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Marché

Le Mexique relance CoDi et se donne 2027 pour faire reculer l’espèce

Le 19 août 2026, le Financial Times a décrit la campagne engagée par le gouvernement de Claudia Sheinbaum pour déplacer les paiements du liquide vers le numérique. Le dispositif instantané CoDi, resté marginal depuis son lancement, en redevient l’instrument central.

Réseaux évoqués

CoDi est le dispositif de paiement instantané du Mexique. Adossé au système interbancaire SPEI de la Banque du Mexique, il permet de déclencher un virement immédiat par lecture d’un code QR ou par un lien, entre deux comptes ouverts dans n’importe quelle institution du pays. Lancé sept ans plus tôt, il n’a jamais rencontré son public. Le 19 août 2026, le Financial Times a détaillé la campagne engagée par le gouvernement de Claudia Sheinbaum pour déplacer les paiements du liquide vers le numérique, et la place que CoDi y retrouve.

L’ampleur du retard

L’espèce n’est pas résiduelle au Mexique, elle est majoritaire, y compris pour des montants où la carte est parfaitement utilisable ailleurs. La présidente a confié la conduite du chantier à l’un de ses proches conseillers, José Antonio Peña Merino, avec un objectif d’adoption de masse. Le motif affiché ne se limite pas à l’efficacité du paiement : la traçabilité des flux vise l’évasion fiscale, la corruption et le financement de l’économie criminelle.

85 %
des Mexicains règlent en espèces leurs achats de 500 pesos ou moins, soit environ 30 dollars
PYMNTS, 19 août 2026, d’après le Financial Times
8 sur 10
part des transactions effectuées en billets et pièces au Mexique
Infobae, 1er août 2026, citant l’Institut de recherches économiques de l’UNAM
4 sur 10
même mesure au Brésil, contre 3 sur 10 aux États-Unis
Infobae, 1er août 2026, citant l’Institut de recherches économiques de l’UNAM

Ces ordres de grandeur situent le problème. Le Brésil, souvent cité comme le modèle à suivre, reste lui-même à quatre transactions en espèces sur dix. Le Mexique ne cherche donc pas à supprimer le liquide, mais à franchir un seuil d’usage à partir duquel le paiement numérique devient une habitude ordinaire plutôt qu’une exception.

Les mesures annoncées

  • La simplification du parcours CoDi et une campagne de promotion publique du service.
  • L’ouverture de comptes en ligne non adossés à un identifiant fiscal, pour faire entrer les commerces informels dans l’acceptation.
  • L’obligation d’accepter le paiement numérique dans les stations-service et aux péages autoroutiers.
  • L’obligation faite aux établissements prêteurs d’adopter un parcours CoDi normalisé d’ici la fin de l’année.
ℹ️
L’objectif chiffré
Le gouvernement vise au moins 50 % des adultes ayant effectué au moins un paiement numérique d’ici 2027. La cible porte sur l’amorce d’usage et non sur la fréquence : elle mesure le nombre de personnes ayant franchi le pas une première fois.
Commerce de proximité équipé pour l’encaissement
L’acceptation dans les commerces du quotidien conditionne l’usage, davantage que la disponibilité technique du rail.

Ce que la comparaison avec le Brésil apporte, et ce qu’elle masque

Le rapprochement avec Pix, lancé en 2020 par la banque centrale brésilienne, vient immédiatement à l’esprit : deux virements instantanés, initiables par code QR, opérés par l’institution monétaire du pays. La différence tient à la manière dont le rail a été imposé. Au Brésil, la participation a été rendue obligatoire pour les plus grandes institutions et le parcours a été normalisé dans les applications bancaires, ce qui a supprimé l’écart d’expérience d’un établissement à l’autre. CoDi a longtemps été proposé comme une option parmi d’autres, avec une ergonomie propre à chaque banque. La mesure la plus significative du plan mexicain reprend exactement ce point : imposer aux prêteurs un parcours CoDi normalisé revient à admettre que l’échec initial n’était pas technique mais ergonomique et commercial. Un rail interbancaire ne s’adopte pas parce qu’il existe, mais parce que les établissements le placent au même endroit, sous le même nom, avec le même nombre de gestes.

