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🇨🇭 Les paiements en Suisse

TWINT et ses 901 millions de transactions, la QR-facture qui a enterré le bulletin de versement, SIC et l'arrêt programmé d'euroSIC, PostFinance, l'interchange fixé par la COMCO : ce qu'il faut pour encaisser en francs

Un marché à part : sa monnaie, ses rails, ses règles

Le marché suisse des paiements désigne l'ensemble des instruments, des systèmes de règlement et des règles applicables aux transactions en franc suisse sur le territoire de la Confédération. Il couvre environ neuf millions d'habitants. La monnaie nationale n'est pas l'euro, et le pays n'appartient ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, ni à l'Eurosystème. Le droit européen des paiements ne s'y applique donc pas de plein droit. La deuxième directive sur les services de paiement, la DSP2, le plafond européen d'interchange et le règlement européen sur les paiements instantanés y sont sans portée. Les taux, les obligations et les délais qui structurent un modèle de coût proviennent en Suisse d'autres sources, exposées dans les sections suivantes.

Le franc suisse ne circule pas dans SEPA, dont les schémas de virement et de prélèvement, définis par le Conseil européen des paiements, ne couvrent que l'euro. Encaisser en francs suppose donc un compte suisse et le système SIC. Les banques suisses participent aussi aux schémas SEPA pour leurs flux en euro, sans être soumises aux règlements européens qui encadrent ces schémas. Un même établissement relève ainsi de deux régimes selon la devise du flux traité. Un facturier venu de la zone euro conserve son accès SEPA, limité à l'euro, et cet accès ne lui permet pas d'encaisser un montant en francs : c'est l'erreur la plus fréquente à l'entrée sur le marché suisse.

901 M
transactions TWINT en 2025, en hausse de 17 % sur un an
TWINT AG, bilan annuel publié en janvier 2026
26,5 %
part des espèces dans les transactions au point de vente
Swiss Payment Monitor 1/2026 (HSG / ZHAW), enquête octobre-novembre 2025
≈ 1 028 M
transactions traitées chaque année par le système SIC
SIX Interbank Clearing, six-group.com, 2026
0,44 %
interchange moyen des cartes de crédit sur les transactions domestiques, depuis août 2017
COMCO/WEKO, accord amiable de décembre 2014
Présentiel (n = 18 623)À distance (n = 4 069)Entre particuliers (n = 1 669)
Espèces30 %3 %44 %
Carte de débit35 %14 %5 %
Carte de crédit14 %19 %3 %
Applications de paiement (TWINT…)18 %30 %44 %
E-banking / virement0 %21 %3 %
Suisse, parts de transactions par situation de paiement (BNS, Zahlungsmittelumfrage 2024)

L'enquête de la Banque nationale suisse fait apparaître trois résultats. En situation présentielle, la carte de débit passe devant les espèces, avec 35 % des transactions contre 30 %. Entre particuliers, les applications de paiement atteignent 44 %, au même niveau que les espèces. Dans les paiements à distance, l'e-banking représente 21 % des transactions, part sans équivalent dans un marché de carte. Le virement conserve donc en Suisse un usage de paiement de détail, et pas seulement une fonction de trésorerie.

Le Swiss Payment Monitor 1/2026, mené par l'Université de Saint-Gall et la ZHAW auprès de 1 173 personnes en octobre et novembre 2025, mesure les mêmes usages selon une autre méthode. En rattachant chaque portefeuille mobile au produit sous-jacent, il attribue 33,6 % des paiements au point de vente à la carte de débit et 26,5 % aux espèces. La carte de crédit en représente 25,3 % et TWINT 10,6 %. L'écart avec l'enquête de la Banque nationale suisse tient à la convention de classement retenue. Un paiement TWINT ou Apple Pay compte comme une application dans un cas, et comme la carte ou le compte sous-jacent dans l'autre. Les deux séries décrivent donc le même marché à partir de deux définitions de l'instrument.

🔑
Quatre choses qui n'existent pas en Suisse
Il n'y a pas de DSP2, donc aucun droit d'accès aux comptes opposable aux banques. L'open banking suisse repose sur des accords contractuels entre établissements, et non sur une obligation légale. Il n'y a pas d'IFR, et les taux d'interchange résultent d'accords amiables conclus avec l'autorité de concurrence. Il n'y a pas de SEPA en francs, puisque le prélèvement européen ne fonctionne qu'en euro. Il n'y a pas de règlement européen sur les paiements instantanés, l'obligation de recevoir un paiement instantané ayant été imposée par la Banque nationale suisse aux participants de SIC par la voie contractuelle.

