Ce qu'est un scheme carte domestique, et ce qu'il n'est pas
Un scheme carte domestique est un système de paiement par carte dont les règles, la marque et l'infrastructure sont gouvernées depuis le marché qu'il dessert. Il réunit trois éléments. Le premier est un corpus de règles qui fixe qui peut émettre, qui peut acquérir, qui garantit quoi et qui paie quoi à qui. Le deuxième est une marque, apposée sur la carte et sur le point d'acceptation. Le troisième est un dispositif technique de commutation et de compensation. La qualification de « domestique » tient à la gouvernance du scheme, qui appartient à des banques locales, à un groupement interbancaire ou à la banque centrale du pays, et non à Visa Inc. ou à Mastercard Incorporated. La taille n'entre pas dans cette qualification. Sur les 146 pays couverts par le registre Paypedia, plus d'une soixantaine opèrent encore un rail carte de ce type.
Chaque origine produit un mode de fonctionnement distinct. Un scheme mutualiste négocie ses tarifs avec ses membres, alors qu'un scheme de banque centrale les impose. Un scheme né d'une contrainte géopolitique porte un risque de conformité pour l'établissement qui l'accepte. Un scheme de politique publique croît par mandat plutôt que par adoption commerciale. Meeza a atteint 43,5 millions de cartes en six ans (Central Bank of Egypt, 2025) par le canal des salaires publics, des subventions et des pensions, sans jamais avoir eu à convaincre un consommateur.
- Qui le gouverne ? Banques, GIE, banque centrale, société cotée. Cela détermine avec qui l'on négocie et à quelle vitesse les règles changent.
- Couvre-t-il le distanciel ? Beaucoup de schemes nés au point de vente n'ont jamais construit de rail e-commerce, et laissent ce flux au co-badge international.
- Est-il obligatoire ? Routage domestique imposé (Indonésie, Malaisie, Vietnam) ou simple option commerciale : ce n'est pas le même projet d'intégration.
- Quel est son coût réel ? Interchange plafonné, forfaitaire, nul, ou MSC réglementée : les quatre modèles coexistent dans le monde.
- Sa marque est-elle visible du porteur ? Carnet au Mexique est porté par le commutateur Prosa plus que par sa marque, peu identifiée du consommateur. Un scheme peut être structurant et invisible.
Panorama : qui existe, où, et à quel poids
Le tableau ci-dessous rassemble les schemes que l'on rencontre effectivement en production, avec leur exploitant, leur année de lancement et le dernier poids sourcé disponible. Les unités de mesure changent d'une ligne à l'autre parce que les publications des exploitants ne portent pas sur les mêmes grandeurs. Certains publient un nombre de transactions, d'autres un nombre de cartes émises, d'autres encore ne publient rien. Il n'existe aucune base mondiale homogène des volumes de schemes domestiques. Deux marchés rapprochés à partir de ces sources le sont donc presque toujours à partir de deux définitions différentes, et l'écart observé peut tenir à la seule métrique retenue.
