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🇻🇳 Les paiements au Vietnam et aux Philippines

NAPAS 247 et VietQR, InstaPay, PESONet et QR Ph, MoMo, ZaloPay, GCash et Maya, le cash à la livraison, les remises des travailleurs philippins, et ce qu'exigent la SBV et la BSP pour encaisser sur place

Deux marchés, deux trajectoires

Le Vietnam et les Philippines forment deux marchés de paiement de détail d'Asie du Sud-Est dont les architectures reposent sur des supports différents. Le Vietnam a construit la sienne sur le compte bancaire. Le rail instantané NAPAS 247 et sa norme VietQR en encodent le numéro, et non un identifiant de portefeuille. Les Philippines l'ont construite sur la monnaie électronique, avec GCash et Maya. Ces deux portefeuilles y ont enrôlé des dizaines de millions de personnes que la banque n'avait pas servies. Les deux supports ne sont pas de même nature juridique. L'un est un dépôt inscrit au bilan d'une banque, l'autre un solde de monnaie électronique émis par un établissement qui n'en est pas une.

Les deux marchés partagent en revanche la persistance de l'espèce dans le commerce de détail. Le paiement à la livraison y reste le mode de règlement de repli du commerce en ligne. Une implantation commerciale suppose donc le traitement simultané de trois canaux, dont la réconciliation comptable n'obéit pas aux mêmes règles. Le premier est le rail instantané domestique. Le deuxième est le portefeuille dominant, le troisième l'encaissement en espèces au domicile de l'acheteur.

8,9 Md
opérations traitées par NAPAS 247 en 2024, en hausse de 33,8 % sur un an
NAPAS
57,4 %
part du volume mensuel des paiements de détail philippins effectués par voie numérique en 2024
Bangko Sentral ng Pilipinas, 2024 Report on E-Payments Measurement
39,62 Md USD
remises personnelles reçues aux Philippines en 2025, en hausse de 3,3 %
Bangko Sentral ng Pilipinas, février 2026
≈ 90 M
comptes vietnamiens utilisant le scan VietQR en octobre 2025
NAPAS
VietnamPhilippines
AutoritéState Bank of Vietnam (SBV)Bangko Sentral ng Pilipinas (BSP)
Texte de référenceDécret 52/2024/NĐ-CP, en vigueur le 1er juillet 2024National Payment Systems Act (Republic Act No. 11127, 2018)
Rail instantané de détailNAPAS 247 (2016)InstaPay (2018)
Rail en lotsIBPS, exploité par la SBVPESONet (2017)
Règlement finalIBPS (SBV)PhilPaSS / PhilPaSS+ (BSP, 2002)
Norme QR nationaleVietQR (2021), posée sur NAPAS 247QR Ph (2019), posée sur InstaPay
Scheme carte domestiqueCarte à puce NAPAS, norme VCCS, BIN 9704 (2018)Aucun scheme carte domestique
Gouvernance opérationnelleNAPAS, société par actions dont la SBV détient 49 % du capital socialPPMI écrit les règles ; BancNet et la PCHC exploitent
Moteur d'adoptionLe compte bancaire et son QRLe portefeuille de monnaie électronique
Les deux piles domestiques comparées
🔑
Où se joue la différence
Au Vietnam, le QR pointe vers un compte bancaire, tandis qu'aux Philippines il pointe le plus souvent vers un portefeuille de monnaie électronique. Cette différence de destination change la nature du travail que le commerçant conduit après l'encaissement. À Manille, une part importante des fonds encaissés reste chez un émetteur de monnaie électronique, hors du bilan bancaire et hors de l'assurance des dépôts. Le transfert de ces soldes vers une banque devient alors une opération à organiser. À Hô Chi Minh-Ville, les fonds arrivent directement sur un compte bancaire. La difficulté porte alors sur le rapprochement de chaque virement entrant avec la commande qui lui correspond.

Vietnam : NAPAS, le passage obligé

NAPAS, National Payment Corporation of Vietnam, assure la commutation et la compensation des paiements de détail vietnamiens. Toute intégration locale passe par ses systèmes. La State Bank of Vietnam en détient 49 % du capital social, le reste étant réparti entre les grandes banques commerciales du pays. Cet actionnariat réunit l'opérateur et le régulateur dans la même instance de décision. Il explique la rapidité d'exécution des choix d'infrastructure autant que l'absence de rail concurrent construit par un acteur privé.