TWINT : le seul wallet national d'Europe qui a tenu

TWINT est un portefeuille de paiement mobile suisse, utilisé en magasin, en ligne et entre particuliers. Il est exploité par TWINT AG, détenue par les grandes banques suisses, PostFinance et SIX. Le service fonctionne par QR code et s'adosse directement au compte bancaire du payeur, sans emprunter les rails carte. L'opération se déroule entre la banque du payeur et celle du bénéficiaire, hors de la chaîne d'acceptation carte. TWINT n'a donc pas eu à négocier sa place dans cette chaîne, et son déploiement a supposé la construction d'un réseau d'acceptation distinct.

Le service actuel résulte de la fusion de deux solutions concurrentes apparues séparément en Suisse. La première portait déjà le nom de TWINT et était poussée par PostFinance. La seconde, Paymit, était portée par SIX, UBS et la Zürcher Kantonalbank. Aucune des deux n'atteignait la masse critique, l'usage d'un portefeuille dépendant du nombre de porteurs équipés et de commerçants raccordés. Les deux camps ont fusionné en 2017 sous le nom de TWINT, avant que l'adoption de masse ne s'installe.

2014
Lancement de TWINT
PostFinance met en service la première version du portefeuille, adossée au compte postal.
2015
Paymit entre en scène
SIX, UBS et la Zürcher Kantonalbank lancent une solution concurrente. Le marché se fragmente.
2017
Fusion TWINT–Paymit
Les deux camps se réunissent sous la marque TWINT. Première année d'exploitation commune : 4 millions de transactions.
2020
Cap des 100 millions
TWINT franchit pour la première fois 100 millions de transactions annuelles.
2025
901 millions de transactions
Croissance de 17 % sur un an, plus de 6 millions d'utilisateurs, soit environ deux tiers de la population.
901 M
transactions en 2025, contre 4 millions lors de la première année d'exploitation commune
TWINT AG, janvier 2026
> 6 M
utilisateurs, pour environ neuf millions d'habitants
TWINT AG, janvier 2026
81 % / 86 %
des commerces physiques et des boutiques en ligne suisses acceptent TWINT
TWINT AG, janvier 2026
77 % / 23 %
répartition entre paiements commerciaux et paiements entre particuliers
TWINT AG, janvier 2026

L'acceptation de TWINT chez un commerçant obéit à des règles distinctes de celles d'une marque carte. Le dispositif ne comporte ni interchange au sens des schemes, ni BIN à router, ni tokenisation EMV à gérer. La contestation d'un paiement relève du contrat TWINT et de la relation entre le payeur et sa banque, et non des règles de Visa ou de Mastercard. Un service client habitué aux procédures de chargeback carte applique donc une seconde procédure, définie par ce contrat.

  • En magasin : QR affiché à la caisse, QR statique sur un autocollant, ou déclenchement par balise sur le terminal. Trois intégrations distinctes, avec trois parcours de rapprochement différents.
  • En ligne : TWINT apparaît comme un moyen de paiement à part entière dans la page de paiement, généralement via la passerelle du PSP ; le porteur confirme dans l'application, pas dans un formulaire carte.
  • Entre particuliers : 23 % des transactions. Ce flux ne concerne pas le commerçant, mais il explique le taux d'installation, donc le taux de conversion en caisse.
  • Usages de niche : parking, marchés, distributeurs automatiques, collectes associatives. C'est là que TWINT a gagné les cas d'usage que la carte servait mal.
  • Acceptation : 81 % des commerces physiques et 86 % des boutiques en ligne. Ne pas proposer TWINT en Suisse est une décision, pas un oubli acceptable.

La QR-facture, qui a enterré le bulletin de versement

La QR-facture est le format normalisé de facture utilisé en Suisse depuis juin 2020 pour le règlement des créances. Elle a remplacé les bulletins de versement rouges et orange, les BV et BVR, sur lesquels le paiement de facture suisse reposait depuis des décennies. Le bulletin orange portait une référence structurée de 27 chiffres, sur laquelle le facturier rapprochait automatiquement le paiement. Ce mécanisme de rapprochement était d'une efficacité rare, et le bulletin lui-même n'était pas lisible par une machine moderne. Le nouveau format conserve le principe de la référence structurée et corrige ce point. La référence structurée y est transportée dans un code lisible par les applications bancaires.

