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💳 Les schemes carte domestiques dans le monde

CB, girocard, Bancontact, Dankort, BankAxept, Elo, RuPay, JCB, Mir, Verve, mada, Meeza, PayPak, TROY : ce qu'est réellement un scheme national, comment le co-badgeage arbitre le routage, ce que coûte l'interchange local. Pourquoi certains meurent, pourquoi les autres tiennent face à Visa et Mastercard

Ce qu'est un scheme carte domestique, et ce qu'il n'est pas

Un scheme carte domestique est un système de paiement par carte dont les règles, la marque et l'infrastructure sont gouvernées depuis le marché qu'il dessert. Il réunit trois éléments. Le premier est un corpus de règles qui fixe qui peut émettre, qui peut acquérir, qui garantit quoi et qui paie quoi à qui. Le deuxième est une marque, apposée sur la carte et sur le point d'acceptation. Le troisième est un dispositif technique de commutation et de compensation. La qualification de « domestique » tient à la gouvernance du scheme, qui appartient à des banques locales, à un groupement interbancaire ou à la banque centrale du pays, et non à Visa Inc. ou à Mastercard Incorporated. La taille n'entre pas dans cette qualification. Sur les 146 pays couverts par le registre Paypedia, plus d'une soixantaine opèrent encore un rail carte de ce type.

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Scheme, switch, processeur : trois métiers, souvent confondus
Le scheme édicte les règles et porte la marque, tandis que le switch commute les messages entre acquéreurs et émetteurs. Le processeur exploite les plateformes d'émission et d'acceptation. Une même entité peut cumuler les trois rôles, comme 1LINK au Pakistan, qui opère le switch national et le scheme PayPak. La séparation des rôles existe aussi. CaSys (International Card System AD Skopje), en Macédoine du Nord, est un processeur et acquéreur qui compense les cartes de marques domestiques sans être lui-même un scheme de type DinaCard ou BELKART. Le choix du cocontractant suit cette répartition, les règles d'émission et d'acquisition relevant du scheme, l'exploitation technique du processeur. Confondre les trois rôles conduit à contractualiser avec le mauvais acteur.
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Origine mutualiste bancaire
Des banques concurrentes mettent en commun l'acceptation pour éviter de dupliquer les terminaux. Dankort (1983, Danemark), BANCOMAT / PagoBANCOMAT (1983, Italie), Multibanco (1985, Portugal, opéré par SIBS), NETS (1985, Singapour, détenu à parts égales par DBS, OCBC et UOB), Cartes Bancaires « CB » (1984, France, GIE de droit français).
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Créé par la banque centrale
L'autorité monétaire crée le rail elle-même. DinaCard (2003) est opéré directement par la Narodna banka Srbije ; PROSTIR (2004) par la Banque nationale d'Ukraine ; Shetab (2002) par la banque centrale iranienne ; OmanNet par la Banque centrale d'Oman ; Jaywan (2024) par Al Etihad Payments, filiale à 100 % de la CBUAE.
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Réponse à un risque géopolitique
Mir (2015) est né des sanctions de 2014, puis est devenu quasi monopolistique après le retrait de Visa et Mastercard en 2022 ; BELKART est depuis la même date le seul rail carte pleinement fonctionnel du Bélarus ; MPU (Myanmar Payment Union, 2011) a joué ce rôle après 2021.
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Instrument de politique publique
Le scheme sert de canal aux flux de l'État. Meeza (2019, Égypte) porte salaires publics, subventions et pensions ; e-zwich (2008, Ghana) authentifie par empreinte digitale et fonctionne hors ligne ; Qi Card (2007, Irak) et Korti Milli (2017, Tadjikistan) acheminent salaires et pensions ; Kartu Kredit Indonesia (2022) a d'abord été réservée à la commande publique.

Chaque origine produit un mode de fonctionnement distinct. Un scheme mutualiste négocie ses tarifs avec ses membres, alors qu'un scheme de banque centrale les impose. Un scheme né d'une contrainte géopolitique porte un risque de conformité pour l'établissement qui l'accepte. Un scheme de politique publique croît par mandat plutôt que par adoption commerciale. Meeza a atteint 43,5 millions de cartes en six ans (Central Bank of Egypt, 2025) par le canal des salaires publics, des subventions et des pensions, sans jamais avoir eu à convaincre un consommateur.

  • Qui le gouverne ? Banques, GIE, banque centrale, société cotée. Cela détermine avec qui l'on négocie et à quelle vitesse les règles changent.
  • Couvre-t-il le distanciel ? Beaucoup de schemes nés au point de vente n'ont jamais construit de rail e-commerce, et laissent ce flux au co-badge international.
  • Est-il obligatoire ? Routage domestique imposé (Indonésie, Malaisie, Vietnam) ou simple option commerciale : ce n'est pas le même projet d'intégration.
  • Quel est son coût réel ? Interchange plafonné, forfaitaire, nul, ou MSC réglementée : les quatre modèles coexistent dans le monde.
  • Sa marque est-elle visible du porteur ? Carnet au Mexique est porté par le commutateur Prosa plus que par sa marque, peu identifiée du consommateur. Un scheme peut être structurant et invisible.

Panorama : qui existe, où, et à quel poids

Le tableau ci-dessous rassemble les schemes que l'on rencontre effectivement en production, avec leur exploitant, leur année de lancement et le dernier poids sourcé disponible. Les unités de mesure changent d'une ligne à l'autre parce que les publications des exploitants ne portent pas sur les mêmes grandeurs. Certains publient un nombre de transactions, d'autres un nombre de cartes émises, d'autres encore ne publient rien. Il n'existe aucune base mondiale homogène des volumes de schemes domestiques. Deux marchés rapprochés à partir de ces sources le sont donc presque toujours à partir de deux définitions différentes, et l'écart observé peut tenir à la seule métrique retenue.