  • NAPAS 247 (2016) : virement interbancaire instantané 24×7, 68 organisations membres et plus de 80 millions de clients raccordés. 8,9 milliards d'opérations en 2024, en hausse de 33,8 % sur un an (NAPAS).
  • VietQR (2021) : la norme QR nationale, posée sur NAPAS 247. Environ un tiers du volume du rail. Près de 90 millions de comptes utilisant le scan en octobre 2025, pour une croissance de 52 % en volume et de 85 % en valeur sur un an (NAPAS).
  • Carte à puce domestique NAPAS (2018) : norme de puce nationale VCCS et BIN 9704, imposés par la SBV pour sortir de la piste magnétique et internaliser le routage. Plus de 20 600 distributeurs et 741 000 terminaux POS et mPOS raccordés (NAPAS). La carte accepte Apple Pay et le Tap to Phone.
  • VIETQRGlobal : l'acceptation QR transfrontalière, ouverte avec la Thaïlande, le Laos et le Cambodge, puis avec la Chine le 2 décembre 2025 aux côtés d'UnionPay International, d'ICBC et de Vietcombank (NAPAS).

Un code VietQR de première génération encode l'identifiant de la banque, le numéro de compte du bénéficiaire, parfois le montant et un libellé libre. Il ne porte aucun identifiant marchand. Le paiement arrive donc sur le compte du commerçant sous la forme d'un virement entrant ordinaire. Le rapprochement avec la commande repose sur le contenu du libellé, que le payeur saisit lui-même. Un libellé effacé ou modifié laisse un virement que le commerçant ne peut plus rattacher automatiquement à une commande.

⚠️
Le libellé de virement n'est pas une référence de transaction
Un encaissement VietQR de première génération se rapproche sur un champ saisi côté payeur et modifiable par lui. Aucun schéma de rétrofacturation ne protège le commerçant, puisque l'opération est un virement de compte à compte. Le remboursement se fait par un virement inverse, à l'initiative du commerçant. NAPAS a commencé à déployer en 2025 un standard de paiement marchand (person-to-merchant). Ce standard ajoute des identifiants dédiés, une intégration aux logiciels de caisse et à la facturation électronique, ainsi qu'un traitement du remboursement et de la réclamation. Le cadrage technique d'une intégration commence donc par l'identification du standard que met en œuvre le partenaire local, car les deux générations n'offrent pas les mêmes moyens de rapprochement.
+61,6 %
croissance en volume des paiements par QR au Vietnam sur les neuf premiers mois de 2025
State Bank of Vietnam
+150,7 %
croissance en valeur des paiements par QR sur la même période
State Bank of Vietnam
741 000
terminaux POS et mPOS raccordés au réseau NAPAS
NAPAS
49 %
part du capital social de NAPAS détenue par la banque centrale
NAPAS

Vietnam : portefeuilles, agrégateurs et licences

Le portefeuille de monnaie électronique occupe au Vietnam une place moins centrale qu'en Indonésie ou aux Philippines. Le paiement de proximité de faible montant y relève de VietQR, dont le virement instantané sous-jacent ne coûte rien au payeur. Les portefeuilles se sont donc reportés sur des fonctions que le rail bancaire ne rend pas. La fidélité, le crédit court, la billetterie, les recharges télécom et la facture récurrente en relèvent. Leur régime d'agrément reste celui des services intermédiaires de paiement, quel que soit l'usage servi.

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MoMo
Exploité par M_Service Joint Stock Company, devenu super-app financière : transferts, factures, billetterie, crédit, assurance. Sa licence de service intermédiaire de paiement délivrée par la SBV couvre le portefeuille électronique, l'assistance à la collecte et au décaissement, et la passerelle de paiement électronique.
💬
ZaloPay
Exploité par Công ty Cổ phần ZION et distribué à l'intérieur de la messagerie Zalo, dominante au Vietnam. Opère sous la licence d'intermédiaire de paiement n° 04/GP-NHNN de la State Bank of Vietnam, délivrée le 19 janvier 2026, couvrant passerelle, collecte-décaissement et portefeuille électronique.
🧾
VNPAY
Agrégateur, et point d'entrée technique réel de beaucoup de marchands étrangers : passerelle e-commerce, terminal logiciel sur téléphone, facturation électronique. VNPAY-QR est intégré dans plus de trente applications bancaires et une quinzaine de portefeuilles ; plus de 450 000 points d'acceptation déclarés (VNPAY, 2026).
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Viettel Money
Adossé au premier opérateur télécom du pays, sous licence n° 57/GP-NHNN délivrée le 21 juillet 2020 pour le portefeuille électronique et la passerelle. Plus de 200 000 points de transaction déclarés (Viettel Money, 2026), soit la couverture rurale la plus large du pays.

