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🇦🇪 Les paiements aux Émirats arabes unis

Aani et le virement instantané, UAESWITCH et les rails de la banque centrale, Jaywan et la carte domestique, les wallets et les super-apps, la frontière entre licence onshore et zone franche, les remises sortantes et le WPS : ce qu'un professionnel doit savoir pour encaisser et payer aux Émirats

Une infrastructure d'État, une clientèle expatriée

L'infrastructure de paiement des Émirats arabes unis rassemble les systèmes qui acheminent, compensent et règlent les opérations domestiques. Elle appartient à l'État. La Central Bank of the UAE (CBUAE) exploite le règlement brut, le switch carte, la compensation des chèques, le prélèvement et la passerelle d'encaissement en ligne. Depuis 2023, elle loge ses rails de nouvelle génération dans une filiale détenue à 100 %, Al Etihad Payments (AEP). Elle lui a transféré l'UAE Funds Transfer System et l'UAESWITCH, en gardant le rôle de superviseur (CBUAE, rapport annuel 2024). Un prestataire étranger qui cherche à se raccorder s'adresse donc à la banque centrale ou à sa filiale, et non à un groupement d'établissements privés.

Le dirham des Émirats est arrimé au dollar américain à 3,6725 AED pour 1 USD depuis le 22 novembre 1997. L'ancrage n'a jamais été rompu, et un encaissement libellé en AED ne porte donc pas de risque de change contre le dollar. Il en porte un contre l'euro, contre la roupie et contre le peso, dont les cours varient par rapport au dollar. La clientèle des services de paiement est très majoritairement non émiratie, et les expatriés forment le gros de la population résidente, ce qui explique à la fois le volume des remises sortantes et l'usage répandu des cartes internationales.

663 M
transactions routées par UAESWITCH en 2025, GAB et TPE confondus
CBUAE, rapport annuel 2025
560,7 M
transactions TPE en 2025, dont 522 617 882 sur carte de débit et 38 117 501 sur carte prépayée
CBUAE, rapport annuel 2025
AED 9 900 Md
valeur des virements de détail passés par UAEFTS en 2025 (114,9 M d'opérations, +19,93 % en valeur)
CBUAE, rapport annuel 2025
3,6725
dirhams pour un dollar américain, parité officielle inchangée depuis le 22 novembre 1997
CBUAE
SystèmeObjetExploitantActivité 2025 (CBUAE)
UAEFTS (UAE Funds Transfer System)Règlement en monnaie de banque centrale, jambe de règlement des autres systèmesCBUAE, fonctions transférées à AEP114,9 M virements de détail (AED 9 900 Md) et 865 708 virements institutionnels (AED 14 500 Md)
UAESWITCHSwitch national : routage des opérations GAB et TPE interbancaires domestiquesCBUAE, fonctions transférées à AEP663 M opérations, dont 102,9 M en GAB pour AED 160,8 Md
Aani / Instant Payment Instruction (IPI)Virement instantané 24/7 en ISO 20022, adressé par aliasAl Etihad Payments33,8 M opérations IPI pour AED 168,8 Md, en repli au profit d'Aani
JaywanScheme carte domestique de débit, prépayé et créditAl Etihad PaymentsÉmission nationale inaugurée le 20 juillet 2026
ICCS (Image Cheque Clearing System)Compensation d'images-chèques, règlement au jour mêmeCBUAE23,78 M chèques pour environ AED 1 500 Md (+8,55 % en valeur)
UAEDDS (UAE Direct Debit System)Prélèvement automatique à mandat enregistré auprès de la banque centraleCBUAE16,3 M opérations pour AED 140,3 Md (+22,88 % en valeur)
UAEPGS (UAE Payment Gateway System)Passerelle nationale d'encaissement en ligne depuis un compte ou une carte de débitCBUAE1,8 M opérations pour AED 7,84 Md (−2 % en volume)
UAEWPS (UAE Wages Protection System)Versement contrôlé des salaires du secteur privéCBUAE avec le ministère des Ressources humaines79,5 M virements de salaire pour AED 409 Md, 7,26 M salariés enregistrés
Les systèmes de paiement émiratis et leur activité 2025
🔑
Ce que cette architecture impose
Aucun de ces systèmes n'est accessible sans licence de la CBUAE ou sans passer par un établissement qui en détient une. Un acquéreur européen muni de sa seule autorisation domestique traite les cartes internationales des touristes, sans atteindre les opérations routées à l'intérieur du pays. Le volume local, soit 560,7 millions d'opérations TPE en 2025, transite par UAESWITCH. L'accès à ce switch passe par une licence de la CBUAE ou par un contrat avec un acquéreur déjà raccordé sur place.

