Référence🌍 Le paiement en Afrique & Moyen-OrientIntermédiaire⏱ 21 min de lecture

🇸🇦 Les paiements dans le Golfe et au Moyen-Orient

mada et sarie en Arabie saoudite, UAEPGS, Aani et Jaywan aux Émirats, KNET et Wamd au Koweït, BENEFIT à Bahreïn, Fawran et Himyan au Qatar, OmanNet et MPCSS à Oman, Meeza et InstaPay en Égypte, Buna et AFAQ pour le transfrontalier arabe : qui exploite quoi, ce que coûte l'acceptation, et comment obtenir sa licence

Une zone, trois régimes de paiement

Le « Moyen-Orient » recouvre, du point de vue du paiement, trois ensembles distincts, qui n'ont ni les mêmes contraintes ni les mêmes acteurs. Le Golfe (CCG) est une zone à revenu élevé, dont les monnaies sont ancrées au dollar et dont plusieurs pays comptent une population expatriée majoritaire. L'acceptation carte y est presque universelle. L'État y a repris la main sur l'infrastructure. L'Égypte et la Jordanie sont des économies à revenu intermédiaire où l'enjeu est l'inclusion. Les instruments y sont le rail instantané à alias, les portefeuilles mobiles et la carte nationale distribuée par le canal des salaires publics. Le troisième ensemble, celui des pays en crise, rassemble le Liban, la Palestine, l'Irak et le Yémen, où le portefeuille et le réseau d'agents remplacent un système bancaire empêché.

Le trait structurant de la zone, commun à tous ses marchés et rare ailleurs, tient à la question de qui tient l'infrastructure. Dans la plupart des marchés européens ou américains, le switch domestique appartient aux banques ou à un opérateur privé. Ici, la banque centrale est très souvent l'exploitant direct (Oman, Qatar, une grande partie des Émirats) ou l'actionnaire de l'exploitant. Saudi Payments est une filiale de la SAMA, Al Etihad Payments une filiale à 100 % de la CBUAE. Là où l'exploitant est un groupement bancaire (KNET au Koweït, BENEFIT à Bahreïn), le switch conserve un quasi-monopole de place : le groupement réunit les banques du pays, de sorte que l'acquéreur qui traite du domestique passe par lui et non par un prestataire concurrent.

85 %
part des paiements électroniques dans les paiements de détail des particuliers en Arabie saoudite en 2025 (79 % en 2024)
SAMA, 2026
14,6 Md
transactions de paiement électronique en Arabie saoudite en 2025, contre 12,6 Md en 2024
SAMA, 2026
43,5 M
cartes Meeza émises en Égypte à juin 2025, six ans après le lancement du scheme
Central Bank of Egypt, 2025
494,0 M
transactions traitées par l'EFTS bahreïnien en 2025, pour BHD 37,5 Md
BENEFIT, communiqué 2026
PaysSwitch carte / scheme domestiqueRail instantané de détailExploitant et propriété
Arabie saouditemada (2015)sarie (2021)Saudi Payments, filiale de la SAMA
Émirats arabes unisUAESWITCH, Jaywan (2024)Aani / IPP (2023)CBUAE et sa filiale Al Etihad Payments
KoweïtKNET (1992)Wamd (2024)The Shared Electronic Banking Services Company, GIE bancaire
BahreïnBENEFIT (switch, 1997)EFTS / Fawri+ (2015)BENEFIT Company, GIE bancaire agréé par la CBB
QatarHimyan (2024), réseau NAPSFawran (2024), QMP (QR)Qatar Central Bank, en exploitation directe
OmanOmanNetMPCSS (2017)Banque centrale d'Oman, en exploitation directe
ÉgypteMeeza (2019), National Switch 123InstaPay / IPN (2022)Egyptian Banks Company pour la Central Bank of Egypt
JordanieJONETCliQ (2020), JoMoPay (2013)JONET : Network International ; CliQ/JoMoPay : JoPACC
Qui exploite l'infrastructure de détail, pays par pays
ℹ️
Les schémas domestiques commencent à s’ouvrir entre eux
Le 15 septembre 2026, la Qatar Central Bank et la SAMA ont annoncé l’acceptation mutuelle de leurs cartes nationales, Himyan en Arabie saoudite et mada au Qatar, sur la scène de Money20/20 Middle East à Riyad. Le déploiement est graduel, au fur et à mesure des phases d’intégration technique et opérationnelle approuvées, et aucun calendrier public n’a été donné. Pour un acquéreur, la conséquence est double : deux réseaux domestiques de plus à supporter en certification, et un trafic régional qui cesse de transiter par les réseaux internationaux.
🔑
La conséquence pratique n° 1
Dans presque tous ces marchés, on n'accède pas au domestique en passant par Visa ou Mastercard. L'encaissement des flux locaux suppose un raccordement au switch national, obtenu en direct ou par l'intermédiaire d'un acquéreur local qui le détient déjà. Un PSP international qui arrive avec sa seule licence acquéreur européenne encaisse les cartes étrangères des touristes. La quasi-totalité du volume local lui échappe, puisque ce volume circule sur le scheme domestique, auquel cette licence ne donne pas accès.

Arabie saoudite : mada, sarie, SADAD

L'Arabie saoudite est le plus gros marché de paiement de la zone. Sa transformation a aussi été la plus rapide. mada, lancé en 2015 et exploité par Saudi Payments (filiale de la SAMA), est le scheme de débit domestique. Quasiment toute carte de débit émise dans le Royaume porte mada, co-badgé Visa ou Mastercard pour l'international. Les deux marques présentes sur la même carte se partagent le routage selon la localisation de l'opération. Sur une transaction domestique, la piste mada est celle qui doit être empruntée, et elle détermine le coût supporté par le commerçant.

