Un marché où l'espèce a quitté la caisse
Le commerce de détail suédois est le plus dématérialisé d'Europe, et l'écart avec le reste du continent s'élargit. La Sveriges Riksbank, qui a interrogé 2 008 personnes de 18 à 84 ans du 8 au 19 septembre 2025, relève que 5 % des répondants déclarent avoir réglé en espèces leur dernier achat en magasin, contre 10 % en 2023. Quinze ans plus tôt, la proportion atteignait 40 %. L'indicateur porte sur le dernier achat déclaré : il mesure la fréquence d'usage de l'espèce, et non la part des montants qu'elle règle.
Le corollaire de ce recul est une domination de la carte que peu de marchés européens connaissent. Toutes formes confondues, physiques ou logées dans le téléphone, de débit comme de crédit, la carte représente environ 92 % des derniers achats en magasin, dont 61 % pour la carte de débit physique seule. Les services de type Apple Pay ou Samsung Pay sont passés de 9 % en 2023 à 18 % en 2025 sur ce même indicateur.
| Moyen de paiement | Utilisé dans les 30 derniers jours | Employé au dernier achat en magasin |
|---|---|---|
| Swish | 91 % | 2 % |
| Carte de débit physique | 85 % | 61 % |
| Carte intégrée au téléphone (Apple Pay, Samsung Pay…) | 34 % (3 % en 2018) | 18 % (9 % en 2023) |
| Toutes formes de carte confondues | 98 % | ≈ 92 % |
| Espèces | – | 5 % |
L'e-commerce suit une trajectoire parallèle, 80 % des répondants ayant acheté en ligne dans les trente derniers jours, contre 75 % en 2022 et en 2023, et 56 % en 2018. Les deux moyens les plus cités en ligne sont Swish et le paiement différé de type Klarna, tous deux en progression depuis 2023, pendant que la carte de débit recule. Toutes formes de carte réunies, la carte pèse 64 % des moyens employés en ligne sur trente jours. Le mix suédois se partage donc selon le canal, la carte l'emportant en magasin quand la facture et le compte à compte l'emportent en ligne.
BankID : le socle d'identité sans lequel rien ne s'encaisse
BankID est l'identité électronique de référence en Suède. Lancée en 2003, elle est exploitée par Finansiell ID-Teknik BID AB, société détenue par les banques. Elle sert à ouvrir un compte, à signer un contrat, à se connecter aux services publics, à valider un virement et à activer Swish. La Riksbank la décrit comme utilisée par une très large part de la population pour s'identifier et signer. Aucune des briques de paiement décrites plus loin ne se comprend sans elle.
L'authentification forte suédoise ne se ramène pas au 3-D Secure du réseau carte. Elle passe par une application tierce que le client possède déjà, et à laquelle le commerçant délègue la preuve du consentement. Un parcours d'enrôlement bâti sur un mot de passe propre au commerçant ou sur un code envoyé par SMS paraît donc moins sûr que la norme locale, et convertit moins bien.
L'État a engagé en réponse la création d'une identité électronique publique. Le Gouvernement a chargé la Polismyndigheten, l'autorité de police, de la concevoir et de l'émettre, en coopération avec Digg, l'agence du gouvernement numérique. Le cadre est celui du règlement européen eIDAS, qui impose à chaque État membre de fournir une identité au niveau de garantie le plus élevé. La Suède n'en dispose pas aujourd'hui, et un projet de loi sur sa conception, son support et son activation a été transmis au Lagrådet en janvier 2026.
La Riksbank soutient cette e-identité publique et pose une condition d'usage. Elle doit fonctionner pour les paiements, et être portable sur téléphone, sans quoi elle restera un instrument administratif et la dépendance à BankID dans le commerce demeurera entière. La date d'entrée en service n'est pas arrêtée. Un parcours d'enrôlement suédois conçu à l'horizon 2027 ou 2028 doit donc prévoir les deux dispositifs d'identification.
Swish : le compte à compte le plus pur d'Europe
Swish est un service de paiement de compte à compte né en 2012 d'une coopération entre les grandes banques suédoises. Il est exploité par Getswish AB, société détenue par Danske Bank, Länsförsäkringar Bank, Nordea, SEB, Handelsbanken et Swedbank. Le paiement ne traverse aucun réseau carte. Il part d'un compte bancaire pour arriver sur un autre, et son règlement s'opère en monnaie de banque centrale dans le système instantané de la Riksbank.