Aani : le virement instantané et son plafond

Aani est le rail instantané grand public des Émirats, lancé en 2023 et exploité par Al Etihad Payments. Le service repose sur l'Instant Payment Instruction (IPI), la brique technique de la CBUAE, et échange en ISO 20022. L'adressage se fait par un alias, numéro de mobile ou identifiant Emirates ID, à la place du numéro de compte. Le transfert se règle sans intermédiation d'un correspondant. La banque centrale documente un plafond de AED 50 000 par transfert et un fonctionnement continu, 24 heures sur 24 (CBUAE, rapport annuel 2024).

Un paiement Aani par alias, du payeur au bénéficiaire
Payeur
Saisit un numéro de mobile ou un Emirates ID dans son application bancaire
Aucun IBAN n'est demandé ; l'alias est résolu par la plateforme
Banque du payeur
Émet l'instruction vers la plateforme Aani
Message ISO 20022, contrôles de sanctions et de fraude côté émetteur
Al Etihad Payments
Résout l'alias, route vers l'établissement destinataire
L'annuaire d'alias est central ; la résolution renvoie le nom du bénéficiaire pour confirmation
Banque du bénéficiaire
Crédite le compte et acquitte
Fonds disponibles immédiatement ; l'opération est irrévocable
UAEFTS
Dénoue le règlement interbancaire
Le règlement définitif intervient en monnaie de banque centrale, hors du parcours client
12,5 M
utilisateurs enregistrés sur Aani
Al Etihad Payments, communiqué du 10 avril 2026
74
établissements financiers agréés raccordés : 85 % de banques, 10 % de maisons de change, 5 % de wallets et sociétés de financement
Al Etihad Payments, avril 2026
≈ 774 000
commerçants ayant adopté Aani comme moyen d'encaissement
Al Etihad Payments, avril 2026
≤ 3 s
durée moyenne d'exécution d'un transfert ; croissance des transferts multipliée par six sur un an
Al Etihad Payments, avril 2026

Les statistiques de la CBUAE distinguent deux étiquettes pour un même rail, l'IPI et Aani. Les opérations recensées sous l'étiquette IPI passent de 67,5 millions en 2024 à 33,8 millions en 2025. Leur valeur recule de AED 225,4 Md à AED 168,8 Md. La banque centrale attribue ce repli au basculement de l'activité vers Aani, après l'extension de son déploiement (CBUAE, rapport annuel 2025). Les opérations retirées du décompte IPI entrent dans l'infrastructure par Aani et sont comptabilisées sous cette seconde étiquette. Une série chronologique qui suit la seule étiquette IPI décrit donc un marché en contraction, alors que l'activité instantanée prise dans son ensemble progresse.

  • Services en production : virement par alias, Request to Pay, paiement par QR code, partage de note (split payments), agrégation de comptes détenus dans plusieurs établissements.
  • Services annoncés par AEP en avril 2026 : paiements transfrontaliers, prélèvement électronique, chèque électronique et paiements interentreprises.
  • Transfrontalier : AEP a retenu Montran le 5 février 2026 pour bâtir une passerelle de remises internationales connectant Aani aux systèmes instantanés étrangers, à commencer par l'UPI indien via NPCI International.
  • Corridor chinois : l'intégration entre l'IPI et l'Internet Banking Payment System chinois a été mise en service pour accélérer les paiements de détail transfrontaliers (CBUAE, rapport annuel 2025).
⚠️
Le plafond de AED 50 000 décide de l'architecture
Le plafond de AED 50 000 par transfert exclut d'Aani le paiement immobilier, la facture d'un grossiste et le règlement d'un lot de fournisseurs. Au-delà de ce montant, l'opération repart sur UAEFTS, avec les horaires et le ticket unitaire propres à ce système. Un flux B2B dont les tickets encadrent ce seuil emprunte donc les deux systèmes, et une intégration annoncée comme « paiement instantané » doit prévoir les deux comportements. Une seconde difficulté est terminologique. Aani désigne le service commercial et IPI le système sous-jacent, et les statistiques publiques mélangent les deux selon la publication.

