Référence🌍 Le paiement en Afrique & Moyen-OrientIntermédiaire⏱ 19 min de lecture

🇲🇦 Les paiements au Maghreb et en Égypte

Le démantèlement du monopole d'acquisition du CMI au Maroc, la Monétique Tunisie et le e-DINAR, la SATIM et le duel CIB / Edahabia en Algérie, Meeza et InstaPay en Égypte. Le poids du cash et du contre-remboursement, et le contrôle des changes qui commande tout

Quatre marchés, quatre architectures

Ce dossier traite quatre marchés d'Afrique du Nord, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et l'Égypte. Le voisinage géographique qui les réunit ne recouvre aucune intégration financière régionale. On y trouve quatre pays, quatre architectures incompatibles, quatre régimes de change, et aucune interopérabilité régionale de détail. Un commerçant qui encaisse à Casablanca ne peut pas transposer son montage au Caire, ni même à Tunis, puisqu'il devrait y reprendre un contrat d'acquisition local, un scheme domestique différent et un régime de change propre à ce pays. Les traits communs relèvent des usages plutôt que des infrastructures. Dans les quatre pays, l'espèce reste le moyen de paiement de référence du quotidien, et le contre-remboursement structure le e-commerce.

Chaque pays s'est doté du même triptyque, un RTGS de banque centrale, une chambre de compensation de masse et un switch monétique. Les gouvernances, elles, diffèrent profondément. Au Maroc, l'acquisition marchande a été concentrée pendant vingt ans dans une entité unique détenue par les banques. En Algérie, le scheme dominant relève de l'opérateur postal plutôt que des banques. En Tunisie, tout passe par un switch interbancaire de 1989 et par la Poste. En Égypte, la banque centrale a construit un scheme national et un rail instantané qu'elle diffuse par la commande publique.

PaysScheme carte / acquisition domestiqueRail instantanéCompensation de masseRTGSRégulateur
🇲🇦 MarocCMI (Centre Monétique Interbancaire, 2001) ; switching cédé à HPS en 2016Virement interbancaire instantané (GSIMT, 1ᵉʳ juin 2023)SIMT (GSIMT)SRBMBank Al-Maghrib
🇩🇿 AlgérieCarte CIB (SATIM pour le GIE Monétique, 1997) et Edahabia (Algérie Poste, 2016)–ATCI (Centre de Pré-Compensation Interbancaire)ARTS (2006)Banque d'Algérie
🇹🇳 TunisieMonétique Tunisie (SMT), 1989 ; e-DINAR (La Poste Tunisienne, 2000)–SIBTELElyssa-RTGS (2022, ex-SGMT)Banque Centrale de Tunisie
🇪🇬 ÉgypteMeeza (Egyptian Banks Company pour la CBE, 2019) ; National Switch « 123 »InstaPay / IPN (EBC pour la CBE, 2022)EG-ACH (EBC)RTGS (CBE)Central Bank of Egypt
🇲🇷 MauritanieGIMTEL (17 banques et Mauripost, sous l'égide de la Banque Centrale de Mauritanie)–GIMTEL (switch carte et switch mobile)n.c.Banque Centrale de Mauritanie
L'infrastructure de paiement des quatre marchés (et de la Mauritanie voisine)
22,6 M
cartes bancaires en circulation au Maroc en 2024 (+12 %)
Bank Al-Maghrib, rapport annuel sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement, exercice 2024
21 899 581
cartes de paiement en Algérie en 2025, dont 17,66 M Edahabia et 4,24 M CIB
GIE Monétique, bilan 2025 publié en 2026
5 851 000
cartes bancaires en Tunisie fin 2025 (+362 000 en un an, +6,6 %)
Banque Centrale de Tunisie, bulletin des paiements
43,5 M
cartes Meeza émises en Égypte à juin 2025, six ans après le lancement
Central Bank of Egypt, 2025

Ces volumes se lisent au regard des populations et des canaux de distribution. L'Égypte a émis en six ans plus de cartes domestiques que le Maroc, l'Algérie et la Tunisie réunis n'en ont émis en vingt-cinq ans. Elle a branché son scheme sur les salaires publics, les subventions et les pensions. Le parc algérien, lui, est massivement postal. Algérie Poste, qui porte les comptes CCP de masse, émet quatre fois plus de cartes que l'ensemble des banques du pays. Un parc de cartes mesure la diffusion des instruments, et non leur usage en paiement. Il renseigne en revanche sur le canal qui contrôle cette diffusion, la commande publique en Égypte et les comptes postaux en Algérie.