Une section de paiement détachable porte un Swiss QR Code, identifiable par la croix suisse en son centre, qui contient toutes les données de paiement sous forme numérique. Les mêmes données figurent en clair à côté. Le payeur scanne le code dans son application bancaire, et le facturier reçoit une référence exploitable pour rapprocher le règlement de la facture correspondante. SIX et la place financière suisse ont conduit cette bascule pendant la migration vers ISO 20022.

Juin 2020
Mise en circulation
Les premières QR-factures entrent en service. Les deux formats coexistent pendant deux ans.
30 septembre 2022
Fin des bulletins de versement
Les BV et BVR rouges et orange cessent d'être traités. Une facture émise sur ces supports n'est plus payable, quel que soit le logiciel qui l'a produite.
21 novembre 2025
Implementation Guidelines 2.3
Version en vigueur des règles de mise en œuvre de la QR-facture publiées par SIX.
22 novembre 2025
Adresse structurée obligatoire
Seule l'adresse structurée est désormais admise dans la QR-facture, accompagnée d'un jeu de caractères spéciaux élargi.
14 novembre 2026
Implementation Guidelines 2.4
Prochaine version annoncée : le calendrier de mise en conformité se prépare un an à l'avance.
Numéro de compteType de référenceUsageCe que le facturier obtient
QR-IBANRéférence QR (QRR)Successeur direct du bulletin orange BVRRapprochement automatique sur une référence structurée, avec chiffre de contrôle
IBANCreditor Reference ISO 11649 (SCOR)Facturation internationale, référence normaliséeRapprochement automatique, format reconnu hors de Suisse
IBANSans référence (NON)Successeur du bulletin rouge BVUn message non structuré : le rapprochement redevient manuel
Les trois combinaisons admises dans une QR-facture

Le QR-IBAN désigne le même compte que l'IBAN ordinaire du créancier, exprimé avec un identifiant d'institut financier particulier, le QR-IID, pris dans la plage réservée 30000 à 31999. Cet identifiant signale à la banque que le paiement porte une référence structurée à restituer au bénéficiaire. Une QR-facture associant une référence QR à un IBAN ordinaire est donc rejetée à la lecture. La combinaison inverse n'est pas davantage conforme : un QR-IBAN doit toujours être accompagné d'une référence QR.

⚠️
Adresse structurée : le chantier que beaucoup d'ERP ont manqué
Depuis le 22 novembre 2025, la QR-facture admet uniquement l'adresse structurée, avec la rue, le numéro, le code postal et la localité dans des champs séparés. L'adresse combinée en deux lignes libres, tolérée jusque-là, n'est plus acceptée. L'anomalie apparaît tardivement dans la chaîne de traitement. La facture est générée sans erreur applicative, puis refusée au moment de la lecture du code. La reprise porte sur le référentiel client lui-même, et tout référentiel rempli à la main pendant des années est concerné. Une correction de cette ampleur ne se conduit pas la veille de l'échéance.

La QR-facture constitue le support principal du recouvrement suisse. Elle se combine avec les avis de crédit ISO 20022 (camt.054 pour les notifications détaillées) pour relier la facture, le paiement et le lettrage. La mise en conformité d'un facturier étranger porte sur trois points. Le système doit produire un QR-IBAN lorsqu'il emploie une référence QR, consommer les avis camt transmis par la banque, et enregistrer l'adresse du créancier sous forme structurée.

SIC, l'instantané, et la fin annoncée d'euroSIC

SIC, pour Swiss Interbank Clearing, est le système de règlement interbancaire du franc suisse. Il est entré en service en 1987 et compte parmi les tout premiers systèmes de règlement brut en temps réel au monde. Il reste le seul en Europe de l'Ouest à traiter dans la même infrastructure les gros montants interbancaires et les paiements de détail. La Suisse ne sépare pas un système de virements de masse et un RTGS. Les deux catégories de flux empruntent la même plateforme. Le règlement s'y opère en monnaie de banque centrale. La finalité est immédiate.