| Scheme | Marché | Exploitant | Depuis | Poids (source, année) |
|---|---|---|---|---|
| Cartes Bancaires « CB » | France | Groupement des Cartes Bancaires CB (GIE) | 1984 | 77 M de cartes et 14,5 Md de transactions (GIE CB, 2024) ; part du routage sur terminaux 63,6 % au 2e semestre 2025 contre 89,6 % au 2e semestre 2021 (indice Yavin, AFP / Europe 1, 2026) |
| girocard | Allemagne | Deutsche Kreditwirtschaft, via EURO Kartensysteme GmbH | 1990 | 8,3 Md de transactions en 2025 (+4,8 %) pour ≈ 308 Md € ; 88,5 % de transactions sans contact en décembre 2025 (Deutsche Kreditwirtschaft / girocard.eu, 2026) |
| Bancontact | Belgique | Bancontact Payconiq Company | 1979 | 2,5 Md de paiements en 2025, dont 526 M de paiements mobiles (+11,6 %) ; 78 % des transactions en ligne en Belgique (Bancontact Payconiq Company, 2026) |
| Dankort | Danemark | Nets (groupe Nexi) | 1983 | Commissions commerçants régulées pour couvrir les coûts ; accord politique de juin 2025 pour renforcer le scheme et ouvrir l'acquisition (Norges Bank, Payments in the Nordics, décembre 2025) |
| BankAxept | Norvège | Stø AS | 1991 | Sans commission d'interchange ; fonctionne hors ligne et sert de dispositif désigné de distribution d'espèces en magasin (Norges Bank, décembre 2025) |
| BANCOMAT / PagoBANCOMAT | Italie | BANCOMAT S.p.A. | 1983 | 7,752 Md d'opérations en 2025 (+15,6 %) pour 305,6 Md €, sur un total carte italien de 12,3 Md d'opérations (données de marché 2026) |
| Multibanco | Portugal | SIBS | 1985 | Réseau interbancaire reliant les DAB de 27 banques ; SIBS a assigné la Banque du Portugal en janvier 2025 sur la régulation du réseau |
| TROY | Turquie | BKM (Bankalararası Kart Merkezi) | 2016 | 90 M de cartes (+80 % sur un an) et 25,3 % de part de marché en valeur à fin 2025, contre 18,3 % à fin 2024 (BKM, communiqués de janvier 2025 et du 23 janvier 2026) |
| Mir | Russie | NSPK, filiale de la Banque de Russie | 2015 | ≈ 85 % du marché russe des cartes (direction de NSPK, 2025) ; 493,9 M de cartes émises au 1er avril 2026 |
| Elo | Brésil | Elo Serviços S.A. (Banco do Brasil, Bradesco, Caixa) | 2011 | 8,7 % des cartes émises au Brésil au 1er trimestre 2025 (Banco Central do Brasil) ; R$ 335 Md de transactions en 2024 |
| Interac / Interac Debit | Canada | Interac Corp. | 1984 / 1994 | Débit tous réseaux confondus : 6,7 Md d'opérations pour 302 Md CAD en 2024 (Paiements Canada). La part propre à Interac n'est pas isolée dans cette source |
| RuPay | Inde | NPCI (National Payments Corporation of India) | 2012 | Plus de 50 % des cartes émises en Inde (RBI / NPCI) ; ≈ 18 % du marché de la carte de crédit en 2025 (presse indienne, non officiel) |
| JCB | Japon | JCB Co., Ltd. | 1961 | Plus de 175 M de porteurs et ≈ 71 M de commerçants dans 195 pays et territoires (JCB, communications 2025) |
| UnionPay | Chine | China UnionPay Co., Ltd. | 2002 | 9,6 Md de cartes émises (mars 2025) ; plus de 200 M de cartes émises hors de Chine continentale, acceptation dans plus de 180 pays (UnionPay International, 2024-2025) |
| mada | Arabie saoudite | Saudi Payments, filiale de la SAMA | 2015 | E-commerce sur cartes mada : SR 29,86 Md sur le seul mois de juillet 2025 (+79,45 % a/a) pour 149,74 M de transactions en ligne (SAMA, repris par Arab News, septembre 2025) |
| Meeza | Égypte | Egyptian Banks Company, sous l'égide de la Central Bank of Egypt | 2019 | Plus de 43,5 M de cartes émises en juin 2025 (Central Bank of Egypt, 2025) |
| Verve | Nigeria | Verve International, filiale d'Interswitch | 2009 | Plus de 70 M de cartes émises (Interswitch, octobre 2025), contre 50 M en juillet 2024 |
| PayPak | Pakistan | 1LINK (Pvt) Ltd | 2016 | 16,1 M de cartes en circulation et ≈ 28 % du marché carte pakistanais (1LINK, 2025-2026) |
| eftpos | Australie | Australian Payments Plus (AP+) | 1984 | Routage au moindre coût activé sur 70 % des paiements en magasin et 30 % des wallets mobiles ; coût d'acceptation débit ≈ 20 % plus bas avec le LCR (AP+, 2025) |
La mécanique du co-badgeage : deux marques, un support
Le co-badgeage désigne la présence, sur un même support, de la marque locale et d'une marque internationale, chacune correspondant à un réseau distinct. C'est la réponse quasi universelle à une limite du scheme domestique, dont les cartes ne fonctionnent qu'à l'intérieur des frontières et restent inutilisables en voyage et souvent en e-commerce. Chaque transaction emprunte l'un ou l'autre réseau. La sélection s'opère à partir des applications EMV présentes sur la puce, chacune identifiée par un AID (Application Identifier), et non à partir des marques imprimées sur la carte.
