Chaque utilisateur professionnel reçoit 100 millions de jetons de calcul gratuits, unité de facturation de l’inférence des modèles de langage. Le programme prévoit également des subventions indexées sur les transactions réalisées, une réduction des commissions de paiement et l’ouverture sans frais de cinquante-sept capacités commerciales élémentaires, dont les systèmes de fidélité, les bons de réduction, le score de crédit Sesame Credit et les outils de location.
Ce que l’annonce indique du marché
Cyril Han Xinyi, directeur général d’Ant Group, a estimé que les agents deviendraient une nouvelle interface entre les utilisateurs et les commerçants. Li Jun, président de la branche Alipay, a indiqué que le groupe poursuivrait le développement de l’infrastructure nécessaire à l’adoption de l’IA par les différents secteurs. Cyril Han Xinyi situe par ailleurs la phase de croissance du commerce agentique dans les six à douze mois suivants.
La séquence chinoise se distingue de la séquence occidentale par son ordre. En Europe et aux États-Unis, les protocoles agentiques sont partis des rails de paiement et cherchent à recruter des commerçants. Alipay part du parc de commerçants déjà raccordés à son portefeuille et leur ajoute une couche d’agent. La question qui restera ouverte porte sur l’interopérabilité : un protocole propriétaire adossé à un portefeuille dominant sur son marché national organise l’accès des agents tiers selon des règles que son opérateur définit seul.