Un marché de rails publics, de wallets télécoms et de liquide
Le marché pakistanais des paiements de détail réunit les opérations des particuliers et des commerçants, qu'elles empruntent un canal numérique ou les espèces. Le pays a bâti en cinq ans une infrastructure de paiement instantané que peu de marchés émergents égalent. Les espèces n'ont pas reculé pour autant. Sur le trimestre janvier–mars 2026, les canaux formels ont traité 3,7 milliards d'opérations de détail pour 168 800 Md PKR (SBP, Quarterly Payment Systems Review Q3 FY26). La hausse atteint 9 % en volume sur un seul trimestre. Les canaux numériques y portent 92 % du nombre d'opérations, alors que leur poids en valeur tombe à 68 300 Md PKR, environ 40 % du total. Une part de 92 % en nombre pour 40 % en valeur signifie que le montant moyen d'une opération numérique reste très inférieur à celui d'une opération réglée par un autre canal. Les montants élevés circulent hors du numérique.
Le stock de billets en circulation a continué de croître pendant que les volumes numériques progressaient, passant d'environ 10 900 Md PKR à la mi-2025 à près de 12 000 Md PKR un an plus tard. Les deux courbes montent ensemble. La progression du paiement numérique s'est donc faite sur des usages nouveaux, sans que les usages existants du liquide se réduisent d'autant. Un plan d'encaissement construit sur l'hypothèse d'une substitution rapide des espèces anticipe un mouvement que les relevés de 2025 et 2026 ne montrent pas.
Cinq familles d'acteurs se partagent le marché. Les banques commerciales viennent en premier, une poignée d'entre elles concentrant l'acquisition marchande. Les deux banques de microfinance adossées à des opérateurs télécoms, JazzCash et Easypaisa, portent la base d'utilisateurs la plus large. Le switch interbancaire 1LINK, propriété d'un consortium bancaire, exploite aussi le scheme carte domestique PayPak. Les établissements de monnaie électronique agréés depuis 2019 restent très peu nombreux. La cinquième famille se réduit à la banque centrale elle-même, qui opère Raast.
PRISM+, 1LINK et NIFT : la plomberie interbancaire
PRISM+ (Pakistan Real-time Interbank Settlement Mechanism), mis en service par la SBP en 2008, est le système de règlement brut en temps réel du pays. Il en est aussi l'unique point de règlement en monnaie de banque centrale, de sorte que tous les autres rails décrits ici y aboutissent. Sa particularité tient à un cumul de fonctions peu commun, puisqu'il fait également office de dépositaire central de titres. Le règlement-livraison de la dette publique et le règlement des paiements de détail sont donc traités par la même plateforme, dont la migration vers ISO 20022 est en cours. Un raccordement direct suppose d'être banque ou établissement autorisé par la SBP. Les autres passent par une banque de règlement.
Deux infrastructures privées alimentent PRISM+ en positions nettes. 1LINK (Pvt) Ltd, détenue depuis 1999 par un consortium de banques, exploite le switch national, qui couvre le réseau de distributeurs partagé, l'acquisition sur terminaux, le virement interbancaire IBFT, le paiement de factures et la collecte publique. NIFT (Pvt) Ltd, coentreprise créée en 1995, compense les chèques en trois lots quotidiens, dits normal, intercity et same-day. Confier la compensation chèque à une société privée sous supervision de la banque centrale reste une configuration rare dans la région.