Les rails que personne ne cite et qui portent le quotidien

Les rails historiques des paiements émiratis sont les systèmes que la CBUAE exploite depuis quinze ou vingt ans. Ils traitent des centaines de millions d'opérations par an, quand Aani et Jaywan, plus récents, n'en portent encore qu'une fraction. Les délais d'encaissement et la position de trésorerie d'un commerçant émirati dépendent de leur fonctionnement quotidien. Le chèque, le prélèvement et la passerelle nationale en sont les trois principaux.

Le chèque demeure aux Émirats un instrument courant, employé autant comme garantie que comme moyen de paiement. L'ICCS a compensé 23,78 millions de chèques en 2025, pour environ AED 1 500 Md. La valeur progresse de 8,55 % sur un an (CBUAE, rapport annuel 2025). La fonction de garantie recouvre la caution de loyer, la sûreté d'un crédit commercial et le gage d'un échéancier. Le régime juridique a changé le 2 janvier 2022, date d'entrée en vigueur du décret-loi fédéral n° 14 de 2020, et l'insuffisance de provision n'est plus, à elle seule, une infraction pénale. La banque tirée doit régler partiellement le chèque à hauteur des fonds disponibles, et elle délivre un certificat de paiement partiel, qui vaut titre pour le reliquat.

ℹ️
Pourquoi le prélèvement émirati existe
L'UAEDDS a été introduit en octobre 2012 pour substituer un mandat électronique enregistré auprès de la banque centrale aux liasses de chèques post-datés que les prêteurs exigeaient. Ce mandat est opposable au débiteur, et il autorise des prélèvements de montant fixe ou variable. Le système a traité 16,3 millions d'opérations pour AED 140,3 Md en 2025, en hausse de 22,88 % en valeur (CBUAE, rapport annuel 2025). Les facturiers et les organismes de crédit en font leur rail de recouvrement principal. Les motifs de rejet y sont normalisés, c'est-à-dire codifiés de façon identique pour tous les établissements participants.

La passerelle nationale UAEPGS, en service depuis 2016, autorise un marchand raccordé à encaisser directement sur le compte du payeur, qui donne son accord depuis sa banque en ligne. Une intégration unique ouvre l'accès à de nombreuses banques, avec un règlement consolidé. En 2025, le système a traité 1,8 million d'opérations pour AED 7,84 Md, en baisse de 2 % en volume et en hausse de 20 % en valeur (CBUAE, rapport annuel 2025). Le ticket moyen augmente donc pendant que le nombre d'opérations diminue. Antérieur de sept ans à Aani, ce rail recule.

BesoinRail à retenirCe qui contraint le choix
Encaissement en magasinUAESWITCH via un acquéreur localLe routage domestique passe par le switch national, pas par le scheme international
Encaissement en ligne, panier courantCarte tokenisée + Aani QRAani impose l'alias et le plafond de AED 50 000
Reversement à un vendeur ou à un chauffeurAaniInstantané 24/7 ; au-delà du plafond, bascule sur UAEFTS
Échéancier, abonnement, prime d'assuranceUAEDDSMandat enregistré auprès de la CBUAE, à collecter avant la première échéance
Garantie et sûreté commercialeChèque (ICCS)Paiement partiel obligatoire depuis 2022 ; le certificat vaut titre pour le solde
Salaires du secteur privéUAEWPSPassage obligé pour les employeurs assujettis ; conditionne les autorisations de travail
Montant unitaire élevé, B2B, immobilierUAEFTSRèglement en monnaie de banque centrale, hors du parcours instantané
Choisir le rail selon le cas d'usage

Jaywan : la carte domestique et son décalage d'adoption

Jaywan est le premier scheme carte domestique des Émirats, opéré par Al Etihad Payments. Un scheme carte désigne le réseau qui fixe les règles d'émission, d'acceptation et de routage des opérations portant sa marque. La CBUAE en énonce l'objectif sans détour, celui de cesser de payer un réseau international pour un flux qui ne quitte pas le pays. Jaywan route localement les opérations TPE domestiques via UAESWITCH. Toutes les transactions Jaywan sont libellées en dirhams, ce qui supprime les frais de change et les écarts de conversion (CBUAE, rapport annuel 2024). La technologie sous-jacente a été importée, AEP s'étant appuyé sur NPCI International Payments Limited, qui lui a transmis la pile RuPay développée en Inde.

