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🪙 Les stablecoins de paiement

USDT, USDC, PYUSD, EURC : qui émet, ce qu'il y a dans les réserves, ce que disent MiCA et le GENIUS Act, les usages qui existent vraiment (B2B transfrontalier, remises, trésorerie), les on/off-ramps, le risque de dépeg et la liste de contrôle d'un PSP

Ce qu'est un stablecoin de paiement, et ce qui n'en est pas un

Un stablecoin est un jeton qui circule sur un registre distribué et dont l'émetteur promet une valeur fixe en monnaie ayant cours légal, dans la quasi-totalité des cas un dollar. Dans le métier du paiement, la définition retenue est juridique avant d'être technique. Un stablecoin de paiement désigne un passif d'un émetteur identifiable, remboursable au pair, adossé à des réserves cantonnées. Les trois conditions se vérifient ensemble. L'absence de l'une écarte le jeton du champ des stablecoins de paiement. Beaucoup d'actifs classés « stablecoins » par les agrégateurs de marché n'en remplissent aucune, et un prestataire ne les encaisse pas selon la même procédure.

FamilleExemples réelsCe qui tient la valeurÉmetteur agréable ?Encaissable par un PSP ?
Jeton adossé à une monnaie (jeton de monnaie électronique en droit UE, payment stablecoin en droit US)USDT (Tether), USDC (Circle), PYUSD (Paxos pour PayPal), EURC (Circle), USDG (Paxos Singapour)Réserves en dépôts bancaires et titres d'État à court termeOui, personne morale identifiée, agrément possibleOui : c'est le seul cas standard
Jeton de dépôt tokeniséKinexys Digital Payments (ex-JPM Coin), J.P. MorganUn passif de banque commerciale, resté dans le périmètre prudentiel bancaireL'émetteur est une banqueOui, mais en circuit fermé entre clients de la banque
Stablecoin surcollatéraliséUSDS / DAI (Sky, ex-MakerDAO), GHO (Aave DAO)Collatéral crypto surdimensionné, déposé on-chainNon : aucune personne morale émettriceMarginal, angle mort de MiCA comme du GENIUS Act
Dollar synthétique à rendementEthena USDe, Falcon USD (USDf)Position delta-neutre ou panier d'actifs numériques, pas une réserve bancaireSans objetNon : le risque est un risque de base et de contrepartie sur dérivés
Stablecoin algorithmiqueTerraUSD (UST), arrêté en 2022Rien, un mécanisme de seigneuriage réflexifInterditNon : explicitement exclu par MiCA et par le GENIUS Act
Cinq familles régulièrement confondues sous le même mot

La capitalisation d'un jeton mesure l'encours émis, et non le volume de paiements qui s'y règlent. Un jeton peut peser plusieurs milliards alors qu'aucun paiement commercial ne s'y règle. BFUSD sert de collatéral de marge interne à une plateforme de dérivés, FDUSD sert de paire de trading, USDD de réserve d'écosystème. Le classement publié par un agrégateur ordonne des actifs aux fonctions hétérogènes et ne renseigne donc pas sur l'usage du jeton. L'examen opérationnel porte sur trois éléments, l'identité du débiteur, la contrepartie de la créance et le délai de remboursement.

≈ 320 Md$
capitalisation totale des stablecoins
DefiLlama, avril 2026
184,6 Md$
USDT en circulation au 30 juin 2026
Tether, rapport d'attestation T2 2026 (BDO)
77,2 Md$
USDC en circulation au 31 mars 2026
Circle, attestation Deloitte & Touche LLP
≈ 1 %
part du volume on-chain qui correspond à des paiements de bout en bout (≈ 390 Md$ sur ≈ 35 000 Md$ annualisés)
McKinsey et Artemis Analytics, février 2026
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Un stablecoin n'est pas de la monnaie : c'est une créance sur son émetteur
Aucun stablecoin ne bénéficie d'une garantie publique des dépôts. Le GENIUS Act américain exclut expressément l'assurance fédérale des dépôts et l'accès direct à la banque centrale. MiCA impose de son côté un droit de remboursement au pair et à tout moment, à l'article 49. Ce droit reste contractuel : il n'équivaut pas à une garantie souveraine, et il vaut ce que valent le bilan de l'émetteur et la liquidité de ses réserves. Détenir un solde en stablecoin revient donc, pour une entreprise, à porter un risque de crédit non assuré. La trésorerie doit le traiter comme tel.
  • Le rail est ouvert 24 h/24, 7 j/7, jours fériés compris, seule propriété que ni les cartes ni les virements de gros ne reproduisent tout à fait, et c'est ce qui explique l'essentiel des cas d'usage réels.
  • La transaction est irréversible : aucun chargeback natif, aucun mécanisme d'annulation. Tout ce que la carte offre gratuitement (contestation, séquestre implicite, garantie) doit être reconstruit par contrat.
  • La conformité voyage avec le jeton : un stablecoin non conforme dans la juridiction du payeur ne s'encaisse pas, quelle que soit sa liquidité mondiale.
  • Le coût réel n'est pas le coût de la chaîne : les frais de réseau sont dérisoires, mais l'entrée et la sortie en monnaie de compte (on-ramp et off-ramp) portent tout le coût, tout le délai et tout le risque.
  • La conversion en monnaie de compte est un métier bancaire : le maillon faible d'une architecture stablecoin est presque toujours la banque partenaire du prestataire de conversion, pas la blockchain.

Émission, réserves, rachat : la mécanique de la parité

La parité d'un stablecoin adossé repose sur un arbitrage sur le marché primaire, et non sur un mécanisme algorithmique. Ce marché met en relation l'émetteur et les clients institutionnels qu'il a agréés, désignés par le terme minter. Le client vire des dollars et reçoit des jetons frappés à l'unité ; dans le sens inverse, il rend des jetons, reçoit des dollars, et les jetons rendus sont brûlés. Tant que ce circuit fonctionne, tout écart de prix constaté sur le marché secondaire est rattrapé par ceux qui peuvent accéder au guichet. Une difficulté chez la banque de l'émetteur, un rachat suspendu ou un week-end bancaire suffisent à le gripper. La parité se met alors à flotter.

