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Schemes

Frais de scheme : la commission que les plafonds européens n’ont jamais atteinte

Dix ans après le règlement sur l’interchange, les « frais de scheme » facturés par Visa et Mastercard ont bondi de près de 34 % en quatre ans, sans jamais être plafonnés. La Commission européenne, qui a élargi son enquête antitrust aux fabricants de terminaux, et le futur RSP veulent enfin y faire entrer la transparence.

Réseaux évoqués

En mai 2025, la Commission européenne a franchi une nouvelle étape dans une enquête discrète mais lourde de conséquences : après avoir interrogé les commerçants et les prestataires de services de paiement, ses services ont adressé un questionnaire détaillé aux fabricants de terminaux et aux sociétés de paiement. Objet de la curiosité de Bruxelles : les frais de scheme que Visa et Mastercard facturent pour l’accès à leurs réseaux. Une catégorie de commissions restée dans l’angle mort de la régulation, alors même qu’elle a explosé depuis dix ans.

🔑
L’essentiel
Le règlement européen de 2015 a plafonné l'interchange, pas les frais de scheme. Résultat : ces derniers ont grimpé de près de 34 % entre 2018 et 2022, annulant en partie les économies promises aux commerçants. La Commission enquête depuis septembre 2024 pour abus de position dominante ; le futur RSP doit imposer la transparence tarifaire.

Qu’est-ce qu’un « frais de scheme » ?

Pour comprendre, il faut distinguer deux commissions superposées à chaque paiement par carte. La commission d’interchange est versée par la banque du commerçant (l'acquéreur) à la banque du porteur (l'émetteur). Le frais de scheme, lui, est prélevé directement par le réseau (Visa ou Mastercard) auprès des deux banques, en rémunération de l’accès et de l’usage de son infrastructure : autorisation, compensation, règlement, licences, mais aussi une myriade de frais annexes.

  • Frais d’accès et de traitement : par transaction autorisée, compensée et réglée sur le réseau.
  • Frais de licence et de connexion : pour utiliser la marque, les BIN et les API du scheme.
  • Market Development Funds : contributions destinées au « développement » du réseau.
  • Frais comportementaux ou de conformité : pénalités liées au respect des règles du scheme (taux de fraude, chargebacks, formats de messages).
  • Frais transfrontaliers et de change : appliqués dès qu’émetteur et acquéreur relèvent de pays différents.

EuroCommerce, la fédération européenne du commerce, recense plus de 800 frais de scheme distincts. La complexité est telle que les acquéreurs eux-mêmes peinent à en expliquer la base de calcul aux commerçants, qui les répercutent sans toujours les comprendre.

L’angle mort du règlement Interchange de 2015

En 2015, l’Interchange Fee Regulation (IFR) a plafonné l’interchange à 0,2 % pour les cartes de débit et 0,3 % pour les cartes de crédit dans l’Espace économique européen. Une victoire pour les commerçants, chiffrée en milliards d’euros d’économies. Mais le texte a laissé les frais de scheme totalement libres. Les réseaux ont donc actionné le seul levier non plafonné : ils ont relevé leurs frais de scheme, absorbant une bonne part des gains attendus.

+33,9 %
hausse cumulée des frais de scheme (2018-2022)
The Brattle Group
≈ 7,6 %/an
progression moyenne annuelle, hors inflation
The Brattle Group
≈ 1,5 Md€/an
coût estimé pour l’économie de l’UE
EuroCommerce
800+
frais de scheme distincts recensés
EuroCommerce
CritèreCommission d’interchangeFrais de scheme
BénéficiaireBanque émettrice (du porteur)Le réseau (Visa / Mastercard)
Plafonné dans l’UE ?Oui (0,2 % débit / 0,3 % crédit)Non
TransparenceEncadrée par l’IFRFaible, jugée opaque
Évolution récenteStable (plafonnée)+34 % en 4 ans
Négociable par le commerçantNonNon, imposé par le réseau
Interchange et frais de scheme : deux commissions, deux régimes

Pourquoi Bruxelles rouvre le dossier

L’enquête a été ouverte en septembre 2024, après des plaintes de commerçants et de fintechs, puis rendue publique en novembre. La Commission cherche à établir si Visa et Mastercard détiennent une position dominante et en abusent. Son dernier questionnaire réclame le détail des frais et services facturés entre 2017 et 2024. L’argument central des retailers s’appuie sur un rapport du cabinet The Brattle Group : les tarifs des réseaux ont grimpé sans amélioration mesurable du service rendu aux marchands ou aux consommateurs.

