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🇵🇰 Les paiements au Pakistan

Raast, PayPak, 1LINK, JazzCash et Easypaisa : comment encaisser dans un marché de 240 millions d'habitants où la banque centrale opère elle-même le rail instantané, où le commerce en ligne se règle de compte à compte et où 41,6 Md $ de remises migrantes arrivent chaque année, pour moitié du Golfe

Un marché de rails publics, de wallets télécoms et de liquide

Le marché pakistanais des paiements de détail réunit les opérations des particuliers et des commerçants, qu'elles empruntent un canal numérique ou les espèces. Le pays a bâti en cinq ans une infrastructure de paiement instantané que peu de marchés émergents égalent. Les espèces n'ont pas reculé pour autant. Sur le trimestre janvier–mars 2026, les canaux formels ont traité 3,7 milliards d'opérations de détail pour 168 800 Md PKR (SBP, Quarterly Payment Systems Review Q3 FY26). La hausse atteint 9 % en volume sur un seul trimestre. Les canaux numériques y portent 92 % du nombre d'opérations, alors que leur poids en valeur tombe à 68 300 Md PKR, environ 40 % du total. Une part de 92 % en nombre pour 40 % en valeur signifie que le montant moyen d'une opération numérique reste très inférieur à celui d'une opération réglée par un autre canal. Les montants élevés circulent hors du numérique.

3,7 Md
opérations de détail au trimestre janvier–mars 2026, pour 168 800 Md PKR
SBP, Quarterly Payment Systems Review Q3 FY26
92 %
part des canaux numériques dans le volume, contre ≈ 40 % de la valeur
SBP, Q3 FY26
132 M
utilisateurs enregistrés d'applications bancaires et de wallets fin mars 2026, contre 96 M un an plus tôt
SBP, Q3 FY26
68,25 M
cartes de paiement en circulation, dont 57,2 M de cartes de débit
SBP, Q3 FY26
≈ 11 900 Md PKR
billets en circulation au 24 juillet 2026, pour une masse monétaire M2 de 46 460 Md PKR fin juin 2026
SBP, statistiques monétaires hebdomadaires, 2026

Le stock de billets en circulation a continué de croître pendant que les volumes numériques progressaient, passant d'environ 10 900 Md PKR à la mi-2025 à près de 12 000 Md PKR un an plus tard. Les deux courbes montent ensemble. La progression du paiement numérique s'est donc faite sur des usages nouveaux, sans que les usages existants du liquide se réduisent d'autant. Un plan d'encaissement construit sur l'hypothèse d'une substitution rapide des espèces anticipe un mouvement que les relevés de 2025 et 2026 ne montrent pas.

🔑
Le régulateur est aussi l'opérateur, et parfois le concurrent
La State Bank of Pakistan supervise le secteur, délivre les licences et exploite à la fois le RTGS PRISM+ et le rail instantané Raast. Elle fixe par circulaire le prix maximal d'un virement interbancaire et subventionne le paiement marchand par QR. Ces attributions se cumulent sur une même institution. Un acteur privé qui s'établit sur ce marché a donc pour interlocuteur unique son superviseur, propriétaire de l'infrastructure qu'il emprunte et tarificateur de cette infrastructure. Son prix de revient sur ce rail dépend d'une décision réglementaire, et non d'une négociation commerciale avec un opérateur tiers.

Cinq familles d'acteurs se partagent le marché. Les banques commerciales viennent en premier, une poignée d'entre elles concentrant l'acquisition marchande. Les deux banques de microfinance adossées à des opérateurs télécoms, JazzCash et Easypaisa, portent la base d'utilisateurs la plus large. Le switch interbancaire 1LINK, propriété d'un consortium bancaire, exploite aussi le scheme carte domestique PayPak. Les établissements de monnaie électronique agréés depuis 2019 restent très peu nombreux. La cinquième famille se réduit à la banque centrale elle-même, qui opère Raast.

Raast : la banque centrale opère son propre rail

Raast, lancé par la SBP en 2021, est un rail instantané, gratuit pour le particulier, et adressable par alias. Le Raast ID est le numéro de mobile de l'utilisateur, rattaché à un IBAN. Un virement Raast contourne le switch privé de 1LINK et règle directement dans PRISM+, là où le virement interbancaire classique emprunte ce switch commissionné. Aucun interchange n'est prélevé sur Raast. L'absence d'interchange prive de ressource le modèle acquéreur habituel, dans lequel la commission payée par le marchand rémunère aussi l'établissement émetteur.

