SEON, éditeur de solutions de prévention de la fraude, a publié un rapport de comparaison portant sur les paris et les jeux d’argent pendant la Coupe du monde 2026. The Paypers en a rendu compte le 21 août 2026. Le document décrit un déplacement du point de pression de la fraude. Historiquement concentrée sur l’ouverture de compte lors des grands événements sportifs, celle-ci s’est reportée sur l’étape du retrait des fonds.
Ce que mesure le rapport, et ce qu’il ne mesure pas
Les données couvrent les 46 jours du tournoi. Elles sont comparées à une période de référence de 28 jours qui le précède, et à une fenêtre de contrôle de 36 jours en 2025 destinée à neutraliser l’effet de saisonnalité. Quatre zones sont distinguées, à savoir l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, l’Amérique latine, l’Amérique du Nord et l’Asie-Pacifique. L’échantillon provient d’un panel d’opérateurs de rangs 1 à 3 exerçant dans des juridictions régulées.
Des inscriptions massives, moins filtrées
Le volume mondial d’ouvertures de compte a progressé de 121 % sur un an pendant la fenêtre du tournoi, tandis que le taux de blocage à l’inscription reculait de 16 % selon le décompte repris par The Paypers. La baisse est plus marquée dans deux zones, l’Europe où les blocages reculent de 29 % et l’Amérique du Nord où ils reculent de 18 %. L’explication avancée par SEON est concurrentielle. Sur une fenêtre d’acquisition aussi courte, un contrôle qui retarde l’ouverture d’un compte se traduit par un joueur perdu au profit d’un opérateur voisin.
Le retrait devient le point de pression
Les quatre zones affichent une hausse des signaux de retrait suspect, de 38 % en moyenne mondiale une fois l’effet de saisonnalité neutralisé. Deux mouvements se combinent. Le montant moyen d’un retrait bloqué passe de 202 $ à 436 $, soit un doublement, alors que la fréquence des tentatives recule de 44 %. Le profil décrit donc moins de tentatives, portant chacune sur des sommes nettement plus élevées.
- Moins de tentatives, des montants plus lourds : la fréquence des essais recule de 44 % pendant que le montant moyen bloqué double.
- Des comptes déjà vérifiés : la sortie de fonds s’appuie sur des comptes ayant franchi les contrôles d’entrée, souvent plusieurs mois auparavant.
- Une fenêtre courte : les tentatives se concentrent sur les pics d’audience du tournoi, au moment où les équipes de surveillance traitent le plus grand volume.
Comptes dormants et attaques par force brute
Le rapport isole le vecteur qui alimente ces retraits. Les réactivations de comptes inactifs depuis plus de 90 jours assorties d’une incohérence d’identité progressent de 83 % en moyenne quotidienne sur le réseau, et de 118 % en Amérique latine selon le relevé cité par The Paypers. L’Europe enregistre de son côté 44 % de réactivations de comptes dormants supplémentaires. En parallèle, les tentatives de connexion par force brute y augmentent de 115 %.
L’intérêt d’un compte dormant tient à son historique. Un compte ouvert de longue date, vérifié, ayant déjà déposé et retiré, conserve un score de confiance élevé dans les moteurs de règles, même après des mois d’inactivité. Sa prise de contrôle contourne l’ensemble des contrôles d’entrée sans avoir à fabriquer une identité, puisque l’identité a été validée par l’opérateur lui-même.
| Zone | À l’inscription | Au retrait et sur le compte |
|---|---|---|
| Europe | Blocages en recul de 29 % | Tentatives de force brute en hausse de 115 %, réactivations de comptes dormants en hausse de 44 % |
| Amérique du Nord | Blocages en recul de 18 % | Pression reportée sur les comptes de confiance et sur les retraits |
| Amérique latine | Volume d’inscriptions en hausse de 278 %, blocages en hausse de 19 % | Blocages pour identité synthétique en hausse de 34 %, abus de bonus de bienvenue en hausse de 65 % |
| Asie-Pacifique | Non détaillé dans les extraits publiés | Hausse des signaux de retrait suspect, comme dans les trois autres zones |
L’Amérique latine suit le schéma inverse
Une zone se distingue. En Amérique latine, le volume d’inscriptions bondit de 278 % et les opérateurs resserrent les contrôles au lieu de les relâcher, avec des blocages en hausse de 19 %. Les blocages pour identité synthétique y progressent de 34 %, et les abus de bonus de bienvenue de 65 %. L’identité synthétique désigne un profil fabriqué à partir d’éléments réels et fictifs assemblés, qui ne correspond à aucune personne existante et qui échappe pour cette raison aux contrôles fondés sur la détection d’usurpation.
Le rapport sectoriel plus large publié par SEON en 2026 fournit le cadre de ces observations. Selon ce document, 57 % des opérateurs déclarent des pertes de fraude qui croissent plus vite que leur chiffre d’affaires, et le secteur privilégie le recrutement, cité par 47 % des répondants, sur l’investissement en apprentissage automatique, cité par 34 %. Le déplacement décrit pendant le tournoi met cet arbitrage à l’épreuve, puisque la détection au retrait suppose une analyse comportementale continue sur la durée de vie du compte, exercice difficile à tenir par la seule augmentation des effectifs.