6F FCI Template
84 2PAY.SYS.DDF01 nom du repertoire de paiement sans contact
A5 FCI Proprietary Template
BF0C FCI Issuer Discretionary Data
61 Directory Entry #1
4F <AID du scheme domestique> application locale
50 <libelle marque locale>
87 01 priorite 1 = candidat prefere
61 Directory Entry #2
4F A0000000041010 Debit Mastercard (co-badge international)
50 MASTERCARD
87 02 priorite 2
Lecture : la carte propose deux applications. Le terminal ne retient que
celles dont il connait l'AID. Si le terminal n'est pas certifie pour le
scheme domestique, l'entree #1 disparait de la candidate list et la
transaction part sur le reseau international, sans que personne ne
l'ait decide.- Co-badge EMV classique. Deux applications sur une puce, une seule carte, un seul PAN visible. C'est le modèle de girocard, de Bancontact, de CB, de PagoBANCOMAT, de mada ou de Jaywan (co-badgé Visa, Mastercard, UnionPay et Discover).
- Deux instruments sur un même support. Au Canada, les cartes portent Interac et, séparément, Visa Debit ou Debit Mastercard pour l'international et le e-commerce : ce sont deux applications distinctes, et non un co-badge au sens du règlement européen. La distinction n'est pas sémantique : elle explique pourquoi les baisses d'interchange canadiennes de 2024 n'ont porté que sur le crédit.
- Co-badge d'acceptation négocié. Le National Card Scheme sri-lankais (2019) est directement co-badgé avec JCB par LankaClear : frais domestiques bas, acceptation internationale portée par le partenaire. Le TakaPay bangladais (2023, Bangladesh Bank) a annoncé le même montage avec RuPay pour les flux Inde-Bangladesh.
- Absence de co-badge. PROSTIR existe en version co-badgée UnionPay, mais Mir et BELKART n'ont plus de partenaire international viable : leurs cartes sont, de fait, purement domestiques.
Qui choisit le réseau : cinq régimes réglementaires incompatibles
Sur une carte co-badgée, le réseau emprunté résulte d'une décision, et l'acteur qui la prend est désigné par le régime en vigueur sur le marché. Cette désignation change radicalement d'un marché à l'autre, le porteur, le commerçant, l'acquéreur ou le régulateur exerçant ce choix selon les pays. Les équipes paiement qui déploient à l'international transposent fréquemment le régime de leur marché d'origine. Une architecture de routage conçue pour un régime se révèle alors illégale ou inopérante dans un autre.