1995
NIFT
Création de la chambre de compensation des chèques, confiée à une société privée sous supervision de la SBP.
1999
1LINK
Le consortium bancaire met en service le switch national, avec les distributeurs partagés, puis l'IBFT et le paiement de factures.
2007
PS&EFT Act
Le Payment Systems and Electronic Fund Transfers Act donne à la SBP la base légale pour agréer et surveiller les systèmes de paiement.
2008
PRISM
Ouverture du RTGS, couplé au dépositaire central de titres. Point de règlement unique du pays.
avril 2016
PayPak
1LINK lance le scheme carte domestique. Le Pakistan devient le 28e pays au monde à opérer son propre réseau carte.
2019
Régime EMI
La SBP crée le statut d'établissement de monnaie électronique, ouvrant la porte à des acteurs ni bancaires ni télécoms.
2021
Raast et Asaan Mobile Account
Rail instantané public et gratuit ; en décembre, ouverture de compte et opérations en USSD via *2262#, sans smartphone ni données.
janvier 2025
Première banque de détail numérique
La SBP accorde à Easypaisa Bank Limited la première licence Digital Retail Bank du pays.
septembre 2025
Subvention Raast P2M
Enveloppe publique de 3,5 Md PKR pour subventionner le paiement marchand par QR, dans le programme « Cashless Economy ».
janvier 2026
Raast et maisons de change
La circulaire EPD n° 02 du 15 janvier 2026 autorise les exchange companies licenciées à créditer les remises directement par Raast.
juin 2026
PayPak crédit
1LINK annonce la première carte de crédit domestique, opérée avec Euronet Pakistan en modèle de service managé.
742,1 M
transactions Raast au trimestre janvier–mars 2026, pour 23 270 Md PKR
SBP, Quarterly Payment Systems Review Q3 FY26
664 M
dont opérations entre particuliers (+10 % sur un trimestre), pour 18 880 Md PKR
SBP, Q3 FY26
55,9 M
paiements marchands (P2M) au trimestre, contre 36,3 M au trimestre précédent
SBP, Q3 FY26
> 2,6 M
marchands enrôlés sur Raast P2M à fin mars 2026
SBP, Q3 FY26
⚠️
Le P2M pèse douze fois moins que le P2P, et la subvention expire
Avec 664 millions de virements entre particuliers contre 55,9 millions de paiements marchands sur le même trimestre, Raast sert douze fois plus au transfert entre personnes qu'à l'encaissement commercial. Les pouvoirs publics cherchent à réduire cet écart par une subvention. Elle vaut 0,5 % de la valeur de chaque paiement marchand par QR Raast, plafonnée à 100 PKR, versée aux établissements financiers et partagée à parts égales entre la banque du marchand et celle du client. Le dispositif couvre les opérations réalisées entre le 1er septembre 2025 et le 30 juin 2026, sur une enveloppe de 3,5 Md PKR. Les demandes se déposent chaque trimestre auprès de Raast Payments Pakistan, sous certification de l'audit interne. Le terme du 30 juin 2026 appartient au dispositif lui-même. Un compte d'exploitation qui retient cette subvention comme une ressource durable suppose donc une reconduction que le texte en vigueur ne prévoit pas.

Un second levier de croissance des volumes relève lui aussi de la puissance publique. La SBP a annoncé en octobre 2025 son intention de faire transiter par Raast l'intégralité des paiements de l'État d'ici la fin de l'exercice FY26. Sont visés les salaires publics, les pensions, les transferts sociaux et les recouvrements. Ces flux créditent des comptes qui deviennent actifs, et la base ainsi constituée rend le rail utilisable pour l'acceptation privée. Le Brésil et l'Inde ont connu le même mécanisme d'amorçage, l'État y jouant d'abord le rôle de premier client, puis celui de diffuseur de l'usage.

  • Le nombre de marchands QR actifs est passé d'environ 1,17 million en septembre 2025 à 2,5 millions en mars 2026 (SBP, données relayées en 2026). La croissance de l'enrôlement dépasse largement celle de l'usage.
  • Un Raast ID n'est pas obligatoire : l'IBAN reste une adresse valide. Les parcours qui imposent l'alias excluent une partie des bénéficiaires.
  • Raast règle en monnaie centrale, sans fenêtre de compensation : la réconciliation d'un encaissement Raast se fait au fil de l'eau, pas sur un fichier de règlement quotidien.
  • Aucun interchange n'est prélevé : il n'existe pas de flux de revenu partagé entre émetteur et acquéreur sur ce rail, hors subvention publique.

