Régler en monnaie de banque centrale
Un système de règlement de gros est l'infrastructure sur laquelle se soldent, dans une devise donnée, les obligations de paiement de forte valeur unitaire. Sa physionomie statistique associe un nombre d'opérations réduit à une part écrasante de la valeur échangée. Au premier semestre 2025, le RTGS de la Reserve Bank of India a porté 69 % de la valeur des paiements indiens et 0,1 % du volume (RBI). Le même rapport se retrouve dans tous les systèmes de ce type. Ces systèmes règlent les opérations de marché monétaire, la jambe espèces des transactions sur titres, les virements de trésorerie d'entreprise, et surtout les soldes que les systèmes de détail leur remettent en fin de cycle.
L'actif de règlement désigne la forme de monnaie dans laquelle une obligation de paiement s'éteint définitivement. Les canaux de paiement se répartissent en deux familles selon cet actif. Une obligation soldée dans un RTGS s'éteint en monnaie de banque centrale, le débiteur transférant un solde inscrit à son compte auprès de l'institut d'émission, solde qui ne porte aucun risque de crédit. Une obligation soldée chez un correspondant s'éteint en monnaie commerciale, laissant le créancier exposé à la défaillance de ce correspondant. La hiérarchie des rails de paiement, du plus sûr au plus exposé, se lit sur ce seul critère.
| Canal | Actif de règlement | Risque porté par le créancier | Exemples réels |
|---|---|---|---|
| RTGS de banque centrale | Monnaie de banque centrale | Quasi nul une fois la finalité atteinte | T2 (Eurosystème), Fedwire Funds Service, CHAPS, Lynx, BOJ-NET |
| Système net privé réglé en monnaie centrale | Monnaie centrale, mais seulement au règlement du solde | Exposition aux débiteurs nets entre l'échange et le règlement | CHIPS (The Clearing House), EURO1 (EBA Clearing) |
| Institution de règlement commerciale | Monnaie d'une banque commerciale | Risque de crédit sur cette banque | USD CHATS à Hong Kong, dont l'institution de règlement est HSBC |
| Correspondant bancaire | Monnaie commerciale, comptes nostro/vostro | Risque de crédit et risque opérationnel sur le correspondant | Chaînes de correspondance USD, EUR, GBP hors adhésion directe |
L'accès direct suppose un compte de règlement chez la banque centrale, une adhésion contractuelle et une capacité opérationnelle continue. Beaucoup d'établissements y renoncent et passent par un participant direct. Cette participation indirecte, ou tiering, a porté dans T2 13,4 % des montants envoyés et 10,2 % des montants reçus en 2025 (BCE). L'établissement sponsorisé émet et reçoit dans les horaires de son sponsor, sous les plafonds que celui-ci lui accorde. Sa capacité à émettre est bornée par la disponibilité du sponsor, et non par la sienne.
Brut ou net : l'arbitrage qui structure tout
Le règlement brut en temps réel traite chaque ordre isolément et définitivement, à condition que le payeur dispose du solde. Aucune compensation n'intervient entre les ordres. Aucun délai ne sépare l'exécution de la finalité, et aucune exposition de crédit résiduelle ne subsiste après le règlement. La contrepartie de cette sécurité porte sur la liquidité mobilisée, puisque régler 100 opérations de 10 millions exige d'en financer 1 milliard, même si les flux entrants les couvrent en fin de journée.