SR 29,86 Md
e-commerce réglé par cartes mada sur le seul mois de juillet 2025, soit ~$7,96 Md, en hausse de 79,45 % sur un an
SAMA, repris par Arab News, sept. 2025
149,74 M
transactions mada en ligne sur le mois de juillet 2025
SAMA, repris par Arab News, sept. 2025
750,0 M
transactions sur le rail instantané sarie en 2025, pour $621 Md, +26,5 % en volume
RTP Dashboard / ClearingPost, 2025-2026 (sources secondaires)
$45,7 Md
remises sortantes d'Arabie saoudite en 2024 : deuxième émetteur mondial, ~5 % des remises de la planète
FMI, Article IV Arabie saoudite, 2025

La commission commerçant (MSC) sur une transaction mada est plafonnée réglementairement à 0,80 % du montant, avec un maximum de SAR 40 par transaction (documentation mada / banques acquéreuses). Ce double plafond gouverne l'économie de l'acceptation saoudienne. Sur les paniers élevés, la borne en valeur absolue s'applique. Une vente de SAR 20 000 coûte alors SAR 40 d'acceptation, soit 0,20 %, un niveau inatteignable sur un scheme international. Sur les petits paniers, la borne en pourcentage est le seul terme qui joue, et le commerçant n'a aucune composante fixe à absorber sur un panier de SAR 20. Tout modèle de tarification importé d'Europe se heurte à cette grille, à commencer par l'interchange++ et sa composante fixe par transaction.

⚠️
Le piège de nommage saoudien : SARIE ≠ sarie
SARIE (Saudi Arabian Riyal Interbank Express) est le RTGS du Royaume, en service depuis 1997, pour le gros montant et le règlement en monnaie de banque centrale. sarie en minuscules désigne le service de paiement instantané de détail lancé en 2021 à l'intérieur de ce système. L'adressage s'y fait par alias, le numéro de mobile venant en substitut de l'IBAN. Les deux se prononcent de la même façon. Leurs graphies sont presque identiques. Ils n'ont ni le même objet, ni les mêmes participants, ni les mêmes plafonds. Une mention « intégration SARIE » qui ne précise pas lequel des deux systèmes elle vise laisse indéterminés le rail à raccorder, les plafonds applicables et la liste des participants.
  • mada, obligatoire de fait pour l'encaissement domestique, en proximité comme en ligne : les transactions des boutiques en ligne établies dans le Royaume doivent être traitées via le système national conformément aux exigences de la SAMA.
  • sarie, rail A2A 24/7 par alias, à intégrer pour tout encaissement instantané ou tout reversement (marketplaces, gig economy, remboursements).
  • SADAD, facturier national opéré par la SAMA depuis 2004 : présentation et paiement de factures des administrations, services publics et entreprises, accessible depuis tous les canaux bancaires et les portefeuilles agréés. C'est le rail des paiements récurrents et publics.
  • stc Bank (ex-stc pay), portefeuille devenu banque numérique agréée, capital libéré de 6,35 Md SAR, agrément par décret du Conseil des ministres n° 671 du 22 juin 2021. Cas d'école de la bascule télécom → banque dans le Golfe.
  • Tabby et Tamara, les deux BNPL du Royaume, tous deux sous licence de banque centrale, ce qui n'a pas d'équivalent dans la plupart des marchés occidentaux : le paiement fractionné n'y a jamais été un angle mort réglementaire.

Tabby est celui de ces acteurs dont l'activité est la mieux documentée. La société a son siège à Riyad. Elle détient des licences de la SAMA et de la CBUAE. Elle revendiquait en 2025 15 millions d'utilisateurs et 40 000 marchands, pour un volume annualisé d'environ $10 Md (communication société reprise par la presse, non auditée). La valorisation atteint environ $3,3 Md après une série E de $160 M annoncée le 12 février 2025. Dans le tunnel de paiement d'un e-commerçant du Golfe, le BNPL local se présente avant les portefeuilles, à l'inverse de l'ordre observé en Europe.

Émirats arabes unis : UAEPGS, Aani, Jaywan

Les Émirats arabes unis exploitent l'inventaire d'infrastructures de paiement le plus fourni de la zone. Il est aussi le moins bien connu. L'attention se porte sur les projets récents, Aani et Jaywan, alors que des systèmes de banque centrale en service depuis quinze ou vingt ans portent encore l'essentiel du quotidien. Depuis 2023, la CBUAE loge ses nouveaux rails dans une filiale à 100 %, Al Etihad Payments. Les systèmes historiques restent exploités par la banque centrale elle-même.

SystèmeObjetEn service depuis
UAEFTS (UAE Funds Transfer System)RTGS en dirham : règlement définitif en monnaie de banque centrale, jambe de règlement d'Aani, point de connexion à AFAQ et à Buna2001
UAESWITCHSwitch national : routage des opérations GAB et TPE interbancaires domestiques, en amont des schemes internationaux puis de Jaywan–
UAEPGS (UAE Payment Gateway System)Passerelle nationale d'e-commerce : le payeur règle depuis son compte courant ou d'épargne, par prélèvement autorisé depuis sa banque en ligne ou par carte de débit d'une banque membre2016
ICCS (Image Cheque Clearing System)Compensation d'images-chèques : seules l'image et les données circulent, règlement au jour même12 juillet 2008
UAEDDS (UAE Direct Debit System)Prélèvement automatique à mandat enregistré auprès de la banque centrale, montants fixes ou variablesoctobre 2012
Aani / Instant Payments PlatformRail instantané 24/7 en ISO 20022, alias, Request-to-Pay, QR marchand2023
JaywanScheme carte domestique de débit, co-badgé Visa, Mastercard, UnionPay et Discover2024
L'inventaire de paiement de la CBUAE

UAEPGS est la passerelle nationale d'e-commerce des Émirats. La banque centrale l'a introduite en juin 2016. Elle autorise un marchand raccordé à encaisser directement sur le compte bancaire du payeur. Le client donne son autorisation dans sa banque en ligne, ou règle par carte de débit d'une banque membre. Le marchand y gagne une seule intégration pour de nombreuses banques et un règlement consolidé unique. Le système constitue donc un rail A2A d'e-commerce, opéré par la banque centrale sept ans avant Aani, et il reste le canal de référence des grands facturiers et des administrations. Une part significative de l'encaissement récurrent émirati passe par cette passerelle, et non par le rail instantané plus récent.