SchemeMarchéExploitantDepuisPoids (source, année)
Cartes Bancaires « CB »FranceGroupement des Cartes Bancaires CB (GIE)198477 M de cartes et 14,5 Md de transactions (GIE CB, 2024) ; part du routage sur terminaux 63,6 % au 2e semestre 2025 contre 89,6 % au 2e semestre 2021 (indice Yavin, AFP / Europe 1, 2026)
girocardAllemagneDeutsche Kreditwirtschaft, via EURO Kartensysteme GmbH19908,3 Md de transactions en 2025 (+4,8 %) pour ≈ 308 Md € ; 88,5 % de transactions sans contact en décembre 2025 (Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026)
BancontactBelgiqueBancontact Payconiq Company19792,5 Md de paiements en 2025, dont 526 M de paiements mobiles (+11,6 %) ; 78 % des transactions en ligne en Belgique (Bancontact Payconiq Company, 2026)
DankortDanemarkNets (groupe Nexi)1983Commissions commerçants régulées pour couvrir les coûts ; accord politique de juin 2025 pour renforcer le scheme et ouvrir l'acquisition (Norges Bank, Payments in the Nordics, décembre 2025)
BankAxeptNorvègeStø AS1991Sans commission d'interchange ; fonctionne hors ligne et sert de dispositif désigné de distribution d'espèces en magasin (Norges Bank, décembre 2025)
BANCOMAT / PagoBANCOMATItalieBANCOMAT S.p.A.19837,752 Md d'opérations en 2025 (+15,6 %) pour 305,6 Md €, sur un total carte italien de 12,3 Md d'opérations (données de marché 2026)
MultibancoPortugalSIBS1985Réseau interbancaire reliant les DAB de 27 banques ; SIBS a assigné la Banque du Portugal en janvier 2025 sur la régulation du réseau
TROYTurquieBKM (Bankalararası Kart Merkezi)201690 M de cartes (+80 % sur un an) et 25,3 % de part de marché en valeur à fin 2025, contre 18,3 % à fin 2024 (BKM, communiqués de janvier 2025 et du 23 janvier 2026)
MirRussieNSPK, filiale de la Banque de Russie2015≈ 85 % du marché russe des cartes (direction de NSPK, 2025) ; 493,9 M de cartes émises au 1er avril 2026
EloBrésilElo Serviços S.A. (Banco do Brasil, Bradesco, Caixa)20118,7 % des cartes émises au Brésil au 1er trimestre 2025 (Banco Central do Brasil) ; R$ 335 Md de transactions en 2024
Interac / Interac DebitCanadaInterac Corp.1984 / 1994Débit tous réseaux confondus : 6,7 Md d'opérations pour 302 Md CAD en 2024 (Paiements Canada). La part propre à Interac n'est pas isolée dans cette source
RuPayIndeNPCI (National Payments Corporation of India)2012Plus de 50 % des cartes émises en Inde (RBI / NPCI) ; ≈ 18 % du marché de la carte de crédit en 2025 (presse indienne, non officiel)
JCBJaponJCB Co., Ltd.1961Plus de 175 M de porteurs et ≈ 71 M de commerçants dans 195 pays et territoires (JCB, communications 2025)
UnionPayChineChina UnionPay Co., Ltd.20029,6 Md de cartes émises (mars 2025) ; plus de 200 M de cartes émises hors de Chine continentale, acceptation dans plus de 180 pays (UnionPay International, 2024-2025)
madaArabie saouditeSaudi Payments, filiale de la SAMA2015E-commerce sur cartes mada : SR 29,86 Md sur le seul mois de juillet 2025 (+79,45 % a/a) pour 149,74 M de transactions en ligne (SAMA, repris par Arab News, septembre 2025)
MeezaÉgypteEgyptian Banks Company, sous l'égide de la Central Bank of Egypt2019Plus de 43,5 M de cartes émises en juin 2025 (Central Bank of Egypt, 2025)
VerveNigeriaVerve International, filiale d'Interswitch2009Plus de 70 M de cartes émises (Interswitch, octobre 2025), contre 50 M en juillet 2024
PayPakPakistan1LINK (Pvt) Ltd201616,1 M de cartes en circulation et ≈ 28 % du marché carte pakistanais (1LINK, 2025-2026)
eftposAustralieAustralian Payments Plus (AP+)1984Routage au moindre coût activé sur 70 % des paiements en magasin et 30 % des wallets mobiles ; coût d'acceptation débit ≈ 20 % plus bas avec le LCR (AP+, 2025)
Schemes carte domestiques en production (exploitant, année, poids sourcé)
25,3 %
part de marché de TROY en valeur en Turquie à fin 2025 (18,3 % un an plus tôt)
BKM, communiqué du 23 janvier 2026
78 %
des transactions en ligne belges passent par Bancontact
Bancontact Payconiq Company, 2026
8,3 Md
transactions girocard en Allemagne en 2025 (+4,8 %)
Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026
≈ 85 %
part de Mir sur le marché russe des cartes
direction générale de NSPK, 2025
0,3 %
part de PROSTIR dans les cartes actives ukrainiennes début 2026, le contre-exemple
Banque nationale d'Ukraine, 2026
Quelques marques domestiques que l'on croise en acceptationCBCBGIgirocardBABancontactDADankortBABankAxeptPAPagoBANCOMATELEloRURuPayJCJCBUNUnionPayMIMirVEVerveMEMeezaTRTROYMAmadaEFeftposDIDinaCardCACarnetMYMyDebitNANAPAS
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La liste est bien plus longue que les panoramas anglophones ne le disent
KNET au Koweït (1992), Clave au Panama (1989, Telered), LINX à Trinité-et-Tobago (1995), Vinti4 au Cap-Vert (1999, SISP). ATH à Porto Rico (Evertec, ≈ 80 % des transactions de débit selon une analyse sectorielle de 2025), Zimswitch au Zimbabwe (plus de 75 % des transactions carte), Multicaixa / EMIS en Angola (≈ 3,4 Md d'opérations en 2025, +47,9 %). GIM-UEMOA, enfin, est un scheme multi-pays qui couvre les huit États de l'union ouest-africaine. Ces rails ne figurent pas dans les panoramas anglophones, alors que leur activation est obligatoire pour encaisser sur leurs marchés respectifs.