Le règlement net différé compense multilatéralement les obligations réciproques accumulées pendant une période, chaque participant ne réglant ensuite que son solde. Les ordres circulent au fil de la période, et le règlement porte sur le solde qui en résulte, non sur chaque ordre pris isolément. CHIPS revendique un ratio d'efficience d'environ 26 pour 1 en 2025, un dollar de financement soutenant environ vingt-six dollars de valeur réglée (The Clearing House). Entre l'échange des ordres et le règlement du solde, chaque créancier net supporte le risque de défaillance de ses débiteurs nets.
| Critère | RTGS pur | Net différé (DNS) | Hybride |
|---|---|---|---|
| Moment de la finalité | À chaque opération, en continu | Au règlement du solde, en fin de cycle | En continu, après passage dans un algorithme d'appariement |
| Liquidité mobilisée | Élevée : chaque ordre en totalité | Faible : le solde net seulement | Intermédiaire, selon le taux d'appariement obtenu |
| Risque de crédit intrajournalier | Quasi nul | Réel, entre créanciers et débiteurs nets | Faible, la finalité restant opération par opération |
| Dispositif de protection | Solde préalable, collatéral, découvert intrajournalier garanti | Fonds de garantie, limites bilatérales, plans de défaut | Files d'attente, limites, mécanismes d'économie de liquidité |
| Exemples réels | Fedwire Funds Service, CHAPS, Lynx, RTGS indien | CHIPS, EURO1, CNAPS-BEPS en Chine | T2, BOJ-NET, BOK-Wire+, CIPS |
EURO1 est le système de paiement de gros en euro à règlement net exploité par EBA Clearing, et aucun système ne pousse ce modèle plus loin. Il réunit 33 banques participantes et plus de 4 800 BIC, pour environ 180 000 paiements et 200 Md € par jour. Sur ce volume, 95 % des transactions sont réglées en temps réel au niveau du système et plus de 99 % en moins de trente minutes (EBA Clearing, page consultée en 2026). Il offre ainsi une alternative privée à T2 pour l'acheminement et la compensation des paiements. L'extinction en monnaie de banque centrale reste attachée au règlement du solde, et non à l'échange des paiements dans le système.
L'euro : T2 et la famille TARGET
T2 repose depuis mars 2023 sur deux composantes distinctes, là où un même compte portait auparavant la trésorerie et le règlement. Le CLM (Central Liquidity Management) porte le compte principal de trésorerie, la relation avec la banque centrale nationale et les opérations de politique monétaire. Le composant RTGS tient les comptes dédiés sur lesquels se règlent les paiements, comptes qu'un participant alimente depuis le CLM, en cours de journée, par transferts de liquidité. Un établissement raccordé à T2 suit donc deux soldes et alimente son compte RTGS depuis le CLM avant d'émettre. Cette séparation est la première contrainte qu'un moteur de trésorerie dialoguant avec T2 doit modéliser.
Le trafic de T2 se ventile par catégorie d'opération, et sa structure contredit une idée reçue. Les paiements de clientèle ont représenté 64,9 % du volume de T2 en 2025, contre 26,8 % pour les paiements interbancaires (BCE). Un RTGS porte donc, à côté des opérations de salle de marché, les gros virements commerciaux et les paiements urgents des entreprises. La concentration géographique reste forte, avec 39,8 % de la valeur en Allemagne, 18,1 % en France et 7,2 % en Belgique.
| Service | Objet | Rythme | Volume 2025 |
|---|---|---|---|
| T2 | Règlement brut des paiements de gros en euro, et des soldes des systèmes ancillaires | Jours ouvrés TARGET, horaires étendus | 111 910 103 opérations ; 1 932,8 Md €/jour |
| T2S | Règlement-livraison de titres contre monnaie centrale | Jours ouvrés | 235 245 836 transactions (+16,1 %) ; 922 533 par jour |
| TIPS | Règlement des paiements instantanés en monnaie centrale, multidevise | 24/7/365 | 2 472 445 752 paiements (+82,5 %) ; 99,99 % de disponibilité |
| ECMS | Mobilisation et démobilisation du collatéral de l'Eurosystème | Jours ouvrés, depuis juin 2025 | 6 087 transactions par jour en moyenne |
Le dollar : deux rails, un seul actif final
Les États-Unis exploitent deux systèmes de gros en parallèle. Leurs modèles de règlement et leurs exploitants diffèrent. Le Fedwire Funds Service, opéré par les Federal Reserve Banks depuis 1918, règle en brut et en monnaie de banque centrale, de façon irrévocable et immédiate, sans risque de crédit. CHIPS, exploité par The Clearing House Payments Company depuis 1970, règle en net continu entre 43 banques participantes directes. Il sert de rail de fait aux paiements transfrontaliers en dollars.