⚠️
Quatre pièges de nomenclature à connaître avant la première réunion
CIB désigne trois choses différentes dans la zone. Le sigle recouvre le scheme carte algérien opéré par la SATIM, la carte interbancaire tunisienne acceptée sur les passerelles locales, et Commercial International Bank, l'une des premières banques privées égyptiennes. CMI renvoie au Maroc au Centre Monétique Interbancaire, et non aux commissions multilatérales d'interchange du vocabulaire européen. e-DINAR est une carte prépayée de La Poste Tunisienne lancée en 2000, pas une monnaie numérique de banque centrale. La confusion est fréquente dans la presse. BMCI est en Mauritanie la Banque Mauritanienne pour le Commerce International, entité distincte de la BMCI marocaine.

Maroc : le CMI, vingt ans de monopole et son démantèlement

Le Centre Monétique Interbancaire (CMI), société créée par neuf banques marocaines et opérationnelle depuis 2001, a été pendant deux décennies l'unique acquéreur du royaume. L'acquisition désigne la relation contractuelle par laquelle un établissement affilie un commerçant, traite ses transactions par carte et lui en verse le produit. Le CMI contractait avec les commerçants, déployait les TPE, opérait la passerelle e-commerce et centralisait la lutte contre la fraude. Un commerçant marocain souhaitant accepter la carte s'affiliait donc au CMI, faute d'un autre acquéreur à mettre en concurrence. Selon les éléments repris par la presse économique lors de l'instruction concurrentielle, le CMI concentrait plus de 97 % de l'acquisition monétique du pays.

La première modification du dispositif intervient en 2016. Le CMI cède ses activités de switching et de compensation à HPS (Hightech Payment Systems), éditeur marocain coté, pour 120 millions de dirhams. Le switching désigne l'acheminement et l'autorisation des transactions entre les terminaux, les émetteurs et les acquéreurs. L'opération sépare deux métiers jusque-là réunis, ce qui reste rare, puisque l'acquisition marchande demeure au CMI alors que la commutation passe chez un opérateur tiers. Elle laisse en place une possibilité technique qui ne sera exploitée que plus tard. Un switch découplé de l'acquéreur peut en effet raccorder plusieurs acquéreurs concurrents.

L'ouverture du marché résulte d'une décision de concurrence rendue en 2024. Saisi en mai 2023 d'une plainte de NAPS SA, le Conseil de la concurrence marocain prononce le 31 octobre 2024 la décision n° 152/ق/2024. Elle rend obligatoires les engagements proposés par le CMI et ses banques actionnaires. L'engagement principal porte sur le métier d'acquéreur lui-même. Le CMI cesse l'acquisition marchande et cède l'intégralité de ses contrats d'affiliation commerçants, ceux des TPE comme ceux du paiement en ligne. Les repreneurs sont des établissements de paiement ou des filiales bancaires dédiées, auxquels le CMI ouvre sa plateforme de traitement technique dans des conditions « équitables, transparentes et non discriminatoires ». Un dispositif de suivi conjoint Conseil de la concurrence / Bank Al-Maghrib contrôle l'exécution.