Cycle de vie d'un jeton : de l'émission au rachat
Client du marché primaire
Ouvre un compte chez l'émetteur
KYC/KYB complet, contrat d'émission, montants minimaux d'entrée : ce circuit est fermé aux petites structures, qui passent par un intermédiaire
Client
Vire de la monnaie ayant cours légal
Virement bancaire classique vers un compte de réserve cantonné de l'émetteur, un virement qui suit les horaires bancaires et non ceux de la chaîne
Émetteur
Frappe (*mint*) les jetons
Les jetons sont créés sur la chaîne désignée et envoyés à l'adresse du client ; la capitalisation augmente d'autant
Marché secondaire
Le jeton circule et sert de moyen de règlement
Plateformes d'échange, teneurs de marché, portefeuilles d'entreprise, contreparties commerciales. L'émetteur n'est plus dans la boucle
Client du marché primaire
Demande le rachat (*redeem*)
Les jetons sont renvoyés à l'émetteur puis brûlés ; le virement retour part sur le compte bancaire du client, aux horaires bancaires
Émetteur
Gère les réserves en continu
Placement en titres d'État courts et dépôts, publication d'attestations, gestion du décalage entre liquidité immédiate demandée et maturité des actifs

Les grands émetteurs publient des attestations, et presque jamais des rapports d'audit. Une attestation est un rapport de procédures convenues, signé par un cabinet comptable, qui constate à une date donnée le montant en circulation et la composition des réserves. Le procédé produit une photographie contrôlée, sans opinion sur les comptes ni sur le dispositif de contrôle interne. Circle publie une attestation mensuelle signée Deloitte & Touche LLP, accompagnée d'une publication hebdomadaire et d'un détail quotidien du portefeuille ligne à ligne. Tether produit une attestation trimestrielle signée BDO. La granularité et la fréquence de ces publications servent de critère de sélection entre émetteurs.

JetonÉmetteurStructure des réservesContrôle externeDernier montant publié
USDTTether HoldingsMajoritairement bons du Trésor américain et prises en pension, complétés par de l'or physique, du bitcoin et des prêts garantis, ce qui donne un profil d'actifs sans équivalent chez les autres émetteursAttestation trimestrielle BDO184,6 Md$ en circulation au 30 juin 2026 ; 187,75 Md$ d'actifs pour 183,64 Md$ de passifs, soit 4,11 Md$ de réserves excédentaires (Tether, T2 2026)
USDCCircle Internet FinancialMajorité logée dans le Circle Reserve Fund (USDXX), fonds monétaire gouvernemental enregistré 2a-7 géré par BlackRock et conservé chez BNY Mellon, maturité moyenne pondérée inférieure à 60 jours ; le solde en dépôts bancairesAttestation mensuelle Deloitte & Touche LLP, publication hebdomadaire, portefeuille détaillé au CUSIP77,2 Md$ au 31 mars 2026 (Circle)
PYUSDPaxos Trust Company, pour le compte de PayPalDépôts en dollars, bons du Trésor et équivalents de trésorerie, sous charte de société de trust de l'État de New YorkAttestation mensuelle≈ 2,9 Md$ en juillet 2026 (RWA.xyz) ; disponible dans 70 marchés depuis mars 2026 (PayPal)
EURCCircle, via son entité européenne agréée en FranceRéserves en euros conformes au titre IV de MiCA : au moins 30 % en dépôts auprès d'établissements de crédit, le solde en instruments très liquides et peu risquésAttestation mensuelle + régime de surveillance MiCA≈ 430 M$ de capitalisation moyenne en juin 2026. Premier stablecoin euro, mais deux ordres de grandeur sous les jetons dollar
Réserves et transparence des quatre jetons de paiement de référence (données publiées 2026)
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Le pair n'est garanti qu'au marché primaire, et vous n'y êtes probablement pas
Le droit au remboursement à 1,00 appartient au client direct de l'émetteur. Un commerçant qui reçoit de l'USDC d'un payeur n'entretient aucune relation contractuelle avec Circle. Il revend donc son jeton au prix du marché secondaire, par l'intermédiaire d'une plateforme ou d'un orchestrateur, en supportant un écart bid-ask et des frais. En régime normal, cet écart reste négligeable. En régime de stress, le manque à gagner apparaît à cet endroit précis, parce que le marché secondaire décroche pendant que le marché primaire, réservé, reste au pair. Un contrat d'off-ramp détaillé précise pour cette raison quel prix est appliqué et qui supporte l'écart.
  • Où sont les dépôts ? Un stablecoin dollar dont la trésorerie est concentrée sur une seule banque commerciale porte le risque de cette banque : c'est le mécanisme exact de l'épisode de mars 2023.
  • Quelle maturité ? Des bons du Trésor à 90 jours se liquident en un jour de marché ; de l'or physique, du bitcoin ou des prêts garantis, non. La composition détermine la vitesse de remboursement en crise.
  • Quelles réserves excédentaires ? L'excédent d'actifs sur les passifs est le coussin de première perte. Chez Tether, il s'établissait à 4,11 Md$ pour 183,64 Md$ de passifs au 30 juin 2026, soit environ 2 % (Tether, T2 2026).
  • Quels frais de rachat, quel délai contractuel ? MiCA interdit les frais de remboursement excédant le coût d'exécution ; hors UE, ce point se négocie et se lit dans les conditions générales de l'émetteur.
  • Qui peut geler mes jetons ? Les contrats d'USDT, d'USDC et de PYUSD comportent une fonction de gel. C'est une protection contre la fraude et une exposition opérationnelle : un solde peut être immobilisé sans préavis sur décision de l'émetteur ou injonction d'une autorité.

USDT, USDC, PYUSD, EURC : quatre modèles économiques

Les quatre jetons de paiement de référence occupent des fonctions distinctes et se croisent rarement sur les mêmes flux. USDT sert de dollar de substitution dans les économies où le dollar manque. USDC sert d'actif de règlement aux institutions régulées. PYUSD prolonge sur la chaîne un compte de monnaie électronique grand public. EURC relève d'une démarche réglementaire et souveraine européenne, à une échelle encore modeste. Une architecture de paiement construite sans distinguer ces fonctions se heurte à un défaut de liquidité sur le jeton retenu.