| Critère | Fedwire Funds Service | CHIPS |
|---|---|---|
| Exploitant | Federal Reserve Banks (banque centrale) | The Clearing House Payments Company (privé) |
| Modèle | Règlement brut en temps réel | Netting bilatéral et multilatéral continu |
| Actif de règlement | Monnaie de banque centrale, en continu | Monnaie centrale, au dénouement des positions |
| Participation | Ouverte aux institutions éligibles aux services de la Fed | 43 banques participantes directes |
| Amplitude | ≈ 22 heures par jour ouvré | Fenêtre de traitement de 21 heures |
| Usage dominant | Règlements urgents, marché, jambe espèces des titres | Paiements transfrontaliers correspondants en USD |
| ISO 20022 | Bascule big bang le 14 juillet 2025 | Migration réalisée en avril 2024 |
La migration ISO 20022 du 14 juillet 2025 a mis fin au format propriétaire FAIM de Fedwire, tout intégrateur américain parlant désormais pacs.008 et pacs.009, comme ses homologues européens et britanniques. Le changement porte sur la structure des données autant que sur la syntaxe des messages. Les champs structurés de donneur d'ordre et de bénéficiaire alimentent directement le filtrage sanctions et la lutte contre le blanchiment. L'adresse du donneur d'ordre, jusque-là logée dans un champ libre de 35 caractères où elle était souvent tronquée, dispose désormais de rubriques dédiées.
Le Fedwire Securities Service, en service depuis 1968, règle les titres du Trésor et des agences en livraison contre paiement. Il partage le compte de réserve des participants avec Fedwire Funds. Les deux rails restent distincts. Le rattachement des deux services à une même ligne de référentiel de comptes produit des rapprochements faux à chaque échéance obligataire.
Sterling et dollar canadien : deux refontes récentes
CHAPS règle la livre sterling depuis 1984 et la Bank of England en est l'exploitante depuis novembre 2017, après la reprise de CHAPS Clearing Company. La banque centrale britannique cumule donc trois rôles aux lignes hiérarchiques séparées : exploitation, fourniture des comptes de règlement, surveillance. Le système porte l'immobilier, les opérations de marché et les règlements interbancaires. Un encaissement britannique de montant significatif y transite couramment, qu'il soit interbancaire ou lié à une transaction immobilière.
La refonte britannique s'est déroulée en deux étapes de nature différente. Le 19 juin 2023, les paiements CHAPS ont migré vers la messagerie ISO 20022. Le 28 avril 2025, la Bank of England a remplacé le grand livre et le moteur de règlement eux-mêmes par RT2. Une migration de format modifie la grammaire des messages échangés, quand une migration de cœur remplace le composant qui tient les soldes des participants. Les deux chantiers n'ont donc eu ni le même risque ni le même calendrier de test. Les banques correspondantes ayant préparé la seule migration de format ont rencontré la seconde étape en production.
Le Canada a suivi une trajectoire comparable. Lynx, exploité par Paiements Canada sous la supervision de la Banque du Canada, est entré en service à l'été 2021 en remplacement du LVTS, dont le modèle à garanties collectives laissait un risque résiduel aux participants. La deuxième version, en mars 2023, y a introduit ISO 20022, avant que la coexistence des messages MT et MX ne s'achève en novembre 2025. Depuis cette date, seul le format enrichi circule.
- Le format n'est pas la donnée. Migrer vers
pacs.008sans remplir les champs structurés de partie donneuse d'ordre reproduit les défauts de MT103 dans une enveloppe XML. - Les périodes de coexistence se terminent. MT et MX ont cohabité sur Lynx jusqu'en novembre 2025 ; un connecteur resté en MT ne passe plus.
