Le régulateur et le régime de licence
La Bank of Ghana (BoG) est la banque centrale du Ghana et l'autorité qui régule les systèmes de paiement du pays. Elle exerce en même temps une seconde fonction, que d'autres marchés confient à un organisme distinct. Elle détient l'opérateur d'infrastructure. GhIPSS, la Ghana Interbank Payment and Settlement Systems Limited constituée en mai 2007, est sa filiale à cent pour cent. Une négociation d'accès aux rails ghanéens se conclut donc, en dernière instance, avec la banque centrale elle-même. Cette réunion de la régulation et de l'exploitation explique que le pays ait pu imposer l'interopérabilité par décision, sans attendre un accord de place.
Le tournant réglementaire date du 6 juillet 2015, quand la BoG publie les Guidelines for E-Money Issuers, qui remplacent les Branchless Banking Guidelines de 2008. Le texte porte sur la structure juridique de l'émission de monnaie électronique. Un opérateur télécom peut désormais faire agréer une filiale émettrice de monnaie électronique, au lieu de dépendre d'une banque partenaire. La même publication de la banque centrale documente l'expansion du parc sur les années qui précèdent cette réforme. Entre 2012 et 2014, les comptes de monnaie électronique passent de 3,78 à 7,17 millions. Les volumes annuels progressent de 18,0 à 113,18 millions de transactions (Bank of Ghana, The Evolution of Bank of Ghana Policies on the Ghanaian Payment System, 2022).
Le Payment Systems and Services Act, 2019 (Act 987) a codifié ce régime. Le texte crée une échelle de licences graduée selon l'activité et le risque, avec un capital minimum propre à chaque barreau. Chaque barreau porte aussi une condition d'actionnariat, de l'ouverture complète aux capitaux étrangers jusqu'à la réservation aux seuls détenteurs ghanéens. L'agrément règle donc le niveau de fonds propres exigé du prestataire et la nationalité de ses actionnaires.
| Licence | Capital minimum | Activités permises | Actionnariat |
|---|---|---|---|
| DEMI (Dedicated Electronic Money Issuer) | GH¢20 millions | Émission de monnaie électronique, portefeuilles, réseau d'agents, soit le statut des filiales mobile money des opérateurs télécoms | Ouvert |
| PSP Scheme | GH¢8 millions | Commutation et routage entre infrastructures de paiement | Ouvert |
| PSP Enhanced | GH¢2 millions | Acquisition marchand, agrégation, traitement, passerelle de paiement, remises internationales entrantes, personnalisation de cartes EMV, déploiement de TPE | 30 % de capital local au minimum |
| PSP Medium | GH¢0,8 million | Agrégation marchands et facturiers, déploiement de TPE, applications de paiement mobile | 30 % de capital local au minimum |
| PSP Standard | Aucune exigence de capital | Applications de paiement mobile et services périphériques limités | Réservée aux entités détenues à 100 % par des Ghanéens |
Le périmètre supervisé s'est élargi fin 2025. Le Parlement a adopté le Virtual Asset Service Providers Act le 19 décembre 2025, promulgué le 22 décembre sous le numéro Act 1154. Le texte confie à la Bank of Ghana, avec la Securities and Exchange Commission et le Financial Intelligence Centre, l'enregistrement et la supervision des prestataires de services sur actifs virtuels. La BoG a créé un bureau dédié, le Virtual Assets Regulatory Office. Le gouverneur en fonction depuis le 3 février 2025 est Johnson Pandit Asiama.
- Payment Systems and Services Act, 2019 (Act 987), régime de licence PSP et EMI, socle de toute activité de paiement au Ghana.
- Guidelines for E-Money Issuers, 6 juillet 2015, qui autorisent la filiale EMI d'un opérateur télécom ; texte fondateur du mobile money ghanéen.
- Licensing Requirements for DEMI and PSP, juillet 2020, capitaux minimums, exigences techniques (PCI DSS, ISO 27001 selon la catégorie), règles d'actionnariat.
- Virtual Asset Service Providers Act, 2025 (Act 1154), supervision partagée BoG / SEC / FIC sur les actifs virtuels.
- Banks and Specialised Deposit-Taking Institutions Act, 2016 (Act 930), statut des banques et des institutions de dépôt spécialisées auxquelles les PSP se raccordent.