CritèreUSDTUSDCPYUSDEURC
Émetteur / annéeTether Holdings, 2014Circle, 2018Paxos Trust Company pour PayPal, 2023Circle, 2022
Chaîne dominante en usageTron (≈ 89 Md$, soit environ 47 % de l'USDT, T2 2026) puis EthereumEthereum, Solana, BaseEthereum, Solana, ArbitrumEthereum, Solana, Base
Statut dans l'Union européenneNon conforme MiCA, retiré des plateformes desservant l'UEConforme, agrément européen obtenu en FranceNon proposé comme jeton conforme dans l'UEConforme (jeton de monnaie électronique)
Statut aux États-UnisHors juridiction ; Tether a lancé USA₮, jeton distinct émis par Anchorage Digital Bank, N.A. depuis le 27 janvier 2026Circle National Trust a reçu l'approbation finale de l'OCC le 10 juillet 2026, premier émetteur de stablecoin à charte fédérale de trustÉmis sous charte de trust de l'État de New York (NYDFS)Sans objet (jeton euro)
Usage réel dominantDollarisation de substitution, commerce informel, corridors Asie du Sud-Est, Turquie, Nigeria, ArgentineRèglement institutionnel, B2B transfrontalier, trésorerie, paiements machinePortefeuille grand public, envois de fonds via Xoom, distribution marchande PayPalRèglement euro on-chain, tokenisation, cas d'usage européens naissants
Ce qui bloqueInéligibilité européenne, opacité relative des réserves, concentration sur une chaîneProfondeur de marché inférieure à USDT hors circuits régulésTaille encore réduite, liquidité secondaire dépendante de l'écosystème PayPalLiquidité très faible : l'ensemble des stablecoins euro conformes MiCA pesait 673,9 M$ au 28 juin 2026
Les quatre jetons comparés du point de vue d'un encaisseur
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USDT, le dollar de ceux qui n'en ont pas
Premier rail stablecoin en usage réel, dominant sur Tron, chaîne choisie pour ses frais faibles et sa densité de points de retrait informels. Sa force est sa liquidité de rue dans les économies à contrôle des changes ; sa faiblesse, pour un PSP européen, est qu'il est inéligible. La liquidité mondiale d'un jeton ne devient utilisable qu'à l'endroit où sa conversion est autorisée.
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USDC, l'actif de règlement des régulés
Réserves logées dans un fonds monétaire gouvernemental géré par BlackRock, attestations mensuelles, transparence quotidienne au niveau du titre. Visa l'a retenu pour son règlement, comme les protocoles de paiement machine et la plupart des architectures B2B. 67 % du volume on-chain ajusté de juin 2026 (Visa Onchain Analytics).
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PYUSD, le stablecoin d'un acteur du paiement
Émis par Paxos pour PayPal, il est le premier jeton adossé au dollar porté par une grande institution de paiement. Son intérêt pour le métier tient au lien qu'il établit entre un solde on-chain, un compte de monnaie électronique et un réseau d'envoi de fonds (Xoom), au lieu de vivre seulement sur des plateformes d'échange.
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EURC, le jeton euro de référence, à petite échelle
Principal stablecoin euro conforme MiCA, aux côtés d'EURCV (SG-FORGE), d'EURI (Banking Circle) et d'EURAU (AllUnity, coentreprise DWS-Galaxy-Flow Traders, licence de monnaie électronique BaFin obtenue le 1er juillet 2025). Le marché euro conforme a crû de 128 % en un an, à 673,9 M$ fin juin 2026. La croissance est forte, la base minuscule.
Les acteurs à connaître autour de ces jetonsTETetherCICirclePayPalStripeMastercardVisa
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Les autres jetons qu'un praticien doit savoir situer
USDG (Paxos Digital Singapore, sous supervision de la MAS) redistribue à ses distributeurs une part du rendement des réserves, là où Tether et Circle conservent ce rendement. RLUSD (Ripple, charte de trust NYDFS) sert d'actif de règlement dans Ripple Payments. XSGD (StraitsX) et JPYC, premier stablecoin yen lancé le 27 octobre 2025 sous statut de prestataire de transfert de fonds, illustrent l'existence de jetons non-dollar dont la circulation demeure locale. cNGN (African Stablecoin Consortium, Nigeria) est un stablecoin naira privé placé sous supervision, lancé après l'échec d'adoption de l'eNaira.

MiCA et GENIUS Act : deux régimes, deux philosophies

Deux textes structurent aujourd'hui le marché mondial des stablecoins de paiement. Le règlement européen MiCA (UE) 2023/1114 est applicable à ses titres III et IV depuis le 30 juin 2024. Son titre V, qui porte sur l'agrément des prestataires de services sur crypto-actifs, est applicable depuis le 30 décembre 2024. Le GENIUS Act américain a été promulgué le 18 juillet 2025 et n'est pas encore applicable. Il entre en vigueur à la première de deux échéances, 18 mois après la promulgation (18 janvier 2027) ou 120 jours après la publication des règlements finaux par les régulateurs bancaires fédéraux. L'Union européenne dispose ainsi d'environ deux ans d'avance d'application. Une architecture transatlantique conçue aujourd'hui relève donc d'un régime déjà contraignant en Europe et encore incomplet aux États-Unis.