- La troncature devient une non-conformité. Les champs d'adresse structurés sont contrôlés, et un rejet de format se traduit par un paiement non réglé le jour même.
- Les référentiels internes suivent. Codes de finalité, motifs de rejet, codes de but de paiement : les valeurs ISO 20022 doivent remplacer les codifications maison, pas les doubler.
Asie et grands émergents : les autres géants
Le RTGS indien, exploité par la Reserve Bank of India depuis 2004, est l'un des rares au monde ouvert 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et ce depuis le 14 décembre 2020. Il impose un seuil d'entrée de 2 lakh de roupies, soit 200 000 ₹. Ce plancher de montant écarte les paiements de détail sans restreindre les heures d'ouverture. Les deux paramètres se règlent séparément. En Chine, le HVPS de CNAPS retient le choix inverse et reste calé sur les heures ouvrées.
| Pays / zone | Système (nom officiel) | Exploitant | Depuis | Ce qu'un praticien doit retenir |
|---|---|---|---|---|
| Chine | CNAPS / HVPS (大额实时支付系统) | China National Clearing Center, filiale de la PBoC | 2005 | Socle de règlement final de tous les rails chinois, y compris CIPS et NetsUnion |
| Inde | RTGS | Reserve Bank of India | 2004 | Ouvert 24/7 depuis décembre 2020 ; seuil d'entrée 2 lakh ₹ |
| Japon | BOJ-NET Funds Transfer System (日銀ネット) | Banque du Japon | 1988 | Actif de règlement final du yen ; les virements Zengin ≥ 100 M JPY y sont routés |
| Corée du Sud | BOK-Wire+ (한은금융망) | Banque de Corée | 1994 | RTGS hybride avec compensation bilatérale et multilatérale d'économie de liquidité |
| Hong Kong | CHATS (HKD, USD, EUR, CNY) | Hong Kong Interbank Clearing Limited | 1996 | Quatre RTGS de devises différentes sur une même infrastructure |
| Singapour | MEPS+ (MAS Electronic Payment System) | Monetary Authority of Singapore | 2006 | Règle FAST, GIRO et les schemes carte locaux |
| Australie | RITS (Reserve Bank Information and Transfer System) | Reserve Bank of Australia | 1998 | Solde chaque matin à 9 h les lots nets de BECS, des schemes carte et de BPAY |
| Taïwan | CIFS (CBC Interbank Funds-Transfer System) | Central Bank of the Republic of China (Taiwan) | 1995 | Passé du net différé au RTGS en septembre 2002 |
| Thaïlande | BAHTNET | Bank of Thailand | 1995 | Règle les positions nettes de PromptPay et des systèmes NITMX |
| Brésil | STR (Sistema de Transferência de Reservas) | Banco Central do Brasil | 2002 | Point de règlement de TED, des chambres et du SPI qui porte Pix |
| Mexique | SIAC / SPEI | Banco de México | 1995 / 2004 | SIAC tient les comptes des banques ; SPEI porte les virements, y compris de détail |
| Afrique du Sud | SAMOS (South African Multiple Option Settlement) | South African Reserve Bank | n.c. | Tous les rails du pays s'y dénouent en monnaie centrale |
| UEMOA (8 pays) | STAR-UEMOA | BCEAO | 2004 | RTGS régional : une même monnaie, huit États, un point de règlement |
| Arabie saoudite | SARIE (Saudi Arabian Riyal Interbank Express) | Saudi Central Bank (SAMA) | 1997 | Porte le gros montant et, depuis 2021, l'instantané de détail sous la même marque |
Hong Kong occupe une position sans équivalent, HKICL exploitant sur une même infrastructure quatre RTGS distincts, en dollar de Hong Kong, dollar américain, euro et renminbi. Le USD CHATS règle des dollars hors des États-Unis, avec HSBC comme institution de règlement, ce qui déplace le risque vers une banque commerciale. Ce montage rend possible un règlement contre paiement intra-asiatique sans dépendre des heures d'ouverture de Fedwire, capacité que peu d'autres places financières réunissent.