SIC est exploité par SIX Interbank Clearing SA pour le compte et sous la surveillance de la Banque nationale suisse. La BNS ne gère pas elle-même l'infrastructure, mais elle en fixe les règles et impose les obligations aux participants. Là où l'Union européenne légifère, la Suisse contractualise : l'obligation ne vaut que pour les établissements qui participent à SIC, et non pour tout prestataire de paiement du pays. Le résultat opérationnel est comparable à celui d'un règlement européen ; le levier juridique ne l'est pas.

1987
année de mise en service de SIC, l'un des premiers RTGS au monde
SIX Interbank Clearing
≈ 1 028 M
transactions traitées par an
SIX Interbank Clearing, six-group.com, 2026
≈ 6 000 Md CHF
chiffre d'affaires entre institutions financières lors des mois de pointe
SIX Interbank Clearing, six-group.com, 2026
> 95 %
des paiements clients suisses joignables en instantané dès le lancement d'août 2024
SIX / BNS, août 2024
Un virement en francs, de l'ordre au lettrage
Payeur
Émet l'ordre depuis son e-banking ou son ERP
Message ISO 20022 `pain.001` selon les Swiss Payment Standards ; la référence QR de la facture est reprise telle quelle
Banque du payeur
Contrôle la couverture et soumet à SIC
SIC vérifie automatiquement que l'ordre est couvert sur le compte de règlement du participant ; sinon l'ordre est mis en file
SIC
Règle en monnaie de banque centrale, opération par opération
Règlement brut, irrévocable dès exécution. En instantané, le même moteur traite l'ordre 24 h sur 24 et 7 jours sur 7
Banque du bénéficiaire
Crédite le compte et notifie
Avis de crédit `camt.054`, relevé `camt.053` : la référence structurée remonte au facturier
Facturier
Lettre automatiquement
La référence QR identifie la facture sans intervention humaine, héritage direct du bulletin orange

Le paiement instantané en franc suisse repose sur la plateforme SIC5, mise en service par SIX et la BNS le 17 novembre 2023, soit après l'ouverture de l'instantané en euro. Le service y est disponible en permanence. La Suisse n'a pas créé de système distinct pour ces opérations, qui sont réglées dans SIC même, en monnaie de banque centrale. La zone euro a retenu une autre solution, avec la plateforme TIPS placée à côté de T2. La Suisse a refondu son RTGS pour qu'il fonctionne sans interruption.

L'obligation d'accepter ces paiements a été imposée par la même voie contractuelle. Les participants ayant reçu plus de 500 000 paiements clients entrants en 2020 doivent accepter les paiements instantanés depuis le 20 août 2024. Les autres établissements actifs dans le trafic des paiements clients ont jusqu'à la fin 2026. Une soixantaine d'établissements étaient joignables au lancement, couvrant plus de 95 % des paiements clients. L'obligation porte sur la seule réception. L'émission reste facultative, et tous les payeurs suisses ne peuvent pas encore envoyer un paiement en instantané.

euroSIC est le système de règlement des paiements en euro de la place financière suisse, construit en 1999, l'année du passage à la monnaie unique. Il traite les paiements en euro entre établissements suisses et ouvre l'accès aux infrastructures européennes. La SECB Swiss Euro Clearing Bank GmbH, établie à Francfort et opérationnelle depuis le 1er janvier 1999, tient les avoirs en euro des participants, gère la liquidité et assure le raccordement aux systèmes de l'Eurosystème. Plus de 150 établissements suisses et européens l'utilisent.

⚠️
euroSIC s'arrête le 31 décembre 2027
SIX a annoncé en mars 2025 l'arrêt d'euroSIC au 31 décembre 2027. Aucune transaction n'y sera traitée après cette date. Une banque suisse exécutant des paiements en euro doit donc reconstruire son schéma de règlement, par un accès direct aux systèmes de l'Eurosystème ou par une banque correspondante établie dans la zone euro. Le choix retenu se répercute sur les facturiers, puisqu'un mandat de prélèvement libellé en euro depuis un compte suisse emprunte ce rail. La préparation consiste à obtenir de la banque de règlement la solution qu'elle a retenue et la date de bascule prévue.

