Le contre-remboursement comme norme
Le contre-remboursement désigne le règlement d'une commande au moment de sa remise au destinataire, entre les mains du transporteur, et non lors de la validation du panier. Il se nomme ramburs en roumain et наложен платеж en bulgare. Ce mode de règlement capte encore la majorité des commandes de biens physiques dans les deux pays. Le circuit d'encaissement suit trois étapes. Le marchand expédie le colis avant d'avoir été payé, le livreur encaisse à la remise, en espèces ou par carte sur son terminal mobile, puis le transporteur reverse les fonds quelques jours plus tard. L'encaissement se joue donc chez le transporteur, en dehors de la chaîne du prestataire de paiement.
La persistance du contre-remboursement tient à un équilibre trouvé entre les transporteurs, les consommateurs et les marchands, plus qu'à un retard d'équipement. Les transporteurs roumains et bulgares ont bâti des réseaux denses de casiers et de points relais, dont l'encaissement fait partie intégrante, et le reversement au marchand suit rapidement. Le consommateur y gagne un droit de refus au seuil de sa porte, sans procédure de remboursement ni délai bancaire. Le marchand y gagne une conversion supérieure sur les nouveaux clients et sur les paniers ruraux, contrepartie qu'il paie par un taux de refus de colis élevé.
| Critère | Contre-remboursement | Carte ou virement instantané à la commande |
|---|---|---|
| Qui encaisse | Le transporteur, à la livraison | Le PSP ou l'acquéreur, à la validation du panier |
| Délai de crédit du marchand | Reversement du transporteur après livraison, selon contrat | Cycle acquéreur usuel, J+1 à J+3 |
| Coût unitaire | Commission de gestion d'encaissement du transporteur, s'ajoutant au port | Commission commerçant, plafonds d'interchange IFR applicables (EEE) |
| Refus et retours | Colis refusé à la porte : port aller et retour perdus, stock immobilisé | Retour classique après paiement, remboursement à traiter |
| Risque de fraude | Faible sur le paiement, élevé sur la commande fictive | Fraude CNP, atténuée par l'authentification forte |
| Réconciliation | Sur le bordereau du transporteur, hors flux bancaire carte | Sur la remise acquéreur et le virement associé |
La Bulgarie dans l'euro : ce qui a basculé le 1er janvier 2026
Le Conseil de l'Union européenne a adopté le 8 juillet 2025 les trois actes ouvrant l'entrée de la Bulgarie dans la zone euro. Ces actes sont la décision (UE) 2025/1407, le règlement (UE) 2025/1408, qui modifie le règlement (CE) n° 974/98, et le règlement (UE) 2025/1409, qui fixe le taux de conversion. Le lev a été remplacé au taux irrévocable de 1,95583 BGN pour 1 EUR, qui correspond exactement à son cours pivot dans le mécanisme de change. La Bulgarie est le 21e membre de la zone euro depuis le 1er janvier 2026.
Le changement de monnaie s'inscrit dans une continuité longue, la Bulgarie vivant sous caisse d'émission depuis plus de vingt-cinq ans, à taux fixe contre l'euro. Environ 70 % de sa dette publique était déjà libellée en euro, pour un encours total atteignant 23,8 % du PIB en 2024, deuxième niveau le plus bas de l'Union. Le pays avait enregistré un excédent budgétaire lors de 13 des 27 exercices précédents. La BCE relève en revanche un soutien public faible à l'euro, nourri par la crainte de hausses de prix (BCE, Bulletin économique, 2026).
BORICA : BISERA, blink et Bcard
BORICA AD concentre à elle seule l'infrastructure de paiement bulgare. Détenue par dix-neuf banques, elle assure la compensation de détail et le commutateur carte national. Elle gère également les distributeurs et les terminaux, l'émission, l'autorisation et la lutte contre la fraude. L'arrivée d'un intégrateur en Bulgarie passe donc par un point de passage unique, et non par un marché fragmenté d'opérateurs techniques. Le calendrier d'un raccordement dépend des fenêtres de traitement et des certifications de BORICA.