La mécanique du co-badgeage : deux marques, un support

Le co-badgeage désigne la présence, sur un même support, de la marque locale et d'une marque internationale, chacune correspondant à un réseau distinct. C'est la réponse quasi universelle à une limite du scheme domestique, dont les cartes ne fonctionnent qu'à l'intérieur des frontières et restent inutilisables en voyage et souvent en e-commerce. Chaque transaction emprunte l'un ou l'autre réseau. La sélection s'opère à partir des applications EMV présentes sur la puce, chacune identifiée par un AID (Application Identifier), et non à partir des marques imprimées sur la carte.

Sélection d'application sur une carte co-badgée (EMV, sans contact)
Terminal
Sélectionne le répertoire de paiement
Le terminal demande le PPSE, nom de fichier normalisé `2PAY.SYS.DDF01` en sans contact, `1PAY.SYS.DDF01` en contact
Carte
Retourne la liste des applications qu'elle porte
Une entrée par application : AID (tag 4F), libellé (tag 50) et indicateur de priorité (tag 87)
Terminal
Croise avec sa propre liste d'AID supportés
Ce croisement produit la *candidate list* : seules les applications connues du terminal ET présentes sur la carte y figurent
Règles locales
Appliquent la priorité ou déclenchent un choix
Priorité par défaut paramétrée côté commerçant, sélection imposée par le régulateur, ou affichage d'un choix au porteur selon le marché
Réseau retenu
Porte l'autorisation et la compensation
Interchange, frais de scheme, règles de responsabilité et délais de contestation sont ceux du réseau effectivement emprunté, pas ceux de la marque la plus visible sur la carte
Structure de la réponse PPSE d'une carte co-badgée (valeurs partiellement génériques)
6F  FCI Template
 84  2PAY.SYS.DDF01          nom du repertoire de paiement sans contact
 A5  FCI Proprietary Template
  BF0C  FCI Issuer Discretionary Data
   61  Directory Entry #1
    4F  <AID du scheme domestique>   application locale
    50  <libelle marque locale>
    87  01                            priorite 1 = candidat prefere
   61  Directory Entry #2
    4F  A0000000041010                Debit Mastercard (co-badge international)
    50  MASTERCARD
    87  02                            priorite 2

Lecture : la carte propose deux applications. Le terminal ne retient que
celles dont il connait l'AID. Si le terminal n'est pas certifie pour le
scheme domestique, l'entree #1 disparait de la candidate list et la
transaction part sur le reseau international, sans que personne ne
l'ait decide.
  • Co-badge EMV classique. Deux applications sur une puce, une seule carte, un seul PAN visible. C'est le modèle de girocard, de Bancontact, de CB, de PagoBANCOMAT, de mada ou de Jaywan (co-badgé Visa, Mastercard, UnionPay et Discover).
  • Deux instruments sur un même support. Au Canada, les cartes portent Interac et, séparément, Visa Debit ou Debit Mastercard pour l'international et le e-commerce : ce sont deux applications distinctes, et non un co-badge au sens du règlement européen. La distinction n'est pas sémantique : elle explique pourquoi les baisses d'interchange canadiennes de 2024 n'ont porté que sur le crédit.
  • Co-badge d'acceptation négocié. Le National Card Scheme sri-lankais (2019) est directement co-badgé avec JCB par LankaClear : frais domestiques bas, acceptation internationale portée par le partenaire. Le TakaPay bangladais (2023, Bangladesh Bank) a annoncé le même montage avec RuPay pour les flux Inde-Bangladesh.
  • Absence de co-badge. PROSTIR existe en version co-badgée UnionPay, mais Mir et BELKART n'ont plus de partenaire international viable : leurs cartes sont, de fait, purement domestiques.
⚠️
Le co-badgeage est fragile par le haut comme par le bas
Par le haut, Mastercard a arrêté les nouvelles émissions Maestro en Europe au 1er juillet 2023, ce qui a contraint girocard, Bancomat et les cartes autrichiennes Bankomat à migrer vers Debit Mastercard, Visa Debit ou V PAY. Certaines banques allemandes ont alors renoncé au co-badge. Par le bas, la fragilité tient au wallet, dans lequel la tokenisation d'une carte co-badgée peut s'effectuer par défaut sur le réseau international. Le réseau emprunté par un paiement mobile dépend donc du paramétrage du wallet, qui se règle indépendamment de celui du terminal.