Le cadre juridique des paiements sans espèces a été refondu en 2024. Le décret 52/2024/NĐ-CP du 15 mai 2024, en vigueur le 1er juillet 2024, remplace le décret 101/2012/NĐ-CP. Il introduit une définition de la monnaie électronique couvrant le portefeuille et la carte prépayée. La circulaire 40/2024/TT-NHNN du 17 juillet 2024 en fixe le détail opérationnel, soit les conditions d'exercice, les obligations de connaissance du client et les plafonds. Elle énumère quatre services intermédiaires de paiement, qu'une entreprise étrangère n'exerce qu'en recourant à un titulaire local de la licence correspondante.

ServiceCe qu'il autoriseQui le détient typiquement
Compensation électroniqueCommutation financière et compensation interbancaireNAPAS, seul titulaire
Passerelle de paiement électroniqueRouter une opération vers la banque ou le portefeuille du payeurVNPAY, OnePay, Payoo, MoMo, ZaloPay
Assistance à la collecte et au décaissementEncaisser pour le compte d'un marchand, puis lui reverserAgrégateurs et portefeuilles
Portefeuille électroniqueÉmettre et tenir un solde prépayé au nom du clientMoMo, ZaloPay, Viettel Money, VNPAY
Les quatre services intermédiaires de paiement (circulaire 40/2024/TT-NHNN)
⚠️
Deux seuils qui se voient dans le taux de conversion
La circulaire 40/2024/TT-NHNN plafonne à 100 millions de VND par mois le total des opérations d'un portefeuille électronique individuel, hors catégories exclues comme les paiements de services publics, les factures d'usage courant et les primes d'assurance. La décision 2345/QĐ-NHNN du 18 décembre 2023 impose une authentification biométrique au-delà de 10 millions de VND par virement, ou de 20 millions de VND cumulés dans la journée. Elle s'applique depuis le 1er juillet 2024. Un commerçant dont le panier moyen dépasse 10 millions de VND voit donc l'écran biométrique s'intercaler dans chacun de ses encaissements, et cette étape supplémentaire se lit dans le taux de conversion. La circulaire 50/2024/TT-NHNN du 31 octobre 2024, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, ajoute des contraintes sur les canaux en ligne. Elle interdit notamment d'adresser au client des SMS ou courriels contenant un lien hypertexte.

Philippines : InstaPay, PESONet et la gouvernance à trois étages

La gouvernance des paiements philippins se répartit entre trois niveaux, la supervision, l'écriture des règles et l'exploitation. Cette séparation la distingue de la plupart des rails asiatiques. La Bangko Sentral ng Pilipinas occupe le premier niveau et fixe le cadre. Le National Payment Systems Act, soit le Republic Act No. 11127 promulgué le 30 octobre 2018, soumet tout exploitant de système de paiement à un enregistrement auprès d'elle. L'écriture des règles est déléguée à une association du secteur, Philippine Payments Management, Inc. (PPMI), désignée Payment System Management Body, tandis que l'exploitation revient à des opérateurs privés.

Qui fait quoi sur un virement philippin
Bangko Sentral ng Pilipinas
Fixe le cadre et enregistre les exploitants
Republic Act No. 11127 (2018) : enregistrement obligatoire des operators of payment systems, désignation des systèmes d'importance systémique
Philippine Payments Management, Inc.
Écrit les règles du scheme et admet les participants
Payment System Management Body reconnu par la BSP ; porte les corps de règles InstaPay, PESONet et QR Ph
BancNet
Commute et compense InstaPay
Switch ATM et POS domestique créé en 1990, reconverti en opérateur du switch de compensation du rail instantané
Philippine Clearing House Corporation
Compense PESONet
Traitement en lots des virements de crédit, sur plusieurs fenêtres de règlement dans la journée bancaire
PhilPaSS / PhilPaSS+
Règle les positions nettes en monnaie centrale
RTGS de la BSP mis en service en 2002, refondu sur ISO 20022
CritèreInstaPayPESONet
Mise en service20182017
ModeVirement de crédit instantané, 24×7Virement de crédit en lots, sur fenêtres de règlement
Plafond par opération50 000 PHP pour un particulier ; 500 000 PHP pour une entreprise enregistrée depuis le 29 juillet 2026Pas de plafond de scheme
Disponibilité des fondsQuelques secondesMême journée bancaire ou jour ouvré suivant, selon la fenêtre
Usage typePaiement marchand, transfert entre particuliers, recharge de portefeuillePaie, règlement fournisseur, encaissement de gros montant
CompensationSwitch opéré par BancNetPhilippine Clearing House Corporation
ContestationAucune rétrofacturation : crédit irrévocableAucune rétrofacturation
InstaPay et PESONet : choisir le bon rail

