Depuis le 15 septembre 2026, Cloudflare bloque par défaut les agents d’intelligence artificielle sur les pages qui affichent de la publicité. La société, qui sert de porte d’entrée à une part importante du web, part du principe qu’une page monétisée par la publicité a été conçue pour un lecteur humain. Les robots d’indexation des moteurs de recherche, eux, continuent de passer.
Trois catégories, et une seule reste ouverte
Cloudflare classe désormais le trafic automatisé en trois familles : les robots de recherche, les robots d’entraînement de modèles, et les agents pilotés par un utilisateur. Sur une page publicitaire, les deux dernières familles sont refusées par défaut ; la première passe.
| Catégorie | Ce qu’elle fait | Traitement par défaut |
|---|---|---|
| Recherche | indexe la page pour un moteur | autorisée |
| Entraînement | collecte des pages pour entraîner un modèle | refusée |
| Agent | va chercher une page à la demande d’un utilisateur | refusée |
Ces réglages s’appliquent aux nouveaux domaines, aux nouveaux sites des clients existants et à l’ensemble des comptes gratuits ; les sites déjà en service des autres clients ne sont pas touchés. Cloudflare sert environ un cinquième du web, ce qui donne la mesure de ce que ces valeurs par défaut peuvent atteindre.
Le paradoxe de la semaine
Les deux grands réseaux de cartes ont ouvert leurs rails aux agents logiciels, Mastercard avec Agent Pay depuis avril 2025 et Visa avec Intelligent Commerce. D’un côté, les réseaux de cartes construisent le moyen de payer pour une machine. De l’autre, l’infrastructure qui distribue les pages web décide que cette machine n’a pas à les lire. Les deux mouvements sont cohérents avec les intérêts de chacun, et incompatibles à l’usage.
Le point de friction n’est pas le paiement, c’est l’accès au catalogue. Un agent qui ne peut pas consulter une fiche produit ne comparera pas les prix, ne verra pas la disponibilité et n’ira pas jusqu’au panier. La question de savoir qui paie pour l’accès au contenu se pose donc désormais dans le parcours d’achat lui-même.
Ce que les marchands voient, et ne voient pas
- 23 % des marchands savent relier le trafic venu de l’IA aux ventes qu’il génère
- 21 % voient passer du trafic agentique sans pouvoir l’attribuer à un achat
- les recommandations issues de l’IA convertissent trois à cinq fois mieux que la recherche classique, selon les mêmes relevés
- plus de la moitié du trafic des robots d’IA consiste à recharger des pages inchangées
Une négociation commerciale déguisée en réglage technique
Cloudflare propose en parallèle des mécanismes de rémunération à l’usage pour les éditeurs qui acceptent le passage des robots. La politique de blocage n’est donc pas une fin en soi : elle crée le rapport de force qui permet de vendre l’accès. Pour un marchand, la question devient de savoir s’il veut être payé pour son catalogue, ou être présent dans les réponses des assistants.
Pour les prestataires de paiement, l’effet est indirect mais réel : le volume agentique dépendra moins des cadres de confiance déployés par les réseaux que de la capacité des agents à atteindre les catalogues. Les deux chantiers avancent aujourd’hui à des rythmes opposés.