Le FinCEN, cellule de renseignement financier du Trésor américain, a publié le 13 août 2026 une Financial Trend Analysis consacrée aux flux financiers associés au trafic de migrants. Le document agrège 67 540 déclarations déposées au titre du Bank Secrecy Act entre 2023 et 2025, portant sur plus de 4,9 Md$ d’activité jugée suspecte. Sa conclusion la plus directement utile aux professionnels du paiement porte sur la répartition des signalements entre familles d’établissements.
Ce que mesure le rapport, et ce qu’il ne mesure pas
Une déclaration au titre du Bank Secrecy Act est un signalement d’opération suspecte adressé par un établissement financier à l’administration. Elle traduit un soupçon, pas une infraction établie, et n’emporte aucune qualification judiciaire. Le rapport porte donc sur la détection telle qu’elle s’exerce dans les établissements assujettis, non sur l’ampleur réelle du phénomène. Cette distinction commande la lecture de tous les chiffres qui suivent.
L’asymétrie entre transmetteurs de fonds et banques
Les money services businesses, catégorie américaine qui recouvre les transmetteurs de fonds et les opérateurs de transfert d’argent, ont déposé environ 97 % des déclarations. Les établissements de dépôt, banques et credit unions, n’en ont déposé que 3 %. La répartition s’inverse en montants : ces 3 % de dossiers représentent environ 61 % des sommes signalées, soit près de 3 Md$.
| Type d’établissement | Part des déclarations | Part des montants |
|---|---|---|
| Transmetteurs de fonds (MSB) | ≈97 % | ≈11 % |
| Établissements de dépôt | ≈3 % | ≈61 % |
Rapporté au nombre de dossiers, l’écart devient considérable. Le rapport du FinCEN indique un montant moyen de 7 961 $ par déclaration côté transmetteurs de fonds, pour environ 519 M$ au total, contre environ 1,5 M$ côté banques. Les deux populations n’observent pas la même chose : les premiers voient passer les envois unitaires, les secondes voient les comptes de regroupement où ces envois se concentrent avant d’être repris.
Les signaux retenus par le FinCEN
- L’absence de lien familial vérifiable entre le donneur d’ordre et le bénéficiaire, citée dans environ 59 % des déclarations déposées par des transmetteurs de fonds.
- Le fractionnement d’opérations en espèces sous les seuils de déclaration, désigné par le terme structuring.
- Les comptes dits funnel accounts, alimentés par de nombreux déposants distincts puis vidés depuis une autre région.
- Les envois suivant des routes migratoires connues, notamment vers l’Amérique centrale.
- Une activité en espèces anormalement élevée le long de la frontière sud-ouest des États-Unis.
- Des agences de voyage utilisées pour organiser les déplacements.
La géographie des personnes visées place les États-Unis au premier rang, suivis du Mexique, du Guatemala, du Honduras et de la Colombie. Le volume de déclarations a culminé en 2024, avec 29 266 dossiers, avant de reculer de 62 % en 2025, à 11 018 dossiers. Les éléments publiés ne permettent pas de distinguer une baisse de l’activité criminelle d’une évolution des pratiques de déclaration.
La directrice du FinCEN replace ces flux dans un contexte plus large, celui d’organisations criminelles transnationales, parmi lesquelles des cartels basés au Mexique, qui tirent profit des réseaux de passeurs. Pour le secteur du transfert d’argent, l’analyse confirme une position particulière, celle d’un capteur de première ligne qui produit la quasi-totalité des signalements sans disposer de la vue d’ensemble que donnent les comptes bancaires situés en aval.