| Marché | Texte / autorité | Qui décide | Conséquence opérationnelle |
|---|---|---|---|
| Espace économique européen | Article 8 du règlement (UE) 2015/751 (IFR) | Le porteur | Ni le scheme ni l'émetteur ne peuvent imposer une marque. Le commerçant ne peut que présélectionner un défaut, que le client reste libre de modifier. |
| Australie | Reserve Bank of Australia, least-cost routing (LCR) | L'acquéreur / le commerçant | Contre-modèle exact de l'article 8 : l'acquéreur route vers le réseau le moins cher. Activé sur 70 % des paiements en magasin et 30 % des wallets mobiles (AP+, 2025), en extension aux wallets et au Click to Pay. |
| États-Unis | Regulation II (12 CFR partie 235), Dodd-Frank / amendement Durbin | Le commerçant | Toute carte de débit doit porter deux réseaux non affiliés ; le commerçant choisit la route. Étendu au distanciel en juillet 2023. Une marque affiliée (Interlink pour Visa, PULSE pour Discover) ne satisfait pas seule l'obligation. |
| Inde | Reserve Bank of India, circulaire du 6 mars 2024, applicable au 6 septembre 2024 | Le client, à l'émission | L'émetteur doit proposer un choix de réseau à l'émission et au renouvellement. La portabilité porte sur la carte, pas sur la transaction. Exemptions : émetteurs de 10 lakh cartes actives ou moins, et émetteurs opérant leur propre réseau. |
| Indonésie, Malaisie, Vietnam | GPN (Bank Indonesia, 2017), MyDebit (PayNet), NAPAS / norme VCCS (2018) | Le régulateur | Le routage domestique est imposé, il n'y a pas d'arbitrage. En Indonésie, le passage par l'un des quatre switchs agréés (Artajasa, Rintis, Alto, Jalin) est un point de conformité, pas une option tarifaire. |
Le modèle européen et le modèle australien apportent deux réponses opposées au même problème. L'Europe protège le choix du consommateur, au prix d'un routage sous-optimal pour le commerçant, tandis que l'Australie donne la main au commerçant, en considérant que le porteur est indifférent au réseau. Les deux régimes s'excluent l'un l'autre, puisque l'article 8 ne laisse au commerçant européen qu'une présélection que le client reste libre de modifier, là où le routage au moindre coût lui confie le choix effectif du réseau.
- Exiger de l'acquéreur la répartition effective du routage par marque, pas seulement le volume total : c'est la seule mesure qui révèle la fuite.
- Vérifier le rendu réel de la page de paiement en e-commerce : la marque domestique doit être présente et présélectionnée là où le droit local le permet.
- Auditer séparément le flux wallet : la route empruntée par un token n'est pas nécessairement celle de la carte physique.
- Sur les marchés à routage imposé, prévoir la certification locale comme un jalon projet, pas comme une formalité contractuelle.
L'interchange local : quatre modèles économiques, pas un
L'interchange désigne la commission que l'acquéreur verse à l'émetteur sur chaque transaction carte. Le coût est le premier argument de vente d'un scheme domestique, et l'expression « moins cher » y recouvre des mécanismes juridiques entièrement différents. Le premier est un plafond ad valorem, exprimé en pourcentage de la valeur de la transaction, retenu en Europe. Le deuxième est un plafond forfaitaire, retenu aux États-Unis. Le troisième est une absence d'interchange, appliquée en Norvège et, historiquement, au Canada. Le quatrième est une commission commerçant plafonnée de bout en bout, appliquée en Arabie saoudite. L'Inde forme un cas distinct, le prix de l'acceptation y ayant été fixé à zéro par la loi.