Le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles
L’enquête antitrust ouverte en septembre 2024 porte sur les frais facturés par Visa et Mastercard pour l’accès à leurs réseaux.
⚠️
Le grief des commerçants
Aux côtés d’EuroCommerce, Ecommerce Europe, Independent Retail Europe et l’Association européenne des trésoriers d’entreprise dénoncent une opacité qui grignote les économies de l’IFR. En cas d’abus caractérisé, Visa et Mastercard s’exposent chacun à une amende pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d’affaires mondial.

Deux fronts en parallèle : antitrust et régulation

L’action antitrust n’est pas isolée. Au Royaume-Uni, le Payment Systems Regulator avait pointé dès mai 2024 le même déficit de transparence et envisagé des mesures correctrices, voire des plafonds. Côté législatif, le futur RSP, le règlement sur les services de paiement qui accompagne la DSP3, doit imposer des obligations de transparence sur les frais de scheme et un meilleur reporting. La combinaison des deux leviers, concurrence et régulation, place les réseaux sous une pression inédite depuis l’IFR.

2015
Règlement Interchange (IFR)
Plafonds de 0,2 % (débit) et 0,3 % (crédit). Les frais de scheme restent libres.
2019
Engagements sur l’interchange interrégional
Visa et Mastercard s’engagent à réduire les commissions sur les cartes hors EEE.
Mai 2024
Alerte du régulateur britannique
Le PSR épingle l’opacité et la hausse des frais de scheme au Royaume-Uni.
Sept. 2024
Ouverture de l’enquête européenne
La Commission examine une possible position dominante après plaintes des commerçants ; l’enquête devient publique en novembre.
2025
Élargissement de l’enquête
Après les commerçants et les prestataires de paiement, questionnaire aux fabricants de terminaux et aux sociétés de paiement en mai ; données 2017-2024 réclamées.
2026
Publication attendue du RSP
Le paquet DSP3/RSP doit introduire des obligations de transparence sur les frais de scheme.

Ce que cela change pour les commerçants et les PSP

  • Commerçants : intérêt à ausculter la ligne « scheme fees » de leurs relevés d’acquisition, souvent noyée dans le taux de commission global (le Merchant Service Charge).
  • Acquéreurs et PSP : anticiper des exigences de reporting détaillé (interchange / scheme / marge acquéreur) que le RSP rendra probablement obligatoires.
  • Alternatives : l’account-to-account, Wero et le virement instantané gratuit gagnent en attractivité chaque fois que le coût carte grimpe.
  • Visa et Mastercard : un risque juridique majeur, mais surtout la menace d’un encadrement structurel de leur principale source de croissance en Europe.
ℹ️
À suivre
Une enquête antitrust européenne se compte en années. Le vrai jalon de court terme sera la publication du RSP : s’il consacre une obligation de transparence des frais de scheme, il donnera aux commerçants la première arme concrète pour contester dix ans de hausses non plafonnées.

Provenance

Publié le 20 juillet 2026

4 sources, 4 domaines distincts

↗ PYMNTS · EU Antitrust Watchdog Intensifies Probe Into Visa and Mastercard Fees · pymnts.com↗ Payments Cards & Mobile · EC opens new Scheme Fee investigation into Visa and Mastercard · paymentscardsandmobile.com↗ Finextra · Leading retailers urge EU to crack down on Visa and Mastercard fees · finextra.com↗ Global Competition Review · Visa, Mastercard’s scheme fees spark industry concerns · globalcompetitionreview.com
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