CIPS est le système de règlement du renminbi transfrontalier, exploité depuis 2015 par la société CIPS Co. Il combine règlement brut en temps réel et règlement net différé, et accepte aussi le dollar de Hong Kong. Il comptait 210 participants directs et 1 619 indirects au 30 juin 2026 (CIPS), alors que sa messagerie reste dépendante de SWIFT sur plus de 80 % de ses flux. Un système de règlement et un réseau de messagerie remplissent deux fonctions séparées. CIPS occupe la première sans se substituer à SWIFT sur la seconde.
Les heures d'ouverture et le coût du transfrontalier
Le délai d'un paiement transfrontalier tient aux heures d'ouverture des systèmes concernés davantage qu'à la technologie employée. Tant que le RTGS de la devise réceptrice est fermé, aucun crédit définitif ne peut être porté au compte du bénéficiaire, quel que soit le format du message. Les fuseaux horaires réduisent les heures d'ouverture communes. Un ordre en yens émis depuis Francfort à 15 h CET arrive après la clôture japonaise, tandis qu'une instruction en euro envoyée depuis Sydney part avant l'ouverture européenne. Le calendrier d'ouverture des deux systèmes fixe donc la première date de règlement possible.
| Système | Devise | Ouverture | Clôture | Heure limite clientèle |
|---|---|---|---|---|
| T2 (Eurosystème) | EUR, DKK | 19 h 30 CET la veille | 18 h 00 CET | 17 h 00 CET |
| Fedwire Funds Service | USD | 21 h 00 ET la veille | 19 h 00 ET | Plus tôt que la clôture, pour les virements de tiers |
| CHIPS | USD | Fenêtre de traitement de 21 heures | – | Positions non appariées reportées vers Fedwire |
| CHAPS | GBP | 06 h 00 UK | 18 h 00 UK | 17 h 40 UK depuis le 20 juin 2016 |
| BOJ-NET | JPY | Matin | 21 h 00 JST depuis février 2016 | – |
| RTGS (Inde) | INR | 24 h sur 24 | Sans clôture | Aucune, depuis le 14 décembre 2020 |
Le CPMI a formalisé cette contrainte sous le nom de fenêtre mondiale de règlement, la plage pendant laquelle le plus grand nombre de RTGS fonctionnent simultanément. Dans son rapport final de mai 2022, elle est située entre 06 h 00 et 11 h 00 GMT les jours ouvrés, soit cinq heures par jour. Un paiement transfrontalier présenté hors de cette plage est réglé lors de l'ouverture suivante. Cet intervalle porte un risque de change sur la position ouverte et un coût de liquidité sur les fonds immobilisés.
Au sein d'une même zone monétaire, les heures d'ouverture diffèrent selon la couche de paiement considérée. TIPS règle en monnaie centrale 24/7/365 et affiche 99,99 % de disponibilité en 2025, quand T2 s'arrête chaque soir et le week-end. Un paiement instantané reçu un dimanche est donc final le jour même, alors qu'une opération de gros présentée au même moment n'est réglée qu'à la réouverture de T2. Cette asymétrie explique la pression réglementaire actuelle sur les heures des systèmes de gros.
Le risque de règlement du change, et ce que CLS neutralise
Le risque Herstatt, ou risque de règlement du change, désigne l'exposition d'une partie à une opération de change lorsqu'elle a payé sa devise sans avoir encore reçu la contrevaleur. Il tient son nom du Bankhaus I. D. Herstatt. Le 26 juin 1974, le superviseur bancaire ouest-allemand, le Bundesaufsichtsamt für das Kreditwesen, retire sa licence à cet établissement à la fin de la journée bancaire allemande, vers 15 h 30 heure de Francfort, alors que des contreparties avaient déjà payé leurs deutsche marks à Francfort. Attendant les dollars à New York, où la journée ne faisait que commencer, elles ne les ont jamais reçus. L'exposition naît du décalage des heures d'ouverture. Chaque partie paie sa devise avant que le système de l'autre devise ne soit en mesure de la créditer.