PayPak : la carte domestique et sa frontière

PayPak est le seul scheme carte domestique du pays, lancé par 1LINK en avril 2016. Il revendique 16,1 millions de cartes en circulation, soit environ 28 % du marché carte pakistanais (1LINK, 2025-2026). Son avantage porte sur le coût, avec des frais de scheme domestiques et un règlement en roupies, sans sortie de devises vers Visa ou Mastercard. L'argument ne porte pas sur les fonctions, identiques à celles d'une carte de débit internationale à l'intérieur du pays. Dans un pays sous contrainte de réserves de change, l'absence de sortie de devises intéresse aussi les autorités monétaires, au-delà de l'économie que les banques et les commerçants en retirent.

CritèrePayPakVisa / MastercardCe que cela change en pratique
AcceptationDomestique uniquementDomestique et internationaleUne carte PayPak ne règle ni un voyage ni un achat sur un site étranger : les banques co-badgent ou émettent deux cartes
Coût pour l'acquéreurInterchange et frais de scheme domestiques, sensiblement inférieursInterchange international, frais de scheme facturés en devisesL'écart de coût est le premier levier de négociation d'un contrat d'acceptation local
Devise de règlementPKR, règlement via 1LINK puis PRISM+Règlement hors Pakistan, exposition au changePayPak neutralise le risque de change et la consommation de réserves
Produits disponiblesDébit très majoritaire ; crédit domestique annoncé en juin 2026Débit, crédit, prépayé, commercialLe crédit revolving reste, en 2026, un territoire des marques internationales
Portage techniqueSwitch 1LINK, spécification domestiqueSpécifications scheme internationalesUn processeur étranger doit certifier séparément sur 1LINK. Ce n'est pas un simple paramétrage
Cartes au Pakistan : ce qui distingue les trois marques du point de vue de l'émetteur et du marchand

Le scheme domestique se prolonge vers le crédit, produit resté jusque-là un territoire des marques internationales. En juin 2026, 1LINK a annoncé la première carte de crédit domestique du pays, opérée avec Euronet Pakistan en modèle de service managé. Émission et traitement sont entièrement externalisés, hébergés sur l'infrastructure conforme PCI d'Euronet, et ouverts à tous les émetteurs licenciés par la SBP. Ce montage vise les banques moyennes. Faute de pouvoir amortir une plateforme de crédit propriétaire, elles entrent sur le produit sans en construire une.

⚠️
Le parc carte est un parc de retrait, pas d'acceptation
Sur le trimestre janvier–mars 2026, les cartes pakistanaises ont servi à 272,2 millions de retraits aux distributeurs, pour 4 990 Md PKR. Les terminaux n'ont enregistré que 150,4 millions d'opérations, pour 810 Md PKR (SBP, Q3 FY26), soit un rapport de six pour un en valeur. La carte pakistanaise reste donc massivement un instrument d'accès au liquide. Le parc émis mesure la diffusion de l'instrument ; les opérations sur terminal mesurent son emploi comme moyen de paiement, et ce second usage pèse six fois moins que le retrait. L'équipement des porteurs est acquis, l'habitude de payer en carte beaucoup moins.

Le réseau d'acceptation physique reste étroit au regard de la population, le pays comptant environ 248 000 terminaux de paiement pour quelque 217 000 marchands enregistrés (SBP, Q3 FY26). Les 2,5 millions de marchands qui acceptent le QR représentent plus de dix fois cet effectif. Les deux dispositifs n'ont pas le même coût de déploiement. Le terminal suppose un achat, une installation et une maintenance, là où le QR se limite à un identifiant affiché chez le marchand. La politique publique d'acceptation s'appuie sur cette asymétrie.