GhIPSS : une infrastructure publique, dix services
GhIPSS exploite dix systèmes de paiement, du chèque tronqué au virement instantané. Ces systèmes se répartissent en trois familles, celle du temps réel, celle de la compensation de masse et celle des cartes. Un acquéreur raccordé une seule fois atteint les banques, les portefeuilles mobiles et les cartes domestiques, sans négocier une intégration bilatérale avec chacun d'eux.
| Service | Depuis | Nature | Ce qu'il sert |
|---|---|---|---|
| e-zwich | 2008 | Carte à puce à authentification biométrique | Paiements publics : salaires du secteur public, programmes sociaux, stages nationaux. Fonctionne hors ligne et sans compte bancaire préalable. |
| gh-link | 2012 | Switch national et marque de carte domestique | Commutation interbancaire GAB, TPE et web ; calcul des positions de règlement à la Bank of Ghana. Alternative domestique aux réseaux internationaux. |
| GhIPSS Instant Pay (GIP) | 2016 | Virement de compte à compte en temps réel | Crédit interbancaire 24/7, plafond de GH¢50 000 par transaction. |
| Mobile Money Interoperability (MMI) | 2018 | Interopérabilité des portefeuilles | Transferts portefeuille ↔ portefeuille, portefeuille ↔ compte bancaire, portefeuille ↔ carte e-zwich. |
| GhQR | 2020 | Norme QR universelle | Acceptation marchand toutes sources de fonds : portefeuille, carte, compte bancaire. |
| GhanaPay | 2022 | Portefeuille bancaire commun | Riposte des banques et des institutions de dépôt sur le terrain du mobile money. |
| ACH Direct Credit / Direct Debit | – | Compensation de masse | Salaires, pensions, fournisseurs ; prélèvements récurrents sur mandat. |
| Cheque Codeline Clearing (CCC) | – | Compensation par troncature | Chèques d'entreprise : l'image et la ligne codée circulent, le papier reste à la banque remettante. |
| Proxy Pay | – | Annuaire d'adressage | Payer un compte ou un portefeuille depuis un alias, sans en connaître le numéro. |
| Request to Pay | – | Demande de paiement | Recouvrement à l'initiative du bénéficiaire, validé par le payeur ; adossé à GIP. |
Les transactions interbancaires transitent par gh-link, qui calcule les positions nettes, réglées en monnaie de banque centrale à la Bank of Ghana. Le classement des rails par volume s'écarte, au Ghana, de celui des marchés bancarisés. GIP compte moins que la MMI dans les usages ghanéens, parce que le pays s'est construit autour du portefeuille mobile et non du compte bancaire. Une intégration conçue autour du virement interbancaire raccorde donc d'abord le rail secondaire du marché.
Le mobile money : où se trouve l'argent
Le mobile money désigne les comptes de monnaie électronique tenus par des émetteurs agréés et servis par un réseau d'agents physiques. Ces comptes portent la plus grande part des paiements de détail ghanéens. La valeur annuelle des transactions mobile money représente plus du double du total échangé sur les plateformes interbancaires de GhIPSS. En 2024, la Bank of Ghana recensait 3 010 milliards GH¢ de transactions mobile money pour 8,1 milliards d'opérations. Les relevés mensuels publiés depuis lors par la banque centrale prolongent cette progression.
Un compte enregistré est un compte ouvert dans les livres d'un émetteur. Un compte actif est un compte ayant porté au moins une opération sur la période de référence retenue. L'écart entre les 83 millions d'enregistrés et les 26 millions d'actifs tient à trois causes. Le multi-SIM, les portefeuilles laissés dormants et l'ouverture d'un compte chez plusieurs émetteurs gonflent le parc déclaré, dont le total dépasse largement la population ghanéenne. La distribution présente le même écart, un peu plus de la moitié des 992 000 agents enregistrés travaillant réellement.
| Portefeuille | Émetteur | Adossement télécom | Situation |
|---|---|---|---|
| MTN Mobile Money (MoMo) | Mobile Money Limited (MML) | MTN Ghana | Opérateur dominant, filialisé sous licence EMI distincte du télécom, modèle de séparation exigé par la Bank of Ghana et copié ailleurs. |
| Telecel Cash | Telecel Ghana | Telecel Ghana (ex-Vodafone Ghana) | Telecel Group a repris 70 % de Vodafone Ghana en février 2023 ; la marque Telecel est déployée depuis fin février 2024. |
| AT Money | AT Ghana | AT (ex-AirtelTigo) | L'État ghanéen a repris AirtelTigo en novembre 2021 ; l'opérateur a été rebaptisé AT en 2023. |
La concentration du marché apparaît dans les comptes publiés par MTN Ghana. Sur l'exercice 2025, publié le 2 mars 2026, les revenus MoMo progressent de 35,7 % à 6,0 milliards GH¢, pour 19,3 millions d'utilisateurs actifs (+12,3 %). Le chiffre d'affaires de services du groupe local atteint 24,4 milliards GH¢, en hausse de 36,2 %. MTN Ghana attribue explicitement l'accélération à deux causes, la suppression de la e-levy et la montée des services dits avancés, qui regroupent le paiement marchand, le crédit et l'assurance. Avec 19,3 millions d'utilisateurs actifs, MoMo demeure la première source de fonds accessible à un commerçant qui encaisse au Ghana.
