TerraPay, opérateur d’infrastructure de paiement transfrontalier établi à Londres, a annoncé le 20 août 2026 un accord avec Deutsche Bank. La banque allemande lui ouvre son réseau de correspondants, ses services de paiement et ses capacités de change, avec un accent déclaré sur la rapidité et la fiabilité du règlement en dollars. L’accord ne comporte aucune prise de participation. Il organise un accès contractuel à une plomberie que peu d’acteurs possèdent.
Ce qu’apporte une banque correspondante
Aucun établissement ne détient de compte dans toutes les monnaies et tous les pays. Pour régler une opération dans une devise qu’il ne tient pas, un prestataire passe par une banque qui, elle, y détient un compte. Cette banque correspondante héberge un compte dit nostro au nom du donneur d’ordre et exécute les mouvements pour son compte. La chaîne peut compter plusieurs intermédiaires successifs, et chacun ajoute un délai, une commission et un point de contrôle de conformité.
- L’accès au réseau de correspondants de Deutsche Bank, donc à des devises et à des places où TerraPay ne dispose pas de compte en propre.
- Les services de paiement de la banque, pour l’exécution et le suivi des mouvements.
- Les capacités de change, qui adossent la conversion aux prix de gros de la banque.
- Le règlement en dollars, désigné par les deux parties comme la cible prioritaire de l’accord.
Le dollar reste le point de passage
Le choix de mettre en avant le règlement en dollars n’a rien d’anecdotique. Une part importante des corridors interrégionaux transite par la monnaie américaine, y compris lorsque ni le pays d’envoi ni le pays de réception ne l’utilisent. Chaque conversion vers le dollar puis depuis le dollar ajoute un écart de cours et une étape de compensation. Un accès direct à un correspondant de premier rang raccourcit cette chaîne, ce qui agit à la fois sur le délai et sur le coût.
Majed Julfar, responsable pays de Deutsche Bank aux Émirats arabes unis, cité par FinTech Global, présente l’accord comme la combinaison des capacités de correspondant, de paiement et de change de la banque avec le réseau de TerraPay, au service de flux plus efficaces et plus fiables. L’ancrage aux Émirats situe l’opération dans un couloir de transferts particulièrement dense entre le Golfe, l’Asie du Sud et l’Afrique de l’Est.
La feuille de route du G20 en toile de fond
Depuis 2020, le paiement transfrontalier fait l’objet d’un programme international piloté par le Conseil de stabilité financière. Ce programme identifie quatre défauts persistants, le coût, la lenteur, l’accès limité et le manque de transparence, et fixe onze objectifs chiffrés répartis sur trois segments : les paiements de gros, les paiements de détail et les transferts de fonds des particuliers. L’échéance retenue est 2027.
Le volet technique de ce programme passe par l’harmonisation des données. Le comité des paiements et infrastructures de marché de la Banque des règlements internationaux a publié des exigences communes de données ISO 20022 destinées à réduire la fragmentation des messages entre juridictions. Un accord commercial comme celui de TerraPay et Deutsche Bank s’inscrit dans ce cadre : la connexion à un correspondant ne produit ses effets que si les messages échangés portent les mêmes informations d’un bout à l’autre de la chaîne.
Un partage des rôles qui se généralise
| Apport | Deutsche Bank | TerraPay |
|---|---|---|
| Comptes et licences dans les devises de règlement | Oui | Partiellement |
| Réseau de correspondants et accès aux places | Oui | Non |
| Change de gros | Oui | Non |
| Distribution vers comptes et portefeuilles finaux | Non | Oui |
| Interface unique pour les clients émetteurs | Non | Oui |
Ambar Sur, fondateur et directeur général de TerraPay, résume la logique en affirmant que l’avenir du paiement transfrontalier se construira par la collaboration entre institutions financières mondiales et infrastructures fintech conçues pour cet usage. La formule décrit une division du travail : la banque vend l’accès au système de règlement, la fintech vend la distribution et l’interface.
Pour un lecteur européen, la portée directe reste limitée. À l’intérieur de la zone SEPA, le virement s’exécute sans correspondant et le sujet des corridors ne se pose pas. La question revient dès que le flux sort de l’espace en euros, pour un commerçant qui règle des fournisseurs asiatiques ou pour un établissement de paiement qui adresse des transferts vers l’Afrique. C’est sur ces trajets que le coût du correspondant se lit dans le prix final.