| Système | Exploitant | Objet | Statut en 2026 |
|---|---|---|---|
| RINGS | Banque nationale de Bulgarie (BNB) | Règlement brut en temps réel en lev | Arrêté ; flux migré vers T2 |
| BISERA6 | BORICA AD | Compensation des virements de clientèle en lev, y compris budgétaires et instantanés, jusqu'à 999 999 999,99 BGN | Arrêté au 1er janvier 2026 |
| BISERA | BORICA AD | Virements de clientèle en euro selon les schémas SEPA : SCT et SCT Inst | En production, système de référence |
| blink | BORICA AD | Programme instantané national : P2P par numéro de mobile, stationnement, transport, dons | En production |
| Bcard | BORICA AD | Scheme de carte national, conçu selon les orientations SEPA Cards | En production |
| T2 / TIPS / T2S | Eurosystème | Règlement en monnaie de banque centrale, instantané paneuropéen, titres | Bulgarie raccordée depuis le 1er janvier 2026 |
Les paiements instantanés en lev sont entrés en production au printemps 2021 dans BISERA6, sous la marque blink. Le rail a connu depuis une croissance rapide. En 2024, dernière année avant l'euro, il a traité 22,635 millions d'opérations pour 36,920 milliards de leva, en hausse de 102,1 % en volume et de 96,4 % en valeur sur un an. Sa part de l'ensemble des virements en lev passés par BISERA6 atteignait alors 20,36 %, contre 3,51 % en 2022 (BORICA, 2025), et la progression s'est poursuivie.
Bcard est le scheme de carte domestique bulgare, porté par la National Card and Payment Scheme. La BNB l'a autorisé en 2016, sur la base de la carte nationale Borica antérieure, et la première carte Bcard a été émise en juin 2018. L'acceptation revendiquée porte sur plus de 5 470 distributeurs et environ 103 220 terminaux, physiques et virtuels, chez 43 730 commerçants (National Card and Payment Scheme, consulté en 2026). La marque reste invisible depuis l'étranger. Toute intégration acquéreur en Bulgarie doit vérifier si elle figure au périmètre contractuel.
La Roumanie : TRANSFOND, ReGIS, SENT et RoPay
TRANSFOND S.A., détenue par la Banque nationale de Roumanie et par les banques commerciales, exploite l'ensemble de l'infrastructure interbancaire de détail du pays. Cette gouvernance mixte, qui associe le régulateur et les régulés au capital de l'opérateur, est peu répandue en Europe. La BNR possède le système de règlement brut, que TRANSFOND opère, au même titre que la chambre de compensation, le rail instantané et la couche d'initiation par mobile. Un acteur qui se raccorde en Roumanie n'a donc qu'un seul interlocuteur technique.
| Système | Exploitant | Depuis | Objet |
|---|---|---|---|
| ReGIS | BNR (exploitation TRANSFOND S.A.) | 2005 | Règlement brut en temps réel en leu roumain |
| SENT | TRANSFOND S.A. | 2005 | Chambre de compensation de masse en RON et en EUR ; seuil usuel de 50 000 lei |
| Plăți instant | TRANSFOND S.A. | 2019 | Virement instantané en leu, moins de dix secondes, 24/7/365 |
| RoPay | TRANSFOND S.A. | déploiement 2024-2025 | Couche d'initiation nationale posée sur Plăți instant : QR, lien profond, NFC, alias téléphone |
| BLIK România | BLIK ROMANIA S.A. | autorisé en octobre 2024 | Système de paiement dédié au règlement des transactions de commerce électronique, plafonnées à 50 000 lei |
RoPay est une couche d'initiation nationale posée sur Plăți instant, qui normalise le déclenchement d'un virement instantané dans les applications bancaires qui l'ont adopté. Elle répond à la fragmentation des applications bancaires roumaines. Le paiement s'y engage par un QR affiché en caisse, par un lien profond depuis un site, par une lecture NFC, ou par le numéro du bénéficiaire employé comme alias de son IBAN. CEC Bank et Libra Internet Bank ont ouvert le service les premières, dès 2024, avant que les grands réseaux ne suivent en 2025, à savoir BCR, BRD, Banca Transilvania et ING Bank România. Le schéma de place RoPay 2.0 est entré en vigueur le 1er septembre 2025. Le dispositif reprend l'approche retenue par BLIK en Pologne et par qvik en Hongrie.