L'interopérabilité imposée, et ce qu'elle a changé
L'interopérabilité désigne la faculté, pour le client d'un émetteur, d'envoyer directement de l'argent au client d'un autre émetteur. Le 10 mai 2018, le vice-président Mahamudu Bawumia lance la plateforme de Mobile Money Interoperability construite par GhIPSS. Avant cette date, un client MTN ne pouvait pas envoyer directement de l'argent à un client d'un autre réseau. Le Ghana devient le premier pays africain à rendre interopérables, à l'échelle nationale et par mandat du régulateur, les portefeuilles entre eux et les portefeuilles avec les comptes bancaires. Deux relevés situent le démarrage. Les cinq premiers jours ont porté 23 000 transactions pour 1,8 million GH¢ (Oxford Business Group, 2018). Quatre mois plus tard, les transferts inter-réseaux représentaient 12 % des services GhIPSS.
La portée du dispositif dépasse le transfert entre particuliers. La MMI relie aussi les portefeuilles aux comptes bancaires et aux cartes e-zwich, de sorte qu'un solde détenu sur un portefeuille rejoint un compte bancaire sans passer par un retrait en espèces. Le gouverneur Ernest Addison a lancé la phase II sur ce périmètre étendu. Les modèles tanzanien et rwandais s'en sont inspirés.
- Une seule intégration technique : un PSP raccordé à GhIPSS atteint les trois émetteurs, sans accord bilatéral avec chaque opérateur télécom.
- Adressage par alias : le service Proxy Pay évite au payeur de connaître un numéro de compte, la couche d'annuaire qui manquait pour rendre l'interopérabilité utilisable côté client.
- Le KYC reste chez l'émetteur : l'identification du client est portée par le DEMI ou la banque, pas par la plateforme d'interopérabilité.
- Ne pas confondre MMI et GhQR : la MMI est un rail de transfert, GhQR une norme d'acceptation marchand. Ce sont deux services distincts de GhIPSS.
- Aucune ventilation publique par service : les volumes MMI sont agrégés dans le total GhIPSS, ce qui interdit de calibrer une part de marché sur une source ouverte.
La e-levy : une taxe, ses effets mesurés, son abrogation
L'Electronic Transfer Levy Act, 2022 (Act 1075), promulgué le 31 mars 2022, impose une taxe de 1,50 % sur les transferts électroniques. La collecte démarre le 1er mai 2022. Le champ est fixé par la deuxième annexe du texte. Quatre catégories y visent le portefeuille : transferts intra-émetteur, transferts entre émetteurs différents, virements d'un compte bancaire vers un portefeuille, et le mouvement inverse. La cinquième couvre les virements instantanés émis par un particulier depuis un compte bancaire, au-delà d'un seuil ministériel. La liste des entités qui prélèvent couvre les émetteurs de monnaie électronique, les PSP, les banques et les institutions de dépôt spécialisées.
- GH¢100 cumulés par jour et par personne, franchise quotidienne exonérée ; c'est la disposition qui a le plus modifié les comportements de fractionnement.
- Transferts entre comptes d'une même personne, hors champ.
- Paiements d'impôts, droits et taxes sur le système Ghana.Gov ou tout système désigné par l'État, hors champ.
- Paiements marchands spécifiés, effectués à un commerçant enregistré auprès de la Ghana Revenue Authority au titre de l'impôt sur le revenu ou de la TVA.
- Transferts entre comptes de principal, d'agent et de master-agent, hors champ, ce qui préservait la mécanique de liquidité du réseau d'agents.