Qui choisit le réseau : cinq régimes réglementaires incompatibles

Sur une carte co-badgée, le réseau emprunté résulte d'une décision, et l'acteur qui la prend est désigné par le régime en vigueur sur le marché. Cette désignation change radicalement d'un marché à l'autre, le porteur, le commerçant, l'acquéreur ou le régulateur exerçant ce choix selon les pays. Les équipes paiement qui déploient à l'international transposent fréquemment le régime de leur marché d'origine. Une architecture de routage conçue pour un régime se révèle alors illégale ou inopérante dans un autre.

MarchéTexte / autoritéQui décideConséquence opérationnelle
Espace économique européenArticle 8 du règlement (UE) 2015/751 (IFR)Le porteurNi le scheme ni l'émetteur ne peuvent imposer une marque. Le commerçant ne peut que présélectionner un défaut, que le client reste libre de modifier.
AustralieReserve Bank of Australia, least-cost routing (LCR)L'acquéreur / le commerçantContre-modèle exact de l'article 8 : l'acquéreur route vers le réseau le moins cher. Activé sur 70 % des paiements en magasin et 30 % des wallets mobiles (AP+, 2025), en extension aux wallets et au Click to Pay.
États-UnisRegulation II (12 CFR partie 235), Dodd-Frank / amendement DurbinLe commerçantToute carte de débit doit porter deux réseaux non affiliés ; le commerçant choisit la route. Étendu au distanciel en juillet 2023. Une marque affiliée (Interlink pour Visa, PULSE pour Discover) ne satisfait pas seule l'obligation.
IndeReserve Bank of India, circulaire du 6 mars 2024, applicable au 6 septembre 2024Le client, à l'émissionL'émetteur doit proposer un choix de réseau à l'émission et au renouvellement. La portabilité porte sur la carte, pas sur la transaction. Exemptions : émetteurs de 10 lakh cartes actives ou moins, et émetteurs opérant leur propre réseau.
Indonésie, Malaisie, VietnamGPN (Bank Indonesia, 2017), MyDebit (PayNet), NAPAS / norme VCCS (2018)Le régulateurLe routage domestique est imposé, il n'y a pas d'arbitrage. En Indonésie, le passage par l'un des quatre switchs agréés (Artajasa, Rintis, Alto, Jalin) est un point de conformité, pas une option tarifaire.
Qui arbitre le routage sur une carte co-badgée, par régime

Le modèle européen et le modèle australien apportent deux réponses opposées au même problème. L'Europe protège le choix du consommateur, au prix d'un routage sous-optimal pour le commerçant, tandis que l'Australie donne la main au commerçant, en considérant que le porteur est indifférent au réseau. Les deux régimes s'excluent l'un l'autre, puisque l'article 8 ne laisse au commerçant européen qu'une présélection que le client reste libre de modifier, là où le routage au moindre coût lui confie le choix effectif du réseau.

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Le routage se perd surtout par défaut de certification
Avant tout arbitrage économique intervient une condition matérielle. Le terminal doit connaître l'AID du scheme domestique. Un parc certifié uniquement Visa/Mastercard élimine l'application locale de la candidate list et achemine alors 100 % du trafic vers l'international, sans que le commerçant reçoive de message d'erreur. En France, la part de routage CB sur terminaux est tombée de 89,6 % au 2e semestre 2021 à 61,4 % au 1er semestre 2025. Elle est remontée à 63,6 % au semestre suivant (indice Yavin, AFP / Europe 1, 2026). Une telle perte de trafic n'entame pas le parc de cartes, si bien que les indicateurs d'émission ne la font pas apparaître.
  • Exiger de l'acquéreur la répartition effective du routage par marque, pas seulement le volume total : c'est la seule mesure qui révèle la fuite.
  • Vérifier le rendu réel de la page de paiement en e-commerce : la marque domestique doit être présente et présélectionnée là où le droit local le permet.
  • Auditer séparément le flux wallet : la route empruntée par un token n'est pas nécessairement celle de la carte physique.
  • Sur les marchés à routage imposé, prévoir la certification locale comme un jalon projet, pas comme une formalité contractuelle.

L'interchange local : quatre modèles économiques, pas un

L'interchange désigne la commission que l'acquéreur verse à l'émetteur sur chaque transaction carte. Le coût est le premier argument de vente d'un scheme domestique, et l'expression « moins cher » y recouvre des mécanismes juridiques entièrement différents. Le premier est un plafond ad valorem, exprimé en pourcentage de la valeur de la transaction, retenu en Europe. Le deuxième est un plafond forfaitaire, retenu aux États-Unis. Le troisième est une absence d'interchange, appliquée en Norvège et, historiquement, au Canada. Le quatrième est une commission commerçant plafonnée de bout en bout, appliquée en Arabie saoudite. L'Inde forme un cas distinct, le prix de l'acceptation y ayant été fixé à zéro par la loi.