Le montant de l'opération détermine le rail qu'un commerçant peut employer. Une commande supérieure à 50 000 PHP réglée par un payeur particulier ne passe pas par InstaPay. Elle bascule sur PESONet, avec un délai de quelques heures à un jour ouvré, ou sur la carte. Le relèvement du plafond intervenu en juillet 2026 ne vise que les entreprises enregistrées. La contrainte qui pèse sur les paiements des particuliers reste donc inchangée.

4,8 Md
opérations InstaPay et PESONet cumulées en 2025, pour 24 740 Md PHP, en hausse de 42 % en valeur
Bangko Sentral ng Pilipinas
+67,8 %
croissance en volume d'InstaPay seul au premier semestre 2025
Bangko Sentral ng Pilipinas
66,4 %
part des paiements marchands dans le volume mensuel des paiements numériques en 2024
BSP, 2024 Report on E-Payments Measurement
59 %
part de la valeur des paiements de détail réglée par voie numérique en 2024
BSP, 2024 Report on E-Payments Measurement
ℹ️
Trois services ouverts le 29 juillet 2026
La BSP et PPMI ont mis en service Direct Debit PH, InstaPay Cash-In et InstaPay for Business. Direct Debit PH apporte le mandat de prélèvement récurrent interopérable, adossé au compte bancaire comme au portefeuille. Il couvre les abonnements, les primes d'assurance, les échéances de crédit et les factures d'usage courant. InstaPay Cash-In ajoute la demande de fonds interopérable, le destinataire autorisant lui-même le virement depuis son établissement. InstaPay for Business porte le plafond d'une entreprise enregistrée de 50 000 à 500 000 PHP par opération. Avant cette ouverture, le marché philippin ne disposait d'aucun mandat de prélèvement interopérable. La récurrence y était reconstituée à partir de virements poussés par le payeur.

Philippines : QR Ph, GCash et Maya

QR Ph est la norme QR nationale, conforme à EMVCo et adossée à InstaPay, mise en service en 2019 sous l'autorité de la BSP avec PPMI. Elle a remplacé les codes propriétaires par mandat réglementaire, comme l'ont fait l'Indonésie avec QRIS et la Malaisie avec DuitNow QR. Le programme Paleng-QR Ph en a étendu l'acceptation aux marchés publics et aux transports locaux. Mi-2022, la BSP recensait 473 000 points marchands et 17 établissements participants au volet marchand.

Depuis 2024, le dispositif est scindé en deux. QR Ph désigne le paiement à un marchand (person-to-merchant), dont les frais sont supportés par le marchand et non par le payeur. InstaPay QR désigne le transfert entre particuliers, qui peut rester facturé selon l'établissement et le type de compte. Le nombre de marchands acceptants a progressé de 148,7 % en 2024 (BSP). Les deux dénominations recouvrent donc deux régimes tarifaires portés par le même rail instantané, l'un à la charge du commerçant, l'autre à celle du payeur selon les conditions de son établissement.