| Rail | Opérateur | Nature de l'opération | Point de règlement |
|---|---|---|---|
| Raast | State Bank of Pakistan | Crédit push instantané, adressage par alias (Raast ID) ou par IBAN, gratuit pour le client | Directement dans PRISM+, en monnaie centrale |
| IBFT, terminaux, distributeurs | 1LINK (Pvt) Ltd | Switch interbancaire commissionné, tarification encadrée par circulaire SBP | Batchs nets multilatéraux dans PRISM+ |
| PayPak | 1LINK (Pvt) Ltd | Scheme carte domestique, interchange domestique, règlement en PKR | Via 1LINK, puis PRISM+ |
| Chèques | NIFT (Pvt) Ltd | Trois lots quotidiens, dont un same-day | Batchs nets dans PRISM+ |
| Asaan Mobile Account | State Bank of Pakistan / PTA | Canal USSD (*2262#) sur téléphone sans données mobiles | Règlement interbancaire assuré par Raast |
| Visa, Mastercard, UnionPay | Schemes internationaux | Acquisition internationale, frais de scheme en devises | Règlement hors Pakistan, puis rapatriement en PKR |
Raast : la banque centrale opère son propre rail
Raast, lancé par la SBP en 2021, est un rail instantané, gratuit pour le particulier, et adressable par alias. Le Raast ID est le numéro de mobile de l'utilisateur, rattaché à un IBAN. Un virement Raast contourne le switch privé de 1LINK et règle directement dans PRISM+, là où le virement interbancaire classique emprunte ce switch commissionné. Aucun interchange n'est prélevé sur Raast. L'absence d'interchange prive de ressource le modèle acquéreur habituel, dans lequel la commission payée par le marchand rémunère aussi l'établissement émetteur.
*2262#, sans smartphone ni données.Un second levier de croissance des volumes relève lui aussi de la puissance publique. La SBP a annoncé en octobre 2025 son intention de faire transiter par Raast l'intégralité des paiements de l'État d'ici la fin de l'exercice FY26. Sont visés les salaires publics, les pensions, les transferts sociaux et les recouvrements. Ces flux créditent des comptes qui deviennent actifs, et la base ainsi constituée rend le rail utilisable pour l'acceptation privée. Le Brésil et l'Inde ont connu le même mécanisme d'amorçage, l'État y jouant d'abord le rôle de premier client, puis celui de diffuseur de l'usage.
- Le nombre de marchands QR actifs est passé d'environ 1,17 million en septembre 2025 à 2,5 millions en mars 2026 (SBP, données relayées en 2026). La croissance de l'enrôlement dépasse largement celle de l'usage.
- Un Raast ID n'est pas obligatoire : l'IBAN reste une adresse valide. Les parcours qui imposent l'alias excluent une partie des bénéficiaires.
- Raast règle en monnaie centrale, sans fenêtre de compensation : la réconciliation d'un encaissement Raast se fait au fil de l'eau, pas sur un fichier de règlement quotidien.
- Aucun interchange n'est prélevé : il n'existe pas de flux de revenu partagé entre émetteur et acquéreur sur ce rail, hors subvention publique.
PayPak : la carte domestique et sa frontière
PayPak est le seul scheme carte domestique du pays, lancé par 1LINK en avril 2016. Il revendique 16,1 millions de cartes en circulation, soit environ 28 % du marché carte pakistanais (1LINK, 2025-2026). Son avantage porte sur le coût, avec des frais de scheme domestiques et un règlement en roupies, sans sortie de devises vers Visa ou Mastercard. L'argument ne porte pas sur les fonctions, identiques à celles d'une carte de débit internationale à l'intérieur du pays. Dans un pays sous contrainte de réserves de change, l'absence de sortie de devises intéresse aussi les autorités monétaires, au-delà de l'économie que les banques et les commerçants en retirent.
