Tabby a annoncé le 14 septembre 2026 une levée de 233 millions de dollars qui valorise l’entreprise 6,5 milliards de dollars. La société saoudienne, née du paiement fractionné, figure désormais parmi les fintechs privées les mieux valorisées de la région et affirme sa sortie du seul créneau du paiement en plusieurs fois.
Le tour de table
L’opération est menée par Blue Pool Capital, société d’investissement de Hong Kong, avec la participation de HSG, de Wellington Management et d’Arbor Ventures. Le tour mêle actions nouvelles et titres existants, et comporte une fenêtre de liquidité pour les salariés. Depuis 2023, l’entreprise a organisé des cessions de titres ayant permis à ses salariés de vendre pour plus de cent millions de dollars.
Ce que la valorisation suppose
Une valorisation de 6,5 milliards de dollars pour 18 milliards de volume annualisé situe l’entreprise à un niveau que peu d’acteurs du fractionné tiennent aujourd’hui. Elle suppose que le produit reste rentable une fois le coût du risque comptabilisé sur un cycle complet, ce qu’aucun exercice n’a encore démontré dans la région : le crédit court terme n’a pas traversé de récession locale depuis que ces encours existent.
Elle suppose aussi que la diversification tienne. Passer du fractionné au compte de paiement et au financement des commerçants revient à affronter des concurrents différents, banques comprises, sur des marges plus faibles et sous une surveillance prudentielle plus stricte. C’est le chemin qu’ont pris les acteurs européens du secteur, avec des résultats inégaux.
Ce que Tabby vend aujourd’hui
L’entreprise revendique 25 millions d’utilisateurs inscrits et une rentabilité acquise depuis 2023. Son catalogue dépasse désormais le paiement en plusieurs fois : portefeuille numérique issu du rachat de Tweeq, financement des particuliers et des petites entreprises, fonds de roulement pour les commerçants, compte de paiement assorti d’une remise et transferts d’argent.
- licences de financement des particuliers et des petites entreprises accordées par la banque centrale saoudienne
- licence de facilités de valeur stockée aux Émirats arabes unis
- portefeuille numérique agréé issu de l’acquisition de Tweeq
- partenariats avec des enseignes internationales, dont des places de marché
Le directeur général, Hosam Arab, indique que le produit de la levée doit d’abord servir à approfondir les deux marchés cœur, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, plutôt qu’à ouvrir de nouveaux pays. C’est l’inverse de la trajectoire suivie par les acteurs européens du fractionné, qui ont cherché l’échelle en multipliant les marchés avant de consolider.
Pourquoi le Golfe tient sa place
La région combine une population jeune, une bancarisation inégale et une politique publique qui pousse au paiement électronique. Dans ce contexte, le crédit court terme sert souvent de premier produit financier formel, comme en Asie du Sud-Est.
Reste la question du financement du crédit. Une entreprise qui prête à 25 millions d’utilisateurs a besoin de ressources stables, et le passage par le dépôt, via un portefeuille agréé, est la voie qu’empruntent les acteurs matures. C’est ce chemin que la levée finance, plus qu’une conquête de nouveaux marchés.