🔵
GCash
Exploité par G-Xchange, Inc., du groupe Mynt (Globe Fintech Innovations), coentreprise entre Globe Telecom, Ayala Corporation et Ant Group. 81 millions d'utilisateurs actifs et 2,5 millions de marchands et vendeurs déclarés (GCash, janvier 2025). Émetteur de monnaie électronique supervisé par la BSP, sans statut bancaire.
🟢
Maya
Deux entités régulées par la BSP : Maya Philippines, Inc. pour les paiements, Maya Bank, Inc. pour la banque numérique. Épargne, crédit, cartes et actifs numériques cohabitent avec l'acquisition marchande dans une même application. Le portefeuille y devient un canal de collecte de dépôts.
🪙
PHPC
Jeton indexé 1:1 sur le peso, émis par Betur Inc. / DCPay Philippines Inc. sous la marque Coins.ph, sur Polygon et Ronin, adossé à des liquidités et instruments monétaires courts. Testé dans le bac à sable réglementaire de la BSP. À la clôture du bac à sable, l'émetteur s'engage à rembourser les jetons en circulation. Cette clause doit être lue avant tout usage en production.
⚠️
Un solde GCash n'est pas un dépôt bancaire
GCash est un émetteur de monnaie électronique supervisé par la BSP, sans agrément bancaire. Les soldes qui y sont détenus ne relèvent pas de l'assurance des dépôts philippine. Un commerçant qui conserve ses recettes sur ce portefeuille porte donc un risque de défaillance de l'établissement, sans couverture par un mécanisme de garantie. L'usage consiste à balayer quotidiennement ces soldes vers un compte bancaire, de manière à limiter l'encours exposé au produit d'une seule journée. Le groupe Maya se distingue sur ce point, puisqu'il détient aussi une banque numérique agréée et que le solde peut y être logé comme un dépôt.
  • Enregistrement d'exploitant de système de paiement auprès de la BSP au titre du Republic Act No. 11127 (2018) : condition d'exercice pour qui opère un système, pas seulement pour qui y participe.
  • Licence d'émetteur de monnaie électronique non bancaire (EMI-NBFI) : le moratoire de trois ans a été levé le 16 décembre 2024, sur résolution n° 1400 du Monetary Board du 5 décembre 2024. La circulaire BSP 1166 (2023) fixe le capital à 200 millions de PHP pour un acteur de grande échelle et 100 millions pour un acteur de petite échelle.
  • Licence de banque numérique : moratoire levé au 1er janvier 2025, avec un plafond de dix établissements sur le marché.
  • Prestataire de services sur actifs virtuels : régime distinct, sous lequel opèrent notamment les entités Coins.ph émettrices de PHPC.
  • Project Agila, preuve de concept de monnaie numérique de banque centrale de gros lancée en 2022, s'est achevée sans passage en production : à citer comme pilote clos, pas comme système actif.

Le cash à la livraison : ce qu'il coûte vraiment

Le paiement à la livraison désigne l'encaissement du prix en espèces par le transporteur, au moment où il remet le colis à l'acheteur. Il constitue dans ces deux marchés un mode d'encaissement à part entière, avec sa chaîne d'acteurs, son cycle de trésorerie et ses pertes propres. Le transporteur encaisse l'espèce au domicile, puis la remonte à son agence. Il la reverse au marchand après un délai contractuel de plusieurs jours, pendant lesquels le produit des ventes reste détenu par le logisticien.

Les parts de marché publiées pour le paiement à la livraison divergent au point d'être inutilisables telles quelles, parce qu'elles ne mesurent pas la même chose. Une enquête déclarative demande au consommateur ce qu'il préfère ou ce qu'il a déjà utilisé, quand une mesure de flux compte des opérations effectivement enregistrées. Pour le Vietnam, l'enquête TGM Research de 2025 relève 35 % de consommateurs déclarant préférer le paiement à la livraison pour leurs achats en ligne. Pour les Philippines, la seule mesure à méthode publiée reste celle de la BSP. Elle établit à 57,4 % la part numérique du volume des paiements de détail en 2024, contre 52,8 % en 2023. Le reste de ce volume n'y est pas ventilé par instrument. La part propre du paiement à la livraison ne s'en déduit donc pas.

La chaîne d'un encaissement à la livraison
Acheteur
Commande sans payer
Aucune donnée de paiement collectée, aucun engagement financier au moment de la commande
Marchand
Expédie et avance le coût du produit et du transport
Le besoin en fonds de roulement est porté en totalité jusqu'au reversement
Transporteur
Présente le colis et encaisse l'espèce
Point de rupture principal : refus à la porte, destinataire absent, adresse fausse
Transporteur
Centralise l'encaisse et reverse au marchand
Délai contractuel de plusieurs jours ; le marchand porte un risque de crédit sur son logisticien
Marchand
Rapproche commande, livraison et reversement
Trois référentiels distincts à réconcilier, sans identifiant commun natif
  • Le refus à la porte : la commande revient, le transport aller-retour est perdu, le produit peut devenir invendable.
  • Le décalage de trésorerie : plusieurs jours entre la livraison et le reversement, sur la totalité du chiffre d'affaires concerné.
  • Le risque de contrepartie : l'encaisse est détenue par un tiers logistique, rarement régulé comme un établissement de paiement.
  • La manipulation d'espèces : écarts de caisse, faux billets, vols, et un contrôle interne à construire chez le transporteur.
  • L'absence de donnée : aucun instrument enregistré, donc aucune récurrence possible et aucun signal antifraude exploitable.
⚠️
La bascule ne se décrète pas, elle s'achète
Le recul du paiement à la livraison suppose de compenser ce qu'il apporte à l'acheteur, soit la certitude de ne payer qu'après avoir vu la marchandise. Trois leviers sont couramment employés, un retour gratuit et rapide, une remise appliquée au prépaiement et un remboursement instantané sur le rail domestique. Le dernier est le plus contraignant, puisque ni VietQR ni QR Ph ne portent de rétrofacturation. Le marchand émet lui-même le virement de remboursement. Le délai ne dépend alors que de son organisation interne, et sa rapidité devient un argument commercial mesurable.