| Critère | PayPak | Visa / Mastercard | Ce que cela change en pratique |
|---|---|---|---|
| Acceptation | Domestique uniquement | Domestique et internationale | Une carte PayPak ne règle ni un voyage ni un achat sur un site étranger : les banques co-badgent ou émettent deux cartes |
| Coût pour l'acquéreur | Interchange et frais de scheme domestiques, sensiblement inférieurs | Interchange international, frais de scheme facturés en devises | L'écart de coût est le premier levier de négociation d'un contrat d'acceptation local |
| Devise de règlement | PKR, règlement via 1LINK puis PRISM+ | Règlement hors Pakistan, exposition au change | PayPak neutralise le risque de change et la consommation de réserves |
| Produits disponibles | Débit très majoritaire ; crédit domestique annoncé en juin 2026 | Débit, crédit, prépayé, commercial | Le crédit revolving reste, en 2026, un territoire des marques internationales |
| Portage technique | Switch 1LINK, spécification domestique | Spécifications scheme internationales | Un processeur étranger doit certifier séparément sur 1LINK. Ce n'est pas un simple paramétrage |
Le scheme domestique se prolonge vers le crédit, produit resté jusque-là un territoire des marques internationales. En juin 2026, 1LINK a annoncé la première carte de crédit domestique du pays, opérée avec Euronet Pakistan en modèle de service managé. Émission et traitement sont entièrement externalisés, hébergés sur l'infrastructure conforme PCI d'Euronet, et ouverts à tous les émetteurs licenciés par la SBP. Ce montage vise les banques moyennes. Faute de pouvoir amortir une plateforme de crédit propriétaire, elles entrent sur le produit sans en construire une.
Le réseau d'acceptation physique reste étroit au regard de la population, le pays comptant environ 248 000 terminaux de paiement pour quelque 217 000 marchands enregistrés (SBP, Q3 FY26). Les 2,5 millions de marchands qui acceptent le QR représentent plus de dix fois cet effectif. Les deux dispositifs n'ont pas le même coût de déploiement. Le terminal suppose un achat, une installation et une maintenance, là où le QR se limite à un identifiant affiché chez le marchand. La politique publique d'acceptation s'appuie sur cette asymétrie.
JazzCash, Easypaisa et l'économie des agents
Les deux wallets dominants du marché pakistanais sont des banques, et non de simples émetteurs de monnaie électronique comme leurs équivalents européens. JazzCash (2012) est exploité par Mobilink Microfinance Bank, filiale du groupe VEON/Jazz. Easypaisa (2009), pionnier du mobile money pakistanais, est devenu en 2025 la première banque de détail entièrement numérique du pays, sur agrément de la SBP. L'adossement à une licence de banque de microfinance est la signature du modèle pakistanais. La négociation commerciale se noue donc avec un établissement de crédit, soumis à des obligations prudentielles et à des délais de décision propres à ce statut.
*2262#, sur n'importe quel téléphone et n'importe quel opérateur, auprès de treize prestataires.Le réseau rémunère l'agent au geste, principalement sur le dépôt et le retrait d'espèces, selon une économie différente de celle d'un acquéreur occidental. Tant que le bénéficiaire d'un transfert retire son argent au comptoir, la marge se forme sur le cash-out et le rail numérique n'assure que le transport des fonds. Un opérateur qui supprime ce retrait ampute la rémunération de son propre canal de distribution. Cette contradiction structurelle explique que la numérisation du dernier kilomètre progresse moins vite que ne le laissent croire les volumes agrégés.
Encaisser au Pakistan : canaux, coûts, points de rupture
L'encaissement désigne l'ensemble des canaux par lesquels un commerçant reçoit le paiement de ses clients. Au Pakistan, le commerce en ligne se règle très majoritairement de compte à compte. Sur le trimestre octobre–décembre 2025, la SBP a recensé 305 millions d'achats en ligne pour 422 Md PKR (SBP, Q2 FY26). 95 % ont été réglés directement depuis un compte bancaire ou un wallet, 5 % seulement par carte. Un dispositif d'encaissement limité à l'intégration carte et au tunnel 3-D Secure couvre donc une transaction sur vingt. Les dix-neuf autres supposent un raccordement au virement de compte à compte, par Raast ou par les wallets.