Aani est le rail instantané grand public des Émirats, opéré par Al Etihad Payments et relevant du programme FIT de la CBUAE. Le service règle en moins de dix secondes. Il fonctionne 24/7 et adresse les paiements par alias, en pratique le numéro de téléphone. Il porte également le Request-to-Pay, le partage de note et le QR marchand. Dix établissements y participaient au lancement, et le service applique un plafond de AED 50 000 par transfert (CBUAE / AEP, 2023-2025). Plus de 12,5 millions d'utilisateurs ont été annoncés en 2025 (CBUAE / presse du Golfe). Ce plafond conditionne l'emploi d'Aani pour les cas d'usage B2B ou immobiliers, et les montants qui le dépassent empruntent l'UAEFTS, le système de règlement brut en dirham de la banque centrale.

Jaywan, lancé en 2024, est le premier scheme carte domestique des Émirats. Sa logique reprend celle du scheme saoudien mada. Elle consiste à rapatrier le routage du débit domestique, et à cesser de rémunérer un scheme international pour un flux qui ne quitte jamais le pays. Le déploiement de l'acceptation a été mené à marche forcée, et plus de 90 % des TPE du pays acceptaient Jaywan fin 2024. Hors du territoire, le co-badge Visa, Mastercard, UnionPay ou Discover prend le relais.

⚠️
Acceptation ≠ émission : le décalage Jaywan
Fin 2024, plus de 90 % des terminaux acceptaient Jaywan. La CBUAE n'identifiait pourtant que 11 établissements prêts à émettre (infographie du 23 juillet 2025), et l'émission réelle restait limitée début 2026. Le déploiement de l'acceptation a donc devancé celui de l'émission, et un parc de cartes Jaywan comparable au parc de terminaux n'existait pas encore à cette date. Le dirham numérique appelle la même distinction entre l'annonce et le déploiement, la CBUAE ayant publié sa doctrine et ses rapports préparatoires. Le calendrier de déploiement de détail a été annoncé plusieurs fois. La date en vigueur doit être revérifiée auprès de la banque centrale avant tout engagement de feuille de route.

Koweït, Bahreïn, Qatar, Oman : quatre monopoles de fait

Le Koweït, Bahreïn, le Qatar et Oman sont les quatre plus petits marchés du CCG. Dans chacun, une seule entité tient le switch, sans alternative. L'intégrateur n'a donc qu'un interlocuteur technique à traiter, et aucune voie de repli si ce raccordement échoue. Ce qui change d'un pays à l'autre, c'est qui est cette entité : un groupement de banques au Koweït et à Bahreïn, la banque centrale elle-même au Qatar et à Oman. Cette différence de propriété se lit dans le rythme d'innovation, dans la tarification et dans le niveau de publication statistique.

🇰🇼
Koweït (KNET, Wamd)
KNET (The Shared Electronic Banking Services Company), GIE détenu par les banques koweïtiennes depuis 1992, est à la fois le switch et le scheme de débit : quasi-monopole sur l'acceptation domestique, e-commerce compris. Wamd, lancé par KNET avec la Banque centrale du Koweït en 2024, ajoute le compte-à-compte instantané par numéro de téléphone depuis les applications bancaires, avec plus d'un million de comptes enregistrés en un an (ACI Worldwide, 2025). Le règlement se dénoue dans KASSIP, le RTGS de la CBK (2004), complété par KECCS (chèques, 2015) et KEBSS (flux des entités publiques, 2019).
🇧🇭
Bahreïn (BENEFIT, EFTS, BenefitPay)
BENEFIT Company, GIE des banques bahreïniennes agréé par la CBB, exploite depuis 1997 le switch ATM/POS, l'EFTS (avec ses services nommés Fawri pour le jour ouvré, Fawri+ pour l'instantané, Fawateer pour les factures), le portefeuille de place BenefitPay, le bureau de crédit et l'eKYC national. Ces fonctions couvrent l'ensemble de la chaîne domestique, de l'acceptation en magasin au virement interbancaire et à l'entrée en relation, si bien qu'aucun encaissement local ne se monte à Bahreïn sans passer par BENEFIT à l'un de ces titres.
🇶🇦
Qatar (Fawran, Himyan, QMP)
La Qatar Central Bank exploite tout en direct. QA-RTGS, nativement ISO 20022, est entré en service le 16 décembre 2024 en remplacement du QPS, avec activation des transferts en devises entre banques locales en décembre 2025. Fawran (2024) porte l'instantané de détail 24/7, avec une tarification plafonnée par le régulateur. QMP (Qatar Mobile Payment) assure l'interopérabilité des portefeuilles par alias et QR, et QATCH la compensation de masse.
🇴🇲
Oman (OmanNet, MPCSS, ACH)
La Banque centrale d'Oman exploite OmanNet (switch carte), le MPCSS (interopérabilité imposée entre portefeuilles bancaires et PSP, adressage mobile et QR, depuis 2017), l'ACH (2006, étendu au versement obligatoire des salaires en 2017 et au prélèvement sous mandat en 2021) et l'ECC (chèques, 2009). Le RTGS omanais (2005) a été refondu en 2023 en multidevise et 24/7, ce qui est peu courant pour un système de gros montant.
466,0 M
transactions BenefitPay à Bahreïn en 2025 pour BHD 10,2 Md, soit 94 % du volume total de l'EFTS
BENEFIT, communiqué 2026
11,8 M
transactions Fawateer (factures) à Bahreïn en 2025 contre 12,6 M en 2024, en recul
BENEFIT, communiqué 2026
+318,6 %
croissance en volume du MPCSS omanais sur l'exercice couvert, la plus forte de tous les systèmes du Sultanat
Banque centrale d'Oman, Financial Stability Report 2025
−17,4 %
recul en volume de la compensation de chèques omanaise (ECC), −35,6 % en valeur, pendant que l'ACH progresse fortement
Banque centrale d'Oman, aperçu des systèmes de paiement, 2026
ℹ️
Bahreïn : quand l'appli de place écrase les applis bancaires
BenefitPay concentre 94 % du volume de l'EFTS bahreïnien en 2025. Cette configuration est rare dans le monde. Ailleurs, les applications des banques captent l'essentiel de l'usage, et l'application interbancaire y reste marginale. À Bahreïn, la répartition s'inverse, et l'application de place porte la quasi-totalité des opérations. Un parcours de paiement conçu pour s'intégrer aux applications bancaires n'atteint donc qu'une fraction marginale du trafic de l'EFTS.