MarchéBase juridiqueNiveauPortée
Espace économique européenRèglement (UE) 2015/751 (IFR), art. 3 et 40,2 % (débit) / 0,3 % (crédit)Cartes consommateurs uniquement. Cartes commerciales, réseaux tripartites et retraits hors champ.
États-UnisRegulation II (12 CFR partie 235)21 ¢ + 0,05 % de la valeur, + 1 ¢ si l'émetteur satisfait aux standards antifraudeDébit seulement, et seulement pour les émetteurs d'au moins 10 Md $ d'actifs. Le crédit n'est pas plafonné.
AustralieRBA, Review of Merchant Card Payment Costs and Surcharging, Conclusions Paper, mars 20268 ¢ ou 0,16 % (débit et prépayé domestiques) ; 0,30 % (crédit consommateur domestique)Plafond ferme substitué à la moyenne pondérée, application au 1er octobre 2026 ; la surcharge devient interdite à la même date sur eftpos, Mastercard et Visa.
BrésilCircular 3.887 du Banco Central do Brasil (2018)0,5 % en moyenne pondérée, 0,8 % au maximumCartes de débit des arrangements de paiement domestiques, contrôle trimestriel.
ChiliComité de Tasas de Intercambio0,50 % (débit) / 1,14 % (crédit) / 0,94 % (prépayé)En vigueur depuis octobre 2023 ; la baisse à 0,35 % / 0,80 % prévue en octobre 2024 est suspendue. A accompagné le passage de Redcompra / Transbank à un modèle à quatre parties.
IndeArt. 10A de la Payment and Settlement Systems Act 2007 et art. 269SU de l'Income-tax Act 1961MDR zéroRuPay débit et UPI, depuis le 1er janvier 2020. Ce n'est pas un plafond d'interchange : c'est l'interdiction de facturer le commerçant.
Arabie saouditeCadre Saudi Payments / SAMAMSC plafonnée à 0,80 %, avec un plafond en valeur absolue de l'ordre de SAR 40Le plafond porte sur la commission commerçant totale, pas sur le seul interchange, un modèle rare et beaucoup plus contraignant.
NorvègeModèle contractuel BankAxeptPas de commission d'interchangeLe seul grand scheme carte européen sans interchange (Norges Bank, décembre 2025), la référence de tous les débats sur le coût de l'acceptation.
DanemarkRégulation des commissions DankortCommissions commerçants fixées pour couvrir les coûts de Nets et des banquesUn accord politique large de juin 2025 vise à renforcer le Dankort et à ouvrir l'acquisition au-delà de Nets (Norges Bank, décembre 2025).
CanadaModèle InteracTarification quasi forfaitaire, historiquement sans interchange entre membresExplique un coût d'acceptation du débit très bas, argument central de toute négociation marchande canadienne.
Encadrement du coût d'acceptation carte, par marché
0 %
interchange BankAxept, unique parmi les grands schemes européens
Norges Bank, décembre 2025
0 MDR
sur RuPay débit et UPI en Inde depuis le 1er janvier 2020
art. 10A PSS Act 2007 / art. 269SU Income-tax Act 1961
0,80 %
plafond de commission commerçant sur mada en Arabie saoudite (plafond ≈ SAR 40)
cadre Saudi Payments / SAMA
≈ 20 %
d'économie sur le coût d'acceptation du débit australien avec le routage au moindre coût
Australian Payments Plus, 2025

Le cas indien montre la limite du raisonnement « scheme domestique = moins cher ». Le MDR désigne la commission totale acquittée par le commerçant sur une transaction carte. En le ramenant à zéro sur RuPay débit et UPI, l'État a rendu l'acceptation gratuite pour le commerçant et a du même coup supprimé le modèle économique de l'acquisition sur ces instruments. La marge de l'acquéreur se reconstitue alors sur le crédit, sur les services à valeur ajoutée et sur les cartes internationales. La facturation d'un MDR sur ce périmètre constitue une infraction.

⚠️
Interchange plafonné n'est pas MSC plafonnée
Dans l'immense majorité des marchés, seul l'interchange est encadré, quand les frais de scheme et la marge acquéreur restent libres. Les frais de scheme des réseaux internationaux ont sensiblement augmenté depuis l'introduction des plafonds. L'écart de coût entre un scheme domestique et un réseau mondial, sur une transaction identique, provient de cette composante et non du niveau d'interchange. Une tarification blended, qui présente au commerçant un taux unique agrégeant les trois composantes, empêche de constater cet écart et laisse l'économie à l'acquéreur.

Pourquoi ils survivent face à Visa et Mastercard

La survie d'un scheme domestique se mesure à sa capacité de conserver une part du volume carte de son marché alors que Visa et Mastercard y sont acceptés. Les schemes qui s'y maintiennent occupent une position que les réseaux mondiaux ne peuvent pas répliquer sans dégrader leur propre modèle sur leurs autres marchés. Cette position tient au prix, à l'obligation réglementaire, au service rendu ou à la résilience. L'attachement à une marque nationale ne suffit pas à maintenir un scheme en l'absence de l'un de ces appuis.

💰
Le prix, quand il est structurel
BankAxept se passe d'interchange, Interac applique une tarification quasi forfaitaire, mada une MSC plafonnée à 0,80 %. Ces modèles ne sont pas des promotions, ce sont des architectures. Un réseau mondial ne peut pas s'y aligner sans casser son propre modèle sur tous ses autres marchés.
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L'obligation réglementaire
GPN en Indonésie impose le routage domestique ; MyDebit en Malaisie rend la priorité domestique obligatoire sur le débit ; NAPAS au Vietnam a imposé sa propre norme de puce (VCCS, BIN 9704) pour internaliser le routage. Là où le régulateur a tranché, l'arbitrage commercial n'existe plus.
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Le canal de l'État
Meeza distribue salaires publics, subventions et pensions ; Himyan (Qatar, 2024) est obligatoire pour l'encaissement des frais de service des administrations depuis février 2025 ; Edahabia, en Algérie, tire sa domination des comptes postaux de masse et pèse 17,66 M de cartes sur 21,90 M du parc national (bilan GIE Monétique, 2026).
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Des services non réplicables
Multibanco au Portugal porte des services publics et privés (paiements de services, références Multibanco) que Visa et Mastercard ne savent pas répliquer. RuPay Credit Card on UPI autorise le paiement par carte de crédit sur simple scan d'un QR commerçant, sans terminal. Aucun équivalent Visa ou Mastercard sur ce rail.
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La résilience et le hors-ligne
BankAxept fonctionne hors ligne et sert de dispositif désigné de distribution d'espèces en magasin ; e-zwich au Ghana valide par empreinte digitale sans connexion ; Qi Card en Irak opère hors ligne dans des zones à télécoms dégradés. La continuité d'activité est devenue un argument de souveraineté explicite en Europe du Nord.