JazzCash, Easypaisa et l'économie des agents

Les deux wallets dominants du marché pakistanais sont des banques, et non de simples émetteurs de monnaie électronique comme leurs équivalents européens. JazzCash (2012) est exploité par Mobilink Microfinance Bank, filiale du groupe VEON/Jazz. Easypaisa (2009), pionnier du mobile money pakistanais, est devenu en 2025 la première banque de détail entièrement numérique du pays, sur agrément de la SBP. L'adossement à une licence de banque de microfinance est la signature du modèle pakistanais. La négociation commerciale se noue donc avec un établissement de crédit, soumis à des obligations prudentielles et à des délais de décision propres à ce statut.

📶
JazzCash
Environ 21 M d'utilisateurs actifs mensuels, 57 M de clients enregistrés et 850 000 marchands (communication société, 2025). Distribution adossée au parc d'abonnés Jazz, premier opérateur mobile du pays.
🏦
Easypaisa Digital Bank
Environ 18 M d'utilisateurs actifs mensuels, dont ~14 M sur application (communication société, 2025). Première licence Digital Retail Bank accordée par la SBP en janvier 2025.
🧑‍🌾
Le réseau d'agents
Le branchless banking pakistanais s'appuie sur plus de 700 000 points d'agents, dont environ 271 000 actifs (SBP, Branchless Banking Statistics, avril–juin 2025). L'écart entre inscrits et actifs est la donnée à modéliser.
📞
Asaan Mobile Account
Lancé le 13 décembre 2021 par la SBP et la Pakistan Telecommunication Authority. Ouverture de compte et opérations en USSD via *2262#, sur n'importe quel téléphone et n'importe quel opérateur, auprès de treize prestataires.
95,8 M
utilisateurs d'applications de branchless banking recensés au trimestre janvier–mars 2026
SBP, Q3 FY26
28,9 M
utilisateurs d'applications bancaires classiques sur le même trimestre
SBP, Q3 FY26
7,3 M
utilisateurs de wallets d'établissements de monnaie électronique
SBP, Q3 FY26
> 10 M
comptes ouverts via le canal USSD Asaan Mobile Account depuis 2021
World Economic Forum, 2026

Le réseau rémunère l'agent au geste, principalement sur le dépôt et le retrait d'espèces, selon une économie différente de celle d'un acquéreur occidental. Tant que le bénéficiaire d'un transfert retire son argent au comptoir, la marge se forme sur le cash-out et le rail numérique n'assure que le transport des fonds. Un opérateur qui supprime ce retrait ampute la rémunération de son propre canal de distribution. Cette contradiction structurelle explique que la numérisation du dernier kilomètre progresse moins vite que ne le laissent croire les volumes agrégés.

⚠️
Easypaisa : clause de changement de contrôle obligatoire
Easypaisa Digital Bank est détenue à 55 % par Telenor Group et 45 % par Ant Group, le contrôle revenant donc à Telenor. L'entité a été exclue de la cession de Telenor Pakistan au groupe PTCL, finalisée fin 2025, et Telenor a mandaté Citigroup en 2026 pour étudier la vente de sa participation. L'actionnariat de contrôle est donc en cours de réexamen depuis 2026. Tout contrat de distribution ou d'acquisition signé avec Easypaisa en 2026 doit prévoir une clause de changement de contrôle et une portabilité des données marchand, seules stipulations qui survivent au remplacement de l'actionnaire majoritaire. Le calendrier de ce risque est celui d'une opération capitalistique déjà engagée.

Encaisser au Pakistan : canaux, coûts, points de rupture

L'encaissement désigne l'ensemble des canaux par lesquels un commerçant reçoit le paiement de ses clients. Au Pakistan, le commerce en ligne se règle très majoritairement de compte à compte. Sur le trimestre octobre–décembre 2025, la SBP a recensé 305 millions d'achats en ligne pour 422 Md PKR (SBP, Q2 FY26). 95 % ont été réglés directement depuis un compte bancaire ou un wallet, 5 % seulement par carte. Un dispositif d'encaissement limité à l'intégration carte et au tunnel 3-D Secure couvre donc une transaction sur vingt. Les dix-neuf autres supposent un raccordement au virement de compte à compte, par Raast ou par les wallets.