2001
Mise en service du CMI
Société créée par neuf banques marocaines, chargée de l'acquisition marchande, de l'interopérabilité des retraits et paiements, et de la lutte contre la fraude.
2016
Cession du switching à HPS
Les activités de switching et de compensation partent chez HPS pour 120 M MAD. L'acquisition reste au CMI.
1ᵉʳ juin 2023
Virement interbancaire instantané
Bank Al-Maghrib et le GSIMT ouvrent le rail instantané, avec une exécution en moins de 20 secondes, un service 24/7 et un plafond de 20 000 MAD en période transitoire.
Mai 2023
Plainte de NAPS SA
Saisine du Conseil de la concurrence sur les pratiques du CMI dans le paiement électronique par carte.
Septembre 2024
Premier choc tarifaire
Le plafond d'interchange domestique passe de 1,20 % à 0,65 % hors taxes.
31 octobre 2024
Décision n° 152/ق/2024
Le Conseil de la concurrence rend obligatoires les engagements du CMI et de ses banques actionnaires, qui sortent de l'acquisition et ouvrent le marché.
1ᵉʳ novembre 2024
Gel commercial
Interdiction faite au CMI de démarcher de nouveaux commerçants.
1ᵉʳ mai 2025
Ouverture effective
Les établissements de paiement agréés et les filiales bancaires dédiées peuvent acquérir des commerçants et déployer leurs propres TPE.
31 janvier 2026
Cession du portefeuille privé
Échéance de cession des contrats commerçants du secteur privé détenus par le CMI.
30 avril 2026
Cession du portefeuille public
Échéance de cession des contrats commerçants du secteur public.
1ᵉʳ octobre 2026
Interchange à 0,50 %
Nouveau plafond d'interchange fixé par Bank Al-Maghrib, ramené à 0,15 % pour les administrations publiques et le commerce de proximité.
QuestionAvant (2001-2024)Après (à partir du 1ᵉʳ mai 2025)
Qui contracte avec le commerçant ?Le CMI, seul, pour la quasi-totalité du marchéOnze opérateurs disposent d'un agrément d'acquéreur délivré par Bank Al-Maghrib : filiales bancaires dédiées et établissements de paiement indépendants
Qui commute et compense ?HPS depuis 2016, pour le compte du CMILe CMI se repositionne en plateforme technique neutre, accessible aux nouveaux acquéreurs à conditions non discriminatoires
Qui fixe l'interchange ?Barème de place ; 1,20 % jusqu'en septembre 2024Bank Al-Maghrib : 0,65 % HT depuis septembre 2024, 0,50 % HT au 1ᵉʳ octobre 2026, 0,15 % pour administrations et commerce de proximité
Le commerçant peut-il négocier ?Marginalement : un seul interlocuteurOui, sur la marge acquéreur, mais l'interchange, lui, est plafonné réglementairement
Peut-on répercuter la commission sur le client ?NonNon : la commission d'acquisition reste à la charge exclusive du commerçant, quel que soit le moyen de paiement
Le marché marocain de l'acquisition, avant et après la décision de 2024
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L'interchange marocain aura été divisé par plus de deux en deux ans
L'interchange désigne la part de la commission d'acquisition que l'acquéreur reverse à la banque émettrice de la carte. Bank Al-Maghrib en fixe le plafond domestique et l'a abaissé en deux temps. 1,20 % → 0,65 % HT en septembre 2024, puis 0,65 % → 0,50 % HT au 1ᵉʳ octobre 2026. S'y ajoute un plafond dérogatoire de 0,15 % pour les paiements aux administrations publiques et au commerce de proximité (Bank Al-Maghrib, 2026). La baisse s'impose sans négociation, par voie réglementaire, puisqu'elle procède d'une décision du régulateur et non d'un accord entre les parties. Elle ne parvient pas automatiquement au commerçant, car le plafonnement porte sur la seule part d'interchange, la marge de l'acquéreur restant libre. Tout contrat d'acquisition signé avant octobre 2026 doit donc stipuler expressément la répercussion de la baisse à venir, faute de quoi celle-ci restera acquise à la marge de l'acquéreur.
  • Nouveaux entrants déjà actifs : Naps, VPS, Al Barid Bank, Damane Cash (Bank of Africa), Al Filahi Cash (Crédit Agricole du Maroc), Lana Cash (CIH Bank), M2T via Chaabi Payment (BCP).
  • Volume à migrer : de l'ordre de 55 000 contrats commerçants et 65 000 TPE doivent basculer du CMI vers les nouveaux acquéreurs (presse économique marocaine, 2025).
  • Ce qu'il faut vérifier dans un contrat 2026 : qui est l'acquéreur juridique, qui opère le switch, quel MID est conservé lors de la migration, et si les identifiants de transaction restent stables pour la réconciliation.
  • Ce qui ne change pas : le CMI reste incontournable techniquement. Sortir de son périmètre contractuel ne signifie pas sortir de son infrastructure.

Maroc : les rails, la carte qui sert à retirer, et le wallet qui ne décolle pas

Sous la monétique, l'architecture marocaine de règlement repose sur deux systèmes distincts, un système de règlement brut en temps réel et une chambre de compensation de masse. Le SRBM (Système des Règlements Bruts du Maroc), exploité par Bank Al-Maghrib, est le seul lieu de règlement définitif en monnaie banque centrale. Le SIMT (Système Interbancaire Marocain de Télécompensation), opéré par le GSIMT, traite les instruments scripturaux, à savoir les virements, les prélèvements, les chèques et les effets. Les cartes en sont exclues, puisqu'elles relèvent du circuit monétique. Les soldes nets du SIMT se règlent dans le SRBM, de sorte que le dénouement de la compensation de masse s'opère lui aussi en monnaie banque centrale.