Himyan est la carte nationale de débit et prépayée du Qatar, lancée en 2024. Elle a d'abord été imposée sur les flux publics, obligatoire pour l'encaissement des frais de service des administrations depuis février 2025. Elle s'est ensuite ouverte à l'extérieur. L'acceptation a été activée au Koweït le 18 décembre 2025, puis à Bahreïn en juin 2026 (QCB / QNA). Le scheme est donc parti de la commande publique, avant de s'étendre par accords bilatéraux entre banques centrales voisines. Cette séquence reproduit à l'échelle du Golfe le mécanisme que Meeza a employé en Égypte à l'échelle nationale, où la carte a d'abord été distribuée par le canal des salaires et des subventions publics.

Égypte, Levant, Irak : l'autre moitié de la zone

Hors du Golfe, les politiques de paiement visent à faire sortir du cash une population largement non bancarisée, plutôt qu'à rapatrier des flux déjà électroniques. Les instruments employés diffèrent en conséquence. La carte nationale y est distribuée par le canal des salaires et des subventions publics. Le rail instantané à alias s'adosse à une application grand public, et un réseau physique d'agents assure le cash-in. Les volumes croissent beaucoup plus vite, à partir d'une base beaucoup plus basse.

L'Égypte présente la trajectoire la plus avancée hors du Golfe. Meeza est le scheme carte national égyptien, exploité par l'Egyptian Banks Company (EBC) sous l'égide de la Central Bank of Egypt depuis 2019. Il a atteint plus de 43,5 millions de cartes émises à juin 2025. Un tel rythme d'émission est impossible sans le canal étatique, la carte étant distribuée avec les salaires publics, les subventions et les pensions. InstaPay, l'application grand public du rail instantané IPN exploité par EBC pour la CBE depuis 2022, revendique plus de 16 millions d'utilisateurs. Le service annonce aussi plus de 1,1 milliard de transactions pour EGP 2 400 Md à juin 2025. Deux autres rails, moins visibles que ces deux marques, complètent le dispositif égyptien. L'EG-ACH, chambre de compensation de masse étendue au multidevise (dollar et euro) en avril 2022, porte la paie du pays. Le National Switch « 123 » est le commutateur GAB national antérieur à Meeza.

55,5 M
portefeuilles mobiles égyptiens tous émetteurs confondus à juin 2025, 1,4 Md de transactions pour plus de EGP 1 800 Md
Central Bank of Egypt, 2025
76,3 %
taux d'inclusion financière en Égypte à juin 2025, contre 27,4 % en 2016
Central Bank of Egypt, 2025
102,04 M
transactions JoMoPay en Jordanie en 2025, +79,7 % en volume, pour JOD 6,34 Md
JoPACC, Payments Systems Report 2025
3,93 M
utilisateurs du paiement instantané en Jordanie fin 2025 (+12,9 %), dont 2,13 M enregistrés sur CliQ (+27,3 %)
JoPACC, Payments Systems Report 2025

La Jordanie présente l'architecture de détail la plus lisible de la région, et probablement la mieux documentée. La Jordan Payments and Clearing Company (JoPACC), constituée en 2017 par la Banque centrale de Jordanie et les 25 banques de la place, exploite cinq systèmes. Ce sont l'ECC (images-chèques, 2007, refondu en 2023), l'ACH, eFAWATEERcom (facturier national, 2014, 75,43 M de transactions en 2025), JoMoPay (switch de mobile money, 2013) et CliQ (instantané à alias, 2020). Leurs soldes nets se déversent dans RTGS-JO (2002). JoMoPay occupe une place particulière, puisqu'il rend les portefeuilles jordaniens interopérables par construction, ce qui reste l'exception dans la zone. JONET désigne un système distinct, le switch carte GAB/TPE, exploité par Network International et raccordant 100 % des distributeurs et environ 80 % des commerçants du royaume.

En Palestine, l'Autorité monétaire palestinienne (PMA) a mis en service en 2025 I-Buraq, système instantané multidevises (trois devises) avec Request-to-Pay et rappel de fonds. Le créditement et la notification interviennent en moins de dix secondes. Le lancement répond directement à la pénurie de liquidités à Gaza. Le système s'ajoute à e-SADAD (facturier), au réseau carte national et au service QR Quick. Côté acteurs, PalPay (groupe Bank of Palestine) et Jawwal Pay (Paltel, première société à obtenir la licence PSP définitive de la PMA) portent l'acceptation. Au Liban, l'effondrement bancaire a fait des réseaux d'agents l'infrastructure de paiement de fait, à commencer par OMT (agréé Banque du Liban, plus de 1 000 points de vente) et Whish Money. Ce dernier est exploité par TecFrac sous agrément BDL par décision n° 19/21/22 du 10 août 2022, avec plus de 1 000 points de service.

En Irak, la Qi Card (International Smart Card, 2007) est un partenariat public-privé avec Rafidain Bank, Rasheed Bank et l'Iraqi Electronic Payment System. Elle est à la fois premier émetteur et premier acquéreur. Elle sert aussi de canal de versement des salaires et pensions publics. Sa capacité de transaction hors ligne est adaptée aux zones à télécoms dégradés. La plupart des spécifications importées ignorent cette contrainte de couverture réseau, parce qu'elles sont écrites pour des marchés à connectivité continue, où l'autorisation de l'émetteur est supposée disponible à chaque transaction. Les portefeuilles télécoms ZainCash (2015, agréé EMI par la Banque centrale d'Irak) et AsiaPay (ex-AsiaHawala, Asiacell) complètent le paysage, aux côtés de l'indépendant FastPay. Au Yémen, Jawali (WeCash, avec trois banques locales, sous supervision de la Banque centrale du Yémen) sert d'infrastructure de paiement de substitution dans un système bancaire fragmenté par le conflit.