CanalCoût pour le marchandCouvertureCe qui casse
Raast P2M (QR ou lien)Nul pour le client ; l'établissement perçoit 0,5 % plafonné à 100 PKR de subvention publique jusqu'au 30 juin 2026Tout titulaire d'un compte bancaire, d'un compte de banque de microfinance ou d'un wallet EMI raccordéL'après-subvention : aucun modèle de revenu acquéreur n'est établi au-delà de l'enveloppe publique
Wallets (JazzCash, Easypaisa)Commission négociée bilatéralement ; économie du réseau d'agents à financerLa base d'utilisateurs la plus large, y compris non bancariséeInteropérabilité inégale selon le canal ; dépendance à un partenaire qui est aussi un concurrent
PayPakInterchange et frais de scheme domestiques16,1 M de cartes, ≈ 28 % du parcAucune acceptation hors du pays ; parc quasi exclusivement débit
Visa / MastercardInterchange international, frais de scheme en devisesLe reste du parc carte, plus les porteurs étrangersSortie de devises, coût le plus élevé, exposition au change
Paiement à la livraisonFrais du transporteur, immobilisation de trésorerie, taux de refus à la porteUniverselleRetenue fiscale de 2 % prélevée par le transporteur depuis le 1er juillet 2025 ; réconciliation manuelle
Canaux d'encaissement domestiques : coût, couverture, et ce qui casse

La tarification du virement interbancaire est administrée par la banque centrale. La circulaire PSD n° 02 de 2021 impose aux banques la gratuité des transferts numériques jusqu'à 25 000 PKR par compte ou wallet et par mois. Au-delà de ce seuil agrégé, la commission ne peut dépasser 0,1 % ou 200 PKR. Les virements intra-banque et les réceptions restent gratuits. La banque est tenue de notifier chaque opération et de distinguer le montant gratuit du montant facturé. Ce plafond de 0,1 % ou 200 PKR fixe la recette maximale qu'un prestataire peut tirer du virement lui-même, quel que soit le montant transporté.

⚠️
Finance Act 2025 : les banques et les transporteurs sont devenus collecteurs d'impôt
Depuis le 1er juillet 2025, les ventes en ligne de biens livrés au Pakistan supportent une retenue à la source assise sur le montant brut. Le taux est de 1 % lorsque le paiement passe par un intermédiaire de paiement, banque acquéreuse, place de marché ou prestataire réglant le vendeur. Il monte à 2 % pour un paiement à la livraison encaissé par un transporteur. Les banques et les sociétés de transport sont désignées agents de retenue, et déclarent sur les formulaires STR-35 et STR-36, tandis que les places de marché déclarent sur le STR-34. Le différentiel est intentionnel. Le paiement en liquide est taxé deux fois plus que le paiement numérique. Un PSP étranger qui règle des vendeurs pakistanais figure dans l'énumération des intermédiaires de paiement visés par le taux de 1 %. Opérer ce flux suppose donc d'y intégrer le calcul et la déclaration de la retenue, et pas seulement le transport des fonds.
  • Convertibilité. La roupie est soumise au contrôle des changes. Sortir les fonds d'un compte marchand pakistanais est une opération documentée auprès d'un authorized dealer. Le risque d'un projet local est de trésorerie avant d'être technique.
  • Pas de rétrofacturation sur Raast. Le litige se règle en remboursement commercial. Les procédures de service client doivent être écrites avant la mise en production.
  • Réconciliation continue. Raast règle en temps réel sans fichier de compensation quotidien ; les outils conçus pour un cycle J+1 ne s'appliquent pas tels quels.
  • Certification 1LINK. Un processeur ou un PSP étranger doit se certifier séparément auprès du switch national. Ce n'est pas une variante de spécification scheme.
  • Double régime de licence. Encaisser suppose un statut PSO/PSP ; détenir des fonds clients suppose un statut EMI ou une licence bancaire. Les deux ne se confondent pas.

Peu de prestataires structurent l'acceptation en ligne. NIFT ePay, la passerelle domestique de NIFT, s'appuie sur la plateforme de TPS et sur Bank Alfalah comme banque de règlement. PayFast, exploité par Avanza Premier Payment System, est l'une des passerelles licenciées les plus répandues et prend en charge Raast P2M. Safepay cible l'intégration rapide sur les socles e-commerce standards. Keenu, opérateur de wallet et d'acceptation présent dans plus de 150 villes, traite plus d'un milliard de dollars de volume annuel et a été racheté par Bazaar Technologies en juillet 2025, opération approuvée par la SBP. Parmi les banques, HBL, Bank Alfalah et MCB concentrent une part importante de l'acquisition marchande.