Le virement interbancaire instantané a été ajouté à cette infrastructure le 1ᵉʳ juin 2023 par Bank Al-Maghrib et le GSIMT. Il s'exécute en moins de 20 secondes. Le service fonctionne 24/7, et le montant transféré est plafonné à 20 000 dirhams pendant une période transitoire. Les particuliers en ont bénéficié gratuitement pendant les trois premiers mois. Le dispositif vise le remplacement d'une partie des paiements en espèces par un transfert de compte à compte immédiat. Sa montée en charge reste limitée au regard des autres instruments scripturaux, comme le montre la comparaison des volumes de sa première année pleine.

136,3 M
opérations échangées via le SIMT en 2024 (+16,1 %), pour 2 524 Md MAD
Bank Al-Maghrib, rapport annuel 2024
16,3 M
virements instantanés en 2024, pour 61,7 Md MAD (≈ 64 600 opérations/jour)
Bank Al-Maghrib, rapport annuel 2024
192,5 M
paiements par carte en 2024 pour 63 Md MAD (+17 % en volume, +11 % en valeur)
Bank Al-Maghrib, rapport annuel 2024
74 %
part du sans contact dans les paiements TPE en décembre 2024, contre 57 % un an plus tôt
Bank Al-Maghrib, rapport annuel 2024
⚠️
Le chiffre qui décrit vraiment le marché marocain : le ratio de paiement
Le ratio de paiement désigne la part des paiements dans l'usage total de la carte, retraits compris. Bank Al-Maghrib le publie pour les porteurs marocains, ce que peu de banques centrales font avec cette précision. Il progresse entre 2023 et 2024, 28,9 % → 32,4 % en nombre et 12,5 % → 13,6 % en valeur. Le complément de ce ratio en valeur signifie que près de 86 % de la valeur passée sur une carte marocaine ressort en espèces au GAB. Le taux d'équipement en cartes est correct, alors que la carte demeure majoritairement un instrument de retrait. Une prévision de volume e-commerce établie à partir du seul parc de cartes surestime donc le marché dans des proportions considérables. Elle compte comme acheteurs en ligne des porteurs qui n'utilisent leur carte qu'au distributeur.

Le paiement mobile a été développé pour réduire cet écart entre l'équipement et l'usage. Le Maroc a créé une catégorie juridique d'établissement de paiement distincte de la banque et agréé une vingtaine d'acteurs (Wafacash, M2T, Cash Plus, NAPS, Barid Cash, Maroc Telecom, Orange…). Il a mis en service en 2018 un switch de paiement mobile (dit MarocPay) rendant tous les m-wallets interopérables, HPS ayant ensuite agréé ces acteurs pour le retrait GAB. Le marché comptait 21 offres de m-wallets en 2024 (Bank Al-Maghrib). Le CMI a cité plus de 8 millions de porteurs de wallets en 2024-2025, chiffre non recoupé sur une source Bank Al-Maghrib. L'adoption reste très en deçà des objectifs affichés lors du lancement du dispositif. Le nombre de porteurs annoncé ne renseigne d'ailleurs pas sur la fréquence des paiements marchands effectivement réalisés par ce canal.

Côté acceptation, la direction générale du CMI a annoncé à la presse économique marocaine une estimation pour l'exercice 2025. Elle porte sur plus de 240 millions d'opérations monétiques (+15 % environ), dont 85 % réalisées par des cartes marocaines au Maroc. Les commerçants auraient encaissé près de 100 milliards de dirhams (+13 % environ), dont quelque 32 milliards par cartes étrangères. À cela s'ajoute Fatourati, la plateforme multi-facturiers du CMI, annoncée au-delà de 250 millions de transactions et 220 milliards de dirhams recouvrés. Ces chiffres sont des estimations communiquées par l'opérateur, et non des statistiques établies par la banque centrale. Ils portent sur l'exercice 2025. Les séries de Bank Al-Maghrib citées plus haut portent sur 2024.

Tunisie : la SMT, le e-DINAR postal et les deux seules passerelles

La monétique tunisienne repose sur un acteur central ancien, Monétique Tunisie, la Société Monétique Tunisie (SMT), détenue par les banques du pays et en service depuis 1989. Elle exerce trois fonctions. Elle est le switch national, un agrégateur de paiements mobiles et de facturiers, et l'exploitant de la passerelle e-commerce Click to Pay SMT, adossée à la majorité des banques locales. Elle est de ce fait le point d'entrée quasi obligé de tout marchand qui veut encaisser en ligne en Tunisie.