Cette architecture commande l'économie du service, où il n'existe ni interchange, ni frais de scheme international, ni tokenisation à orchestrer. La tarification du bénéficiaire est fixée par sa propre banque, qui la publie dans sa grille et l'inscrit au contrat Swish, si bien qu'elle se négocie avec un établissement plutôt qu'avec un réseau. Le coût d'acceptation de Swish se modélise donc comme un tarif bancaire, négocié établissement par établissement, et non comme une commission assise sur un barème de réseau.
| Offre | Destinataire | Fonctionnement | Ce qu'elle suppose |
|---|---|---|---|
| Swish Företag | Petites structures, associations, artisans, marchés | Le client paie vers un numéro Swish d'entreprise, saisi à la main ou lu dans un QR code | Ni terminal, ni caisse : la confirmation arrive dans l'application du bénéficiaire |
| Swish Handel | E-commerce et commerces équipés d'une caisse | La caisse ou le panier envoie le montant ; le client valide dans son application avec BankID ; la caisse reçoit l'accord ou le refus | Intégration technique via API et contrat dédié avec la banque |
| Swish Utbetalning | Entreprises qui doivent payer des particuliers | Remboursements, indemnisations, gains : le bénéficiaire est adressé par son numéro de téléphone | Utile pour les retours e-commerce sans détenir de RIB |
L'acceptation de Swish par les commerçants dépasse largement la part des encaissements qui y transitent. Dans l'enquête de la Riksbank auprès de 898 petites entreprises, conduite du 3 septembre au 28 octobre 2025, 74 % acceptent Swish, alors que la part des encaissements réellement effectués par Swish n'est que de 12 %. La carte de débit reste acceptée par 92 % des répondants, et l'espèce par 67 %, les entreprises qui acceptent l'espèce estimant que 7 % de leurs encaissements s'y font.
Deux évolutions récentes modifient la trajectoire du service. Getswish est d'abord devenue société de compensation agréée sous la loi suédoise 2024:114, ses banques actionnaires ayant injecté environ 450 millions de couronnes. Swish relève depuis lors du statut d'infrastructure supervisée. La Commission européenne a ensuite contraint Apple en 2024 à ouvrir la puce NFC de l'iPhone, et Swish a annoncé dans la foulée une fonction sans contact en magasin, aux côtés de Vipps MobilePay. La caisse du magasin devient de cette façon atteignable par un rail compte à compte.
Bankgirot, bankgiro et référence OCR : la plomberie de la facture
Le numéro bankgiro est un identifiant public de 7 ou 8 chiffres attribué à un bénéficiaire, qui pointe vers un compte bancaire sans le révéler. Ce mode d'adressage coexiste avec Swish et n'a pas d'équivalent ailleurs en Europe. Une entreprise change de banque en conservant son bankgiro. Ses clients continuent de payer le même numéro. Le système en fait son argument commercial depuis 1959, ce qui explique que toute facture suédoise mentionne un bankgiro plutôt qu'un IBAN.
Le second pilier est la référence OCR, le numéro structuré qui autorise le lettrage automatique de l'encaissement et dont Bankgirot fixe les règles. Elle compte de 2 à 25 chiffres, à l'exclusion de tout autre caractère, sans espace ni séparateur, et se termine par un dernier chiffre de contrôle calculé en modulo 10. Un chiffre de longueur peut précéder la clé, en avant-dernière position, quand le créancier retient un contrôle plus strict.