MesureCe qu’elle viseCe qu’elle suppose
Parcours CoDi normalisé imposé aux prêteursSupprimer l’écart d’expérience entre applicationsUne spécification opposable et un contrôle de conformité
Comptes en ligne sans identifiant fiscalFaire entrer l’économie informelle dans l’acceptationUn régime d’entrée en relation allégé et plafonné
Acceptation obligatoire aux stations-service et péagesCréer des points d’usage quotidiens et répétésUn parc d’acceptation déployé et une connectivité continue
Promotion publique du serviceLever la défiance envers le paiement numériqueUn relais des banques dans leurs propres applications
Les mesures annoncées et ce qu’elles supposent

L’acceptation avance de son côté

Le volet acceptation ne dépend pas seulement de l’État. En mai 2026, le groupe FEMSA, qui exploite les supérettes OXXO et des stations-service, a annoncé le lancement par son unité de paiement NetPay d’un système de paiement numérique pour les stations-service, en accompagnement de la politique gouvernementale. Cette convergence importe : dans un pays où l’espèce domine les petits montants, l’équipement des enseignes qui traitent précisément ces montants conditionne tout basculement d’usage. La carte, Visa comme Mastercard , reste pour sa part concentrée sur les commerces formels des grandes villes.

2019
Lancement de CoDi
La Banque du Mexique met en service le paiement instantané par code QR adossé à SPEI.
2020
Lancement de Pix au Brésil
La banque centrale brésilienne impose la participation aux plus grandes institutions.
Mai 2026
FEMSA déploie NetPay
Son unité de paiement lance un système de paiement numérique pour les stations-service.
19 août 2026
La campagne détaillée
Le Financial Times décrit le plan gouvernemental et la relance de CoDi.
Fin 2026
Parcours normalisé
Échéance annoncée pour l’adoption d’une expérience CoDi commune.
2027
Cible d’adoption
Au moins la moitié des adultes ayant effectué un paiement numérique.

Ce que la relance ne règle pas

L’attachement à l’espèce n’est pas seulement une question de commodité. Il protège une part d’activité de la visibilité fiscale, et un commerçant informel n’a pas d’intérêt spontané à laisser une trace de son chiffre d’affaires. Le plan répond à cette objection par les comptes sans identifiant fiscal, qui abaissent le coût d’entrée, sans supprimer l’arbitrage. Une obligation d’accepter ne crée pas davantage une demande : elle garantit un point d’acceptation, pas un payeur qui s’en sert.

⚠️
Ce qui n’est pas établi
Les sources publiées ce jour-là ne fournissent ni volume d’opérations CoDi, ni taux de comptes actifs. Hors les règles de la banque centrale imposant le parcours normalisé, le calendrier repose sur des annonces gouvernementales. La comparaison avec le Brésil porte sur la méthode d’imposition du rail, non sur une équivalence de résultats attendue.

La lecture européenne

L’Europe rencontre la même difficulté à l’envers. Le rail instantané y existe et son coût a été ramené à celui du virement ordinaire, mais l’usage au point de vente reste marginal face à la carte. Le cas mexicain rappelle ce que la mise à disposition d’une infrastructure ne produit pas d’elle-même : ni acceptation, ni habitude, ni uniformité de parcours. Ces trois éléments se décrètent ou se négocient, et ils s’obtiennent institution par institution.

Provenance

Publié le 19 août 2026

4 sources, 4 domaines distincts

↗ Financial Times · Can Mexicans be weaned off an addiction to cash? (19 août 2026) · ft.com↗ PYMNTS · Mexico Looks to Revive Pix-Like Instant Payments System Codi (19 août 2026) · pymnts.com↗ Infobae · Pagos digitales crecen en México, pero el efectivo sigue siendo el método preferido (1er août 2026) · infobae.com↗ Reuters · FEMSA’s NetPay brings digital payments to Mexico gas stations as Sheinbaum pushes shift from cash (14 mai 2026) · reuters.com
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