Octobre 2023
Accord AEP – NPCI International
NIPL partage la pile technologique RuPay avec Al Etihad Payments pour construire le scheme domestique émirati.
Février 2024
Lancement de Jaywan
Première transaction réalisée par le président des Émirats ; le scheme entre en production (CBUAE, jalons stratégiques 2024).
Fin 2024
Acceptation quasi générale
Plus de 90 % des terminaux du pays acceptent Jaywan, avant même que les cartes soient largement émises.
23 juillet 2025
Onze établissements prêts à émettre
L'infographie de la CBUAE recense onze établissements en capacité d'émettre ; l'émission réelle reste limitée.
20 juillet 2026
Émission nationale inaugurée
L'émission par les banques, les établissements agréés et les maisons de change est officiellement ouverte ; First Abu Dhabi Bank émet en débit, Commercial Bank of Dubai en prépayé (CBUAE / presse émiratie, juillet 2026).
Jaywan mono-badgeJaywan co-badgé
Acceptation domestiqueToutes les acceptations raccordées à UAESWITCHIdentique, avec priorité de routage domestique sur la piste Jaywan
Acceptation hors des ÉmiratsUsage local et régionalRéseau du partenaire international : Visa, Mastercard, UnionPay ou Discover
Devise de transactionAED, sans conversionAED en local ; conversion du réseau partenaire à l'étranger
Intérêt pour l'émetteurCoût de scheme domestiqueCouverture mondiale sans émettre deux cartes
Point de vigilance acquéreurVérifier le raccordement au switchVérifier la marque effectivement routée sur une opération domestique
Mono-badge et co-badge Jaywan : deux produits, deux couvertures
⚠️
Acceptation n'est pas émission
L'acceptation désigne la capacité d'un terminal à traiter une carte, et l'émission la mise en circulation des cartes auprès des porteurs. Les deux fonctions suivent aux Émirats des calendriers distincts. Le parc de terminaux acceptait Jaywan fin 2024, alors que l'émission nationale n'a été inaugurée que le 20 juillet 2026, en vagues successives selon les établissements. La base de porteurs se constitue donc après la couverture d'acceptation. Une carte co-badgée peut ensuite être routée sur la piste Jaywan ou sur celle du réseau partenaire, si bien que le mix de marques relevé mensuellement sur les opérations domestiques mesure la part que le scheme national prend réellement, et non celle qu'il pourrait prendre.

L'argument commercial avancé en faveur de Jaywan porte sur le coût supporté par le commerçant. Network International, principal acquéreur du pays, indique qu'aucun frais supplémentaire n'est appliqué aux commerçants sur les transactions Jaywan (déclaration reprise par la presse émiratie, juillet 2026). La portée de cette déclaration se vérifie dans le contrat de chaque acquéreur, puisque la grille tarifaire reste négociée établissement par établissement. L'absence de surcoût annoncée porte sur un supplément éventuel, et non sur le niveau de la commission de base. L'économie vérifiable ne se loge donc pas dans le tarif de l'acquéreur mais dans la devise, une opération Jaywan ne subissant ni frais de change ni écart de conversion, puisqu'elle est libellée en dirhams de bout en bout.

Wallets et super-apps : qui détient le compte du résident

Un portefeuille de paiement est un compte accessible depuis une application mobile, sur lequel le client dépose des fonds pour les transférer ou régler des achats. Aux Émirats, ces portefeuilles ont été lancés par des entreprises non bancaires. Une application de mobilité, une messagerie et un opérateur télécom en exploitent chacun un, sous leur propre agrément de la banque centrale. L'usage principal reste l'envoi d'argent vers le pays d'origine et le paiement de factures, le règlement d'un achat venant ensuite. Ces portefeuilles visent une clientèle que la banque de détail classique servait mal, celle des salaires modestes et des dépôts faibles.