⚠️
Les noms bougent, les documents pas
AsiaPay s'appelait AsiaHawala ; stc Bank s'appelait stc pay. Le QPS qatari est devenu QA-RTGS le 16 décembre 2024. Le sigle QPS reste pourtant omniprésent dans les contrats antérieurs, où il désigne parfois par extension l'ensemble des systèmes de la QCB. L'orthographe d'I-Buraq varie (Iburaq, e-Burraq), et la PMA emploie aussi « BURAQ » pour son RTGS. Avant toute signature d'une spécification d'intégration dans cette zone, il faut dater chaque nom de système, parce que la moitié des ambiguïtés relevées proviennent de ces changements de dénomination.

Le transfrontalier arabe : Buna, AFAQ, GCCNet

La zone dispose de trois rails régionaux distincts, GCCNet, AFAQ et Buna. Ils ne se recouvrent pas. La confusion entre les trois est pourtant fréquente. Leur distinction commande le choix du rail pour un flux donné, puisqu'ils n'ont ni le même périmètre géographique, ni le même objet, ni le même propriétaire.

1992
KNET (Koweït)
Premier switch national de la zone détenu par les banques ; il fixe le modèle du GIE bancaire monopolistique.
1997
SARIE, BENEFIT, GCCNet
La même année : le RTGS saoudien, le switch bahreïnien, et GCCNet qui interconnecte les réseaux GAB du Golfe, vingt ans avant tout rail de paiement régional.
2015
mada et l'EFTS bahreïnien
L'Arabie saoudite unifie son débit domestique sous la marque mada ; Bahreïn met en service Fawri, Fawri+ et Fawateer.
2018-2020
Buna
Le Fonds monétaire arabe fonde l'ARPCSO en 2018 et met Buna en production en 2020 : compensation et règlement multidevises à l'échelle du monde arabe, au-delà du seul CCG.
2020-2021
AFAQ
Gulf Payments Company, détenue par les six banques centrales du CCG, interconnecte les RTGS du Golfe en ISO 20022. Mise en service cross-devise en décembre 2021 (Arabie saoudite et Bahreïn).
2022-2023
Extension d'AFAQ
Koweït en mars 2022, Émirats arabes unis en décembre 2023. Six devises couvertes : AED, BHD, KWD, OMR, QAR, SAR.
2024
L'année des lancements domestiques
Jaywan et Aani montent en charge aux Émirats ; le Qatar lance Fawran et Himyan et met QA-RTGS en service le 16 décembre ; le Koweït lance Wamd.
2025
Élargissement de Buna
La Syrie rejoint la plateforme, étape de sa reconnexion progressive au système financier arabe. L'Égypte publie ses règles de licence PSO/PSP en juin.
RailPérimètreCe qu'il règleCe qu'il ne fait pas
GCCNet (1997)Six pays du CCGInterconnexion des réseaux GAB : un porteur mada retire au Koweït via GCCNet, pas via Visa ou MastercardNi virement, ni acceptation e-commerce, ni paiement marchand transfrontalier
AFAQ (2020-2021)Six pays du CCGInterconnexion des RTGS en ISO 20022, règlement le jour même entre banques centrales du Golfe, en devises locales, USD et EURNe sort pas du CCG ; ce n'est pas un rail de détail
Buna (2018 / 2020)Monde arabe (le FMA compte 22 pays membres, du Maghreb au Golfe)Compensation et règlement multidevises : devises arabes et devises internationales, plateforme centralisée conforme aux PFMIN'est pas un système de détail grand public ; l'adhésion se fait établissement par établissement
Correspondants bancaires / SWIFTMondialLe reste, tout ce qui sort de la zone ou n'a pas de participant commun sur Buna ou AFAQCoût et délai sensiblement supérieurs, et exposition au de-risking sur plusieurs juridictions de la zone
Maisons de change (Al Ansari, LuLu Exchange…)Corridors Golfe → Asie du Sud et du Sud-EstRemises des travailleurs migrants : émission en agence et en espèces, réception numériqueNe servent pas l'encaissement marchand ; ce sont des opérateurs de transfert, pas des acquéreurs
Les rails transfrontaliers de la zone : ce que chacun fait, et ne fait pas

Buna est exploitée par l'Arab Regional Payments Clearing and Settlement Organization (ARPCSO), organisation indépendante détenue à 100 % par le Fonds monétaire arabe. L'ARPCSO a été fondée en 2018, et Buna est en production depuis 2020. Le FMA compte 22 pays membres. Six devises représentent environ 90 % des transactions arabes : dirham émirati, riyal saoudien, livre égyptienne, dinar jordanien, dollar américain et euro. La plateforme est conçue conformément aux Principles for Financial Market Infrastructures et s'aligne sur la feuille de route du G20 pour les paiements transfrontaliers. Buna reste le seul rail régional qui déborde du CCG vers le Levant et l'Afrique du Nord. Un flux Le Caire–Riyad ou Amman–Abou Dhabi n'a donc pas d'autre voie régionale, et emprunte à défaut un correspondant bancaire.

Le corridor Golfe → Asie du Sud est le plus lourd du monde en volume de remises. L'Arabie saoudite a émis $45,7 Md en 2024, deuxième émetteur mondial derrière les États-Unis, soit environ 5 % des remises de la planète (FMI, Article IV 2025). Les Émirats sortaient environ $38,5 Md en 2023, deuxième rang mondial à l'époque (Banque mondiale). Ce canal reste massivement physique à l'émission (agences, espèces, paie des travailleurs migrants via les dispositifs de protection des salaires) et numérique à la réception. Al Ansari Exchange revendique plus de 280 agences aux Émirats et plus de 3 millions de clients uniques. Le groupe déclare aussi l'accès à plus de 500 000 points bancaires ou agents dans le monde. LuLu Financial Holdings opère aux deux extrémités du corridor. Face à eux, la hawala reste le terme de comparaison implicite. Elle désigne un réseau de courtiers indépendants qui compensent entre eux sans mouvement transfrontalier de fonds à chaque opération. Le GAFI et le FMI la rangent parmi les systèmes informels de transfert de valeur, et Dubaï en est le principal carrefour.