Un ressort plus récent s'y ajoute, l'export. NPCI, via NPCI International Payments Limited, vend désormais l'architecture RuPay/UPI à des banques centrales tierces, en plus de l'acceptation de ses propres cartes. JCB a bâti sa présence hors d'Asie sur une alliance réciproque avec Discover Global Network, partenariat qui a fêté ses vingt ans en 2025. Himyan est passé du Qatar au Koweït (18 décembre 2025) puis à Bahreïn (juin 2026). Verve s'est lancé au Kenya. Ces schemes deviennent alors des fournisseurs d'infrastructure sur des marchés qui ne sont pas les leurs.

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Le seuil critique se joue sur l'émission, pas sur l'acceptation
TROY est passé de 50 M à 90 M de cartes et de 18,3 % à 25,3 % de part en valeur en un an (BKM, janvier 2026) parce que les banques turques ont émis. Verve a gagné 20 M de cartes entre juillet 2024 et octobre 2025. À l'inverse, PROSTIR est techniquement accepté sur la quasi-totalité du parc POS ukrainien et reste sous 1 % de part de marché, avec 214 000 cartes actives début 2026 sur 65,4 M (NBU, 2026). L'acceptation ouvre la possibilité de l'usage sans le produire, le volume dépendant du nombre de cartes que les banques mettent effectivement en circulation.

Ce qui les tue : anatomie des disparitions

La disparition d'un scheme domestique résulte d'un enchaînement identifiable, étalé sur plusieurs années. Le scheme manque le canal distanciel, puis perd son partenaire de co-badgeage, puis voit son émission se tarir. La fermeture est actée au terme de cette séquence, comme une simple opération de rationalisation. Les décisions d'arrêt brutales sont rares.

2007
Euro Alliance of Payment Schemes (EAPS)
Première tentative d'interopérer les schemes domestiques européens entre eux sans Visa ni Mastercard. L'échec a servi de précédent direct, et les projets ultérieurs en ont tiré les leçons.
2012
Abandon de la marque PIN aux Pays-Bas
Currence / Interpay retirent la marque du scheme carte domestique néerlandais au profit de Maestro, puis de Debit Mastercard. Les Pays-Bas sont le seul grand marché d'Europe de l'Ouest à s'être volontairement privé de rail carte national.
avril 2012
Abandon du Monnet Project
Projet de scheme carte paneuropéen porté par 24 banques de huit pays. Il est arrêté faute de modèle économique viable, la Commission européenne n'ayant pas soutenu les commissions interbancaires multilatérales envisagées.
février 2014
Arrêt de Laser (Irlande)
Seul scheme carte domestique irlandais. Sa disparition laisse l'Irlande entièrement dépendante de Visa et Mastercard, sans aucun rail national de repli.
février 2018
Fusion des trois réseaux espagnols dans STMP
ServiRed, Sistema 4B et Euro 6000 fusionnent. L'entité qui subsiste fonctionne surtout comme un cadre d'adhésion et de règles nationales, l'acceptation reposant sur Visa et Mastercard.
1er juillet 2023
Fin des nouvelles émissions Maestro en Europe
Mastercard retire le co-badge qui portait l'acceptation internationale de girocard, de Bancomat et des cartes autrichiennes Bankomat. Les schemes concernés ont dû renégocier leur ouverture à l'étranger et au e-commerce.
1er juillet 2025
Dernière transaction Hipercard (Brésil)
Fermeture autorisée par la Banque centrale du Brésil en juin 2025 ; environ 15 millions de porteurs basculés sur Mastercard. Deuxième scheme domestique brésilien, il était très surpondéré au Nordeste. Sa présence est à vérifier dans tout contrat d'acceptation antérieur à cette date.
1er juillet 2025
Unification des marques BANCOMAT (Italie)
BANCOMAT (retrait), PagoBANCOMAT (paiement) et BANCOMAT Pay passent sous une marque unique. Il s'agit d'une simplification défensive de la présentation commerciale, et non d'une disparition du réseau. Toute documentation antérieure distinguant les trois marques est périmée.
  • L'angle mort du distanciel. Un scheme né au point de vente qui n'a jamais construit de rail e-commerce laisse mécaniquement la croissance au co-badge international. C'est la faiblesse structurelle de girocard, et le contre-exemple exact de Bancontact, qui capte 78 % des transactions en ligne belges (BPC, 2026).
  • La dépendance au co-badge. Quand le partenaire international retire son produit, comme Maestro en 2023, le scheme domestique découvre que son acceptation extérieure ne lui appartenait pas.
  • L'obsolescence par substitution. J-Debit (1999, JEPPO) est techniquement toujours en service au Japon, mais supplanté par les cartes de débit de marque internationale et par les QR : un scheme peut être vivant et sans usage.
  • Le défaut d'émission. Le cas PROSTIR : accepté partout, émis nulle part.
  • La consolidation par le processeur. Aux États-Unis, la consolidation des réseaux PIN débit chez Fiserv (Accel, STAR) et FIS (NYCE, Culiance) a laissé peu de réseaux réellement indépendants ; le rachat de Discover par Capital One, finalisé le 18 mai 2025 pour 35,3 Md $, prolonge ce mouvement d'intégration verticale.
⚠️
Vérifier le statut avant de contractualiser
Un scheme fermé reste longtemps présent dans les contrats, les tables de BIN et les documentations d'intégration. Hipercard n'approuve plus aucune transaction depuis le 1er juillet 2025, Laser est arrêté depuis février 2014, Euro 6000 et Sistema 4B depuis 2018. Leurs noms figurent encore dans des annexes tarifaires en vigueur. La situation inverse s'observe également. Visa Electron, souvent présenté comme disparu, reste un programme actif dans les règles Visa d'avril 2026, qui posent des exigences propres au Portugal et au Brésil, et une interdiction d'émission au Royaume-Uni et en Irlande.