🚗
Careem Pay
Né dans l'application de mobilité Careem, agréé par la CBUAE. Transferts internationaux vers plusieurs corridors, paiement de factures, virement de pair à pair par numéro de téléphone. Le service de remise a été étendu au Royaume-Uni et à de nouvelles destinations en 2026.
💬
Botim (Astra Tech)
Messagerie voix et vidéo devenue super-app financière, adossée au prestataire PayBy. Portefeuilles dotés d'un IBAN virtuel, visant explicitement les travailleurs peu bancarisés. Le canal de distribution est l'application de communication, pas l'agence.
📶
e& money
Portefeuille de l'opérateur télécom e&, compte numérique sans frais ni solde minimum. Modèle de bascule vers les services financiers, courant dans le Golfe, porté par une base d'abonnés préexistante.
🏦
Payit
Portefeuille de First Abu Dhabi Bank, positionné sur l'inclusion financière et décliné en offre de compte multi-services pour les publics sous-bancarisés. Réponse bancaire aux entrants non bancaires.

À côté de ces portefeuilles locaux, ceux des constructeurs sont présents au point de vente. Apple Pay, Google Pay et Samsung Pay y tokenisent des cartes émises sur place. Le sans-contact est la norme en magasin. Le paiement fractionné est fourni par deux acteurs régionaux, Tabby et Tamara, tous deux sous licence de banque centrale. Le fractionné n'a jamais été un angle mort réglementaire dans le Golfe. Dans le tunnel de paiement d'un e-commerçant émirati, ces méthodes se présentent avant les portefeuilles locaux.

30
prestataires de services de paiement de détail et schemes de carte agréés aux Émirats fin 2025
CBUAE, rapport annuel 2025
16
émetteurs de *stored value facilities* (SVF) agréés fin 2025
CBUAE, rapport annuel 2025
48
sociétés fintech agréées fin 2025 (SVF, jetons de paiement, services de paiement de détail), contre 37 fin 2024
CBUAE, rapport annuel 2025
64
maisons de change agréées fin 2025, contre 73 fin 2024 : le secteur se concentre
CBUAE, rapport annuel 2025
ℹ️
Un wallet, deux régimes possibles
Un portefeuille qui stocke de la valeur pour le compte du client relève de la réglementation SVF (stored value facilities). Un prestataire qui initie ou agrège des paiements, ou qui acquiert des commerçants, relève du régime RPSCS. Les deux agréments ne s'obtiennent pas de la même façon et n'autorisent pas les mêmes services, le premier couvrant la détention de fonds pour le compte du client, le second leur mise en mouvement. Confondre ces régimes au moment de l'étude de faisabilité coûte plusieurs mois de dossier.

Licence onshore ou zone franche : la question qui décide de tout

Le régime applicable à un prestataire de paiement aux Émirats dépend du périmètre où se trouve son client, le territoire onshore ou une zone franche financière. Les Émirats arabes unis comptent plusieurs régulateurs financiers, dont les périmètres de compétence ne se recouvrent pas. La CBUAE régule le territoire onshore. Ce périmètre couvre les sept émirats, hors zones franches financières. Le DIFC à Dubaï et l'ADGM à Abou Dhabi sont des zones franches financières, dotées de leur propre droit et de leur propre autorité. La DFSA surveille la première, la FSRA la seconde. Une autorisation obtenue dans une zone franche vaut à l'intérieur de cette zone, sans valoir licence pour offrir un service de paiement de détail à un résident du territoire onshore.

PérimètreAutoritéCe qu'on y obtientCe que cela n'ouvre pas
Territoire onshore (les sept émirats)CBUAELicence de services de paiement de détail (RPSCS), SVF, services de jetons de paiement, activité de change–
DIFC, DubaïDFSAAutorisation de services financiers dans le droit propre du centreNe dispense pas d'une licence CBUAE pour servir ou démarcher la clientèle onshore
ADGM, Abou DhabiFSRAAutorisation de services financiers dans le droit propre du marché globalMême limite : le périmètre s'apprécie où se trouve le client
Actifs virtuels à Dubaï (hors DIFC)VARARégime dédié aux prestataires de services sur actifs virtuelsNe vaut pas licence de service de paiement au sens de la CBUAE
Quatre périmètres, quatre autorités

Le régime onshore de référence est la Retail Payment Services and Card Schemes Regulation, publiée en juillet 2021. Elle est entrée en vigueur le 15 juillet 2021, avec une période transitoire d'un an pour les acteurs déjà en activité. Le texte énumère les services de paiement de détail et les répartit en catégories de licence. Les services visés sont l'émission de compte de paiement, l'émission d'instrument de paiement, l'acquisition commerçant et l'agrégation de paiements. La liste comprend aussi le transfert de fonds domestique et transfrontalier, les services sur jetons de paiement, l'initiation de paiement et l'information sur les comptes. Aucun de ces services ne peut être fourni ni même promu sans licence, sauf pour les personnes exemptées. Les banques agréées par la CBUAE sont exemptées, mais doivent notifier leur intention d'exercer.