Le second pilier de la monétique tunisienne relève de l'opérateur postal. La Poste Tunisienne exploite depuis 2000 le e-DINAR, carte prépayée doublée d'une passerelle de paiement en ligne. La Tunisie n'a historiquement compté que deux passerelles e-commerce, celle de la SMT et celle de la Poste. Le e-DINAR a trouvé son usage de masse avec D17, l'application de paiement mobile grand public commercialisée sous la marque DigiPostBank. Elle gère le compte e-DINAR, le rechargement par carte bancaire, le paiement de factures, les transferts entre particuliers et le paiement marchand par QR certifié Masterpass.

5 851 000
cartes bancaires en circulation fin 2025 (+362 000, soit +6,6 %)
Banque Centrale de Tunisie, bulletin des paiements
164,9 M
opérations monétiques en 2025 (+8,9 %) pour 29,5 Md TND (+12,3 %)
Banque Centrale de Tunisie, bulletin des paiements
43 000
terminaux de paiement électronique déployés en 2025 (+10 %)
Banque Centrale de Tunisie, bulletin des paiements
3 300
DAB/GAB recensés en 2025 (−0,2 % sur un an)
Banque Centrale de Tunisie, bulletin des paiements
Click to Pay SMTSolution e-DINAR
OpérateurSociété Monétique Tunisie (banques tunisiennes)La Poste Tunisienne
AdossementLa majorité des banques commerciales du paysComptes et cartes prépayées e-DINAR, application D17
Cartes acceptéesCartes bancaires tunisiennes (CIB), Visa et Mastercard, y compris cartes étrangères, avec 3-D SecureCartes e-DINAR de la Poste, et cartes bancaires pour le rechargement
Enjeu pour le marchandCouverture bancaire maximale ; intégration bancaire par banqueAtteint une population non bancarisée que la carte bancaire ne couvre pas
Les deux passerelles e-commerce tunisiennes

La Banque Centrale de Tunisie a modernisé de son côté la jambe de règlement interbancaire. Elyssa-RTGS, en service depuis 2022, a remplacé le SGMT (Système de Gros Montants de Tunisie), premier RTGS national dont le seuil d'entrée était de 100 000 dinars par virement. Le sigle SGMT reste présent dans les conventions bancaires et les procédures rédigées avant la bascule, où il désigne en pratique le système Elyssa-RTGS qui lui a succédé. La compensation de masse relève de SIBTEL, dont les soldes se règlent également dans Elyssa.

ℹ️
La carte technologique : comment un résident tunisien paie à l'étranger
La carte technologique internationale est une carte prépayée rechargeable en dinars, ouverte aux résidents tunisiens pour leurs dépenses en ligne à l'étranger. Elle existe parce que le dinar tunisien n'est pas librement convertible, ce qui empêche un résident de régler un fournisseur étranger avec sa carte domestique ordinaire. Elle est utilisable exclusivement en ligne et limitée aux dépenses liées aux technologies de l'information et de la communication. Sont visés l'hébergement de sites ou d'applications, la publicité, l'achat de formations en ligne et les licences de logiciels. L'allocation annuelle est plafonnée à 1 000 TND pour une personne physique et 10 000 TND pour une personne morale résidente. Elle peut atteindre 100 000 TND par an pour une société labellisée « Start-up ». Elle est remise à zéro au 31 décembre de chaque année. Un fournisseur de SaaS étranger qui facture des PME tunisiennes en euros rencontre donc une limite de dotation en devises, et non une difficulté d'acceptation de son moyen de paiement.

Algérie : la SATIM, la carte CIB et le scheme postal qui l'écrase

Le scheme carte bancaire algérien est la carte CIB, lancée en 1997. Elle est opérée par la SATIM (Société d'Automatisation des Transactions Interbancaires et de Monétique) pour le compte du GIE Monétique et des banques algériennes. La SATIM exploite également la passerelle e-commerce nationale, qui centralise les paiements en ligne réglés par carte domestique. Un marchand algérien acceptant la carte sur son site se raccorde donc à cette infrastructure de place par l'intermédiaire de sa banque, et non à un prestataire de services de paiement (PSP) international.

Le scheme qui domine réellement le pays relève pourtant de l'opérateur postal. Edahabia, lancée en 2016 par Algérie Poste, s'appuie sur les comptes courants postaux (CCP), très largement diffusés dans la population. On compte 17 655 039 cartes sur un total de 21 899 581 cartes de paiement en 2025, soit plus de 80 % du parc, contre 4 244 542 cartes CIB. L'interopérabilité CIB ↔ Edahabia a été formalisée par accord entre Algérie Poste, la SATIM et le GIE Monétique. Les deux cartes s'utilisent donc sur le même réseau d'acceptation. Ce scheme domestique est peu documenté hors du pays. Un dimensionnement de l'acceptation fondé sur le seul parc bancaire laisse de côté plus de quatre cartes sur cinq.