| Marché | Base juridique | Niveau | Portée |
|---|---|---|---|
| Espace économique européen | Règlement (UE) 2015/751 (IFR), art. 3 et 4 | 0,2 % (débit) / 0,3 % (crédit) | Cartes consommateurs uniquement. Cartes commerciales, réseaux tripartites et retraits hors champ. |
| États-Unis | Regulation II (12 CFR partie 235) | 21 ¢ + 0,05 % de la valeur, + 1 ¢ si l'émetteur satisfait aux standards antifraude | Débit seulement, et seulement pour les émetteurs d'au moins 10 Md $ d'actifs. Le crédit n'est pas plafonné. |
| Australie | RBA, Review of Merchant Card Payment Costs and Surcharging, Conclusions Paper, mars 2026 | 8 ¢ ou 0,16 % (débit et prépayé domestiques) ; 0,30 % (crédit consommateur domestique) | Plafond ferme substitué à la moyenne pondérée, application au 1er octobre 2026 ; la surcharge devient interdite à la même date sur eftpos, Mastercard et Visa. |
| Brésil | Circular 3.887 du Banco Central do Brasil (2018) | 0,5 % en moyenne pondérée, 0,8 % au maximum | Cartes de débit des arrangements de paiement domestiques, contrôle trimestriel. |
| Chili | Comité de Tasas de Intercambio | 0,50 % (débit) / 1,14 % (crédit) / 0,94 % (prépayé) | En vigueur depuis octobre 2023 ; la baisse à 0,35 % / 0,80 % prévue en octobre 2024 est suspendue. A accompagné le passage de Redcompra / Transbank à un modèle à quatre parties. |
| Inde | Art. 10A de la Payment and Settlement Systems Act 2007 et art. 269SU de l'Income-tax Act 1961 | MDR zéro | RuPay débit et UPI, depuis le 1er janvier 2020. Ce n'est pas un plafond d'interchange : c'est l'interdiction de facturer le commerçant. |
| Arabie saoudite | Cadre Saudi Payments / SAMA | MSC plafonnée à 0,80 %, avec un plafond en valeur absolue de l'ordre de SAR 40 | Le plafond porte sur la commission commerçant totale, pas sur le seul interchange, un modèle rare et beaucoup plus contraignant. |
| Norvège | Modèle contractuel BankAxept | Pas de commission d'interchange | Le seul grand scheme carte européen sans interchange (Norges Bank, décembre 2025), la référence de tous les débats sur le coût de l'acceptation. |
| Danemark | Régulation des commissions Dankort | Commissions commerçants fixées pour couvrir les coûts de Nets et des banques | Un accord politique large de juin 2025 vise à renforcer le Dankort et à ouvrir l'acquisition au-delà de Nets (Norges Bank, décembre 2025). |
| Canada | Modèle Interac | Tarification quasi forfaitaire, historiquement sans interchange entre membres | Explique un coût d'acceptation du débit très bas, argument central de toute négociation marchande canadienne. |
Le cas indien montre la limite du raisonnement « scheme domestique = moins cher ». Le MDR désigne la commission totale acquittée par le commerçant sur une transaction carte. En le ramenant à zéro sur RuPay débit et UPI, l'État a rendu l'acceptation gratuite pour le commerçant et a du même coup supprimé le modèle économique de l'acquisition sur ces instruments. La marge de l'acquéreur se reconstitue alors sur le crédit, sur les services à valeur ajoutée et sur les cartes internationales. La facturation d'un MDR sur ce périmètre constitue une infraction.
Pourquoi ils survivent face à Visa et Mastercard
La survie d'un scheme domestique se mesure à sa capacité de conserver une part du volume carte de son marché alors que Visa et Mastercard y sont acceptés. Les schemes qui s'y maintiennent occupent une position que les réseaux mondiaux ne peuvent pas répliquer sans dégrader leur propre modèle sur leurs autres marchés. Cette position tient au prix, à l'obligation réglementaire, au service rendu ou à la résilience. L'attachement à une marque nationale ne suffit pas à maintenir un scheme en l'absence de l'un de ces appuis.
Un ressort plus récent s'y ajoute, l'export. NPCI, via NPCI International Payments Limited, vend désormais l'architecture RuPay/UPI à des banques centrales tierces, en plus de l'acceptation de ses propres cartes. JCB a bâti sa présence hors d'Asie sur une alliance réciproque avec Discover Global Network, partenariat qui a fêté ses vingt ans en 2025. Himyan est passé du Qatar au Koweït (18 décembre 2025) puis à Bahreïn (juin 2026). Verve s'est lancé au Kenya. Ces schemes deviennent alors des fournisseurs d'infrastructure sur des marchés qui ne sont pas les leurs.
Ce qui les tue : anatomie des disparitions
La disparition d'un scheme domestique résulte d'un enchaînement identifiable, étalé sur plusieurs années. Le scheme manque le canal distanciel, puis perd son partenaire de co-badgeage, puis voit son émission se tarir. La fermeture est actée au terme de cette séquence, comme une simple opération de rationalisation. Les décisions d'arrêt brutales sont rares.