Bankgiro beneficiaire : 5555-6666 7 ou 8 chiffres, adresse publique du creancier
Reference OCR : 1234567894 2 a 25 chiffres, dernier = cle modulo 10
Montant : 1 250,00 SEK
Date de paiement : 2026-03-17
Niveaux de controle OCR proposes par Bankgirot au creancier
soft control : reference erronee acceptee, avec avertissement
hard control : seule une cle modulo 10 correcte est acceptee
variable length control : cle + chiffre de longueur controles
fixed length control : cle + longueurs autorisees (2 au maximum), fixees au contrat
Consequence : hors soft control, une reference fausse
BLOQUE le paiement dans la banque en ligne du payeur.Bankgirot, exploité par Bankgirocentralen BGC AB, compense les paiements bankgiro, les virements interbancaires et les prélèvements Autogiro. Le prélèvement suédois fonctionne en couronnes sous son propre mandat, en dehors du schéma SEPA, et porte les abonnements et les factures récurrentes. La compensation produit une documentation transmise à la Riksbank, où le règlement devient définitif. Banques, établissements de paiement et établissements de monnaie électronique peuvent en être participants.
Bankgirot appartient à Finansinfrastruktur i Sverige AB, société anciennement nommée P27, elle-même détenue par Handelsbanken, Nordea, SEB, Swedbank et Danske Bank. P27 avait été constituée en 2017 pour bâtir une plateforme nordique de compensation multidevises, avant de racheter Bankgirot en 2021 pour en reprendre l'activité, puis de retirer sa demande d'agrément de compensation en 2023. La société propriétaire subsiste, alors que la plateforme nordique qu'elle devait construire a été abandonnée.
RIX et RIX-INST : un rail instantané que les banques n'utilisent pas
RIX est le système de règlement interbancaire exploité par la Riksbank. Il comporte deux services : RIX-RTGS pour les paiements de montant élevé et les positions agrégées, et RIX-INST pour les paiements instantanés unitaires. RIX-INST est en production depuis 2024, sur la plateforme TIPS de l'Eurosystème, que la Riksbank loue pour sa monnaie nationale. Une banque centrale hors zone euro règle donc sa devise sur l'infrastructure de la BCE. Le prédécesseur, Betalningar i Realtid (BiR), propriété des banques via Bankgirot, a été arrêté.
Depuis novembre 2024, RIX-INST accepte d'autres paiements instantanés que ceux de Swish. La Riksbank relève que seules deux petites banques en émettent quotidiennement. En Norvège et au Danemark, la quasi-totalité des banques offrent l'instantané directement dans la banque en ligne ou l'application. Les conditions techniques d'un instantané suédois hors Swish sont donc réunies, sans que les grandes banques du pays s'en saisissent.
L'explication réglementaire tient à la devise, le règlement européen sur les paiements instantanés imposant aux prestataires qui offrent le virement classique en euros d'offrir aussi le virement instantané en euros, sans surcoût. La couronne suédoise n'entre pas dans ce champ, et aucune obligation ne contraint donc une banque suédoise à ouvrir l'instantané en SEK dans sa banque en ligne. La Riksbank a choisi la voie de la recommandation publique assortie d'une échéance, et annonce qu'elle attend une offre ou un plan d'ici mars 2027.
Deux chantiers modifieront cette situation à court terme. TIPS Cross Currency a été développé par la Riksbank avec la BCE et la Danmarks Nationalbank, et permettra des paiements instantanés entre devises : euro, couronne suédoise et couronne danoise d'abord. L'ouverture aux participants de RIX-INST est prévue à partir de juin 2026. Le cadre NOLO du Nordic Payments Council, qui normalise les paiements depuis, vers et entre les devises scandinaves, doit être en place en novembre 2026. La Riksbank encourage les banques suédoises à l'adopter, et constate que l'intérêt du marché pour TIPS Cross Currency a jusqu'ici été faible.
| Devise d'envoi | Coût côté payeur | Ce que reçoit le bénéficiaire | Limite |
|---|---|---|---|
| DKK ou NOK | Taux de change de la banque du payeur, plus un forfait d'au moins 50 SEK en général | Le montant exact envoyé, dans sa devise | Le forfait écrase les petits montants ; la banque du bénéficiaire peut ajouter ses propres frais |
| EUR | Pas de forfait, la banque étant tenue par le règlement SEPA | Montant converti par la banque du bénéficiaire | Le payeur ignore à l'avance ce qui sera reçu, à cause de la seconde conversion |
| SEK | En général aucun frais direct pour le payeur | Montant converti par la banque du bénéficiaire, à son taux, éventuellement diminué d'un forfait | Coût déplacé sur le bénéficiaire, et invisible pour le payeur |
La Riksbank juge ces trajets insuffisants et engage un dialogue avec le marché sur les paiements intra-nordiques en devises nordiques. Ces paiements devraient selon elle obéir au même principe que les paiements vers ou depuis la zone euro, soit le prix d'un paiement domestique. Les grandes banques présentes dans plusieurs pays nordiques sont explicitement désignées comme responsables. L'issue de ce dialogue déterminera les grilles de frais transfrontalières applicables en 2027.