  • Remboursement au pair (article 49) : le porteur détient une créance sur l'émetteur, remboursable à tout moment et à la valeur nominale, sans frais excédant le coût d'exécution.
  • Interdiction des intérêts (article 50) : ni l'émetteur ni le prestataire de services ne peuvent verser d'intérêt ou d'avantage lié à la durée de détention. Un stablecoin européen ne peut donc pas être vendu comme un placement.
  • Placement des fonds reçus (article 54) : au moins 30 % des fonds en dépôts auprès d'établissements de crédit (60 % pour un jeton qualifié de significatif), le solde en instruments financiers très liquides et peu risqués, libellés dans la même monnaie que le jeton.
  • Agrément : seuls un établissement de crédit ou un établissement de monnaie électronique agréé dans l'Union peuvent émettre un jeton de monnaie électronique, sur la base d'un livre blanc notifié à l'autorité compétente.
  • Le plafond d'usage (articles 22, 23 et 58, paragraphe 3) : les obligations de déclaration et la restriction d'émission applicables aux jetons se référant à des actifs sont étendues aux jetons de monnaie électronique libellés dans une monnaie qui n'est pas une monnaie officielle d'un État membre. C'est la disposition qui vise directement les stablecoins dollar utilisés comme moyen de paiement en Europe.
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Le plafond européen d'usage : 1 million de transactions et 200 M€ par jour
L'article 23 de MiCA impose à l'émetteur de cesser d'émettre dès lors que l'usage du jeton dépasse deux seuils quantitatifs. Ces seuils portent sur l'emploi du jeton comme moyen d'échange à l'intérieur d'une zone monétaire, à raison de 1 million de transactions par jour et de 200 millions d'euros de valeur agrégée quotidienne, mesurés en moyenne trimestrielle. L'émetteur doit alors soumettre un plan de retour sous les délais fixés par le texte. Par renvoi de l'article 58, paragraphe 3, ce plafond s'applique aux jetons de monnaie électronique libellés en devise non européenne. Un modèle d'acceptation grand public bâti en Europe sur un stablecoin dollar rencontre donc une limite chiffrée de volume. Cette limite est opposable à l'émetteur du jeton. Elle pèse sur le plan d'affaires du distributeur autant que sur la conformité de l'émetteur.
DimensionMiCA, titre IV (jetons de monnaie électronique)GENIUS Act (*payment stablecoins*)
Texte et dateRèglement (UE) 2023/1114 ; titres III et IV applicables le 30 juin 2024, titre V le 30 décembre 2024Promulgué le 18 juillet 2025 ; applicable à la première échéance entre le 18 janvier 2027 et 120 jours après les règlements finaux
Qui peut émettreÉtablissement de crédit ou établissement de monnaie électronique agréé dans l'UnionFiliale d'établissement de dépôt assuré, entité à charte fédérale (OCC) ou émetteur sous régime d'État qualifié
Actifs de réserve éligiblesDépôts bancaires (≥ 30 %, ≥ 60 % si significatif) et instruments très liquides de faible risque, dans la devise du jetonEspèces et avoirs auprès d'une Réserve fédérale, dépôts à vue en établissement assuré, bons du Trésor de 93 jours ou moins et pensions adossées, fonds monétaires publics
Seuil de bascule de superviseurQualification de jeton « significatif » par l'ABE, avec obligations renforcées10 Md$ d'encours : au-delà, le régime d'État ne suffit plus, passage sous régime fédéral
Rémunération du porteurInterdite (article 50)Interdite. L'émetteur ne peut verser aucun intérêt ni rendement au titre de la détention
Droit au remboursementAu pair, à tout moment, frais limités au coût d'exécutionAdossement au moins 1:1, procédures de remboursement publiées
Plafond d'usage en paiementOui pour les jetons en devise étrangère : 1 M de transactions et 200 M€ par jourAucun plafond : le texte est explicitement conçu pour le paiement
Garantie publiqueAucune ; monnaie électronique cantonnéeAucune : ni assurance fédérale des dépôts, ni accès direct à la Réserve fédérale
Ce qui diffère vraiment entre MiCA (Union européenne) et GENIUS Act (États-Unis)
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L'interdiction du rendement, et la porte à côté
Des deux côtés de l'Atlantique, l'émetteur ne peut pas rémunérer le porteur du jeton. Le rendement produit par les réserves lui reste donc acquis. La pratique de marché a déplacé cette rémunération d'un cran vers l'aval. Les distributeurs, plateformes, portefeuilles et acquéreurs, versent à leurs utilisateurs des « récompenses » sur des soldes en stablecoin, à partir de la part de rendement que l'émetteur leur rétrocède. Le Global Dollar Network de Paxos organise ouvertement ce modèle autour de l'USDG. Aux États-Unis, l'OCC a placé ce contournement en discussion dans ses propositions réglementaires d'avril 2026, et le secteur bancaire demande sa fermeture. Le statut juridique de cette rétrocession n'est pas fixé, et un modèle économique qui en dépend repose sur une règle susceptible de changer.

Une charte fédérale de trust est un agrément délivré par l'Office of the Comptroller of the Currency, le régulateur bancaire fédéral américain. Elle place son titulaire sous supervision fédérale. La course aux chartes fédérales de trust occupe les émetteurs américains depuis l'adoption du GENIUS Act. Circle National Trust a obtenu l'approbation finale de l'OCC le 10 juillet 2026, devenant le premier émetteur de stablecoin doté d'une charte bancaire fédérale de trust. Bridge, la filiale d'infrastructure de Stripe, a reçu une approbation conditionnelle en février 2026. Anchorage Digital Bank, N.A. émet USA₮ pour la branche américaine de Tether depuis janvier 2026. Pour un PSP, l'émetteur cocontractant devient ainsi une institution supervisée, soumise à des exigences de fonds propres, à des obligations de continuité et à des contraintes en cas de sortie.

Le reste de la carte : Hong Kong, Singapour, Japon, Émirats, Royaume-Uni

Plusieurs juridictions situées hors du champ de MiCA et du GENIUS Act ont adopté un régime propre aux stablecoins. Les corridors où le stablecoin sert effectivement passent par l'Asie et le Golfe, et ces juridictions ont légiféré, parfois avant l'Union européenne. Un émetteur ou un prestataire qui ouvre un corridor relève de quatre droits simultanés. Ces droits sont ceux du payeur, du bénéficiaire, de l'émetteur du jeton et du prestataire de conversion.