La nouvelle vague : quinze ans de schemes souverains

Entre 2012 et 2026, une quinzaine de rails carte nationaux ont été lancés, presque tous à l'initiative d'une banque centrale. La période est aussi celle où l'Europe de l'Ouest a perdu plusieurs de ses schemes. Ces projets poursuivent partout les trois mêmes objectifs, économie de devises, souveraineté des données, inclusion financière.

2012
RuPay (Inde)
NPCI. Porté par le programme d'inclusion PMJDY, il dépasse aujourd'hui 50 % des cartes émises dans le pays (RBI / NPCI).
2015
Mir (Russie) et mada (Arabie saoudite)
Mir est créé par NSPK après les sanctions de 2014 ; mada unifie le débit saoudien sous Saudi Payments, filiale de la SAMA.
2016
TROY, PayPak, MyDebit
BKM lance TROY en Turquie ; 1LINK ouvre PayPak, faisant du Pakistan le 28e pays à opérer un scheme domestique ; PayNet met MyDebit en service en Malaisie.
2017
GPN (Indonésie) et Korti Milli (Tadjikistan)
Bank Indonesia impose le routage domestique par quatre switchs agréés et fait émerger une carte de débit GPN à interchange réduit.
2018
Carte à puce NAPAS (Vietnam) et Humo (Ouzbékistan)
Le Vietnam impose sa propre norme de puce (VCCS, BIN 9704) ; la banque centrale ouzbèke crée Humo pour casser le monopole d'Uzcard.
2019
Meeza (Égypte) et National Card Scheme (Sri Lanka)
Meeza est déployé par le canal étatique ; LankaClear ouvre un scheme co-badgé avec JCB International, accepté dès le lancement sur plus de 4 800 GAB du réseau LankaPay (CBSL).
2022
Kartu Kredit Indonesia (KKI)
Carte de crédit domestique réservée d'abord aux dépenses de l'État et des collectivités, sur les rails GPN, pour rapatrier les flux de la commande publique.
26 janvier 2023
AfriGO (Nigeria) et TakaPay (Bangladesh)
AfriGO est lancé par la Central Bank of Nigeria et NIBSS. Il ne doit pas être confondu avec Verve, scheme privé d'Interswitch. Bangladesh Bank ouvre de son côté TakaPay via le National Payment Switch.
2024
Jaywan (Émirats arabes unis) et Himyan (Qatar)
Jaywan est porté par Al Etihad Payments, filiale à 100 % de la CBUAE, et co-badgé Visa, Mastercard, UnionPay et Discover ; plus de 90 % des TPE du pays l'acceptaient fin 2024.
2025-2026
Extension régionale de Himyan
Acceptation ouverte au Koweït le 18 décembre 2025, puis à Bahreïn en juin 2026 (QCB / QNA). Un scheme national devient un rail régional en dix-huit mois.

Ces lancements suivent une méthode commune, indépendante de la technologie retenue. L'émission est amorcée par la commande publique et les prestations sociales, ce qui constitue un socle de porteurs indépendant de la demande du marché. L'acceptation est ensuite imposée aux terminaux existants par voie réglementaire. L'ouverture à l'international intervient en dernier, par co-badgeage négocié avec un réseau partenaire. AfriGO revendique déjà plus d'un million de cartes émises et plus de 70 Md NGN de transactions en 2025, et son acceptation porte sur plus de 16 000 GAB et environ 70 % des TPE du pays (NIBSS, 2025).

ℹ️
Ces schemes sont devenus un sujet de politique commerciale
Le dispositif indonésien GPN figure parmi les mesures contestées par les États-Unis dans leur rapport 2025 sur les barrières commerciales. L'obligation de routage domestique y est explicitement traitée comme un obstacle à l'accès au marché. Un déploiement sur ces marchés porte donc, au-delà de son volet d'intégration technique, sur un dispositif que les États-Unis contestent au titre des barrières commerciales, dont les règles peuvent évoluer rapidement.

Opérer : ce qu'il faut activer, et ce qui casse

Sur une bonne partie des marchés du tableau ci-dessous, l'activation du scheme domestique conditionne la possibilité même d'encaisser. Une carte qui ne porte que la marque locale ne peut pas être acceptée par un commerçant dont l'acquéreur n'a pas activé ce scheme, ce qui écarte une fraction de la base de porteurs. Aucun message d'erreur exploitable n'est produit côté commerçant.