Klarna et la culture suédoise de la facture
Le paiement sur facture désigne la remise de la marchandise avant son règlement, le client recevant ensuite une facture portant une référence OCR et un numéro bankgiro. Cette séquence structure le commerce à distance suédois depuis des décennies. Klarna, fondée en 2005, l'a industrialisée puis exportée. Son produit historique suit la logique de la facture plutôt que celle du crédit à la consommation classique.
Le groupe se répartit entre plusieurs entités, dont une seule porte l'agrément bancaire. La maison mère Klarna Group plc est de droit anglais et gallois, et cotée au NYSE sous KLAR depuis le 10 septembre 2025. L'activité bancaire est portée par la filiale suédoise Klarna Bank AB, agréée par Finansinspektionen, Klarna détenant aussi Sofort, devenu Klarna Pay Now, et in3. Face à un commerçant, Klarna est donc simultanément un moyen de paiement, un prêteur et, de fait, un acquéreur.
Sur le marché domestique, le différé s'observe aussi en magasin, et l'enquête de la Riksbank auprès des petites entreprises fait apparaître une régularité. Plus le panier moyen est élevé, plus l'entreprise accepte la facture ou le paiement différé. Klarna et Qliro, en magasin, sont cités comme exemples. À l'inverse, plus le panier est faible, plus la carte de débit et l'espèce dominent. La composition d'un catalogue d'acceptation suédois suit donc le ticket moyen davantage que le canal de vente.
La disparition du cash, la résilience et le débat démocratique
Le recul de l'espèce fait en Suède l'objet d'un débat public, distinct du constat statistique qui le documente. Près de la moitié des répondants à l'enquête de la Riksbank jugent négatif, plutôt ou très, que l'usage des espèces diminue en Suède. La proportion est stable par rapport à 2023, et nettement supérieure à celle de 2022, où elle atteignait 36 %. La banque centrale attribue en partie ce basculement à une conscience accrue du risque de crise, liée à l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. Le refus d'acceptation alimente ce sentiment. Environ une personne sur trois ayant voulu payer en espèces en magasin s'est heurtée à un refus. Du côté des entreprises, une sur trois n'accepte pas l'espèce ; parmi elles, environ la moitié y a renoncé au cours des cinq dernières années. La raison la plus citée est le risque de sécurité, devant le temps de traitement et la difficulté à déposer la recette du jour.
L'accès aux espèces est encadré par la loi, et cet encadrement a été mis à l'épreuve en 2025. La Förordning (2010:1008) om betaltjänster fixe le seuil à son article 13. Au plus 0,3 % de la population doit avoir plus de 25 kilomètres à parcourir jusqu'au point de retrait le plus proche. Le seuil monte à 1,22 % pour le dépôt de recettes. Ces objectifs s'apprécient à l'échelle nationale, ce qui autorise des couvertures locales bien plus faibles.
Le Gouvernement a répondu par un projet de loi. Le texte « Åtgärder för att stärka kontanternas funktionssätt », qui découle de l'enquête sur les espèces conduite par le ministère des Finances en 2024, a été transmis au Lagrådet en décembre 2025. Trois mesures en ressortent. Les grandes banques seraient tenues d'offrir aux entreprises des services adaptés pour le fonds de caisse et la recette du jour. Les particuliers bénéficieraient du même principe de proximité que les entreprises pour les dépôts. Enfin, les magasins d'alimentation et les pharmacies seraient obligés d'accepter les espèces, sauf exceptions.
La Riksbank soutient ces propositions et en demande une de plus. Elle veut y ajouter les stations-service avec personnel. Le carburant conditionne les transports essentiels en cas de crise ou d'état de préparation renforcée. Toutes les grandes enseignes avec stations servies acceptent déjà l'espèce, si bien que le coût d'une telle obligation resterait faible.