JuridictionTexte / cadreAutoritéPoint saillant pour un opérateur
Hong KongStablecoins Ordinance (Cap. 656), adoptée le 21 mai 2025, en vigueur depuis le 1er août 2025Hong Kong Monetary AuthorityLicence obligatoire pour l'émission de jetons adossés à une monnaie fiduciaire, avec portée extraterritoriale : un jeton adossé au dollar de Hong Kong émis à l'étranger entre dans le champ. 77 manifestations d'intérêt reçues au 31 août 2025, aucune licence avant le premier trimestre 2026
SingapourCadre stablecoin de la MAS (2023), articulé au Payment Services ActMonetary Authority of SingaporeRégime pionnier, qui a produit des jetons réels : XSGD (StraitsX, licence Major Payment Institution) et USDG (Paxos Digital Singapore). Le contresens fréquent : USDG est un jeton dollar régulé à Singapour, pas sous le GENIUS Act
JaponPayment Services Act, amendé en 2023 puis dans le cycle 2025-2026Financial Services AgencyL'émission de stablecoins de paiement est réservée à des catégories régulées (banques, sociétés de transfert de fonds, banques de trust). JPYC, premier stablecoin yen, a été lancé le 27 octobre 2025 sous statut de prestataire de transfert de fonds
Émirats arabes unisPayment Token Services Regulation de la banque centrale (2024), complétée par le cadre de la VARA à DubaïCentral Bank of the UAE / VARARégime de licence pour les services sur jetons de paiement, dans une place devenue un point de passage majeur des flux stablecoin entre Asie, Afrique et Europe
Royaume-UniConsultations FCA sur les qualifying stablecoins et la conservation, propositions de la Banque d'Angleterre pour les stablecoins systémiques en livreFCA / Bank of EnglandRègles finales attendues au cours de 2026 : à la différence de l'Union, le régime britannique n'était pas encore stabilisé. Toute architecture doit prévoir sa mise à jour
NigeriaSupervision de la CBN et de la SEC nigériane sur le consortium émetteurCentral Bank of Nigeria / SECcNGN, stablecoin naira privé adossé 1:1 lancé en 2024 : le pari inverse de l'eNaira, l'adoption par l'usage commercial plutôt que par mandat public
Les principaux régimes de stablecoins hors Union européenne et États-Unis (situation 2026)
2014
Lancement de l'USDT
Tether émet le premier stablecoin dollar d'ampleur ; le marché s'organise pendant huit ans sans aucun cadre dédié.
2018
Lancement de l'USDC
Circle introduit un modèle fondé sur les attestations régulières et les réserves en titres d'État, futur standard des acteurs régulés.
Mai 2022
Effondrement de TerraUSD
La destruction d'environ 40 Md$ de valeur fonde l'exclusion des stablecoins algorithmiques dans tous les textes ultérieurs.
Février-mars 2023
Arrêt de BUSD, puis dépeg de l'USDC
Le NYDFS ordonne à Paxos de cesser l'émission de BUSD ; un mois plus tard, l'USDC tombe à 0,87 $ à cause de 3,3 Md$ bloqués chez Silicon Valley Bank.
30 juin 2024
MiCA, titres III et IV
L'Union devient la première grande juridiction à appliquer un régime complet aux jetons de monnaie électronique.
30 décembre 2024
MiCA titre V et règlement TFR
Agrément des prestataires de services sur crypto-actifs et application de la travel rule aux transferts de crypto-actifs (règlement (UE) 2023/1113).
18 juillet 2025
GENIUS Act promulgué
Premier cadre fédéral américain des stablecoins de paiement, dont l'entrée en application est différée à 2026-2027.
1er août 2025
Hong Kong applique son ordonnance
Régime de licence des émetteurs, avec portée extraterritoriale sur les jetons adossés au dollar de Hong Kong.
17 mars 2026
Mastercard acquiert BVNK
Jusqu'à 1,8 Md$, dont 300 M$ de compléments de prix, pour la plus grosse opération jamais réalisée sur une société d'infrastructure stablecoin.
29 avril 2026
Visa étend son règlement stablecoin
Neuf blockchains supportées et un rythme annualisé de 7 Md$ de règlement, en hausse de 50 % sur un trimestre.
10 juillet 2026
Circle National Trust
L'OCC accorde à Circle la première charte fédérale de trust délivrée à un émetteur de stablecoin.
⚠️
La multi-émission : le point de droit non tranché
La multi-issuance désigne le montage par lequel un même jeton est émis par plusieurs entités, dans plusieurs juridictions, et circule ensuite comme s'il n'en existait qu'une version. Le Comité européen du risque systémique, dans une recommandation du 25 septembre 2025, et la BCE ont alerté sur une conséquence précise de ce montage. L'entité européenne peut recevoir des demandes de rachat portant sur des jetons émis hors de l'Union alors que ses seules réserves sont européennes. Elle dépend alors, pour se rééquilibrer, de transferts en provenance d'un émetteur de pays tiers. Un superviseur étranger peut geler ces transferts en période de crise. L'ABE a saisi la Commission d'une demande de clarification. Tant que ce point n'est pas tranché, un contrat de service qui promet un rachat en euros doit préciser quelle entité rembourse et sur quelles réserves.

Les usages réels : B2B transfrontalier, remises, trésorerie, cartes

Les usages effectifs du stablecoin se concentrent là où la chaîne de correspondants bancaires est lente, coûteuse, fermée le week-end ou inexistante. À l'intérieur d'une même zone monétaire, le jeton n'apporte aucun avantage sur un virement instantané ou sur une carte, et il ne remplace nulle part le paiement domestique. Quatre usages sont aujourd'hui documentés et mesurables, les autres relevant encore de l'annonce.

1 790 Md$
volume mensuel ajusté de transactions en stablecoins en juin 2026, dont 67 % en USDC
Visa Onchain Analytics (données Allium), juin 2026
7 Md$
rythme annualisé du règlement en stablecoin chez Visa, en hausse de 50 % sur un trimestre, sur 9 blockchains
Visa, communiqué du 29 avril 2026
6,5 Md$
remises traitées par Bitso en 2024 (+51 % sur un an), soit environ 10 % du corridor États-Unis-Mexique
Bitso, 2025
130+
programmes de cartes adossées à des stablecoins, dans plus de 50 pays
Visa, avril 2026
UsageQui l'utiliseCe qu'il remplacePourquoi ça marcheCe qui limite
B2B transfrontalierImportateurs, places de marché, plateformes de paie internationale, PSPLe correspondant bancaire (SWIFT + comptes nostro préfinancés)Règlement en minutes, 24 h/24, sans immobiliser de trésorerie dans chaque pays de destinationLa jambe locale reste bancaire : le gain s'évapore si l'off-ramp est lent ou cher
Remises migrantesOpérateurs de transfert, plateformes crypto régionalesLe réseau d'agents et les MTO classiquesLe coût du transport de valeur tombe à presque rien ; le corridor reste ouvert la nuit et le week-endLe premier et le dernier kilomètre (espèces, portefeuille mobile) restent le poste de coût dominant
Trésorerie d'entrepriseEntreprises multi-pays, plateformes, acteurs cryptoComptes en devises multiples et virements intragroupeUne poche dollar mobilisable en continu, transférable entre entités sans attendre l'ouverture des marchésInterdiction de rémunérer le solde, traitement comptable et fiscal à documenter, risque de change EUR/USD non couvert
Cartes adossées à un solde stablecoinNéobanques crypto, programmes d'émission, travailleurs indépendants payés en dollarsLe compte bancaire local, quand il est inaccessible ou coûteuxL'acceptation carte est universelle : le jeton est converti au moment de l'autorisationC'est une couche carte classique, avec son interchange, ses règles de scheme et son coût de change
Les quatre usages qui tiennent, et ce qu'ils remplacent réellement
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Bitso, le corridor États-Unis-Mexique
La plateforme achète du stablecoin côté américain, le transporte hors des correspondants bancaires et livre en pesos au Mexique. Elle a traité 6,5 Md$ de remises en 2024, environ un dixième du premier corridor de remises au monde (Bitso, 2025). Le cas le plus concret d'un rail crypto qui déplace des paiements réels.
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Airtm, payer des équipes là où la banque ne va pas
Portefeuille en dollars adossé à l'USDC, doublé d'un réseau pair-à-pair de cashiers pour les jambes en monnaie locale. Le service totalise 58,7 millions de transactions dans 190 pays depuis 2015, avec plus de 500 méthodes de retrait locales (Airtm, 2026). Il sert à payer des indépendants au Venezuela ou en Argentine.
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Circle Payments Network, le stablecoin comme réseau
Lancé en 2025, CPN ajoute au simple transfert on-chain ce qui manquait : cadre contractuel, règles de conformité, annuaire d'institutions, orchestration des jambes fiat locales. Règlement en USDC et EURC. Aucune initiative ne pousse aussi loin la transformation d'un jeton en réseau de paiement au sens du métier.
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Kinexys, la réponse bancaire
Kinexys fait circuler un jeton de dépôt, et non un stablecoin : un passif de banque commerciale tokenisé, qui se transmet entre comptes clients de J.P. Morgan 24 h/24. Plus de 7 Md$ de volume quotidien moyen revendiqués (J.P. Morgan, 2026). Il constitue le concurrent le plus sérieux du stablecoin sur le B2B de gros, et il reste dans le périmètre prudentiel bancaire.
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Le volume on-chain n'est pas du paiement
Le volume on-chain agrège tous les transferts enregistrés sur les chaînes, quelle que soit leur finalité. Les chiffres bruts, plusieurs milliers de milliards de dollars par mois, mêlent arbitrage, activité de teneurs de marché, mouvements internes de plateformes et transactions automatisées. Les données ajustées de Visa Onchain Analytics retirent déjà l'essentiel de ce bruit. L'analyse McKinsey-Artemis de février 2026 isole la part strictement transactionnelle. Sur environ 35 000 Md$ de volume annualisé, environ 390 Md$ correspondent à des paiements de bout en bout (factures fournisseurs, remises, paie, cartes), soit de l'ordre de 1 %. Un dimensionnement d'infrastructure ou un dossier d'investissement appuyé sur le volume brut surestime le marché adressable d'un facteur cent.