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Ce qu'il faut retenir avant de choisir un rail
Un flux intra-CCG entre banques emprunte AFAQ. Un flux arabe hors CCG (Égypte, Jordanie, Maghreb, Levant) emprunte Buna. Un retrait GAB effectué par un porteur du Golfe chez son voisin passe par GCCNet, et la transaction n'apparaît alors dans aucun rapport des schemes internationaux. Une remise de particulier n'emprunte aucun des trois rails régionaux. Elle passe par une maison de change ou par un opérateur numérique de transfert, chacun disposant de sa propre licence et de sa propre structure de coût.

La bascule du cash vers la carte

La bascule du cash vers la carte est la transformation la plus rapide du paiement mondial sur la décennie. Elle est mal mesurée, parce que le point de départ n'est pas le même partout. Dans le Golfe, le cash a reculé sur un marché déjà bancarisé, et la carte s'y est substituée aux espèces sans que le payeur ait à ouvrir un compte. En Égypte, en Jordanie ou en Irak, son recul suppose d'abord d'ouvrir un compte ou un portefeuille, de sorte que le mouvement relève de l'inclusion, plus lent et plus profond.

85 % / 79 %
part des paiements électroniques dans le retail des particuliers en Arabie saoudite : 2025 contre 2024
SAMA, 2026
41 % → 20 %
préférence déclarée pour le contre-remboursement au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, de 2020 à 2023, divisée par deux en 48 mois
Checkout.com, 4ᵉ rapport annuel MENA, mai 2024
+658 %
croissance des volumes de paiement régionaux depuis 2020, mesurée sur la même base
Checkout.com, 4ᵉ rapport annuel MENA, mai 2024
76,3 %
inclusion financière en Égypte à juin 2025 contre 27,4 % en 2016, le vrai moteur du recul du cash hors Golfe
Central Bank of Egypt, 2025

Le contre-remboursement (COD) désigne le règlement d'une commande en espèces à la livraison, collecté par le transporteur pour le compte du marchand. Son économie diffère de celle des moyens de paiement autorisés au moment de la commande, et son coût n'apparaît pas dans une grille de commissions d'acquisition. Il pèse encore un cinquième à un quart des commandes selon les marchés. Les postes de coût qu'il engendre se répartissent sur toute la chaîne, de l'expédition sans autorisation préalable au rapprochement manuel sur bordereaux de transporteur, en passant par la commission de collecte et le délai de reversement.

Le coût réel d'une commande encaissée en contre-remboursement
Marchand
Expédie sans avoir été payé
Aucune autorisation, aucun engagement d'émetteur : le risque de crédit et le risque de refus sont intégralement portés par le marchand jusqu'à la livraison
Transporteur
Collecte les espèces à la porte
Commission de collecte en sus du transport, plafonds de montant, refus de gros billets, absence de rendu de monnaie, autant de motifs d'échec propres au canal
Transporteur
Reverse par lots, après délai
Le reversement intervient plusieurs jours à plusieurs semaines après la livraison : le COD immobilise la trésorerie du marchand au moment même où il a déjà payé son stock
Client
Refuse à la livraison
Le taux de refus du COD est structurellement supérieur à celui de la carte ; le retour, le stockage et la remise en stock sont à la charge du marchand
Marchand
Rapproche à la main
Ni identifiant de transaction, ni ARN, ni fichier de compensation : le rapprochement se fait sur bordereaux transporteur, ligne à ligne, avec des écarts qui se découvrent des semaines plus tard
  • Chiffrez le COD en coût complet, pas en commission : collecte transporteur + immobilisation de trésorerie + taux de refus + logistique retour + heures de rapprochement. Le résultat dépasse presque toujours la commission carte locale, plafonnée à 0,80 % en Arabie saoudite.
  • Ne le supprimez pas d'un coup sur un marché où il pèse encore : la conversion se joue sur la confiance, et le levier documenté est l'offre d'une alternative crédible (débit domestique tokenisé, BNPL local, A2A instantané), pas le retrait de l'option.
  • Le BNPL local est un substitut direct du COD dans le Golfe : même fonction psychologique (payer après avoir vu le produit), mais avec autorisation, traçabilité et garantie de paiement pour le marchand.
  • Prévoyez la saisonnalité : le Ramadan et les périodes de fêtes déplacent massivement le volume de détail et les horaires de pointe, y compris nocturnes. Un dimensionnement calé sur une moyenne annuelle sature.
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Le week-end bancaire n'est pas le même partout
Le calendrier bancaire ouvré ne coïncide pas d'un pays à l'autre dans cette zone. Les Émirats arabes unis ont aligné leur semaine de travail sur un week-end samedi-dimanche au 1ᵉʳ janvier 2022. L'Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, Oman et l'Égypte restent en vendredi-samedi. Toute logique de valeur J+1, de fenêtre de compensation ACH, de cut-off RTGS ou de reversement marchand doit donc être calée pays par pays. Les rails instantanés (sarie, Aani, Fawran, Fawri+, Wamd, CliQ, InstaPay) affranchissent l'encaissement de détail de ce calendrier.

Les licences PSP : comment on entre sur ces marchés

L'agrément de prestataire de services de paiement s'obtient juridiction par juridiction dans cette zone, sans aucun passeport régional. Aucun mécanisme de reconnaissance mutuelle n'existe au sein du CCG, ni entre le Golfe et l'Égypte ou le Levant. Chaque juridiction délivre ses propres agréments. Elle exige le plus souvent une entité locale, et fixe ses propres catégories de services, qui ne se recouvrent pas d'un pays à l'autre. Un PSP qui opère en Arabie saoudite et aux Émirats détient donc deux licences distinctes, obtenues auprès de deux régulateurs, la SAMA d'un côté et la CBUAE de l'autre, avec deux jeux d'obligations de reporting. Le coût de ces agréments successifs vient en tête du budget d'expansion régionale, et les plans d'entrée l'évaluent en dessous de son montant réel.