Le débat déborde la question des espèces et porte aussi sur le paiement des factures au guichet. Ce service n'est plus rendu que dans 32 lieux du pays, si l'on n'est pas client d'une banque déterminée, la chute atteignant 95 % depuis 2017, et 80 % depuis 2021. L'opération peut coûter jusqu'à 200 SEK par facture. Les 190 agences de caisses d'épargne locales qui rendent ce service l'ouvrent uniquement à leurs propres clients. Un marché entièrement numérique produit ainsi ses propres exclus, demandeurs d'asile, étudiants en visite, personnes sans compte de paiement, qui n'ont plus de moyen de régler une facture. L'État commence à en tirer les conséquences.
E-krona, euro numérique et souveraineté monétaire
La Suède est souvent citée comme le pays le plus avancé vers une monnaie numérique de banque centrale. Son projet d'e-krona est pourtant arrêté. Entre 2017 et 2023, la Riksbank a instruit les questions économiques, juridiques et techniques d'une couronne numérique. En 2023, l'enquête publique sur les paiements a examiné le rôle de l'État sur ce marché, et a conclu qu'il n'existait pas de besoin sociétal suffisant pour émettre une e-krona. Le rapport soulignait la rapidité des évolutions et la possibilité d'un réexamen.
Le sujet revient en 2026 par la voie de l'euro numérique. La BCE avance sur ce projet, dont le cadre législatif est en négociation au Conseil et au Parlement européen. Si ce cadre aboutit, la BCE estime qu'une émission serait possible en 2029. La Riksbank y voit une question de compétitivité monétaire, qu'elle formule explicitement. Si l'euro numérique s'impose, l'infrastructure et le droit européens des paiements pourraient se façonner autour de lui, et une partie des flux suédois pourrait quitter la couronne.
La Riksbank adresse en conséquence une recommandation au Riksdag et au Gouvernement dans son rapport 2026. Elle demande une commission d'enquête sur les modifications législatives nécessaires à une éventuelle e-krona, l'objectif étant de pouvoir l'introduire dans un délai raisonnable, si le Parlement le décidait. Le déclencheur proposé est précis : la finalisation du règlement sur l'euro numérique, et une décision d'émission prise par la BCE. L'émission d'une e-krona requiert de toute façon une décision du Riksdag.
L'option technique envisagée porte sur la plateforme d'exécution. Une e-krona pourrait, par accord avec la BCE, utiliser la plateforme de l'euro numérique. La Riksbank y voit un avantage de coût et une compatibilité entre paiements suédois et européens. Elle relève un second bénéfice, l'euro numérique étant prévu avec des capacités hors ligne, si bien qu'une e-krona bâtie sur la même plateforme renforcerait la préparation suédoise. Le même raisonnement que pour RIX-INST sur TIPS s'applique ici, la Suède louant l'infrastructure de l'Eurosystème plutôt que de la reconstruire.
| Forme | Émetteur | Statut | Ce qu'un opérateur doit en retenir |
|---|---|---|---|
| Billets et pièces | Sveriges Riksbank | En circulation, usage en fort recul | Monnaie de banque centrale accessible au public ; seul rail fonctionnant sans électricité ni réseau |
| Réserves en RIX | Sveriges Riksbank | En production | Monnaie de banque centrale réservée aux participants ; c'est là que Swish et Bankgirot deviennent définitifs |
| Monnaie de banque commerciale | Banques agréées | Dominante | Créance sur la banque ; support de la quasi-totalité des paiements suédois |
| Monnaie électronique | Établissements de monnaie électronique | En production | Ces établissements peuvent désormais demander à participer à RIX et à Bankgirot |
| E-krona | Sveriges Riksbank | Arrêtée, pilote clos, enquête recommandée | Ne pas la présenter comme un projet en cours : elle suppose une décision du Riksdag qui n'a pas été prise |
Un dernier chantier réglementaire porte sur la déclaration des statistiques de paiement. Les règles RBFS 2025:1 de la Riksbank visent les prestataires et opérateurs de systèmes établis en Suède, ainsi que les prestataires étrangers y disposant d'une succursale. Sont à déclarer : virements, virements instantanés, paiements par carte, retraits aux distributeurs et prélèvements, ainsi que le nombre de cartes émises et de comptes de paiement. L'entrée en vigueur est fixée au 1er octobre 2026, la déclaration des transferts étant reportée au 1er octobre 2027.