L'adoption effective est très inégalement répartie, et elle suit la faiblesse de la monnaie locale plus que le degré de sophistication financière. Le rapport Geography of Cryptocurrency de Chainalysis (2025) mesure une valeur reçue on-chain de 2 360 Md$ en Asie-Pacifique (+69 % sur un an), une croissance de 63 % en Amérique latine et de 52 % en Afrique subsaharienne (205 Md$). Dans ces zones, le stablecoin fonctionne comme un substitut de compte en dollars, employé pour épargner, régler des importations et payer des salaires, plutôt que comme une innovation du paiement. Le jeton dominant y est l'USDT. Un PSP installé sur ces marchés le rencontre avant tout autre.

On-ramp, off-ramp : là où le jeton redevient de la monnaie

L'on-ramp désigne la conversion de monnaie ayant cours légal en jeton, et l'off-ramp la conversion inverse. Ces deux opérations encadrent tout paiement en stablecoin dont au moins une jambe se règle en monnaie ayant cours légal. Le transport on-chain est instantané et quasi gratuit. L'entrée et la sortie concentrent la totalité du coût, du délai, du risque de conformité et du risque de contrepartie. La qualité d'une architecture stablecoin se mesure donc à ses rampes et à la solidité de leurs banques partenaires, et non à la chaîne retenue.

Un règlement fournisseur transfrontalier de bout en bout
Payeur (Europe)
Vire des euros au prestataire de conversion
Virement SEPA classique. Première contrainte : le rail d'entrée reste bancaire et suit les horaires bancaires
Prestataire d'on-ramp
Convertit EUR en jeton dollar
Change EUR/USD au taux du prestataire, puis achat du jeton sur le marché primaire ou secondaire ; c'est ici que se logent le spread de change et la marge
Chaîne
Transfère le jeton à l'adresse du bénéficiaire
Quelques secondes à quelques minutes, quelques centimes de frais, indépendamment du montant et sans horaires d'ouverture
Contrôles de conformité
Applique la *travel rule* et le filtrage d'adresses
Données payeur/bénéficiaire transmises entre prestataires (règlement (UE) 2023/1113 depuis le 30 décembre 2024), criblage sanctions et scoring d'adresse avant crédit
Prestataire d'off-ramp (pays de destination)
Rachète le jeton et vire la monnaie locale
Vente au prix du marché secondaire, puis virement sur le rail local (SPEI, PIX, ACH, virement instantané…) : deuxième spread, deuxième horaire bancaire
Bénéficiaire
Reçoit des fonds en monnaie locale
Le gain de temps réel se mesure de bout en bout, pas sur la jambe on-chain, et il dépend entièrement du rail local de sortie
VoiePour quiCe que l'on obtientCe qu'il faut accepter
Marché primaire de l'émetteur (Circle Mint, rachat direct Tether)Institutions, gros volumesÉmission et rachat au pair, sans spread de marchéKYB lourd, montants minimaux, relation bancaire directe, horaires bancaires
Plateforme d'échange ou table OTCEntreprises de taille moyenne, trésoriersLiquidité immédiate, multi-devises, multi-chaînesPrix de marché secondaire, exposition à la plateforme, risque de conservation
Orchestrateur d'infrastructure (Bridge, BVNK, Zerohash, Circle Payments Network)PSP, places de marché, plateformes de paieAPI unique, comptes virtuels, conversion et versements locaux gérés, conformité intégréeDépendance à un tiers, marge sur le change, et une concentration croissante du marché
Rail régional spécialisé (Bitso, Airtm, opérateurs locaux)Corridors précis (Amérique latine, Afrique, Asie du Sud-Est)La jambe locale, celle que personne d'autre ne sait faireCouverture géographique limitée, profondeur de liquidité variable par corridor
Les quatre voies d'accès, et ce qu'elles impliquent
  • Le risque bancaire d'abord : le prestataire de conversion dépend d'une ou deux banques partenaires. Une décision de de-risking peut couper un corridor du jour au lendemain, sans que la blockchain n'y soit pour rien.
  • Le change n'est pas gratuit : encaisser en dollar quand on paie ses charges en euro déplace un risque de marché dans l'entreprise. Sur un panier de plusieurs jours d'encaissement, c'est le premier poste de perte potentielle, très au-dessus des frais de réseau.
  • La liquidité est asymétrique : convertir 100 000 $ d'USDT en pesos argentins et en euros ne coûte pas la même chose et ne prend pas le même temps. Le prix affiché d'un off-ramp doit toujours être lu par corridor et par montant.
  • Le week-end est le juge de paix : c'est le seul moment où l'argument « 24/7 » se vérifie ou s'effondre. Si l'off-ramp ne verse qu'en jour ouvré, le rail est instantané jusqu'au dernier mètre, et lent au dernier mètre.
  • La consolidation est en cours : Stripe a racheté Bridge pour environ 1,1 Md$ (opération close en février 2025), Mastercard a annoncé le 17 mars 2026 l'acquisition de BVNK pour jusqu'à 1,8 Md$, dont 300 M$ de compléments de prix, avec une clôture attendue avant la fin de l'année. Choisir un orchestrateur, c'est aujourd'hui choisir un futur propriétaire.
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Vérifier la conformité de la rampe, pas seulement celle du jeton
Dans l'Union européenne, le prestataire qui convertit, conserve ou transfère des jetons pour le compte de tiers doit être agréé prestataire de services sur crypto-actifs au titre de MiCA. Il relève également du règlement (UE) 2023/1113, qui applique la travel rule aux transferts de crypto-actifs depuis le 30 décembre 2024. Chaque transfert doit être accompagné des données du donneur d'ordre et du bénéficiaire, des exigences spécifiques s'appliquant aux adresses auto-hébergées. Le PSP qui recourt à une rampe non agréée assume le manquement de son fournisseur. Il s'expose à une sanction et, surtout, à une interruption brutale du service.