21 899 581
cartes de paiement en circulation en Algérie en 2025
GIE Monétique, bilan 2025 publié en 2026
17 655 039
cartes Edahabia (Algérie Poste), soit plus de 80 % du parc national
GIE Monétique, bilan 2025 publié en 2026
4 244 542
cartes CIB en circulation (banques, via la SATIM)
GIE Monétique, bilan 2025 publié en 2026
27 123 648
transactions en ligne validées par carte en 2025 (+38 %) ; paiements TPE multipliés par deux
GIE Monétique, bilan 2025 publié en 2026
Carte CIBEdahabia
ÉmetteurLes banques algériennes, via la SATIM pour le GIE MonétiqueAlgérie Poste
Depuis19972016
Parc 20254 244 542 cartes17 655 039 cartes
Socle de comptesComptes bancairesComptes courants postaux (CCP), très largement diffusés
AcceptationTPE et passerelle e-commerce nationale opérée par la SATIMMême réseau d'acceptation, par accord d'interopérabilité avec la SATIM et le GIE Monétique
Ce qu'il faut en retenirLe scheme « officiel » de la place bancaireLe scheme qui décide réellement de la couverture porteurs
CIB et Edahabia : deux schemes, deux logiques de distribution

Le cadre juridique du commerce en ligne est la loi n° 18-05 du 10 mai 2018 relative au commerce électronique. Elle réserve l'exploitation des plateformes de paiement à un cercle fermé d'opérateurs. Le paiement électronique s'effectue à travers des plateformes de paiement dédiées, mises en place et exploitées exclusivement par les banques agréées par la Banque d'Algérie et par Algérie Poste. Ces plateformes sont connectées aux terminaux via le réseau de l'opérateur public de télécommunications. La loi distingue transaction interne et transaction transfrontalière. Elle interdit toute transaction électronique portant sur des matériels, équipements et produits qualifiés de sensibles par la réglementation.

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Algérie : un marché fermé, et il faut l'intégrer au business plan
L'acquisition marchande en Algérie est réservée aux opérateurs établis dans le pays. Un PSP international ne peut pas contractualiser un commerçant algérien, parce que la plateforme de paiement doit être opérée par une banque agréée par la Banque d'Algérie ou par Algérie Poste (loi n° 18-05). Le dinar algérien n'est pas librement convertible et le rapatriement des recettes obéit au contrôle des changes. Encaisser en Algérie suppose une entité locale, un compte local et un raccordement à la SATIM, sans possibilité de loger le contrat d'acquisition dans une entité située hors du pays. La jambe de règlement interbancaire suit en revanche l'organisation habituelle des systèmes nationaux. ARTS (Algeria Real Time Settlement) est le RTGS de la Banque d'Algérie, en service depuis février 2006. ATCI (Algérie Télécompensation Interbancaire) est exploitée par le Centre de Pré-Compensation Interbancaire, et ses soldes nets se règlent chaque jour dans ARTS.

Égypte : Meeza, InstaPay et la banque centrale comme chef d'orchestre

L'Égypte est le marché de la zone où l'État a le plus ouvertement piloté la construction du système de paiement. L'infrastructure y est concentrée dans une entité unique, l'Egyptian Banks Company (EBC), qui en exploite l'essentiel sous l'égide de la Central Bank of Egypt. Elle opère le scheme carte Meeza, le rail instantané IPN / InstaPay, la chambre de compensation EG-ACH et le commutateur GAB national sous la marque d'acceptation « 123 ». Le règlement final se fait dans le RTGS de la CBE. Il est libellé en livres égyptiennes. Cette concentration distingue l'Égypte des trois autres pays de la zone, où le switch monétique, la compensation de masse et le règlement relèvent d'opérateurs séparés.

Meeza, lancé en 2019, a atteint plus de 43,5 millions de cartes émises en juin 2025. Cette progression procède d'une décision publique. Elle ne résulte pas de la demande des porteurs. La banque centrale a imposé le scheme comme canal de distribution des salaires publics, des subventions et des pensions, ce qui a doté d'une carte des populations qui n'en détenaient aucune. Le procédé, un scheme domestique diffusé par le canal étatique, se retrouve ailleurs dans la région, notamment avec Himyan au Qatar. Pour un commerçant égyptien, l'acceptation de Meeza conditionne l'accès à la fraction la plus large de la base porteurs, celle que les schemes internationaux ne couvrent pas.