  • Jetons de paiement. La Payment Token Services Regulation, émise le 7 juin 2024 et en vigueur depuis le 6 juillet 2024, encadre l'émission, la conversion, la conservation et le transfert de jetons. Elle distingue les jetons libellés en dirham des jetons étrangers, interdit la rémunération du porteur, écarte les stablecoins algorithmiques et limite l'usage des jetons étrangers à des opérations sur actifs virtuels.
  • Deux émetteurs de jetons adossés au dirham ont été agréés sous ce régime en 2025, avec des exigences sur l'émission, la gestion de réserve, le remboursement et l'exploitation (CBUAE, rapport annuel 2025).
  • Change et remise. La réglementation de l'activité de change a été amendée en 2025 : gouvernance, risque opérationnel, LCB-FT, protection du consommateur, numérisation et reporting renforcés. L'amendement crée une quatrième catégorie de licence, dédiée à la remise entièrement numérique (CBUAE, rapport annuel 2025).
  • Recours du client. Depuis le 7 mars 2024, l'unité indépendante Sanadak traite les réclamations des consommateurs de services financiers et d'assurance, reprenant les missions auparavant exercées par le département de protection du consommateur de la CBUAE.
⚠️
Le périmètre s'apprécie côté client, pas côté siège social
Le critère d'assujettissement est la localisation du client et le lieu où le service est fourni ou promu, non celui de l'immatriculation de la société. Une entité du DIFC qui démarche des résidents onshore déclenche une obligation de licence auprès de la CBUAE, quelle que soit son autorisation DFSA. Le montage courant consiste à détenir deux structures, l'une agréée en zone franche, l'autre licenciée par la CBUAE pour la clientèle onshore. L'autre voie consiste à s'adosser à un titulaire de licence onshore. Un choix arrêté tardivement impose de reprendre le contrat, le flux de fonds et la documentation client.

Salaires et remises sortantes : le vrai flux du pays

La chaîne qui va du salaire à la remise sortante se compose de deux opérations liées, le versement d'un salaire à un résident puis l'envoi d'une partie de ce salaire au pays d'origine. Elle forme le paiement le plus fréquent du pays. Les deux jambes sont réglementées, et la première conditionne la seconde. Le UAE Wages Protection System, ou WPS, impose aux employeurs assujettis de verser les salaires par un canal contrôlé, relié à la banque centrale et au ministère des Ressources humaines. Le respect du WPS conditionne les démarches administratives de l'employeur, à commencer par ses autorisations de travail, et le système ne se contourne donc pas.

7,26 M
salariés enregistrés au WPS fin 2025, contre 6,06 M fin 2024
CBUAE, rapport annuel 2025
AED 409 Md
salaires versés via le WPS en 2025, pour 79,5 M de virements (contre AED 341 Md et 67,5 M en 2024)
CBUAE, rapport annuel 2025
368 448
employeurs enregistrés au WPS fin 2025, en hausse de 15 % sur un an
CBUAE, rapport annuel 2025
≈ $38,5 Md
remises sortantes des Émirats en 2023, l'un des tout premiers flux mondiaux
Banque mondiale, 2023
Du salaire au village : la chaîne complète
Employeur
Dépose son fichier de paie au format WPS
Passage par une banque ou un agent agréé ; le fichier est contrôlé avant exécution
UAEWPS
Vérifie et transmet les virements de salaire
79,5 M de virements exécutés en 2025 ; les manquements remontent au ministère des Ressources humaines
Salarié
Reçoit sur un compte, une carte salaire ou un portefeuille
Les portefeuilles à IBAN virtuel visent précisément cette population
Maison de change ou wallet
Convertit en devise et pousse vers le corridor
64 maisons de change agréées fin 2025 ; émission encore massivement physique, réception numérique
Réception
Crédit sur un compte, un portefeuille ou un point de retrait
Inde, Pakistan, Philippines, Bangladesh, Égypte : les corridors historiques du pays

Le secteur de la remise depuis les Émirats se concentre. Les maisons de change agréées passent de 73 fin 2024 à 64 fin 2025, et les prestataires de hawala enregistrés de 37 à 34 (CBUAE, rapport annuel 2025). Deux facteurs se conjuguent, le coût de conformité, que les petits réseaux d'agences supportent mal, et la concurrence des portefeuilles, qui déplace l'émission vers l'application. L'amendement de 2025 à la réglementation du change entérine ce mouvement en créant une catégorie de licence pour la remise entièrement numérique. Al Ansari Exchange et LuLu Exchange restent des réseaux physiques massifs, mais ils ne sont plus le seul chemin de sortie des fonds.