Les remises du Golfe : le premier flux extérieur du pays

Les remises désignent les transferts que les travailleurs pakistanais établis à l'étranger adressent à des bénéficiaires résidant au pays. Elles forment le premier flux extérieur du Pakistan et ont atteint 41,6 Md $ sur l'exercice FY26, en hausse de 8,6 % (SBP, juillet 2026), après un bond de 26,6 % l'année précédente, à 38,3 Md $. Le gouverneur de la banque centrale a lié à ce flux la perspective d'un léger excédent du compte courant sur FY26. Le corridor du Golfe en fournit la moitié. Cette dépendance relève de la balance des paiements et explique l'attention réglementaire portée au canal.

41,6 Md $
remises des travailleurs reçues sur l'exercice FY26 (juillet 2025 – juin 2026), +8,6 %
State Bank of Pakistan, juillet 2026
9,78 Md $
en provenance d'Arabie saoudite, premier corridor du pays sur FY26
SBP, FY26
8,81 Md $
en provenance des Émirats arabes unis, deuxième corridor
SBP, FY26
6,33 Md $
en provenance du Royaume-Uni ; 5,23 Md $ depuis les pays de l'Union européenne
SBP, FY26
Une remise du Golfe vers un compte pakistanais, maillon par maillon
Travailleur migrant
Dépose des espèces en agence, ou ordonne un transfert depuis une application
Le canal reste largement physique à l'émission : maisons de change du Golfe, paie des travailleurs, guichets
Maison de change ou banque émettrice
Convertit et transmet l'ordre vers un correspondant pakistanais
Le change se fait à l'émission ; le taux appliqué est la principale composante du coût réel pour le client
Banque ou exchange company au Pakistan
Reçoit les fonds et identifie le bénéficiaire
Depuis la circulaire EPD n° 02 du 15 janvier 2026, les maisons de change licenciées peuvent utiliser Raast pour ce dernier maillon
Raast
Crédite directement le compte du bénéficiaire
Compte bancaire, compte de banque de microfinance ou wallet d'un établissement de monnaie électronique, sans frais pour le bénéficiaire
Bénéficiaire
Reçoit en compte, ou retire au comptoir d'un agent
Le retrait en espèces reste dominant et déplace la marge vers le réseau d'agents plutôt que vers le rail

La SBP a resserré le régime des maisons de change à partir de 2023, pour déplacer les remises du canal informel vers le canal formel. À partir de septembre 2023, elle a porté le capital minimum des exchange companies de 200 M à 500 M PKR, exigible avant le 31 décembre 2023. La catégorie B et les franchises ont été supprimées au profit d'une catégorie unique. Les banques actives sur ce marché ont dû créer leur propre filiale de change. Le seuil a ensuite été doublé à 1 Md PKR en décembre 2024, ces mesures accompagnant une campagne contre la contrebande de devises et les circuits hawala-hundi. La progression de 26,6 % enregistrée sur FY25 tient donc pour partie à ce transfert de flux vers le canal formel, et non à la seule évolution de la migration.

⚠️
La gratuité du transfert n'est plus financée par l'État
Le Telegraphic Transfer Charges Incentive Scheme (TTCIS), qui remboursait aux banques les frais de transfert renoncés sur les remises éligibles, a été supprimé au 1er juillet 2026, dans un contexte de conditionnalité du programme FMI. Les banques restent tenues d'appliquer la gratuité au client, sans mécanisme de compensation. La Pakistan Remittance Initiative demeure en place, et le gouverneur de la SBP a annoncé un nouveau dispositif d'incitation. Le prix affiché au remettant n'a pas bougé. La charge du service, auparavant remboursée par l'État, est désormais supportée par le bilan des banques. L'économie du corridor pakistanais est de ce fait en cours de renégociation.

Le Roshan Digital Account (RDA) est un compte ouvert à distance, sans déplacement au Pakistan. Ce second dispositif capte l'épargne de la diaspora plutôt que ses transferts courants. Il cumulait 13,365 Md $ d'entrées brutes à fin juin 2026, dont 2,09 Md $ rapatriés et 8,44 Md $ employés localement, pour 917 400 comptes ouverts à fin mars 2026 (SBP). Avril 2026 a marqué un record mensuel, à 321 M $. Le compte a été étendu aux ressortissants et sociétés étrangers en mars 2026. Sur le volet international, la SBP et le Fonds monétaire arabe ont signé en novembre 2023 à Abou Dabi un protocole d'accord qui vise l'interconnexion de Raast avec Buna, le système de paiement transfrontalier de la région arabe.