43,5 M
cartes Meeza émises à juin 2025
Central Bank of Egypt, 2025
16 M
utilisateurs d'InstaPay, plus de 1,1 Md de transactions pour 2 400 Md EGP à juin 2025
Central Bank of Egypt, 2025
55,5 M
portefeuilles mobiles tous émetteurs, 1,4 Md de transactions pour plus de 1 800 Md EGP à juin 2025
Central Bank of Egypt, 2025
27,4 % → 76,3 %
taux d'inclusion financière entre 2016 et juin 2025
Central Bank of Egypt, 2025
Un paiement InstaPay, du côté du bénéficiaire
Payeur
Ouvre InstaPay et saisit un alias
Adressage par IPA (Instant Payment Address), numéro de téléphone ou QR, et non par numéro de compte
Banque du payeur
Débite le compte lié et pousse l'ordre dans l'IPN
Chaque compte bancaire lié à l'application porte ses propres plafonds, qui ne se cumulent pas entre comptes
IPN (EBC pour la CBE)
Route et notifie en quelques secondes
Rail instantané national, disponible en continu
Banque du bénéficiaire
Crédite le compte et notifie
Fonds disponibles immédiatement
Bénéficiaire / commerçant
Encaisse un paiement final et irrévocable
Il n'y a pas de chargeback sur un virement poussé : un remboursement est un nouveau virement, à l'initiative du commerçant
⚠️
Les plafonds InstaPay commandent la conception du tunnel de paiement
La Central Bank of Egypt encadre les montants d'un virement InstaPay. Les plafonds sont de 70 000 EGP par opération, 120 000 EGP par jour et 400 000 EGP par mois. Ces plafonds s'appliquent par compte bancaire lié et ne se cumulent pas d'un compte à l'autre (CBE, relayé par le State Information Service, 2025). Un paiement dont le montant dépasse l'un de ces seuils est rejeté du côté du payeur. Le marchand n'en reçoit pas le motif. Le tunnel doit donc prévoir un moyen de paiement de repli, carte, fractionnement ou virement classique, ainsi qu'un message d'erreur qui énonce la cause. Sur un rail de virement poussé, le paiement est final. L'absence de rétrofacturation prive le marchand de tout mécanisme de réparation porté par le rail, puisqu'un remboursement y prend la forme d'un nouveau virement qu'il initie, et le dispense en contrepartie du risque de chargeback.

Un cadre légal accompagne ce déploiement. La loi n° 18 de 2019 sur les moyens de paiement non monétaires a été promulguée le 16 avril 2019. Elle oblige les entités publiques et les sociétés à capitaux majoritairement publics à régler leurs dus par des moyens autres que l'espèce. Sont visés les jetons de présence, les salaires, les honoraires d'experts et les cotisations sociales. Elle impose aux administrations et services au public d'offrir des moyens de paiement électroniques. Son règlement d'exécution a été publié au Journal officiel le 7 septembre 2020. La période de mise en conformité a été prorogée jusqu'au 7 septembre 2021. Le manquement est sanctionné par une amende de 2 % à 10 % du montant réglé en espèces, plafonnée à 1 million EGP.

Égypte : Fawry, les réseaux de cash-in et le paiement fractionné

Le cash-in désigne l'encaissement en espèces d'un achat en ligne par un tiers agréé, qui en reverse ensuite le montant au marchand sous forme scripturale. Dans un pays où l'espèce reste dominante, le point de contact du paiement numérique prend ainsi la forme d'un réseau physique de collecte plutôt que d'un instrument détenu par le client. La séquence est constante. Un client commande en ligne et reçoit une référence de paiement. Il règle ensuite en espèces chez un commerçant de quartier raccordé à un agrégateur, lequel notifie le marchand et lui transfère les fonds. L'Égypte en a fait une industrie, dont les volumes traités par Fawry donnent la mesure.