🔑
Ce qui va faire bouger le prix du corridor
Le coût d'une remise depuis les Émirats se compose d'une marge de change et de frais fixes. Ces deux composantes tiennent au caractère physique de l'émission, réalisée dans un réseau d'agences. La passerelle de remises internationales confiée à Montran par Al Etihad Payments le 5 février 2026 vise ce modèle. Elle doit brancher Aani directement sur les systèmes instantanés étrangers, à commencer par l'UPI indien. Un corridor Émirats-Inde de compte à compte, en instantané et en ISO 20022, laisse subsister la marge de change. Il supprime en revanche l'intermédiaire qui la facturait, les deux systèmes instantanés échangeant directement.

Le programme FIT : dirham numérique, open finance, jetons

Le programme FIT (Financial Infrastructure Transformation), lancé en 2023, structure la modernisation du secteur financier émirati et de la banque centrale elle-même. Al Etihad Payments a été créée la même année. Aani, Jaywan, l'open finance, le dirham numérique et l'identification électronique nationale en sont les chantiers. Ces réalisations relèvent d'un plan unique conduit par la banque centrale, et non d'initiatives séparées.

2023
Lancement du programme FIT et création d'Al Etihad Payments
La CBUAE crée sa filiale d'exploitation et engage la transformation de l'infrastructure financière.
Janvier 2024
Premier paiement transfrontalier en dirham numérique
L'opération est exécutée sur le produit minimum viable de la plateforme mBridge, entre banques centrales participantes.
Février 2024
Jaywan entre en production, sortie de la liste grise du GAFI
Les Émirats sont retirés de la liste des juridictions sous surveillance renforcée du GAFI, ce qui allège la relation de correspondance bancaire.
7 mars 2024
Ouverture de Sanadak
Première unité de médiation financière et assurantielle indépendante de la région, compétente sur les réclamations des consommateurs.
7 juin 2024
Payment Token Services Regulation
Cadre des jetons de paiement, en vigueur le 6 juillet 2024 ; ceux qui sont libellés en dirham suivent une voie d'agrément distincte des jetons étrangers.
Mars 2025
Symbole du dirham, physique et numérique
La CBUAE publie le symbole officiel de la monnaie sous ses deux formes et développe un portefeuille de dirham numérique.
2025
Al Tareq, l'open finance en production
Deux banques et deux prestataires tiers satisfont aux exigences opérationnelles ; l'infrastructure centralisée est mise en service et Nebras Open Finance démarre.
2025
Réseau Jisr et premier règlement CBDC Émirats-Chine
La plateforme Jisr ouvre le règlement transfrontalier en monnaie numérique de banque centrale par connexion bilatérale directe ; la première opération publique domestique en dirham numérique est exécutée la même année.
  • Dirham numérique. Cours légal établi par le décret-loi fédéral n° 54 de 2023. La CBUAE a doté la monnaie d'un symbole numérique et développé un portefeuille couvrant les usages de détail et de gros (CBUAE, rapport annuel 2025).
  • Al Tareq. L'initiative d'open finance émiratie, en production depuis 2025 : parcours de consentement normalisés, initiation de paiement, vérification du bénéficiaire, partage de données et devis d'assurance. L'infrastructure centrale d'API est exploitée par Nebras Open Finance.
  • e-KYC national. Les textes d'application régissant l'entité nationale d'identification électronique ont été finalisés en 2025 ; la plateforme est en conception organisationnelle et technique.
  • Jetons adossés au dirham. Deux émetteurs agréés en 2025, avec exigences d'émission, de réserve, de remboursement et d'exploitation. Ces jetons peuvent servir des cas d'usage domestiques et transfrontaliers sélectionnés.
⚠️
Le calendrier du dirham numérique se vérifie, il ne se suppose pas
Les jalons publiés par la CBUAE portent sur le cadre juridique, le symbole, le portefeuille, la plateforme Jisr et des opérations de gros. Le déploiement de détail a donné lieu à des annonces successives dont les échéances ont bougé. Une date de disponibilité grand public non confirmée par la banque centrale ne constitue donc pas un jalon opposable dans une feuille de route produit. La même prudence s'applique sur tout marché engagé dans une monnaie numérique de banque centrale (MNBC), et elle s'impose ici parce que la communication a couru plus vite que la mise en service.