JuridictionRégulateurTexte de référenceCe qu'il faut retenir
Arabie saouditeSAMA, Saudi Central BankPayment Services Provider Regulations (janvier 2020) et règlement d'application de la loi sur les paiements et services de paiementDeux régimes de monnaie électronique (Micro EMI et Major EMI), plus les licences de services de paiement. Obligations de reporting lourdes : réponse à réclamation sous cinq jours ouvrés, états financiers trimestriels sous un mois, comptes audités sous deux mois
Émirats arabes unisCBUAE, Central Bank of the UAERetail Payment Services and Card Schemes Regulation, publiée le 6 juin 2021, entrée en vigueur un mois après publication au Journal officielNeuf catégories de services (émission de compte de paiement, émission d'instrument, acquisition marchand, agrégation, transfert domestique, transfert transfrontalier, services de jetons de paiement, initiation de paiement, information sur les comptes) réparties en quatre catégories de licence, de la I à la IV. Les stored value facilities relèvent d'un régime distinct
KoweïtCBK, Central Bank of KuwaitInstructions for Regulating the Electronic Payment of Funds, mai 2023, révisant celles de 2018Cinq types de licence selon le volume et la nature du service. Capital minimum de KWD 50 000 pour un petit prestataire, KWD 250 000 en permanence pour un grand
ÉgypteCBE, Central Bank of EgyptRègles de licence et d'enregistrement des PSO et PSP, publiées en juin 2025 en application des articles 184 à 200 de la loi n° 194 de 2020Le régime vise aussi bien les institutions établies en Égypte que les institutions étrangères servant des clients égyptiens. Période transitoire de 12 mois à compter de la publication pour que les acteurs existants déposent leur dossier
Les régimes de licence, sur source primaire

La réglementation égyptienne distingue deux statuts, PSO / PSP, sans équivalent direct dans le vocabulaire européen. Le Payment System Operator exploite un système ; le Payment Service Provider rend un service à des clients. Un même groupe peut relever des deux statuts. Il dépose alors deux dossiers d'agrément. Le périmètre couvert est large : dépôt et retrait d'espèces sur compte de paiement, exécution d'opérations et transferts, émission d'instruments et de canaux d'acceptation électroniques. Il couvre aussi l'acceptation, l'envoi et la réception de remises en monnaie locale, l'initiation d'ordres, l'information sur les comptes, la tenue de comptes de paiement et l'émission de monnaie électronique.

Ailleurs dans la zone, le régime existe mais s'obtient par des voies plus institutionnelles que documentaires. À Bahreïn, BENEFIT Company est agréée par la CBB et constitue le point de raccordement obligé, puisqu'elle exploite à la fois le switch ATM/POS, l'EFTS et le portefeuille de place. L'accès au marché passe autant par l'intégration au GIE que par le dossier réglementaire. En Palestine, l'Autorité monétaire palestinienne délivre des licences PSP définitives, et Jawwal Pay a été la première société à en obtenir une. Au Qatar et à Oman, la banque centrale est elle-même l'exploitant des systèmes, de sorte que l'autorisation d'opérer et le raccordement technique sont traités par le même interlocuteur. Le nombre d'interlocuteurs diminue. La marge de négociation du demandeur se réduit d'autant, puisque l'autorité qui fixe les conditions techniques est aussi celle qui délivre l'agrément.

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Ce que les dossiers d'entrée oublient
Trois points font dérailler les calendriers d'entrée plus souvent que le dossier réglementaire lui-même. (1) L'exigence d'entité locale et, dans plusieurs juridictions, de résidence des données et d'hébergement des systèmes de traitement dans le pays. (2) Le raccordement au switch national, projet technique à part entière avec ses propres certifications et ses propres fenêtres de mise en production. (3) Le BNPL relève ici de la licence de banque centrale. Tabby et Tamara sont régulés par la SAMA, Valu est adossé à une société de crédit à la consommation cotée à la Bourse égyptienne. Une offre de paiement fractionné exercée dans cette zone sans licence de crédit se situe hors du cadre réglementaire. Elle ne relève pas d'une incertitude juridique.
  • Séquencez par marché, pas par région. Arabie saoudite et Émirats représentent l'essentiel du volume du Golfe ; l'Égypte l'essentiel du volume hors Golfe. Les quatre petits marchés du CCG s'ouvrent plus vite via un acquéreur local déjà raccordé que via une licence propre.
  • Le statut du partenaire prime sur sa marque. Plusieurs opérateurs de la zone ont changé de raison sociale, de statut ou de propriétaire récemment ; l'agrément se vérifie sur le registre du régulateur, pas sur le site commercial.
  • Budgétez le reporting. Les obligations périodiques de la SAMA et de la CBUAE mobilisent une fonction conformité locale à temps plein bien avant que les volumes ne la financent.
  • *Anticipez le de-risking.* Plusieurs juridictions de la zone (Liban, Irak, Yémen, Syrie) subissent une restriction durable de l'accès aux correspondants bancaires. Un business plan qui suppose un règlement en dollar fluide sur ces marchés doit être testé auprès de la banque de règlement avant d'être présenté.

Ce qui casse en production

Les incidents récurrents relevés dans cette zone se répartissent en trois familles de causes, dont presque aucune ne tient à la cryptographie ni au protocole. La première vient d'une ambiguïté de nommage reprise telle quelle dans une spécification d'intégration. La deuxième vient d'une hypothèse implicite importée d'un autre marché, sur le calendrier ouvré ou sur la connectivité du terminal. La troisième est un point de passage unique dont la criticité n'avait pas été mesurée.

