CoDi est le dispositif de paiement instantané du Mexique. Adossé au système interbancaire SPEI de la Banque du Mexique, il permet de déclencher un virement immédiat par lecture d’un code QR ou par un lien, entre deux comptes ouverts dans n’importe quelle institution du pays. Lancé sept ans plus tôt, il n’a jamais rencontré son public. Le 19 août 2026, le Financial Times a détaillé la campagne engagée par le gouvernement de Claudia Sheinbaum pour déplacer les paiements du liquide vers le numérique, et la place que CoDi y retrouve.
L’ampleur du retard
L’espèce n’est pas résiduelle au Mexique, elle est majoritaire, y compris pour des montants où la carte est parfaitement utilisable ailleurs. La présidente a confié la conduite du chantier à l’un de ses proches conseillers, José Antonio Peña Merino, avec un objectif d’adoption de masse. Le motif affiché ne se limite pas à l’efficacité du paiement : la traçabilité des flux vise l’évasion fiscale, la corruption et le financement de l’économie criminelle.
Ces ordres de grandeur situent le problème. Le Brésil, souvent cité comme le modèle à suivre, reste lui-même à quatre transactions en espèces sur dix. Le Mexique ne cherche donc pas à supprimer le liquide, mais à franchir un seuil d’usage à partir duquel le paiement numérique devient une habitude ordinaire plutôt qu’une exception.
Les mesures annoncées
- La simplification du parcours CoDi et une campagne de promotion publique du service.
- L’ouverture de comptes en ligne non adossés à un identifiant fiscal, pour faire entrer les commerces informels dans l’acceptation.
- L’obligation d’accepter le paiement numérique dans les stations-service et aux péages autoroutiers.
- L’obligation faite aux établissements prêteurs d’adopter un parcours CoDi normalisé d’ici la fin de l’année.
Ce que la comparaison avec le Brésil apporte, et ce qu’elle masque
Le rapprochement avec Pix, lancé en 2020 par la banque centrale brésilienne, vient immédiatement à l’esprit : deux virements instantanés, initiables par code QR, opérés par l’institution monétaire du pays. La différence tient à la manière dont le rail a été imposé. Au Brésil, la participation a été rendue obligatoire pour les plus grandes institutions et le parcours a été normalisé dans les applications bancaires, ce qui a supprimé l’écart d’expérience d’un établissement à l’autre. CoDi a longtemps été proposé comme une option parmi d’autres, avec une ergonomie propre à chaque banque. La mesure la plus significative du plan mexicain reprend exactement ce point : imposer aux prêteurs un parcours CoDi normalisé revient à admettre que l’échec initial n’était pas technique mais ergonomique et commercial. Un rail interbancaire ne s’adopte pas parce qu’il existe, mais parce que les établissements le placent au même endroit, sous le même nom, avec le même nombre de gestes.
| Mesure | Ce qu’elle vise | Ce qu’elle suppose |
|---|---|---|
| Parcours CoDi normalisé imposé aux prêteurs | Supprimer l’écart d’expérience entre applications | Une spécification opposable et un contrôle de conformité |
| Comptes en ligne sans identifiant fiscal | Faire entrer l’économie informelle dans l’acceptation | Un régime d’entrée en relation allégé et plafonné |
| Acceptation obligatoire aux stations-service et péages | Créer des points d’usage quotidiens et répétés | Un parc d’acceptation déployé et une connectivité continue |
| Promotion publique du service | Lever la défiance envers le paiement numérique | Un relais des banques dans leurs propres applications |
L’acceptation avance de son côté
Le volet acceptation ne dépend pas seulement de l’État. En mai 2026, le groupe FEMSA, qui exploite les supérettes OXXO et des stations-service, a annoncé le lancement par son unité de paiement NetPay d’un système de paiement numérique pour les stations-service, en accompagnement de la politique gouvernementale. Cette convergence importe : dans un pays où l’espèce domine les petits montants, l’équipement des enseignes qui traitent précisément ces montants conditionne tout basculement d’usage. La carte, Visa comme Mastercard , reste pour sa part concentrée sur les commerces formels des grandes villes.
Ce que la relance ne règle pas
L’attachement à l’espèce n’est pas seulement une question de commodité. Il protège une part d’activité de la visibilité fiscale, et un commerçant informel n’a pas d’intérêt spontané à laisser une trace de son chiffre d’affaires. Le plan répond à cette objection par les comptes sans identifiant fiscal, qui abaissent le coût d’entrée, sans supprimer l’arbitrage. Une obligation d’accepter ne crée pas davantage une demande : elle garantit un point d’acceptation, pas un payeur qui s’en sert.
La lecture européenne
L’Europe rencontre la même difficulté à l’envers. Le rail instantané y existe et son coût a été ramené à celui du virement ordinaire, mais l’usage au point de vente reste marginal face à la carte. Le cas mexicain rappelle ce que la mise à disposition d’une infrastructure ne produit pas d’elle-même : ni acceptation, ni habitude, ni uniformité de parcours. Ces trois éléments se décrètent ou se négocient, et ils s’obtiennent institution par institution.