| Zone | Devises éligibles | Ce que cela signifie pour un corridor |
|---|---|---|
| Amériques | USD, CAD, MXN | Le corridor USD/MXN est réglé en PvP ; un corridor USD/BRL ne l'est pas |
| Europe | EUR, GBP, CHF, NOK, SEK, DKK, HUF | Le forint hongrois est éligible ; le zloty et la couronne tchèque ne le sont pas |
| Asie-Pacifique | JPY, AUD, NZD, SGD, HKD, KRW | Aucune devise d'Asie du Sud ou du Sud-Est hors Singapour et Hong Kong |
| Moyen-Orient et Afrique | ILS, ZAR | Le shekel et le rand sont les seules devises éligibles de ces régions |
CLSNet calcule un net bilatéral automatisé sur plus de 120 devises non éligibles à CLSSettlement, et répond ainsi partiellement à cette lacune. Le service s'arrête au calcul du solde, les parties soldant ensuite le net en bilatéral, par leurs correspondants. Le besoin de liquidité diminue à proportion de la compensation obtenue, alors que le risque de règlement continue de porter sur le solde restant à payer. Les deux services couvrent des besoins distincts. Leur assimilation conduit à sous-estimer une exposition que les tableaux de bord de liquidité ne font pas apparaître.
Opérer : ce qu'il faut vérifier avant de s'engager
Un établissement se rattache à un système de règlement de gros selon trois modes d'accès. Il en est participant direct, il y accède par un participant qui le sponsorise, ou il en dépend par une chaîne de correspondants. Le troisième mode est le plus répandu et le moins documenté. Les délais annoncés au client s'y écartent d'autant plus des délais réels que chaque maillon de la chaîne ajoute ses propres heures limites.
| Mode d'accès | Ce qu'il exige | Ce qu'il apporte | Ce qu'il coûte |
|---|---|---|---|
| Participation directe | Compte de règlement en banque centrale, agrément, collatéral, exploitation continue | Finalité maîtrisée, horaires du système, pas d'intermédiaire | Liquidité intrajournalière à financer, obligations de continuité d'activité |
| Participation indirecte (tiering) | Contrat avec un participant direct qui sponsorise l'accès | Accès au rail sans infrastructure propre | Horaires, plafonds et disponibilité du sponsor ; risque de crédit sur lui |
| Correspondant bancaire | Comptes nostro dans chaque devise, conventions bilatérales | Couverture large de devises sans adhésion locale | Règlement en monnaie commerciale, cut-offs empilés, frais par étape |
- L'heure limite clientèle de chaque rail, distincte de l'heure de clôture, et distincte encore du cut-off interne imposé par la banque ou le PSP.
- Le calendrier des jours fermés, qui ne coïncide ni entre devises ni avec les fériés locaux : un week-end de trois jours d'un côté décale toute la chaîne.
- Le point de finalité : à quelle étape le paiement devient irrévocable, et qui porte le risque avant ce point.
- L'éligibilité CLS des deux devises pour toute opération de change, et le montant réellement exposé si elle fait défaut.
- Le format et sa version : ISO 20022 n'est pas un format unique, chaque système publie ses restrictions d'usage et ses champs obligatoires.
- Le comportement en cas d'incident : T2 a connu deux incidents à impact majeur en 2025 pour 99,8 % de disponibilité ; les procédures de repli doivent être testées, pas rédigées.
Ces infrastructures sont surveillées selon un référentiel commun, les Principles for Financial Market Infrastructures, publiés en avril 2012 par le CPSS (devenu CPMI en 2014) et l'OICV. Ils imposent des exigences de gouvernance, de gestion du risque de crédit et de liquidité, de finalité et de continuité. Un système désigné à ce titre publie une auto-évaluation au regard de chacun de ces principes. Ce document public décrit le fonctionnement effectif du rail concerné. Il reste la source la plus fiable disponible sur ce point.