Le conseil d'administration de la BNR a autorisé en octobre 2024 l'exploitation du système de paiement BLIK ROMANIA, dont l'opérateur est BLIK ROMANIA S.A., adossé au standard polonais Polski Standard Płatności. Le périmètre initial est le commerce électronique, avec un plafond de 50 000 lei par transaction. Aucun autre système de paiement d'un État membre n'avait obtenu jusque-là une autorisation de fonctionnement locale en Roumanie. Ce cas isolé mérite l'attention des équipes de conformité.
La carte et son décollage
Le rattrapage roumain sur la carte s'est joué en cinq ans, et les indicateurs de paiement publiés par la BNR pour décembre 2025 en donnent la mesure. Le parc atteint 28,63 millions de cartes actives, en hausse de 10,07 % sur six mois. Sur ce total, 24,68 millions portent une fonction de retrait. Le nombre de distributeurs monte à 11 136, celui des terminaux de paiement à 729 408 et celui des points EFTPOS à 685 731. La progression semestrielle des terminaux dépasse 161 000 unités.
La valeur des paiements électroniques roumains a dépassé pour la première fois celle des retraits aux distributeurs. La portée de cet indicateur demeure limitée, puisqu'il mesure la valeur transitant par les rails électroniques sans mesurer la part des achats du quotidien réglés autrement qu'en espèces. Les deux indicateurs divergent fortement dans un pays où le contre-remboursement domine encore les achats en ligne.
En Bulgarie, l'équipement est plus ancien et le circuit plus concentré, l'autorisation carte, la commutation, la gestion des terminaux et des distributeurs passant par BORICA pour la plus grande partie du marché. UniCredit Bulbank, DSK Bank, United Bulgarian Bank, Postbank et Fibank s'y raccordent ou opèrent leur propre pile. Visa et Mastercard dominent l'émission. Le scheme domestique Bcard occupe une niche d'acceptation locale, sur les services publics notamment.
- Vérifier la couverture Bcard dans le contrat d'acquisition bulgare : la marque n'apparaît pas dans les tunnels internationaux et peut manquer sans que rien ne le signale.
- Distinguer terminal et point EFTPOS dans les statistiques roumaines : la BNR publie les deux séries, et les écarts se lisent mal si l'on confond les définitions.
- Prévoir le sans-contact et le portefeuille : Google Pay et Apple Pay sont installés dans les deux marchés et tokenisent sur les réseaux internationaux.
- Contrôler les délais d'installation : en Roumanie, le texte impose trente jours à l'accepteur, ce qui donne un levier contractuel à un marchand en déploiement.
Encaisser : acquéreurs, PSP et fintechs locales
L'encaissement en Roumanie et en Bulgarie repose sur des acquéreurs, des passerelles de paiement, des établissements de monnaie électronique et des banques solidement installés localement, que les panoramas européens recensent rarement. Les ignorer coûte cher, pour deux raisons. Ces acteurs distribuent les moyens de paiement que le consommateur local reconnaît, et une acquisition transfrontalière conclue avec un seul prestataire international laisse échapper une part du panier.
Revolut Bank est le nouvel entrant qui a déplacé les usages roumains. Sa succursale roumaine est opérationnelle depuis fin novembre 2024, et la migration des comptes clients vers un IBAN roumain a débuté en décembre 2024. L'établissement opère sous la licence bancaire délivrée par la Banque de Lituanie, au titre du passeport européen, avec notification à la BNR. Les dépôts relèvent du système de garantie lituanien. La couverture est plafonnée à 100 000 €.