Le dépeg : ce qui décroche, pourquoi, et ce que ça coûte

Le dépeg désigne un écart de prix sur le marché secondaire entre le jeton et sa parité annoncée, provoqué par un doute sur la capacité de rachat au pair. Il ne traduit qu'exceptionnellement un défaut de l'émetteur. Trois causes reviennent. La première est la compromission de la réserve, par un risque bancaire ou de crédit. La deuxième est la fermeture ou la lenteur du circuit de rachat, qui constitue un risque opérationnel. La troisième est l'absence d'adossement dès l'origine, qui constitue un risque de conception. Pour un professionnel du paiement, l'exposition au dépeg se mesure sur la fenêtre de temps pendant laquelle des fonds encaissés attendent leur conversion, et non sur la durée d'une position d'investissement.

ÉpisodeCe qui s'est passéAmplitudeLeçon opérationnelle
TerraUSD (UST), mai 2022Stablecoin algorithmique non collatéralisé : la spirale entre le jeton et son actif de contrepartie a détruit la parité en quelques joursPerte quasi totale ; environ 40 Md$ de valeur détruitsUn adossement qui n'existe pas ne survit pas au premier stress. MiCA et le GENIUS Act excluent désormais explicitement ce modèle
USDC, 10-13 mars 2023Circle annonce que 3,3 Md$ de ses réserves en espèces sont bloqués chez Silicon Valley Bank, en défaillanceChute à 0,87 $ le 11 mars ; retour au pair après l'annonce de la garantie des déposants, soit environ trois joursLe risque du stablecoin le mieux réservé était un risque bancaire de concentration. La diversification des dépôts et le recours à un fonds monétaire gouvernemental en sont la réponse directe
BUSD, février 2023Le NYDFS ordonne à Paxos de cesser l'émission ; le rachat reste assuré, l'encours s'éteintCapitalisation ramenée de l'ordre de 23 Md$ à zéroUn jeton peut disparaître par décision du superviseur, sans incident de réserve. Toute intégration doit prévoir la sortie ordonnée d'un jeton
Falcon USD (USDf), 2025Dollar synthétique à rendement, collatéral opaquePlus bas à 0,9434 $ (CoinGecko)Les « dollars synthétiques » à rendement décrochent régulièrement : la capitalisation ne dit rien de la robustesse, et ces actifs n'ont rien à faire dans un flux d'encaissement
Épisodes documentés et ce qu'ils enseignent

L'écart observé en mars 2023 tient à la distinction entre marché primaire et marché secondaire. Le client direct de Circle conservait un droit au rachat à 1,00 $. Le détenteur secondaire, sans accès au guichet de l'émetteur, vendait alors à 0,87 $. L'écart de prix a donc mesuré la valeur de l'accès au rachat, et non la valeur de la réserve. Pour un PSP, l'exposition au dépeg croît avec le nombre d'intermédiaires placés entre l'encaissement et l'émetteur.

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La seule variable qui compte : la durée de détention
La durée pendant laquelle un solde reste libellé en stablecoin détermine l'ampleur de l'exposition. Une conversion opérée dans l'heure qui suit l'encaissement limite cette exposition à une heure. Un encaissement accumulé sur une semaine et converti le vendredi porte une semaine de risque de crédit sur l'émetteur et de risque de change. Le contrat conclu avec le prestataire d'encaissement doit donc fixer trois éléments écrits. Il précise le délai maximal de conversion, quel prix est appliqué avec sa référence, son horodatage et son spread, et qui supporte l'écart si le jeton décroche entre l'encaissement et la conversion. En l'absence de stipulation, l'écart reste à la charge du commerçant.
  • Conversion automatique à l'encaissement : c'est la couverture la plus simple et la plus efficace ; le jeton ne fait que transiter, et l'exposition tombe à quelques minutes.
  • Plafond d'encours par émetteur : traiter chaque stablecoin comme une contrepartie bancaire, avec une limite d'exposition et une revue périodique. Les règles de trésorerie d'entreprise s'appliquent telles quelles.
  • Répartition entre deux jetons au moins sur les corridors critiques : le dépeg est un événement idiosyncratique, la diversification y répond mieux que l'analyse de réserve.
  • Surveillance du prix secondaire en continu : un écart durable de plus de quelques dizaines de points de base sur les places profondes est un signal d'arrêt de l'encaissement, pas un sujet de discussion.
  • Procédure de sortie de jeton écrite d'avance : le précédent BUSD montre que l'arrêt peut venir d'un régulateur en un jour ; savoir en combien de temps on bascule sur un autre actif est un exercice à faire avant, pas pendant.