Les remises philippines : un rail d'entrée avant d'être un moyen de paiement

Les remises désignent les fonds que les travailleurs philippins établis à l'étranger envoient à des bénéficiaires résidant aux Philippines. Le pays en reçoit l'un des flux les plus importants du monde, et ces envois structurent son paiement de détail. Ils ne constituent pas un revenu d'appoint. Pour beaucoup de foyers, la réception de ces fonds est l'usage premier du portefeuille électronique, le paiement marchand n'arrivant qu'ensuite. Un produit de paiement conçu sans traiter l'entrée des fonds n'en couvre donc que la moitié.

39,62 Md USD
remises personnelles reçues en 2025, en hausse de 3,3 % sur un an
Bangko Sentral ng Pilipinas, février 2026
35,63 Md USD
dont remises en espèces transitant par les banques et établissements supervisés
Bangko Sentral ng Pilipinas, février 2026
39,7 %
part des États-Unis dans les remises en espèces de 2025
Bangko Sentral ng Pilipinas
3,52 Md USD
remises en espèces du seul mois de décembre 2025, plus haut mensuel jamais enregistré
Bangko Sentral ng Pilipinas
OriginePartCe que cela implique côté opérateur
États-Unis39,7 %Corridor dominé par les acteurs numériques ; Remitly, né à Seattle en 2011, y est particulièrement implanté
Singapour7,3 %Corridor intra-ASEAN, exposé à la concurrence des liaisons de paiement instantané
Arabie saoudite6,6 %Corridor du Golfe, servi par les maisons de change historiques
Japon5,0 %Corridor en croissance, forte composante de travail sous contrat
Royaume-Uni4,6 %Corridor bancarisé, coûts de transfert bas
Émirats arabes unis4,6 %LuLu Exchange y opère aux deux extrémités du corridor, avec six agences déclarées aux Philippines
Canada, Qatar, Taïwan, Hong Kong3,5 %, 2,9 %, 2,8 %, 2,5 %Longue traîne de corridors, chacun avec ses acteurs dominants
Origine des remises en espèces reçues aux Philippines en 2025 (Bangko Sentral ng Pilipinas)

La Bangko Sentral ng Pilipinas ventile ces flux selon la catégorie professionnelle de l'expéditeur. En 2025, les travailleurs terrestres ont envoyé 28,49 milliards de dollars, en hausse de 3,4 %. Les marins en ont envoyé 7,14 milliards, en hausse de 2,9 % (BSP). Les deux groupes ne suivent ni les mêmes cycles d'envoi ni les mêmes canaux, et les marins envoient moins souvent, pour des montants plus élevés.

🔑
Le portefeuille est d'abord un guichet de réception
GCash est devenu le point d'arrivée de fait d'une part importante des remises, notamment depuis le Golfe. Cette position déplace le point d'application des contrôles de conformité. Le portefeuille reçoit des fonds transfrontaliers pour un bénéficiaire qui n'est pas titulaire d'un compte bancaire. La chaîne de contrôle repose alors sur l'émetteur de monnaie électronique et sur l'opérateur de transfert d'origine. Le routage d'un flux vers un portefeuille philippin suppose donc la qualification préalable de la licence détenue à l'arrivée. L'établissement destinataire relève du régime de la monnaie électronique, et non de celui des banques.