| Canal | Coût pour le marchand | Couverture | Ce qui casse |
|---|---|---|---|
| Raast P2M (QR ou lien) | Nul pour le client ; l'établissement perçoit 0,5 % plafonné à 100 PKR de subvention publique jusqu'au 30 juin 2026 | Tout titulaire d'un compte bancaire, d'un compte de banque de microfinance ou d'un wallet EMI raccordé | L'après-subvention : aucun modèle de revenu acquéreur n'est établi au-delà de l'enveloppe publique |
| Wallets (JazzCash, Easypaisa) | Commission négociée bilatéralement ; économie du réseau d'agents à financer | La base d'utilisateurs la plus large, y compris non bancarisée | Interopérabilité inégale selon le canal ; dépendance à un partenaire qui est aussi un concurrent |
| PayPak | Interchange et frais de scheme domestiques | 16,1 M de cartes, ≈ 28 % du parc | Aucune acceptation hors du pays ; parc quasi exclusivement débit |
| Visa / Mastercard | Interchange international, frais de scheme en devises | Le reste du parc carte, plus les porteurs étrangers | Sortie de devises, coût le plus élevé, exposition au change |
| Paiement à la livraison | Frais du transporteur, immobilisation de trésorerie, taux de refus à la porte | Universelle | Retenue fiscale de 2 % prélevée par le transporteur depuis le 1er juillet 2025 ; réconciliation manuelle |
La tarification du virement interbancaire est administrée par la banque centrale. La circulaire PSD n° 02 de 2021 impose aux banques la gratuité des transferts numériques jusqu'à 25 000 PKR par compte ou wallet et par mois. Au-delà de ce seuil agrégé, la commission ne peut dépasser 0,1 % ou 200 PKR. Les virements intra-banque et les réceptions restent gratuits. La banque est tenue de notifier chaque opération et de distinguer le montant gratuit du montant facturé. Ce plafond de 0,1 % ou 200 PKR fixe la recette maximale qu'un prestataire peut tirer du virement lui-même, quel que soit le montant transporté.
- Convertibilité. La roupie est soumise au contrôle des changes. Sortir les fonds d'un compte marchand pakistanais est une opération documentée auprès d'un authorized dealer. Le risque d'un projet local est de trésorerie avant d'être technique.
- Pas de rétrofacturation sur Raast. Le litige se règle en remboursement commercial. Les procédures de service client doivent être écrites avant la mise en production.
- Réconciliation continue. Raast règle en temps réel sans fichier de compensation quotidien ; les outils conçus pour un cycle J+1 ne s'appliquent pas tels quels.
- Certification 1LINK. Un processeur ou un PSP étranger doit se certifier séparément auprès du switch national. Ce n'est pas une variante de spécification scheme.
- Double régime de licence. Encaisser suppose un statut PSO/PSP ; détenir des fonds clients suppose un statut EMI ou une licence bancaire. Les deux ne se confondent pas.
Peu de prestataires structurent l'acceptation en ligne. NIFT ePay, la passerelle domestique de NIFT, s'appuie sur la plateforme de TPS et sur Bank Alfalah comme banque de règlement. PayFast, exploité par Avanza Premier Payment System, est l'une des passerelles licenciées les plus répandues et prend en charge Raast P2M. Safepay cible l'intégration rapide sur les socles e-commerce standards. Keenu, opérateur de wallet et d'acceptation présent dans plus de 150 villes, traite plus d'un milliard de dollars de volume annuel et a été racheté par Bazaar Technologies en juillet 2025, opération approuvée par la SBP. Parmi les banques, HBL, Bank Alfalah et MCB concentrent une part importante de l'acquisition marchande.
Les remises du Golfe : le premier flux extérieur du pays
Les remises désignent les transferts que les travailleurs pakistanais établis à l'étranger adressent à des bénéficiaires résidant au pays. Elles forment le premier flux extérieur du Pakistan et ont atteint 41,6 Md $ sur l'exercice FY26, en hausse de 8,6 % (SBP, juillet 2026), après un bond de 26,6 % l'année précédente, à 38,3 Md $. Le gouverneur de la banque centrale a lié à ce flux la perspective d'un léger excédent du compte courant sur FY26. Le corridor du Golfe en fournit la moitié. Cette dépendance relève de la balance des paiements et explique l'attention réglementaire portée au canal.