Prélèvement et facturation : LSV+ meurt, eBill prend la suite

Le prélèvement suisse désigne les procédures nationales de perception directe sur le compte du débiteur, distinctes du prélèvement SEPA et exploitées par des opérateurs suisses. Deux d'entre elles dominent le marché. LSV+, opéré par SIX, s'adresse aux particuliers et ouvre un droit d'opposition au débiteur. BDD, pour Business Direct Debit, vise le business-to-business, sans droit d'opposition, sur des créances élevées entre partenaires liés par contrat. PostFinance exploite en parallèle sa propre procédure, Debit Direct, adossée au compte postal.

Ces procédures reposent sur un mandat signé à la main, échangé sur papier, dans un format antérieur à ISO 20022. Leurs volumes diminuent. SIX a décidé de fermer LSV+ et BDD, et a publié un calendrier d'extinction qui court de l'arrêt des adhésions, le 31 décembre 2025, à la dernière perception possible, le 30 septembre 2028 : moins de trois ans pour remplacer chaque mandat en vigueur.

ProcédureOpérateurDeviseDroit d'oppositionStatut
LSV+SIXCHF (et EUR via euroSIC)OuiArrêt le 30 septembre 2028 ; plus d'activation depuis le 31 décembre 2025
BDD (Business Direct Debit)SIXCHFNon, réservé au B2BArrêt le 30 septembre 2028
Debit DirectPostFinanceCHFOuiProcédure propre au compte postal
eBill Direct DebitSIXCHFOui, comme LSV+Lancé fin juin 2025, solution de remplacement désignée
Prélèvement SEPA (SDD)Schéma du Conseil européen des paiementsEUR uniquementSelon le schéma SEPAUtilisable depuis un compte suisse, pour l'euro seulement
Les rails de prélèvement utilisables en Suisse en 2026
Fin juin 2025
Lancement d'eBill Direct Debit
SIX met en service le prélèvement numérique adossé à l'écosystème eBill, avec droit d'opposition comme LSV+. Communiqué du 26 mai 2025.
31 décembre 2025
Fermeture des adhésions
Plus aucun établissement financier ni facturier ne peut être activé sur LSV+ ou BDD.
31 décembre 2027
Arrêt d'euroSIC
Les prélèvements libellés en euro dépendent de ce rail : leur horizon est antérieur à celui du reste de LSV+.
30 septembre 2028
Dernier prélèvement LSV+/BDD
Après cette date, aucune perception n'est plus possible. Les mandats existants doivent avoir été remplacés.

La solution de remplacement repose sur eBill, système de facturation électronique lancé par SIX en 2018. Le facturier y dépose sa facture directement dans l'e-banking du client, qui l'approuve depuis la même interface. L'adoption est large, avec plus de 3,5 millions d'utilisateurs fin novembre 2024 et, selon SIX, plus de la moitié des ménages suisses en mai 2025. eBill Direct Debit, mis sur le marché fin juin 2025, ajoute le prélèvement à cette infrastructure. Le mandat y devient numérique. La validation se fait dans l'e-banking, et les messages sont conformes à ISO 20022.

⚠️
Un mandat papier ne se recycle pas en mandat numérique
La difficulté principale tient à la portée juridique du mandat. Un mandat LSV+ signé à la main autorise SIX et la banque du débiteur à honorer une perception, sans valoir par lui-même autorisation d'une perception eBill Direct Debit. Chaque débiteur doit donner une nouvelle autorisation depuis son e-banking. Un facturier comptant des dizaines de milliers de débiteurs organise donc une campagne de ré-adhésion, dont le taux de conversion demeure inférieur à 100 %. Les débiteurs sans réponse doivent être basculés vers un autre moyen de perception, QR-facture, ordre permanent ou carte. Vingt-quatre mois ne sont pas de trop pour une campagne de cette nature, l'échéance du 30 septembre 2028 marquant la dernière perception possible.

Cartes, acquisition et interchange : la COMCO à la place du législateur

Les cartes de paiement suisses se répartissent entre les cartes de débit, adossées au compte du porteur, et les cartes de crédit. La carte de débit a changé de marque au début des années 2020, et ce changement a modifié sa nature même. Elle portait jusque-là Maestro ou V PAY, deux marques qui ne fonctionnaient pas en ligne. Les banques les ont remplacées par Debit Mastercard et Visa Debit. Mastercard a cessé d'émettre de nouvelles Maestro le 1er juillet 2023. Les porteurs suisses ont ainsi disposé pour la première fois d'une carte de débit utilisable en e-commerce.