MarchéÀ intégrer en premierLe piège
🇸🇦 Arabie saouditemada (domestique obligatoire), puis sarie pour l'instantané et les reversementsConfondre SARIE (RTGS, 1997) et sarie (instantané de détail, 2021). Et appliquer une grille interchange++ à un marché où le MSC est plafonné à 0,80 % / SAR 40
🇦🇪 ÉmiratsAani pour l'instantané, UAEPGS pour l'encaissement récurrent sur compteLe plafond de AED 50 000 par transfert Aani, et l'écart entre l'acceptation Jaywan (quasi généralisée) et l'émission Jaywan (encore limitée)
🇰🇼 KoweïtKNET, sans alternative pour le domestique, e-commerce inclusSupposer qu'un acquéreur international suffit. Et ignorer Wamd, dont l'adoption a dépassé le million de comptes en un an
🇧🇭 BahreïnBENEFIT (switch + EFTS), et BenefitPay côté parcours clientConcevoir le parcours pour les applications bancaires alors que l'appli de place capte 94 % du volume. Et confondre Fawri (jour ouvré), Fawri+ (instantané) et Fawateer (factures)
🇶🇦 QatarFawran pour l'instantané, QMP pour le QR, Himyan si l'on encaisse des flux publicsÉcrire « QPS » dans une spécification post-décembre 2024 : le RTGS s'appelle QA-RTGS depuis le 16 décembre 2024
🇴🇲 OmanMPCSS (mobile et QR, la plus forte croissance du pays), OmanNet côté carteBâtir sur le chèque : l'ECC recule de −17,4 % en volume et −35,6 % en valeur. Et oublier que le prélèvement sous mandat n'existe à Oman que depuis 2021
🇪🇬 ÉgypteMeeza et InstaPay, plus un réseau d'agents pour le cash-inIgnorer l'EG-ACH, qui porte la paie du pays, et le délai de licence PSO/PSP sous le régime publié en juin 2025
🇯🇴 JordanieCliQ et JoMoPay (portefeuilles interopérables), eFAWATEERcom pour les facturesConfondre JoPACC (rails compte-à-compte) et JONET (switch carte GAB/TPE), deux entités, deux intégrations, deux contrats
Par marché : le rail à intégrer d'abord, et le piège associé

La deuxième famille tient aux hypothèses implicites. Le week-end bancaire n'est pas le même selon les pays. La semaine de pointe se déplace pendant le Ramadan, avec une bascule du trafic vers les heures nocturnes. Plusieurs marchés supposent un fonctionnement hors ligne du terminal, et la Qi Card irakienne a été conçue pour cela. Dans la moitié de la zone, le chèque reste un instrument de garantie de premier plan : loyers, crédit commercial, sûretés aux Émirats, cautionnement en Jordanie. Les systèmes de compensation d'images-chèques restent en exploitation dans chacun de ces pays, y compris là où leurs volumes reculent. L'ICCS émirati date de 2008, l'ECC jordanien de 2007, l'ECC omanais de 2009 et le KECCS koweïtien de 2015.

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Le point de passage unique est la vraie exposition
Dans presque chacun de ces pays, une seule entité commute l'ensemble de l'acceptation domestique. Ce rôle revient à KNET au Koweït, à BENEFIT à Bahreïn, à OmanNet à Oman, à UAESWITCH aux Émirats et au National Switch en Égypte. Cette concentration abaisse les coûts unitaires. Elle rend aussi l'interopérabilité native entre tous les établissements raccordés. Elle fait enfin de chaque switch un point de défaillance unique à l'échelle d'un pays. Un plan de continuité qui se contente de basculer d'un acquéreur à un autre ne couvre pas ce risque, parce que les deux acquéreurs sont raccordés au même switch.
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Qui il faut connaître : les régulateurs
SAMA (Arabie saoudite), CBUAE (Émirats), CBK (Koweït), CBB (Bahreïn), QCB (Qatar), CBO (Oman), CBE (Égypte), CBJ (Jordanie), PMA (Palestine), BDL (Liban), CBI (Irak). Dans cette zone, le régulateur est aussi, très souvent, l'exploitant du système à intégrer : l'autorité qui délivre l'agrément est alors celle qui fixe les conditions du raccordement technique.
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Qui il faut connaître : les exploitants
Saudi Payments (SAMA), Al Etihad Payments (CBUAE), KNET, BENEFIT Company, Egyptian Banks Company, JoPACC et Network International (Jordanie), Gulf Payments Company (AFAQ), ARPCSO (Buna, Fonds monétaire arabe). Ce sont eux qui délivrent les certifications techniques et fixent les fenêtres de mise en production.
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Les marques à ne pas manquer au checkout
mada, Jaywan, KNET, BenefitPay, Himyan, Meeza côté domestique ; Tabby, Tamara, Valu, Sympl côté paiement fractionné ; Apple Pay et les portefeuilles bancaires côté proximité. Un tunnel qui n'expose que Visa, Mastercard et PayPal laisse la majorité du volume local à la porte.
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Les rails régionaux
AFAQ pour l'intra-CCG, Buna pour le monde arabe élargi, GCCNet pour l'interopérabilité GAB du Golfe. Chacun a son périmètre géographique et son propriétaire, et aucun ne porte le type de flux confié aux deux autres : un virement Le Caire–Riyad n'entre pas dans AFAQ, un règlement interbancaire intra-CCG n'entre pas dans GCCNet.

La souveraineté monétique désigne le rapatriement, sous contrôle national, du routage des paiements domestiques. La zone en constitue le laboratoire. En dix ans, mada, Meeza, Jaywan, Himyan et TROY dans la Turquie voisine y ont installé une même constatation : un scheme carte domestique se construit rapidement lorsque l'État en fait un instrument de politique publique. Les leviers employés sont la commande publique, le versement des salaires, la distribution des subventions et l'obligation de routage. Le Golfe ajoute à ce modèle une couche transfrontalière, avec AFAQ pour le règlement de gros, Buna pour le monde arabe et GCCNet pour le retrait. Aucune autre région du monde n'a construit les trois étages en aussi peu de temps.