Les licences SBP : quatre portes, un seul guichet

Le socle légal est le Payment Systems and Electronic Fund Transfers Act, 2007, auquel s'ajoutent les Rules for Payment System Operators and Payment Service Providers et les règlements sectoriels de la SBP. Le Payment Systems Department de la banque centrale instruit les demandes, délivre les agréments et surveille les acteurs autorisés. Le parcours est séquentiel, de l'accord de principe à l'exploitation pilote d'une durée fixée dans la lettre d'approbation, puis à l'autorisation d'exploitation commerciale après évaluation de cette phase. Aucune de ces étapes ne peut être omise. Le mot « licencié » recouvre donc des situations différentes, un établissement encore en pilote ne pouvant pas servir le public à l'échelle.

RégimeBase réglementaireCapital minimumCe qu'il autorise
PSO / PSPPS&EFT Act 2007 + Rules for PSO/PSP200 M PKR, majoré de 25 % par ligne d'activité supplémentaireExploiter un système de paiement, une passerelle, un switch ; ne permet pas de détenir des fonds clients
EMIRegulations for Electronic Money Institutions (2019, révisées en juin 2023)200 M PKR au démarrage, puis barème progressif indexé sur l'encours de monnaie électroniqueÉmettre de la monnaie électronique, exploiter des wallets, cartes et objets connectés
Banque de microfinanceCadre bancaire, supervision prudentielle SBPExigences bancairesRégime de JazzCash et d'Easypaisa : dépôts, crédit, réseau d'agents branchless banking
Digital Retail BankCadre Licensing and Regulatory Framework for Digital Banks (2022)Exigences bancaires, libérées par phasesBanque de détail entièrement numérique ; première licence délivrée à Easypaisa Bank en janvier 2025
Exchange companyRégime de change SBP1 Md PKR depuis décembre 2024 (500 M PKR depuis fin 2023)Change manuel, remise de fonds ; depuis janvier 2026, crédit direct des remises par Raast
Les régimes d'autorisation pakistanais et ce qu'ils ouvrent

Le barème de capital des établissements de monnaie électronique est progressif et indexé sur l'encours émis. Un capital de départ de 200 M PKR autorise l'émission de monnaie électronique jusqu'à 4 Md PKR d'encours. Entre 4 et 10 Md PKR d'encours, l'exigence devient 200 M PKR plus 5 % de la fraction excédant 4 Md. Entre 10 et 20 Md PKR, elle passe à 500 M PKR plus 7,5 % au-delà de 10 Md. Passé 20 Md PKR, elle atteint 1,25 Md PKR plus 10 % de l'excédent. Le capital suit donc l'encours. Le chiffre d'affaires n'entre pas dans le calcul. Une croissance rapide de la base de wallets déclenche mécaniquement un appel de fonds propres.

ℹ️
Le régime EMI est un filtre, pas un guichet
Le registre de la State Bank of Pakistan ne recense que six établissements de monnaie électronique en exploitation commerciale, et fait apparaître quatre autorisations révoquées ou retirées. NayaPay a obtenu la première autorisation d'exploitation commerciale le 30 août 2021, SadaPay le 18 avril 2022. Ce registre officiel indique pour chaque établissement sa phase exacte, accord de principe, pilote ou exploitation commerciale, information qui ne se déduit pas du discours commercial de la contrepartie. Le plafond de chargement d'un wallet EMI est lui aussi réglementé. Il est de 25 000 PKR par mois sur vérification de la CNIC, et de 50 000 PKR sur vérification biométrique du client par un agent de l'établissement.

L'ouverture du régime de banque numérique s'est faite par étapes échelonnées sur trois ans. La SBP a délivré en janvier 2023 des lettres de non-objection à cinq candidats : HugoBank, KT Bank Pakistan, Mashreq Bank Pakistan, Raqami Islamic Digital Bank et Easypaisa. Les accords de principe ont suivi en septembre 2023, avant qu'Easypaisa Bank Limited ne reçoive la première licence Digital Retail Bank en janvier 2025. Mashreq Bank Pakistan a obtenu la première licence restreinte d'exploitation pilote. Raqami Islamic Digital Bank a été déclarée banque inscrite au 6 février 2026. Trois ans séparent donc les cinq lettres de non-objection de la mise en activité de trois établissements, durée qui donne l'ordre de grandeur du calendrier d'agrément pakistanais.