La SBP a resserré le régime des maisons de change à partir de 2023, pour déplacer les remises du canal informel vers le canal formel. À partir de septembre 2023, elle a porté le capital minimum des exchange companies de 200 M à 500 M PKR, exigible avant le 31 décembre 2023. La catégorie B et les franchises ont été supprimées au profit d'une catégorie unique. Les banques actives sur ce marché ont dû créer leur propre filiale de change. Le seuil a ensuite été doublé à 1 Md PKR en décembre 2024, ces mesures accompagnant une campagne contre la contrebande de devises et les circuits hawala-hundi. La progression de 26,6 % enregistrée sur FY25 tient donc pour partie à ce transfert de flux vers le canal formel, et non à la seule évolution de la migration.
Le Roshan Digital Account (RDA) est un compte ouvert à distance, sans déplacement au Pakistan. Ce second dispositif capte l'épargne de la diaspora plutôt que ses transferts courants. Il cumulait 13,365 Md $ d'entrées brutes à fin juin 2026, dont 2,09 Md $ rapatriés et 8,44 Md $ employés localement, pour 917 400 comptes ouverts à fin mars 2026 (SBP). Avril 2026 a marqué un record mensuel, à 321 M $. Le compte a été étendu aux ressortissants et sociétés étrangers en mars 2026. Sur le volet international, la SBP et le Fonds monétaire arabe ont signé en novembre 2023 à Abou Dabi un protocole d'accord qui vise l'interconnexion de Raast avec Buna, le système de paiement transfrontalier de la région arabe.
Les licences SBP : quatre portes, un seul guichet
Le socle légal est le Payment Systems and Electronic Fund Transfers Act, 2007, auquel s'ajoutent les Rules for Payment System Operators and Payment Service Providers et les règlements sectoriels de la SBP. Le Payment Systems Department de la banque centrale instruit les demandes, délivre les agréments et surveille les acteurs autorisés. Le parcours est séquentiel, de l'accord de principe à l'exploitation pilote d'une durée fixée dans la lettre d'approbation, puis à l'autorisation d'exploitation commerciale après évaluation de cette phase. Aucune de ces étapes ne peut être omise. Le mot « licencié » recouvre donc des situations différentes, un établissement encore en pilote ne pouvant pas servir le public à l'échelle.
| Régime | Base réglementaire | Capital minimum | Ce qu'il autorise |
|---|---|---|---|
| PSO / PSP | PS&EFT Act 2007 + Rules for PSO/PSP | 200 M PKR, majoré de 25 % par ligne d'activité supplémentaire | Exploiter un système de paiement, une passerelle, un switch ; ne permet pas de détenir des fonds clients |
| EMI | Regulations for Electronic Money Institutions (2019, révisées en juin 2023) | 200 M PKR au démarrage, puis barème progressif indexé sur l'encours de monnaie électronique | Émettre de la monnaie électronique, exploiter des wallets, cartes et objets connectés |
| Banque de microfinance | Cadre bancaire, supervision prudentielle SBP | Exigences bancaires | Régime de JazzCash et d'Easypaisa : dépôts, crédit, réseau d'agents branchless banking |
| Digital Retail Bank | Cadre Licensing and Regulatory Framework for Digital Banks (2022) | Exigences bancaires, libérées par phases | Banque de détail entièrement numérique ; première licence délivrée à Easypaisa Bank en janvier 2025 |
| Exchange company | Régime de change SBP | 1 Md PKR depuis décembre 2024 (500 M PKR depuis fin 2023) | Change manuel, remise de fonds ; depuis janvier 2026, crédit direct des remises par Raast |
Le barème de capital des établissements de monnaie électronique est progressif et indexé sur l'encours émis. Un capital de départ de 200 M PKR autorise l'émission de monnaie électronique jusqu'à 4 Md PKR d'encours. Entre 4 et 10 Md PKR d'encours, l'exigence devient 200 M PKR plus 5 % de la fraction excédant 4 Md. Entre 10 et 20 Md PKR, elle passe à 500 M PKR plus 7,5 % au-delà de 10 Md. Passé 20 Md PKR, elle atteint 1,25 Md PKR plus 10 % de l'excédent. Le capital suit donc l'encours. Le chiffre d'affaires n'entre pas dans le calcul. Une croissance rapide de la base de wallets déclenche mécaniquement un appel de fonds propres.