La BNS relève un recul de la carte de crédit dans les paiements à distance, à 19 % contre 27 % deux ans plus tôt, et l'attribue à l'arrivée du débit en ligne. La composition du flux encaissé par un commerçant suisse s'en trouve modifiée, avec une part de débit plus élevée qu'avant la migration. Les taux d'autorisation et les règles d'authentification diffèrent entre débit et crédit. Un paramétrage établi pour un flux majoritairement crédit demande donc un réexamen.

L'interchange suisse résulte d'accords amiables conclus entre la Commission de la concurrence (COMCO en français, WEKO en allemand) et les schemes, au titre de la loi sur les cartels. Aucune loi n'en fixe le niveau. Chaque accord est négocié, daté et renouvelable, et il ne couvre que les schemes signataires. La construction d'un modèle de coût suppose donc d'identifier, pour chaque flux, l'accord applicable et l'année dont il relève.

FluxTauxSource et date de la décision
Crédit, transaction domestique0,44 % en moyenneAccord amiable de décembre 2014, applicable depuis août 2017
Débit Mastercard, domestique en présentiel0,12 %, plafonné à 30 centimes dès 300 francs, soit environ 0,1 % en moyenneDécision du 6 mai 2024
Débit Visa, domestique en présentiel0,15 % en moyenne au maximumDécision du 18 juillet 2025
Débit, domestique en ligne0,25 % depuis le 1er novembre 2025, contre 0,31 % auparavantDécision du 18 juillet 2025
Débit Visa émis dans l'EEE, chez un commerçant suisse0,2 %, contre 1 % auparavantDécision du 18 juillet 2025
Crédit Visa émis dans l'EEE, chez un commerçant suisse0,44 %, contre 1,15 % auparavantDécision du 18 juillet 2025
Taux d'interchange applicables en Suisse (accords amiables COMCO/WEKO)

L'accord de juillet 2025 introduit une nouveauté dans la pratique de la COMCO. L'autorité y a obtenu pour la première fois une baisse de l'interchange transfrontalier, celui qui s'applique quand une carte européenne est présentée chez un commerçant suisse. Ce flux occupe une place importante dans l'hôtellerie, la restauration et le commerce de frontière. La COMCO chiffre l'allègement pour le commerce suisse à plus de 10 millions de francs par an. L'accord de 2014 sur le crédit domestique avait été évalué à 50 à 60 millions annuels par rapport à la situation d'avant 2015.

⚠️
Ne transposez pas une grille EEE à un contrat suisse
Les plafonds de 0,2 % et 0,3 % du règlement (UE) 2015/751 ne s'appliquent ni aux cartes suisses, ni aux commerçants suisses. Trois écarts en découlent. Le crédit domestique suisse s'établit à 0,44 %, soit près de 50 % au-dessus du plafond européen applicable au crédit. Le débit domestique en présentiel est en revanche moins cher que dans l'EEE, entre 0,1 et 0,15 %. Les accords COMCO ne portent enfin que sur l'interchange, les frais de scheme et la marge de l'acquéreur demeurant entièrement libres, comme partout ailleurs.

PostFinance et les acteurs qu'il faut connaître

PostFinance SA est la filiale de services financiers de La Poste suisse, qui tient le compte postal et exploite le trafic de paiements associé. Elle a reçu de la FINMA une autorisation bancaire assortie de conditions le 6 décembre 2012, devenue effective avec la transformation de La Poste en société anonyme le 26 juin 2013. La Banque nationale suisse l'a désignée d'importance systémique en 2015. Elle est donc une banque supervisée et systémique. Elle n'a pourtant pas le droit d'octroyer elle-même des crédits ni des hypothèques, parce que la législation postale le lui interdit.

Cette interdiction éclaire la place de l'établissement dans les paiements. Privée du revenu d'intérêt qu'apporte un bilan de crédit, PostFinance a développé son activité sur le compte courant, le trafic des paiements et la facturation. Le compte postal sert d'infrastructure de paiement à l'échelle nationale. TWINT est né chez PostFinance en 2014, avant la fusion avec Paymit.

