Le 17 septembre 2026 à 10 heures à New York, soit 16 heures à Paris, Alchemy a annoncé que sa plateforme AgentCard délivre désormais des identifiants de paiement Mastercard à des agents logiciels. Un agent peut ainsi payer partout où Mastercard est accepté en ligne, avec des jetons à usage unique adossés à la carte que le client possède déjà.
Comment le dispositif fonctionne
Le développeur provisionne l’agent depuis une ligne de commande, opération annoncée en moins d’une minute. L’agent reçoit sa propre identité, puis des identifiants Mastercard tokenisés à usage unique. L’ensemble s’appuie sur Mastercard Agent Pay, le cadre lancé par le réseau en avril 2025, et sur Verifiable Intent, la couche qui doit prouver qu’un agent a agi dans les limites de l’instruction reçue.
- des plafonds de dépense fixés à l’avance par le porteur et par son émetteur
- une restriction aux catégories de marchands autorisées
- une définition des lieux où les transactions sont autorisées
- un enregistrement liant l’instruction du client, l’action de l’agent et la transaction
Sherri Haymond, vice-présidente exécutive chargée de la commercialisation numérique chez Mastercard, résume l’enjeu en disant que l’avenir du commerce tient à des agents à qui l’on peut faire confiance pour agir à la place de la personne, et pas seulement à des agents capables d’agir. Nikil Viswanathan, cofondateur et directeur général d’Alchemy, décrit de son côté des agents qui passent du statut d’assistant à celui de logiciel qui agit pour la personne.
Pourquoi les réseaux tiennent à encadrer ce moment
Un réseau de cartes vit de la confiance qu’un paiement engage bien le porteur. L’agent casse cette évidence : la transaction est déclenchée par un logiciel, éventuellement des heures après l’instruction, chez un marchand que le porteur n’a pas choisi lui-même. Sans preuve d’intention, la contestation devient ingérable, et le coût retombe sur l’émetteur ou sur le marchand.
C’est aussi un renversement pour les équipes antifraude. Greg Ulrich, directeur de l’intelligence artificielle et des données de Mastercard, le reconnaît publiquement : le réseau a bâti au fil du temps des règles de risque destinées à empêcher un robot de payer, et doit désormais permettre au robot de payer, ce qui suppose de modifier son cadre de risque.
Un marché qui progresse plus vite que la confiance
Environ 132 millions de consommateurs américains utilisent l’intelligence artificielle, selon les données de PYMNTS commentées par le co-président de Mastercard pour les États-Unis, Chiro Aikat. La disposition à laisser l’agent conclure l’achat, elle, recule d’après ces mêmes données. Les consommateurs acceptent le conseil ; ils hésitent à céder le dernier geste.
Ce qu’il reste à trancher
Trois questions restent ouvertes, et aucune n’est technique. Qui répond d’un achat qu’un agent a mal compris. Comment le porteur prouve qu’il n’avait pas donné cette instruction. Et à quel moment l’émetteur peut refuser un agent sans refuser son client. Les réponses détermineront si le paiement agentique devient un usage courant ou reste un canal de niche surveillé de près.
En attendant, la course est lancée entre les deux grands réseaux : Alchemy s’était d’abord branché sur le cadre agentique de Visa en juin, avant d’ouvrir celui de Mastercard en septembre. Pour les marchands, la conséquence est simple : les deux réseaux arriveront avec leur propre preuve d’intention, et il faudra savoir lire les deux.