L'ouverture du régime de banque numérique s'est faite par étapes échelonnées sur trois ans. La SBP a délivré en janvier 2023 des lettres de non-objection à cinq candidats : HugoBank, KT Bank Pakistan, Mashreq Bank Pakistan, Raqami Islamic Digital Bank et Easypaisa. Les accords de principe ont suivi en septembre 2023, avant qu'Easypaisa Bank Limited ne reçoive la première licence Digital Retail Bank en janvier 2025. Mashreq Bank Pakistan a obtenu la première licence restreinte d'exploitation pilote. Raqami Islamic Digital Bank a été déclarée banque inscrite au 6 février 2026. Trois ans séparent donc les cinq lettres de non-objection de la mise en activité de trois établissements, durée qui donne l'ordre de grandeur du calendrier d'agrément pakistanais.
- Vérifier la phase de licence de chaque contrepartie dans le registre officiel de la SBP, et pas dans sa communication.
- Identifier la banque de règlement du dispositif : un PSO/PSP ne détient pas de fonds clients, il faut savoir chez qui l'argent dort.
- Cartographier les flux de devises dès la conception : la sortie de fonds d'un compte pakistanais relève du régime de change, pas du contrat commercial.
- Écrire la fonction de retenue fiscale (1 % / 2 %) dans le périmètre du projet si le flux touche au commerce en ligne.
- Prévoir une clause de changement de contrôle sur les partenariats wallet, au vu des opérations capitalistiques en cours.
Bancarisation : ce que les volumes ne disent pas
La bancarisation désigne la part des adultes détenant un compte auprès d'un établissement financier. Au Pakistan, elle progresse moins vite que le nombre d'opérations enregistrées sur les rails de paiement. Le pays figure parmi les huit économies qui concentrent l'essentiel des adultes non bancarisés dans le monde (Global Findex 2025, Banque mondiale). Les obstacles relevés sont matériels avant d'être culturels : distance jusqu'à une agence, documentation difficile à réunir, frais, absence de revenu à déposer. Une collecte bâtie sur l'hypothèse d'un compte bancaire universel se heurte à cette réalité dans les zones rurales, où réside la majorité de la population.
Le sous-indice le plus faible du P-FII est celui de la qualité, à 43,9 contre 72,3 pour l'accès. L'écart entre ces deux sous-indices indique que l'ouverture de comptes a mieux réussi que leur utilisation. Un compte ouvert par USSD, crédité d'un transfert social puis vidé au premier retrait, entre dans la mesure de l'accès sans donner lieu à un usage suivi. La progression du sous-indice de qualité suppose des services qui rendent le compte utile entre deux versements, offre qui relève des établissements plutôt que de l'infrastructure publique de règlement.
- L'identité est le socle du parcours : la CNIC délivrée par la NADRA conditionne l'ouverture de compte, et la vérification biométrique double le plafond mensuel d'un wallet EMI.
- Le crédit domestique reste embryonnaire : le parc carte est presque entièrement en débit, et la première carte de crédit PayPak n'a été annoncée qu'en juin 2026.
- L'acceptation physique plafonne à environ 248 000 terminaux, contre 2,5 millions de marchands acceptant un QR, deux infrastructures d'échelles incomparables.
- La couverture réseau conditionne tout : l'existence même du canal USSD Asaan Mobile Account indique qu'une part significative de la population reste hors du smartphone connecté.
- La valeur reste au liquide : 92 % des opérations sont numériques, mais seulement 40 % environ de la valeur échangée.