- L'angle mort du distanciel. Un scheme né au point de vente qui n'a jamais construit de rail e-commerce laisse mécaniquement la croissance au co-badge international. C'est la faiblesse structurelle de girocard, et le contre-exemple exact de Bancontact, qui capte 78 % des transactions en ligne belges (BPC, 2026).
- La dépendance au co-badge. Quand le partenaire international retire son produit, comme Maestro en 2023, le scheme domestique découvre que son acceptation extérieure ne lui appartenait pas.
- L'obsolescence par substitution. J-Debit (1999, JEPPO) est techniquement toujours en service au Japon, mais supplanté par les cartes de débit de marque internationale et par les QR : un scheme peut être vivant et sans usage.
- Le défaut d'émission. Le cas PROSTIR : accepté partout, émis nulle part.
- La consolidation par le processeur. Aux États-Unis, la consolidation des réseaux PIN débit chez Fiserv (Accel, STAR) et FIS (NYCE, Culiance) a laissé peu de réseaux réellement indépendants ; le rachat de Discover par Capital One, finalisé le 18 mai 2025 pour 35,3 Md $, prolonge ce mouvement d'intégration verticale.
La nouvelle vague : quinze ans de schemes souverains
Entre 2012 et 2026, une quinzaine de rails carte nationaux ont été lancés, presque tous à l'initiative d'une banque centrale. La période est aussi celle où l'Europe de l'Ouest a perdu plusieurs de ses schemes. Ces projets poursuivent partout les trois mêmes objectifs, économie de devises, souveraineté des données, inclusion financière.
Ces lancements suivent une méthode commune, indépendante de la technologie retenue. L'émission est amorcée par la commande publique et les prestations sociales, ce qui constitue un socle de porteurs indépendant de la demande du marché. L'acceptation est ensuite imposée aux terminaux existants par voie réglementaire. L'ouverture à l'international intervient en dernier, par co-badgeage négocié avec un réseau partenaire. AfriGO revendique déjà plus d'un million de cartes émises et plus de 70 Md NGN de transactions en 2025, et son acceptation porte sur plus de 16 000 GAB et environ 70 % des TPE du pays (NIBSS, 2025).
Opérer : ce qu'il faut activer, et ce qui casse
Sur une bonne partie des marchés du tableau ci-dessous, l'activation du scheme domestique conditionne la possibilité même d'encaisser. Une carte qui ne porte que la marque locale ne peut pas être acceptée par un commerçant dont l'acquéreur n'a pas activé ce scheme, ce qui écarte une fraction de la base de porteurs. Aucun message d'erreur exploitable n'est produit côté commerçant.
| Marché | À activer | Raison opérationnelle |
|---|---|---|
| Belgique | Bancontact | 78 % des transactions en ligne belges (Bancontact Payconiq Company, 2026). Le e-commerce sans Bancontact n'est pas un e-commerce belge. |
| Allemagne | girocard en magasin ; co-badge Debit Mastercard / Visa Debit en ligne | 8,3 Md de transactions girocard en 2025, mais pas de rail girocard en e-commerce : le distanciel passe par le co-badge, désormais Debit Mastercard, Visa Debit ou V PAY selon la banque depuis la fin de Maestro. |
| Inde | RuPay et UPI | MDR zéro par la loi depuis le 1er janvier 2020 ; plus de 50 % des cartes émises. RuPay Credit Card on UPI permet d'encaisser du crédit sur un QR, sans terminal. |
| Arabie saoudite | mada | Débit quasi universel, MSC plafonnée à 0,80 %. La part des paiements électroniques dans le retail des particuliers atteint 85 % en 2025 contre 79 % en 2024 (SAMA). |
| Brésil | Elo, et séparément les vale-refeição | Elo représente 8,7 % des cartes émises (Banco Central do Brasil, T1 2025). Les arrangements fermés de titres-repas (Pluxee, Alelo, Ticket, VR) forment une catégorie réglementée à part, à intégrer séparément. |