L'insertion régionale : QR transfrontalier, Nexus, Alipay+

L'Asie du Sud-Est a construit, entre 2020 et 2025, un maillage de liaisons QR bilatérales sous le protocole Regional Payment Connectivity, signé en novembre 2022 par cinq banques centrales, dont la BSP, et élargi depuis à neuf. Ces liaisons rendent un code QR national acceptable par l'application bancaire d'un autre pays signataire. Le voyageur scanne, dans le pays d'accueil, le code du commerçant local avec l'application de sa banque d'origine. Le règlement s'effectue en devises locales via des banques de règlement désignées, ce qui réduit la dépendance au dollar. Le Vietnam est raccordé à ce maillage. Les Philippines, pourtant signataires fondatrices du protocole, n'y sont reliées par aucune liaison QR bilatérale.

2016
NAPAS 247
Le Vietnam met en service son rail interbancaire instantané 24×7.
2017
PromptPay et PayNow
La Thaïlande lance PromptPay (National ITMX, sous mandat de la Bank of Thailand), Singapour PayNow (Association of Banks in Singapore, exploité par BCS). Les deux adressent par numéro de téléphone.
2017-2018
PESONet puis InstaPay
Les Philippines déploient les deux rails du National Retail Payment System : les lots d'abord, l'instantané ensuite.
2018
DuitNow, SGQR, Thai QR Payment
La Malaisie ouvre la Real-time Retail Payments Platform exploitée par PayNet. Singapour et la Thaïlande posent leurs normes QR nationales la même année.
2019
QRIS, DuitNow QR, QR Ph
Trois normes QR nationales imposées par mandat réglementaire, en Indonésie, en Malaisie et aux Philippines.
2021
Première liaison instantanée mondiale
PromptPay et PayNow se relient par numéro de mobile. La liaison QR Thaïlande–Vietnam ouvre la même année.
2021
VietQR
Le Vietnam pose sa norme QR sur NAPAS 247, en encodant un compte bancaire.
2023
Cambodge–Vietnam
Les porteurs de comptes cambodgiens sous Bakong scannent des codes VietQR au Vietnam, et réciproquement.
26 mars 2025
Nexus Global Payments
Les banques centrales d'Inde, d'Indonésie, de Malaisie, des Philippines, de Singapour et de Thaïlande constituent à Singapour la société qui portera l'interconnexion multilatérale des rails instantanés. Le Vietnam n'en est pas membre fondateur.
2 décembre 2025
VIETQRGlobal ouvert à la Chine
NAPAS, UnionPay International, ICBC et Vietcombank ouvrent l'acceptation des applications chinoises chez les commerçants vietnamiens.
PaysRail instantanéNorme QRPoids mesuré
VietnamNAPAS 247 (2016)VietQR (2021)8,9 Md opérations en 2024, +33,8 % (NAPAS)
PhilippinesInstaPay (2018)QR Ph (2019)4,8 Md opérations InstaPay et PESONet en 2025 (BSP)
ThaïlandePromptPay (2017)Thai QR Payment (2018)27,4 Md opérations pour ~1 600 Md USD en 2025, +12,8 % (Bank of Thailand)
IndonésieBI-FAST (2021)QRIS (2019)50,50 M d'utilisateurs et 32,71 M de marchands QRIS enrôlés (Bank Indonesia, 2024)
MalaisieDuitNow / RPP (2018)DuitNow QR (2019)4,5 Md opérations pour 330 Md USD en 2025, +28,6 % (PayNet)
SingapourPayNow (2017) sur FASTSGQR (2018)Plus de 45 % du marché du virement de compte à compte en 2025
CambodgeBakong (2020)KHQR (2020)1,325 Md opérations en 2025, soit 1,2× le volume 2024 (National Bank of Cambodia)
Les rails instantanés et les normes QR de la zone

L'absence de liaison publique prive le commerçant philippin de l'encaissement du QR domestique d'un visiteur régional. Le touriste thaïlandais ou malaisien arrivé à Manille ne peut pas payer en scannant avec l'application de sa banque. L'acceptation de ces clientèles passe par un réseau privé. Alipay+, opéré par Ant International, relie GCash, TrueMoney, Touch 'n Go, Kakao Pay et une cinquantaine d'autres portefeuilles à un réseau d'acceptation commun, revendiqué sur plus de 220 marchés. Depuis septembre 2026, les portefeuilles partenaires d'Alipay+ règlent directement les codes QR Ph existants. Un marchand philippin qui vise la clientèle régionale passe donc par ce réseau, et non par un accord entre banques centrales.