🏛️
Banque nationale suisse
Banque centrale, autorité monétaire et surveillante des infrastructures des marchés financiers d'importance systémique. SIC est exploité pour son compte. Elle a imposé l'obligation de recevoir les paiements instantanés.
⚙️
SIX
Opérateur d'infrastructure de la place financière. Exploite SIC, euroSIC, eBill, la QR-facture et les Swiss Payment Standards. Actionnaire de TWINT AG. La plupart des décisions structurantes du marché passent par ses comités.
📮
PostFinance
Banque systémique sans droit de crédit propre, actionnaire de TWINT AG, opérateur de la procédure de prélèvement Debit Direct et émetteur de la PostFinance Card, second scheme de débit domestique du pays.
🛒
Acquéreurs et passerelles
Worldline, héritier de SIX Payment Services, est l'interlocuteur historique de l'acceptation en Suisse. Nexi est présent, et Datatrans reste la passerelle e-commerce la plus courante côté intégration.

La PostFinance Card est le second scheme de débit domestique suisse, distinct du réseau des banques et adossé au compte postal. Elle est co-badgée Debit Mastercard depuis 2022, ce qui lui a ouvert l'acceptation internationale sans supprimer le scheme domestique. Une transaction peut emprunter l'une ou l'autre marque. Le routage et la tarification appliqués par l'acquéreur dépendent de la marque effectivement utilisée.

ℹ️
Reka : un scheme fermé qui a traversé le siècle
Reka, exploité depuis 1939 par la Caisse suisse de voyage, est une monnaie complémentaire fermée réservée aux loisirs et aux voyages. Les employeurs la distribuent à leurs salariés avec un rabais, sous forme de Reka-Card ou de Reka-Check. Peu de schemes fermés ont survécu en Europe, et celui-ci en fait partie. L'acceptation concerne surtout le tourisme, la restauration et les transports, et elle relève d'un circuit propre au scheme, distinct de celui de la carte bancaire.

FINMA, BNS et le cadre d'agrément

La supervision financière suisse est partagée entre deux autorités aux compétences distinctes. La FINMA, Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, agrée et contrôle les établissements. La Banque nationale suisse surveille les infrastructures des marchés financiers d'importance systémique, au titre de la stabilité du système. Un établissement bancaire relève de la FINMA, quand un système de paiement relève des deux autorités, à des titres différents.

L'accès des acteurs non bancaires au marché a été organisé par étapes, sans reprendre le régime européen des établissements de paiement. La Suisse a créé d'abord un espace d'innovation, puis une autorisation intermédiaire dite fintech. Trois régimes coexistent aujourd'hui, et le montant des dépôts du public acceptés détermine celui qui s'applique.

RégimeCe qu'il permetPlafond de dépôts du publicBase et date
Espace d'innovation (sandbox)Accepter des dépôts du public sans autorisation, sans limite du nombre de déposants1 million de francs au totalOrdonnance sur les banques, depuis le 1er août 2017
Autorisation fintech (art. 1b LB)Accepter des dépôts du public, sans les investir ni les rémunérer ; garde collective d'actifs cryptobasés100 millions de francsArt. 1b de la loi sur les banques, depuis janvier 2019
Autorisation bancaireActivité bancaire complète, dont le placement et la rémunération des dépôtsSans plafondLoi sur les banques
Les régimes d'autorisation applicables à un acteur du paiement en Suisse

Deux conditions encadrent l'autorisation fintech. Les dépôts reçus ne peuvent être ni investis, ni rémunérés, de sorte que le modèle économique de l'établissement doit tenir sans revenu de placement. Le siège et l'activité doivent se trouver en Suisse, sous forme de société anonyme, de société en commandite par actions ou de société à responsabilité limitée. La FINMA range l'émission de moyens de paiement parmi les activités soumises à autorisation.

La loi sur le blanchiment d'argent s'applique à tout intermédiaire financier, quel que soit le régime prudentiel retenu. Un acteur sous autorisation fintech porte sur ce terrain les mêmes obligations de diligence qu'une banque. Le plafond de 100 millions allège les exigences prudentielles, sans réduire les obligations issues de cette loi. Les projets étrangers rencontrent le plus souvent leur difficulté sur ce point.