Ce qu'un PSP doit vérifier avant d'encaisser en stablecoin

L'acceptation d'un stablecoin introduit dans la cartographie des risques quatre objets nouveaux, un émetteur, une chaîne, un prestataire de conversion et un régime juridique. L'opération dépasse donc l'ajout d'un moyen de paiement au catalogue commercial. Chacun de ces quatre objets se traite selon la procédure appliquée à l'entrée en relation avec une nouvelle banque partenaire, avec un dossier écrit et une revue périodique.

  • L'émetteur et son agrément : quelle personne morale émet, sous quel statut, dans quel pays ? Un jeton conforme dans une juridiction ne l'est pas ailleurs. Vérifier la conformité dans le pays du payeur et dans celui du bénéficiaire.
  • Le droit au rachat : au pair ? à tout moment ? avec quels frais et quel délai contractuel ? Et surtout : est-ce mon droit, ou celui d'un intermédiaire situé plusieurs maillons plus haut ?
  • En cas de multi-émission, quelle entité rembourse et sur quelles réserves ? Le point signalé par le Comité européen du risque systémique en septembre 2025 n'est toujours pas tranché.
  • Les réserves : composition, dépositaire, banques de dépôt, maturité moyenne, réserves excédentaires. Attestation ou audit ? À quelle fréquence, par quel cabinet, avec quel niveau de détail ?
  • La fonction de gel : qui peut immobiliser un solde, sur quel fondement, avec quel recours ? Tether a gelé plus de 344 M$ sur deux adresses Tron le 23 avril 2026 en coordination avec l'OFAC et les autorités américaines.
  • La chaîne : temps de finalité, coût et volatilité des frais, historique d'incidents et de congestion, existence d'un contrat upgradable et de son administrateur.
  • Le prestataire de conversion : agrément (CASP au titre de MiCA dans l'Union, licence équivalente ailleurs), banques partenaires, couverture des corridors, engagements de délai et de prix.
  • La conformité des flux : travel rule (règlement (UE) 2023/1113 depuis le 30 décembre 2024), criblage sanctions, traitement des adresses auto-hébergées, procédure en cas de fonds provenant d'une adresse signalée.
  • Le traitement comptable et fiscal : qualification du jeton, mode de valorisation, écarts de change, pièces justificatives acceptées par le commissaire aux comptes.
  • La sortie : combien de temps pour cesser d'accepter un jeton, basculer sur un autre et solder les encours ? À écrire avant la mise en production.
Enregistrement de règlement on-chain, les champs à conserver pour la réconciliation (exemple annoté)
chain            : ethereum            reseau de reglement (chaque reseau a sa propre finalite)
token_contract   : 0xA0b8...eB48        adresse du contrat : SEULE preuve de l'actif recu
                                        (un jeton au nom identique sur une autre adresse
                                         est un actif different, piege classique)
tx_hash          : 0x7f3c...9ad1        identifiant unique de la transaction
block_number     : 23481902             hauteur de bloc a l'inclusion
confirmations    : 64                   politique interne : credit du marchand a N confirmations
from_address     : 0x51d2...c07a        adresse du payeur (a cribler avant credit)
to_address       : 0x9ee4...41bf        adresse de depot dediee au marchand ou a la facture
amount_raw       : 125500000            montant en unites entieres du contrat
decimals         : 6                    USDC et USDT : 6 decimales -> 125,50 USD
                                        (une hypothese a 18 decimales fausse le montant
                                         d'un facteur 10^12, a ne jamais coder en dur)
reference        : INV-2026-004182      reference metier : rapprochee hors chaine, la chaine
                                        ne transporte pas de libelle normalise
fx_rate_applied  : 0.9214 USD->EUR      taux applique par l'off-ramp, horodate
settlement_leg   : SEPA / J+1           jambe fiat de sortie : c'est elle qui fixe le delai reel
RisqueFait générateurQui le porte par défautComment le déplacer
DépegÉcart de prix entre encaissement et conversionLe bénéficiaire des fondsConversion automatique immédiate, ou clause de prix garanti chez l'orchestrateur
Défaut de l'émetteurRéserve compromise, rachat suspenduLe porteur du jetonPlafond d'encours par émetteur, diversification, aucune détention prolongée
Erreur d'adresseFonds envoyés à une adresse erronéeL'expéditeur, définitivementListe blanche d'adresses, envoi test, contrôle à quatre yeux au-delà d'un seuil
Fraude / impayéAucun chargeback natif sur la chaîneLe payeur, sans recoursSéquestre contractuel, livraison contre paiement, garanties de l'orchestrateur
Gel des fondsDécision de l'émetteur ou injonction d'une autoritéLe détenteur de l'adresse geléeCriblage amont des contreparties, refus des fonds à provenance non qualifiée
Coupure de corridorBanque partenaire de la rampe qui se retireLe PSP et ses marchandsDeux prestataires d'off-ramp par corridor critique, testés régulièrement
Qui porte quel risque dans une chaîne d'encaissement en stablecoin
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La règle des trois preuves
La preuve d'un encaissement en stablecoin repose sur la concordance de trois éléments. Une capture d'explorateur de blocs n'y suffit pas. Le premier est la transaction on-chain, avec son empreinte, le contrat du jeton, le montant en unités entières et le nombre de confirmations. Le deuxième est l'avis de conversion du prestataire, qui porte le montant de jeton vendu, le taux appliqué, l'horodatage et les frais. Le troisième est le crédit bancaire correspondant en monnaie de compte. Tout écart entre ces trois éléments provient d'une erreur de décimales, d'un spread non contractuel ou d'un versement resté bloqué chez l'intermédiaire. Le rapprochement suit la méthode employée pour une remise carte, avec cette différence qu'aucune procédure de contestation ne permet ensuite de rattraper une erreur.

La position concurrentielle des stablecoins reste débattue. Sur le commerce de détail, ils ne concurrencent pas la carte. Leur concurrence porte sur le correspondant bancaire, ce qui explique que les schemes investissent dans ces infrastructures au lieu de s'y opposer. Visa règle déjà sur neuf blockchains, Mastercard a acheté son infrastructure et Stripe a acheté la sienne avant de lancer la chaîne qui va avec. Le point de compétition suivant se situe sur la couche de garantie, autrement dit sur la reconstruction, au-dessus d'un rail irréversible, des garanties que le paiement offre depuis cinquante ans. Ces garanties sont la contestation, la preuve de livraison et la responsabilité de l'intermédiaire. L'émission du jeton est devenue une activité banalisée, la valeur se déplaçant vers ces couches supérieures.