Ce qui casse et ce qui coûte
La difficulté opérationnelle de ces deux marchés n'est pas technique, elle est comptable. Une commande roumaine réglée à la livraison produit une recette qui figure sur un bordereau de transporteur, avec son calendrier de reversement et sa commission, et non dans une remise acquéreur ou dans un relevé monétique. Un marchand dont la réconciliation repose sur le triptyque remise, virement, relevé se trouve donc devant une quatrième source, extérieure au système de paiement et souvent absente de son ERP.
| Sujet | Roumanie | Bulgarie | Où cela se règle |
|---|---|---|---|
| Encaissement à la livraison | Majoritaire en ligne ; reversement par le transporteur | Majoritaire en ligne ; même schéma | Contrat transporteur : délai de reversement, commission, traitement du refus |
| Devise | Leu roumain (RON), non arrimé à l'euro | Euro depuis le 1er janvier 2026 ; lev disparu | Politique de change et de tarification, à réviser pour la Bulgarie |
| Instantané | Deux rails séparés : Plăți instant en RON, SCT Inst en EUR | Rail unique en euro : BISERA et TIPS | Table de routage du moteur de paiement |
| Facturation électronique | RO e-Factura : B2B depuis le 1er juillet 2024, B2C depuis le 1er janvier 2025, transmission au SPV sous 5 jours ouvrés | Pas d'équivalent national obligatoire à la même échéance | ERP et chaîne de facturation, format XML CIUS-RO fondé sur EN 16931 |
| Espèces | Loi n° 70/2015 : 5 000 lei par transaction entre personnes physiques depuis le 1er janvier 2025, fractionnement interdit | Plafond de 10 000 BGN converti en 5 111,92 € | Politique d'encaissement en magasin et contrôles caisse |
| Affichage des prix | Affichage en leu | Double affichage lev / euro obligatoire du 8 août 2025 au 8 août 2026 | Fiches produit, étiquettes, catalogues, publicités chiffrées |
- Modéliser le refus de colis comme une ligne de coût distincte, avec port aller, port retour, manutention et réassort.
- Réconcilier quatre sources en Roumanie et en Bulgarie : remise acquéreur, virement bancaire, relevé monétique et bordereau de reversement du transporteur.
- Traiter RO e-Factura comme une contrainte de délai : la transmission au SPV court sous cinq jours ouvrés à compter de l'émission, indépendamment du cycle d'encaissement.
- Conserver les libellés en lev antérieurs à 2026 : ils doivent rester lisibles et convertibles pour les litiges et les contrôles.
- Vérifier l'adhésion instantanée banque par banque : en Roumanie, la couverture de Plăți instant et de RoPay s'est construite établissement par établissement.
Les banques centrales et l'horizon 2027
Les fonctions des deux banques centrales ont divergé le 1er janvier 2026. La Banque nationale de Bulgarie, devenue banque centrale nationale de l'Eurosystème, a achevé son raccordement à l'ensemble des TARGET Services, T2 pour le règlement brut, TIPS pour l'instantané et T2S pour les titres. La connexion au système de gestion du collatéral de l'Eurosystème a suivi, et la BNB a fermé RINGS et retiré à BORICA la licence d'exploitation de BISERA6. La Banque nationale de Roumanie conserve un système de règlement brut national et une monnaie propre.
Le rapport de convergence publié par la BCE le 24 juin 2026 examine la situation de la Roumanie au regard des critères d'adhésion. Le critère de stabilité des prix n'est pas rempli, l'inflation dépassant nettement la valeur de référence de 2,7 %. Le critère budgétaire ne l'est pas davantage, le déficit atteignant plus de 3 % du PIB en 2025, sous une procédure de déficit excessif ouverte depuis 2020, dont le délai de correction a été repoussé à 2030. Le taux d'intérêt à long terme s'établit à 6,7 %, pour une valeur de référence de 5,1 %. La législation nationale n'est pas pleinement compatible. La Roumanie ne participe pas non plus au mécanisme de change MCE II, étape préalable obligatoire.
- Bulgarie : BORICA prévoit plus de 4 millions de transferts blink en 2026, pour une valeur supérieure à 600 M€ (BORICA, janvier 2026). Le rail est jeune, la base d'usage progresse vite.
- Roumanie : RoPay et son schéma 2.0 concentrent l'effort de place sur l'initiation compte à compte, avec l'ambition affichée de disputer à la carte le paiement de proximité et le e-commerce.
- Les deux : le contre-remboursement recule sans disparaître, et son sort dépend davantage des transporteurs et de la logistique de retour que des moyens de paiement eux-mêmes.
- Absent des deux marchés : Wero et l'alliance EuroPA n'y sont pas déployés à ce jour, ce qui laisse la place aux standards nationaux et à l'expansion régionale de BLIK.