| Nigeria | Verve et AfriGO | Verve dépasse 70 M de cartes (Interswitch, octobre 2025) ; AfriGO est le scheme souverain porté par la Central Bank of Nigeria et NIBSS. Ce sont deux rails distincts, pas deux marques du même. |
| Turquie | TROY | 25,3 % du volume carte en valeur à fin 2025 (BKM). Traiter TROY comme un scheme de premier rang, plus comme une option. |
| Algérie | CIB (SATIM) et Edahabia (Algérie Poste) | Marché quasi fermé aux schemes internationaux. Edahabia pèse 17,66 M de cartes sur les 21,90 M du parc national (bilan GIE Monétique, 2026) : sans les deux, pas d'encaissement domestique. |
| Corée du Sud | BC Card et les sociétés de cartes locales | Les transactions domestiques ne passent pas par les rails Visa / Mastercard, même quand la carte en porte le logo. Les commissions commerçants sont plafonnées par la réglementation. |
| Australie | eftpos, avec routage au moindre coût | Le LCR est le mode d'exploitation normal ; la surcharge devient interdite au 1er octobre 2026 sur eftpos, Mastercard et Visa (RBA, Conclusions Paper, mars 2026). |
| Chine continentale | UnionPay / CUPS | CUPS est l'infrastructure d'autorisation et de compensation, UnionPay la marque commerciale. Depuis 2023, l'acceptation directe des cartes étrangères dans Alipay et WeChat Pay a réduit la fonction historique de passerelle d'UnionPay pour les visiteurs. |
| Russie, Bélarus, Iran | Mir, BELKART, Shetab | Seuls rails carte fonctionnels localement, et actifs à haut risque de conformité. À traiter par la filière juridique avant toute étude technique. |
- Tables de BIN à jour, en 8 chiffres. L'identification du scheme émetteur repose sur des plages qui évoluent, et le passage des BIN de 6 à 8 chiffres (ISO/IEC 7812) a invalidé une partie des tables historiques. Une plage mal classée route mal.
- Certification terminal par scheme. Le terminal doit connaître l'AID local, sans quoi l'application domestique disparaît de la candidate list. Panne invisible, coût bien réel.
- Protocoles d'intégration locaux. Le dialogue terminal-acquéreur n'est pas universel : Ashrait est le standard d'intégration israélien, la norme de puce vietnamienne est VCCS, et plusieurs marchés imposent leur propre spécification. Prévoir un lot de développement dédié, pas un paramétrage.
- Acquéreur local ou PSP connecté en direct. L'accès aux schemes domestiques passe souvent par un acquéreur agréé sur place ; certains PSP internationaux se connectent en direct aux méthodes locales, ce qui évite un contrat par pays.
- Cycles de compensation et de règlement locaux. Beaucoup de schemes domestiques fonctionnent en règlement net différé quotidien dans le système RTGS national ; les dates de valeur et les cut-off n'ont rien à voir avec ceux des réseaux mondiaux.
- Point de défaillance unique. Sur les marchés à switch unique (Shva en Israël, SIMO au Mozambique, KNET au Koweït), l'indisponibilité du switch est l'indisponibilité du paiement carte du pays. Le plan de continuité ne peut pas se limiter à un second acquéreur.
Un scheme domestique se juge sur son émission, son coût réel et son statut juridique, pas sur sa notoriété internationale. Trois cas du dossier le montrent. TROY était marginal il y a deux ans et pèse aujourd'hui un quart du volume carte turc en valeur. Hipercard pesait lourd au Nordeste brésilien et n'approuve plus rien depuis juillet 2025. PROSTIR est accepté partout en Ukraine et n'existe pas commercialement. Trois erreurs symétriques en découlent, ignorer un scheme dont l'émission progresse, maintenir dans les contrats un scheme fermé, tenir l'acceptation pour de l'usage. Un rapport d'acquéreur standard ne les fait pas apparaître, puisqu'il donne un volume total sans la répartition du routage par marque.