ℹ️
Pas de DSP2, ce que cela change concrètement
Aucun texte suisse n'oblige une banque à ouvrir ses comptes à un tiers agréé. L'accès aux données de compte se négocie établissement par établissement, par contrat et par interface propriétaire. Deux conséquences en découlent pour un agrégateur ou un initiateur de paiement. Le passeport européen ne produit aucun effet en Suisse, et le déploiement suppose un accord distinct avec chaque banque. Il n'existe pas non plus d'obligation d'authentification forte au sens de la DSP2, les règles applicables étant celles des schemes et des contrats.
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La Suisse, laboratoire de la MNBC de gros
Project Helvetia, mené par la BNS avec SIX Digital Exchange et la Banque des règlements internationaux, est en phase III depuis 2023. Une monnaie numérique de banque centrale de gros y est émise en valeur réelle, puis utilisée pour régler des transactions sur titres tokenisés en production. Aucun autre dispositif au monde ne réalise cette opération à ce jour. Les règlements ainsi effectués sont juridiquement définitifs. L'expérience contredit donc les affirmations selon lesquelles aucune MNBC de gros n'existe.

Encaisser en Suisse : ce qui casse en production

Les difficultés rencontrées par les projets étrangers en Suisse ont toutes la même origine : une hypothèse importée de la zone euro, que rien ne signale comme fausse. Ces hypothèses ne produisent pas d'erreur technique visible. Les traitements s'exécutent et les factures sont émises, alors que les prélèvements échouent et que les rapprochements comptables restent incomplets. La liste suivante reprend ces situations dans l'ordre où elles se manifestent au cours d'un déploiement.

  • Croire que le prélèvement SEPA couvre le franc. Il ne couvre que l'euro. Un mandat SDD sur un compte suisse en francs ne perçoit rien.
  • Confondre IBAN et QR-IBAN. Une référence QR exige un QR-IBAN, dont l'identifiant d'institut est pris entre 30000 et 31999. Le mélange produit une facture non conforme, refusée à la lecture.
  • Générer une adresse combinée. Depuis le 22 novembre 2025, seule l'adresse structurée passe. Le référentiel client doit être repris, pas l'éditeur de facture.
  • Ignorer l'échéance LSV+. Les perceptions s'arrêtent le 30 septembre 2028 et aucune nouvelle activation n'est possible depuis le 31 décembre 2025. Le remplacement suppose un nouveau mandat par débiteur.
  • Oublier euroSIC. Le rail euro suisse ferme le 31 décembre 2027. Tout flux en euro depuis un compte suisse doit être re-routé avant.
  • Traiter TWINT comme une marque carte. Ni interchange de scheme, ni chargeback carte, ni tokenisation EMV. Le rapprochement et le service client demandent une procédure propre.
  • Appliquer une grille d'interchange EEE. Le crédit domestique suisse est à 0,44 %, le débit présentiel à 0,1 à 0,15 %. Le modèle de coût européen se trompe dans les deux sens.
  • Supposer un accès aux comptes de plein droit. Sans DSP2, l'agrégation et l'initiation se négocient banque par banque.
QuestionPourquoi elle est décisiveQui répond
En quelle devise j'encaisseLe franc passe par SIC, l'euro par euroSIC jusqu'à fin 2027 puis par un autre montageBanque de règlement
Comment je perçois le récurrent après 2028LSV+ et BDD s'arrêtent ; eBill Direct Debit impose un nouveau mandat par débiteurBanque et éditeur de facturation
Mon ERP produit-il une QR-facture conforme 2.3Adresse structurée obligatoire ; version 2.4 attendue le 14 novembre 2026Éditeur ou intégrateur
Est-ce que je propose TWINT81 % des commerces physiques et 86 % des boutiques en ligne l'acceptentPSP ou acquéreur
De quel accord COMCO relève chaque flux carteDomestique, en ligne et transfrontalier n'ont ni le même taux ni la même dateAcquéreur, contrat en main
Cinq questions à poser avant d'ouvrir le marché suisse
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Ce qu'il faut retenir du marché suisse
Le marché suisse forme une architecture complète et cohérente, organisée autour du compte bancaire plus que de la carte. Le règlement interbancaire passe par SIC, la créance par la QR-facture, le geste de paiement par TWINT et la relation entre facturier et client par eBill. Trois échéances en modifient l'état, fin 2026 pour l'instantané généralisé, fin 2027 pour euroSIC et septembre 2028 pour le prélèvement historique. Un projet suisse lancé aujourd'hui traverse ces trois dates, et sa conception porte donc sur l'état d'arrivée du marché.