Opérer aux Émirats : ce qui casse et ce qui coûte

L'acquisition commerçant désigne la fourniture à un commerçant du raccordement aux réseaux de cartes et du règlement de ses encaissements. Aux Émirats, ce marché est concentré autour d'un acteur principal. La fusion de Network International et de Magnati a été finalisée le 1er octobre 2025, sous le contrôle d'un consortium mené par Brookfield. L'entité issue de l'opération couvre plus de 50 marchés d'Afrique et du Moyen-Orient. Elle sert plus de 250 établissements financiers, 240 000 entreprises et plus de 20 millions de porteurs (communiqué Network International, octobre 2025). Magnati était issue de First Abu Dhabi Bank. La part de marché ainsi réunie réduit la marge de négociation dont dispose un commerçant de taille moyenne. Checkout.com, Telr, Amazon Payment Services, PayTabs et Ziina constituent les autres options, avec des couvertures et des grilles tarifaires différentes.

La facturation électronique obligatoire est en cours d'introduction aux Émirats, selon un calendrier fixé par voie réglementaire. Le dispositif émirati repose sur le réseau Peppol et sur un modèle à cinq coins, avec un format PINT AE. Le passage par un prestataire accrédité par le ministère des Finances est obligatoire. Les décisions ministérielles n° 243 et 244 de 2025, publiées le 28 septembre 2025, fixent le cadre. Le déploiement est échelonné selon le chiffre d'affaires et la nature de l'entité.

PhaseEntités concernéesDésignation du prestataire accréditéEntrée en service
PiloteEntreprises sélectionnées, participation volontaireAvant le démarrage1er juillet 2026
Grandes entreprisesChiffre d'affaires ≥ AED 50 M31 juillet 20261er janvier 2027
Autres entreprisesChiffre d'affaires < AED 50 M31 mars 20271er juillet 2027
Secteur publicEntités gouvernementales31 mars 20271er octobre 2027
Facturation électronique : phases annoncées (ministère des Finances des EAU)
  • Périmètre de licence. Trancher onshore ou zone franche avant d'écrire la première ligne de contrat. Le critère est la localisation du client, pas celle du siège.
  • Raccordement au switch. Sans accès à UAESWITCH, directement ou via un acquéreur local, le volume domestique reste hors de portée.
  • Plafond Aani. AED 50 000 par transfert. Tout cas d'usage au-dessus bascule sur UAEFTS, avec un autre parcours et d'autres délais.
  • Mandats UAEDDS. L'enregistrement du mandat auprès de la banque centrale conditionne le prélèvement ; il se collecte avant la première échéance, pas après le premier rejet.
  • Chèques reçus en garantie. Depuis le 2 janvier 2022, la banque tirée règle partiellement à hauteur de la provision et délivre un certificat valant titre pour le solde. Le traitement comptable d'un chèque partiellement payé doit être prévu.
  • Mix de marques. Sur cartes co-badgées Jaywan, suivre mensuellement la marque effectivement routée sur les opérations domestiques : c'est là que se loge l'écart de coût.
  • Réclamations. Sanadak est l'échelon de recours du consommateur depuis mars 2024 ; une procédure interne de traitement documentée réduit l'escalade.
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Trois chiffres à garder en tête
560,7 millions d'opérations TPE ont été routées par UAESWITCH en 2025, ce qui fait de la carte le principal instrument domestique et du switch national son canal de routage. 23,78 millions de chèques ont été compensés la même année pour environ AED 1 500 Md, volume qui place l'instrument papier au centre du crédit commercial et de la garantie locative. AED 409 Md de salaires ont été versés via le WPS, flux qui alimente les remises sortantes et par lequel passe l'accès à la clientèle expatriée. Toutes ces données viennent du rapport annuel 2025 de la CBUAE.