  • Vérifier la phase de licence de chaque contrepartie dans le registre officiel de la SBP, et pas dans sa communication.
  • Identifier la banque de règlement du dispositif : un PSO/PSP ne détient pas de fonds clients, il faut savoir chez qui l'argent dort.
  • Cartographier les flux de devises dès la conception : la sortie de fonds d'un compte pakistanais relève du régime de change, pas du contrat commercial.
  • Écrire la fonction de retenue fiscale (1 % / 2 %) dans le périmètre du projet si le flux touche au commerce en ligne.
  • Prévoir une clause de changement de contrôle sur les partenariats wallet, au vu des opérations capitalistiques en cours.

Bancarisation : ce que les volumes ne disent pas

La bancarisation désigne la part des adultes détenant un compte auprès d'un établissement financier. Au Pakistan, elle progresse moins vite que le nombre d'opérations enregistrées sur les rails de paiement. Le pays figure parmi les huit économies qui concentrent l'essentiel des adultes non bancarisés dans le monde (Global Findex 2025, Banque mondiale). Les obstacles relevés sont matériels avant d'être culturels : distance jusqu'à une agence, documentation difficile à réunir, frais, absence de revenu à déposer. Une collecte bâtie sur l'hypothèse d'un compte bancaire universel se heurte à cette réalité dans les zones rurales, où réside la majorité de la population.

58,1
Pakistan Financial Inclusion Index en 2024, contre 54,8 en 2023 (accès 72,3, usage 62,5, qualité 43,9)
State Bank of Pakistan, P-FII, 2024
30 pts
écart de genre dans la détention de compte au Pakistan
Global Findex 2025, Banque mondiale
39 % → 34 %
recul de l'écart de genre mesuré par la SBP entre 2021 et 2024 sous la politique Banking on Equality
State Bank of Pakistan, 2024
≈ 271 000
agents de branchless banking actifs, sur plus de 700 000 points enregistrés
SBP, Branchless Banking Statistics, avril–juin 2025

Le sous-indice le plus faible du P-FII est celui de la qualité, à 43,9 contre 72,3 pour l'accès. L'écart entre ces deux sous-indices indique que l'ouverture de comptes a mieux réussi que leur utilisation. Un compte ouvert par USSD, crédité d'un transfert social puis vidé au premier retrait, entre dans la mesure de l'accès sans donner lieu à un usage suivi. La progression du sous-indice de qualité suppose des services qui rendent le compte utile entre deux versements, offre qui relève des établissements plutôt que de l'infrastructure publique de règlement.

  • L'identité est le socle du parcours : la CNIC délivrée par la NADRA conditionne l'ouverture de compte, et la vérification biométrique double le plafond mensuel d'un wallet EMI.
  • Le crédit domestique reste embryonnaire : le parc carte est presque entièrement en débit, et la première carte de crédit PayPak n'a été annoncée qu'en juin 2026.
  • L'acceptation physique plafonne à environ 248 000 terminaux, contre 2,5 millions de marchands acceptant un QR, deux infrastructures d'échelles incomparables.
  • La couverture réseau conditionne tout : l'existence même du canal USSD Asaan Mobile Account indique qu'une part significative de la population reste hors du smartphone connecté.
  • La valeur reste au liquide : 92 % des opérations sont numériques, mais seulement 40 % environ de la valeur échangée.
🔑
Ce qu'il faut retenir pour opérer au Pakistan
Le rail de référence est Raast, public, gratuit, irrévocable, sans interchange. La carte domestique PayPak sert le coût et la souveraineté monétaire, son acceptation s'arrêtant aux frontières du pays. Les deux wallets télécoms sont des banques, avec le régime prudentiel et les délais de décision correspondants. Le commerce en ligne se règle de compte à compte à 95 %. Le prix du virement et le prix du QR sont fixés ou subventionnés par la banque centrale, avec une échéance connue au 30 juin 2026 pour la subvention P2M. Le premier flux du pays reste la remise migrante du Golfe, dont l'économie a été rouverte par la suppression du TTCIS au 1er juillet 2026. Un projet d'encaissement pakistanais se conçoit donc à partir du rail public et du contrôle des changes. Un modèle carte importé d'un autre marché ne tient compte ni de l'un ni de l'autre.