Opérer en Suède : ce qu'il faut brancher, ce qui casse, ce qui coûte
L'entrée sur le marché suédois suppose le raccordement à trois briques locales : une identité électronique, un rail d'adressage, un rail instantané. BankID assure l'enrôlement du client et la validation de l'opération, dans la forme que le public suédois connaît. Le numéro bankgiro et la référence OCR autorisent le lettrage automatique des encaissements sur facture. Swish porte le pair-à-pair et une part de l'e-commerce qui échappent à un catalogue construit sans lui.
| Canal | À brancher en priorité | Ce qui suit | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| Magasin, petit ticket | Carte de débit sans contact, cartes en téléphone | Espèces si biens essentiels | 92 % des petites entreprises acceptent la carte de débit ; 18 % des derniers achats passent par une carte dans le téléphone |
| Magasin, ticket élevé | Carte, puis facture ou différé | Swish Företag pour les cas sans caisse | Plus le panier moyen est élevé, plus la facture et le différé sont acceptés (enquête Riksbank 2025) |
| E-commerce | Klarna et Swish Handel, puis carte | Trustly ou un initiateur DSP2 pour le pay-by-bank | En ligne, Swish et le différé sont les plus cités ; la carte pèse 64 % sur trente jours |
| Facturation et abonnement | Bankgiro avec référence OCR, Autogiro | E-faktura vers la banque en ligne du client | Autogiro n'est pas un prélèvement SEPA : mandat, format et devise sont domestiques |
| Remboursements et gains | Swish Utbetalning | Virement bankgiro | Adressage par numéro de téléphone, sans détenir de coordonnées bancaires |
Le coût de l'encaissement est mal connu des commerçants suédois eux-mêmes. Interrogées par la Riksbank, les petites entreprises peinent à chiffrer leurs frais d'encaissement, et une sur trois déclare ne pas savoir. Parmi celles qui répondent, 25 % les estiment entre 0 et 1 % du chiffre d'affaires, 31 % entre 1 et 2 %, et 8 % au-delà de 2 %. Chez celles qui pratiquent aussi la vente en ligne, 35 % jugent le coût plus élevé en e-commerce qu'au point de vente physique, contre 9 % qui le jugent plus faible.
La continuité de l'encaissement en cas de coupure réseau se vend en Suède comme une caractéristique du service, et non comme un argument de conformité abstrait. 86 % des petites entreprises déclarent pouvoir encaisser même si leur connexion internet habituelle est coupée, leur solution principale, pour 61 % d'entre elles, combinant espèces et Swish. À partir du 1er juillet 2026, le paiement carte hors ligne pour les biens essentiels s'ajoutera à ces dispositifs. Un prestataire qui vend en Suède sans réponse documentée sur le mode dégradé se prive d'un argument que ses concurrents locaux utilisent déjà.
- Sveriges Riksbank, banque centrale, opérateur de RIX et RIX-INST, autorité de la préparation des paiements, auteur du rapport annuel qui fixe l'agenda du marché.
- Finansinspektionen, superviseur prudentiel ; c'est lui qui impose aux banques propriétaires de Bankgirot la bascule ISO 20022 d'ici décembre 2026.
- Bankgirot (Bankgirocentralen BGC AB), compensation des paiements bankgiro, des virements et d'Autogiro, détenu par Finansinfrastruktur i Sverige AB, ex-P27.
- Getswish AB, exploitant de Swish, devenu société de compensation agréée sous la loi 2024:114.
- Finansiell ID-Teknik BID AB, exploitant de BankID, prérequis d'authentification de la quasi-totalité des paiements en ligne.
- Post- och Telestyrelsen contrôle le respect par les banques des obligations d'accès aux espèces ; Länsstyrelsen i Dalarnas län surveille les services de paiement de base.
- Nordic Payments Council, normalisation régionale ; auteur du cadre NOLO attendu en novembre 2026.