MarchéÀ activerRaison opérationnelle
BelgiqueBancontact78 % des transactions en ligne belges (Bancontact Payconiq Company, 2026). Le e-commerce sans Bancontact n'est pas un e-commerce belge.
Allemagnegirocard en magasin ; co-badge Debit Mastercard / Visa Debit en ligne8,3 Md de transactions girocard en 2025, mais pas de rail girocard en e-commerce : le distanciel passe par le co-badge, désormais Debit Mastercard, Visa Debit ou V PAY selon la banque depuis la fin de Maestro.
IndeRuPay et UPIMDR zéro par la loi depuis le 1er janvier 2020 ; plus de 50 % des cartes émises. RuPay Credit Card on UPI permet d'encaisser du crédit sur un QR, sans terminal.
Arabie saouditemadaDébit quasi universel, MSC plafonnée à 0,80 %. La part des paiements électroniques dans le retail des particuliers atteint 85 % en 2025 contre 79 % en 2024 (SAMA).
BrésilElo, et séparément les vale-refeiçãoElo représente 8,7 % des cartes émises (Banco Central do Brasil, T1 2025). Les arrangements fermés de titres-repas (Pluxee, Alelo, Ticket, VR) forment une catégorie réglementée à part, à intégrer séparément.
NigeriaVerve et AfriGOVerve dépasse 70 M de cartes (Interswitch, octobre 2025) ; AfriGO est le scheme souverain porté par la Central Bank of Nigeria et NIBSS. Ce sont deux rails distincts, pas deux marques du même.
TurquieTROY25,3 % du volume carte en valeur à fin 2025 (BKM). Traiter TROY comme un scheme de premier rang, plus comme une option.
AlgérieCIB (SATIM) et Edahabia (Algérie Poste)Marché quasi fermé aux schemes internationaux. Edahabia pèse 17,66 M de cartes sur les 21,90 M du parc national (bilan GIE Monétique, 2026) : sans les deux, pas d'encaissement domestique.
Corée du SudBC Card et les sociétés de cartes localesLes transactions domestiques ne passent pas par les rails Visa / Mastercard, même quand la carte en porte le logo. Les commissions commerçants sont plafonnées par la réglementation.
Australieeftpos, avec routage au moindre coûtLe LCR est le mode d'exploitation normal ; la surcharge devient interdite au 1er octobre 2026 sur eftpos, Mastercard et Visa (RBA, Conclusions Paper, mars 2026).
Chine continentaleUnionPay / CUPSCUPS est l'infrastructure d'autorisation et de compensation, UnionPay la marque commerciale. Depuis 2023, l'acceptation directe des cartes étrangères dans Alipay et WeChat Pay a réduit la fonction historique de passerelle d'UnionPay pour les visiteurs.
Russie, Bélarus, IranMir, BELKART, ShetabSeuls rails carte fonctionnels localement, et actifs à haut risque de conformité. À traiter par la filière juridique avant toute étude technique.
Ce qu'il faut activer, marché par marché, et pourquoi
  • Tables de BIN à jour, en 8 chiffres. L'identification du scheme émetteur repose sur des plages qui évoluent, et le passage des BIN de 6 à 8 chiffres (ISO/IEC 7812) a invalidé une partie des tables historiques. Une plage mal classée route mal.
  • Certification terminal par scheme. Le terminal doit connaître l'AID local, sans quoi l'application domestique disparaît de la candidate list. Panne invisible, coût bien réel.
  • Protocoles d'intégration locaux. Le dialogue terminal-acquéreur n'est pas universel : Ashrait est le standard d'intégration israélien, la norme de puce vietnamienne est VCCS, et plusieurs marchés imposent leur propre spécification. Prévoir un lot de développement dédié, pas un paramétrage.
  • Acquéreur local ou PSP connecté en direct. L'accès aux schemes domestiques passe souvent par un acquéreur agréé sur place ; certains PSP internationaux se connectent en direct aux méthodes locales, ce qui évite un contrat par pays.
  • Cycles de compensation et de règlement locaux. Beaucoup de schemes domestiques fonctionnent en règlement net différé quotidien dans le système RTGS national ; les dates de valeur et les cut-off n'ont rien à voir avec ceux des réseaux mondiaux.
  • Point de défaillance unique. Sur les marchés à switch unique (Shva en Israël, SIMO au Mozambique, KNET au Koweït), l'indisponibilité du switch est l'indisponibilité du paiement carte du pays. Le plan de continuité ne peut pas se limiter à un second acquéreur.
⚠️
Conformité : trois rails à ne pas intégrer par simple décision technique
Mir subit la pression des sanctions secondaires, et son acceptation à l'étranger reste limitée et instable. BELKART est le rail résiduel du Bélarus depuis le retrait de Visa et Mastercard en 2022. Shetab, auquel toutes les banques iraniennes sont tenues d'adhérer, est interconnecté avec Mir depuis 2024. Ces trois systèmes fonctionnent parfaitement sur le plan technique, et ce bon fonctionnement ne préjuge pas de la licéité d'un raccordement au regard des régimes de sanctions applicables. Leur intégration relève d'une décision de conformité et de sanctions, et non d'un arbitrage d'acceptation.

Un scheme domestique se juge sur son émission, son coût réel et son statut juridique, pas sur sa notoriété internationale. Trois cas du dossier le montrent. TROY était marginal il y a deux ans et pèse aujourd'hui un quart du volume carte turc en valeur. Hipercard pesait lourd au Nordeste brésilien et n'approuve plus rien depuis juillet 2025. PROSTIR est accepté partout en Ukraine et n'existe pas commercialement. Trois erreurs symétriques en découlent, ignorer un scheme dont l'émission progresse, maintenir dans les contrats un scheme fermé, tenir l'acceptation pour de l'usage. Un rapport d'acquéreur standard ne les fait pas apparaître, puisqu'il donne un volume total sans la répartition du routage par marque.