- Compensation électronique des chèques, hors champ.
| Date | Texte | Contenu |
|---|---|---|
| 31 mars 2022 | Electronic Transfer Levy Act, 2022 (Act 1075) | Taxe de 1,50 % sur les transferts électroniques ; franchise de GH¢100 par jour et par personne ; collecte à partir du 1er mai 2022 par la Ghana Revenue Authority. |
| 29 décembre 2022 | Electronic Transfer Levy (Amendment) Act, 2022 (Act 1089) | Taux ramené à 1 % ; obligation de dépôt de déclaration ; reversement de la taxe collectée au Commissioner-General dans les vingt-quatre heures. |
| 26 mars 2025 | Vote du Parlement | Adoption du projet de loi d'abrogation, présenté avec le budget 2025. |
| 2 avril 2025 | Promulgation | Le président John Dramani Mahama signe le texte qui abroge les Act 1075 et Act 1089, avec la taxe sur les paris et l'Emissions Levy (Act 1112). |
La recette effective de 2022 représente moins d'un dixième de la prévision initiale, écart que deux mécanismes expliquent. Les usages se sont reportés vers les espèces et vers les canaux exonérés. Les montants ont été fractionnés sous la franchise quotidienne de GH¢100, de manière à rester hors du champ de la taxe. La reprise observée après l'abrogation confirme la sensibilité au prix. MTN Ghana enregistre en 2025 une hausse de 35,7 % de ses revenus MoMo, qu'elle rattache à la suppression de la taxe et au développement des services avancés.
Le cas ghanéen documente le comportement d'une taxe assise sur le flux et prélevée au moment du paiement. Un prélèvement visible du client déplace l'usage avant de produire la recette attendue, effet que le pays a mesuré sur trois exercices budgétaires. Les séries de volumes antérieures à avril 2025 portent cet effet dépressif de la fiscalité. Une projection construite sur ces séries sous-estime donc le marché tel qu'il fonctionne depuis l'abrogation.
Encaisser en magasin : GhQR, GhanaPay et l'angle mort de l'acceptation
GhQR, lancé en 2020 par GhIPSS avec le fournisseur technologique HPS, est la norme QR universelle du pays. Un même code affiché en caisse accepte un portefeuille mobile, une carte ou un compte bancaire, quels que soient la banque et l'émetteur du payeur. La norme est adossée au rail interbancaire de GhIPSS. Elle couvre l'ensemble des sources de fonds domestiques. Son adoption par les commerçants est restée en deçà des volumes que cette couverture rendait possibles.
| Année | Transactions | Valeur |
|---|---|---|
| 2020 | 904 | GH¢98 336 |
| 2021 | 26 443 | GH¢14,7 millions |
| 2022 | 958 774 | GH¢638,6 millions |
| 2024 | non ventilé | GH¢7,16 milliards |
| 2025 | non ventilé | GH¢12,92 milliards (+80,56 %) |
Environ 130 000 commerçants avaient activé GhQR selon les données GhIPSS relayées en 2025. Sur son seul dispositif propriétaire, un réseau télécom en revendique des millions. Le déploiement du QR a souffert de la e-levy pendant ses trois premières années d'exploitation, période où la différence de coût jouait contre le paiement électronique de faible montant. La croissance de 2025 en valeur, supérieure à 80 %, est cohérente avec la levée de cette contrainte.
| Canal | Rail | Ce qui fonctionne | Ce qui coince |
|---|---|---|---|
| MoMoPay (portefeuille de l'opérateur) | Réseau propriétaire de l'émetteur | Couverture client maximale, connaissance de l'outil, réseau d'agents dense pour le décaissement | Dépendance à un émetteur unique ; réconciliation adossée aux formats de l'opérateur |
| GhQR | GhIPSS | Un seul code pour toutes les sources de fonds ; norme publique, indépendante d'un émetteur | Base marchande installée réduite ; notoriété client faible face aux codes propriétaires |
| GIP / Proxy Pay / Request to Pay | GhIPSS | Crédit immédiat, plafond de GH¢50 000, adressage par alias, demande de paiement pour les facturiers | Rail pensé pour le compte bancaire, moins présent dans les usages de détail que le portefeuille |
| Carte (gh-link, réseaux internationaux) | gh-link / schemes | Nécessaire pour le voyageur et le commerce en ligne transfrontalier | Parc porteur limité au regard du portefeuille ; économie d'acceptation moins favorable sur les petits tickets |
| e-zwich | GhIPSS | Validation biométrique, fonctionnement hors ligne, accès sans compte bancaire | Usage concentré sur les décaissements publics ; peu pertinent pour le commerce courant |
GhanaPay est un portefeuille commun lancé en 2022 par GhIPSS avec les banques, les banques rurales et les institutions de dépôt spécialisées. Il visait à reprendre du terrain à MTN MoMo sur son propre marché, en proposant des transactions gratuites. Les volumes n'ont pas suivi. MTN MoMo était installé depuis 2009 et distribuait ses services par un réseau d'agents, alors que les banques promotrices de GhanaPay s'appuyaient sur leurs agences. La gratuité n'a pas compensé cette différence de couverture physique.
