Le projet d’euro numérique sort de trois ans de quasi-immobilisme législatif. Le 9 juillet 2026, le Parlement européen réuni à Strasbourg a approuvé par 416 voix contre 169 la position adoptée fin juin par sa commission des affaires économiques et monétaires (ECON), ouvrant la voie aux négociations en trilogue avec le Conseil et la Commission dès cet été. Trois jours plus tôt, le 6 juillet, la BCE publiait une nouvelle version (v0.91) de son projet de règlement technique et opérationnel (rulebook), avec son sixième rapport d’étape, preuve que les travaux de préparation n’ont, eux, jamais ralenti.
Ce que contient le cadre en discussion
- Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) de détail : créance directe sur la BCE, équivalent numérique du billet.
- Une distribution intermédiée : banques commerciales et prestataires de services de paiement enrôlent les clients, fournissent wallets et support ; la BCE opère l’infrastructure de règlement.
- Des cas d’usage couvrant le paiement en ligne, en magasin et de personne à personne, plus un mode hors-ligne aux propriétés proches du cash en matière de confidentialité.
- Un plafond de détention par citoyen, dont le montant ne sera fixé qu’ultérieurement par la BCE sur la base d’une méthodologie encadrée par le règlement. C’est le point le plus disputé du texte.
- La gratuité des services de base pour les particuliers et une obligation d’acceptation pour les commerçants acceptant déjà des paiements numériques, assortie d’exemptions pour les plus petits.
Le rulebook BCE, version 0.91 : l’architecture se précise
Publiée le 6 juillet, la nouvelle mouture du rulebook intègre une part significative des retours de la consultation menée en 2025 auprès des banques, commerçants, associations de consommateurs et prestataires de paiement. Elle clarifie l’architecture des paiements (schémas de messages, rôles respectifs de l’Eurosystème et des intermédiaires, règles de règlement et de gestion des litiges) et rapproche le projet d’un niveau de spécification directement exploitable par les équipes d’implémentation des PSP. Les acquéreurs et les fournisseurs de terminaux, qui devront rendre l’euro numérique acceptable en caisse, sont désormais explicitement dans la boucle.
Les points de friction du trilogue
- Le plafond de détention : les banques redoutent une fuite des dépôts en période de stress ; les montants évoqués dans le débat restent volontairement bas (quelques milliers d’euros).
- Le modèle de rémunération des distributeurs : qui paie l’enrôlement, le support, la conformité, si les services de base sont gratuits pour l’utilisateur ?
- Les frais commerçants : le règlement prévoit un encadrement, dont la formule exacte cristallise les tensions entre commerce et banques.
- La vie privée : niveau d’anonymat du mode hors-ligne et garanties contre toute programmabilité de la monnaie.
- L’articulation avec les solutions privées : éviter que l’euro numérique n’écrase Wero et les schémas domestiques qu’il est censé compléter.
Pour les professionnels du paiement, le signal est néanmoins clair : le scénario d’un euro numérique opérationnel avant la fin de la décennie redevient central. Acquéreurs, fournisseurs de solutions d’encaissement et back-offices bancaires ont intérêt à intégrer dès maintenant cette échéance dans leurs feuilles de route 2027-2029.