⚠️
Les Philippines hors du maillage QR régional
Le protocole Regional Payment Connectivity réunit neuf banques centrales de l'ASEAN : celles de l'Indonésie, de la Malaisie, des Philippines, de Singapour et de la Thaïlande depuis novembre 2022, puis celles du Vietnam, du Brunei, du Laos et du Cambodge. Le Myanmar en reste absent. Les Philippines, signataires fondatrices, n'y disposent pourtant d'aucune liaison QR bilatérale en service. Elles comptent en revanche parmi les membres fondateurs de Nexus Global Payments, le projet multilatéral appelé à remplacer ces liaisons bilatérales, alors que le Vietnam n'y figure pas. Dans l'état actuel des raccordements, le QR entrant régional s'obtient à Manille par des passerelles privées, et à Hô Chi Minh-Ville par les liaisons publiques. La mise en service de Nexus dans la composition arrêtée en mars 2025 donnerait aux Philippines une interconnexion publique dont le Vietnam resterait absent.

Encaisser sur place : la séquence de cadrage

L'encaissement local exige un partenaire établi dans le pays, au Vietnam comme aux Philippines. Une simple passerelle carte opérée depuis l'étranger ne dessert ni l'un ni l'autre marché. La carte y est minoritaire, et les rails qui portent le volume sont domestiques. Le cadrage porte donc d'abord sur le statut réglementaire sous lequel les fonds sont encaissés, et le choix du prestataire n'intervient qu'ensuite.

  • Vietnam, choisir le service intermédiaire : passerelle de paiement électronique, ou assistance à la collecte et au décaissement. Ce sont deux licences distinctes au sens de la circulaire 40/2024/TT-NHNN, et un prestataire ne fournit que les services que la sienne énumère.
  • Vietnam, qualifier le standard VietQR implémenté : première génération avec rapprochement sur libellé de virement, ou standard marchand avec identifiants dédiés et traitement des remboursements.
  • Vietnam, câbler la carte domestique : le BIN 9704 et la norme VCCS ne s'atteignent pas depuis un acquéreur international sans passer par NAPAS.
  • Vietnam, anticiper les seuils : biométrie au-delà de 10 millions de VND par virement, plafond mensuel de 100 millions de VND sur un portefeuille individuel.
  • Vietnam, traiter le paiement à la livraison comme un canal financier : contrat de reversement, délai contractuel, contrôle des écarts de caisse.
  • Philippines, qualifier son statut : participant à un système, ou exploitant d'un système. Le second déclenche l'enregistrement auprès de la BSP au titre du Republic Act No. 11127.
  • Philippines, décider si l'on détient des fonds de clients : la détention de soldes impose une licence d'émetteur de monnaie électronique, dont le moratoire a été levé le 16 décembre 2024.
  • Philippines, accepter QR Ph au volet marchand, en sachant que les frais sont supportés par le commerçant et que le payeur ne paie rien.
  • Philippines, router selon le montant : InstaPay sous 50 000 PHP côté particulier, PESONet au-delà, avec un délai de quelques heures à un jour ouvré.
  • Philippines, instruire Direct Debit PH pour la récurrence, ouvert le 29 juillet 2026, plutôt que de reconstruire un prélèvement sur des virements poussés.
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Trois erreurs de cadrage qui reviennent
La première consiste à traiter le virement instantané comme une opération carte, alors que la séquence ne comporte ni autorisation préalable, ni capture, ni rétrofacturation. Le paiement y prend la forme d'un crédit irrévocable, et le remboursement celle d'une opération distincte que le marchand initie. La deuxième consiste à conserver des recettes sur un portefeuille de monnaie électronique, dont le solde ne bénéficie pas de la garantie applicable aux dépôts bancaires. La troisième consiste à supposer qu'un QR interopérable régional couvre les deux pays. Les liaisons QR du protocole Regional Payment Connectivity desservent le Vietnam, mais aucune ne dessert les Philippines, pourtant signataires du protocole.

Les deux marchés se rejoignent sur l'économie de leurs rails publics, dont l'usage est gratuit ou quasi gratuit pour le payeur. Le coût d'acceptation qui en découle pour le commerçant reste très inférieur à celui d'un paiement par carte. La rémunération des acteurs du paiement de détail s'y forme donc sur le crédit, la collecte de dépôts, la donnée marchande et les services adjacents, plutôt que sur la commission d'acceptation. Un modèle économique importé d'un marché où la carte domine, et construit sur cette commission, ne tient donc pas ici.