L'eCedi : une monnaie de banque centrale restée au pilote
L'eCedi est le projet de monnaie numérique de banque centrale du Ghana, annoncé par le gouverneur Ernest Addison en juin 2021. Une monnaie numérique de banque centrale est une forme de monnaie émise par l'institut d'émission et détenue par le public sans dépôt bancaire intermédiaire. Conçu avec la société allemande Giesecke+Devrient (G+D), l'eCedi est alors présenté comme la première MNBC généraliste d'Afrique, avec une capacité de paiement hors ligne revendiquée. Le contrat de pilote est signé en août 2021 et les essais auprès du public se déroulent en 2022. Aucune généralisation ne l'a suivi.
- Statut : pilote depuis 2021, sans déploiement généralisé au public plusieurs années après le lancement.
- Positionnement revendiqué : paiement de détail, y compris hors ligne, avec un argument d'inclusion dans les zones à couverture réseau irrégulière.
- Concurrence interne : le mobile money porte déjà la plus grande part des paiements de détail ghanéens, avec un réseau de plus d'un demi-million d'agents actifs.
- Ce qu'un praticien doit en retenir : aucune obligation d'acceptation, aucun rail de production à intégrer aujourd'hui. Le sujet reste prospectif.
Le développement de l'eCedi s'est poursuivi sur un terrain transfrontalier plutôt que domestique. Le projet DESFT, engagé en juin 2023 avec la Monetary Authority of Singapore, cible les obstacles que rencontrent les petites entreprises exportatrices. Le projet en retient trois, établir la confiance avec un partenaire étranger, accéder au paiement transfrontalier et financer la chaîne d'approvisionnement. La deuxième phase s'est achevée en avril 2024. Elle a exécuté une transaction commerciale réelle entre le Ghana et Singapour, combinant les Universal Trusted Credentials, le stablecoin singapourien xSGD, l'infrastructure eCedi et le protocole Purpose Bound Money.
Opérer sur le marché ghanéen : acteurs, flux, points de vigilance
Un projet d'encaissement au Ghana se raccorde rarement en direct aux rails publics. La couche d'acquisition et d'agrégation, qui collecte les paiements pour le compte d'un commerçant et lui en reverse le produit, est occupée par des prestataires locaux et panafricains. Leur agrément et leur implantation déterminent les services réellement accessibles. Le marché en compte un nombre limité, et les mêmes noms reviennent d'un appel d'offres ghanéen à l'autre.
Les remises internationales désignent les fonds envoyés au Ghana depuis l'étranger par des personnes physiques. Les entrées ont atteint près de 7,8 milliards de dollars en 2025, soit environ 6 % du produit intérieur brut (Bank of Ghana, chiffres cités par le gouverneur Asiama, avril 2026). Elles dépassent les investissements directs étrangers et ont pour première source les États-Unis. La terminaison directe en portefeuille mobile, le modèle de Zeepay, capte une part croissante de ce flux. Les émetteurs de monnaie électronique concurrencent donc les opérateurs de transfert d'argent classiques sur l'étape finale de remise des fonds au bénéficiaire.
- Choisir la licence avant l'architecture. Le capital minimum va de zéro (PSP Standard, réservé aux entités entièrement ghanéennes) à GH¢20 millions (DEMI). La catégorie visée conditionne l'actionnariat, les exigences techniques et le délai d'agrément.
- Sécuriser les 30 % de capital local dès le montage, sur toutes les catégories ouvertes aux étrangers.
- Câbler le portefeuille avant le compte bancaire. MoMo est la première source de fonds du marché ; GIP sert des cas d'usage réels mais secondaires en détail.
- Prévoir l'acceptation marchand comme un chantier commercial, pas comme une intégration. GhQR est disponible ; sa base installée reste étroite face aux codes propriétaires.
- Modéliser en cedis et exposer le risque de change. Les statistiques du marché sont publiées en GHS ; les revenus des remises et de l'e-commerce transfrontalier sont libellés en devises.
- Écarter les séries antérieures à avril 2025 dans toute projection de volumes : elles portent l'effet dépressif de la e-levy.
- Vérifier le périmètre actifs virtuels si l'offre touche aux stablecoins ou aux cryptoactifs : l'Act 1154 de 2025 soumet ces activités à enregistrement auprès de la Bank of Ghana.