943,6 Md EGP
volume traité (throughput) par Fawry sur l'exercice 2025, +56,8 % sur un an
Fawry, communiqué de résultats FY2025, mars 2026
≈ 6 M/jour
transactions traitées par Fawry, pour une base d'environ 55 millions d'utilisateurs
Fawry, communiqué de résultats FY2025, mars 2026
365 000
points de service raccordés au réseau Fawry
Fawry, communiqué de résultats FY2025, mars 2026
8 651,5 M EGP
chiffre d'affaires Fawry sur l'exercice 2025 (+57 %), pour un résultat net de 2 889,2 M EGP
Fawry, communiqué de résultats FY2025, mars 2026
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Fawry
Le réseau de référence, avec le paiement de factures, les recharges, la collecte pour compte de tiers, l'application myFawry et une activité de services financiers en forte croissance. Il est l'acteur par lequel un e-commerçant atteint le client non bancarisé.
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Aman (أمان)
Concurrent direct sur le cash-in, exploité par Aman for E-Payments, filiale de Raya Holding constituée avec un capital de 100 millions EGP. Le réseau compte plus de 250 agences, plus de 200 000 marchands et 150 000 terminaux raccordés (Aman, site officiel, 2026), doublés d'une carte de paiement échelonné.
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Portefeuilles télécoms
Les wallets d'opérateurs (Vodafone Cash et concurrents) portent l'agrégat national de 55,5 millions de portefeuilles mobiles à juin 2025 (Central Bank of Egypt). Ils sont le canal de transfert de personne à personne le plus diffusé hors des grandes villes.
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Paiement fractionné
Valu, exploité par U Consumer Finance S.A.E., filiale d'EFG Holding cotée à l'EGX, revendique plus de 3 millions de clients (Valu, 2026) ; Sympl, fondé en 2021 par d'anciens dirigeants de Valu, accorde le crédit aux porteurs de cartes bancaires existantes plutôt qu'à un compte propriétaire.

L'accès au marché égyptien du paiement est soumis à agrément de la banque centrale. La Central Bank of Egypt a publié en juin 2025 ses règles de licence et d'enregistrement des Payment System Operators (PSO) et Payment Service Providers (PSP). Elle agit en application de la loi n° 194 de 2020 sur la banque centrale et le système bancaire. Ces règles couvrent les dépôts et retraits sur comptes de paiement ainsi que l'exécution d'opérations et de transferts de fonds. Elles couvrent également l'émission d'instruments de paiement et de canaux d'acceptation électronique, ainsi que l'envoi et la réception de transferts en livres égyptiennes. Elles introduisent des catégories A et B assorties d'exigences de capital étagées selon les services exercés. Les acteurs déjà installés opèrent sous des licences délivrées avant ce texte. Paymob exerce sous licence Payments Facilitator de la CBE obtenue dès 2018.

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Le montage d'encaissement égyptien qui fonctionne
Le montage d'encaissement courant en Égypte repose sur plusieurs moyens de paiement, généralement quatre en parallèle. La carte Meeza couvre la base porteurs de masse, InstaPay apporte le virement instantané à faible coût. Un réseau de cash-in (Fawry ou Aman) atteint la clientèle non bancarisée. Le contre-remboursement s'adresse aux acheteurs qui n'acceptent de payer qu'après avoir vu le produit. Chacun de ces canaux a son coût, son délai de reversement et sa réconciliation propre. Un tunnel de paiement construit sur un seul d'entre eux renonce à la moitié du marché.

Le cash et le contre-remboursement : le vrai moyen de paiement du e-commerce

Le contre-remboursement (cash on delivery, COD) désigne le règlement d'une commande en espèces au moment de la livraison, entre les mains du transporteur. Il reste le mode d'encaissement de référence du e-commerce dans les quatre pays, et son recul est lent. Deux indicateurs publiés en donnent la mesure. Au Maroc, Bank Al-Maghrib mesure que près de 86 % de la valeur passée sur une carte marocaine ressort en espèces au distributeur (rapport 2024). En Égypte, une étude de Crowd Analyzer portant sur 2024-2025, relayée par Ahram Online, relève que 90 % des consommateurs déclarent préférer le paiement à la livraison. Cette seconde donnée porte sur une préférence déclarée et non sur une part de marché observée, ce qui en limite la portée statistique sans rien retirer à l'ampleur du signal d'intention.

Plusieurs facteurs expliquent cette persistance. Le premier est la défiance envers le paiement en ligne, dans des marchés où le recours en cas de non-livraison est incertain. Le second est la faible bancarisation en dehors des grandes villes. S'y ajoutent les plafonds de change qui rendent la carte inutile hors du pays, et l'habitude d'un commerce où l'on paie ce que l'on a vu. Du point de vue de l'acheteur, le contre-remboursement fonctionne comme une assurance non tarifée que le vendeur lui accorde. Le risque de non-conformité et de non-livraison reste chez ce dernier.

Le cycle du contre-remboursement, vu par la trésorerie du marchand
Client
Commande sans payer
Aucun engagement financier : le coût d'annulation pour le client est nul
Marchand
Prépare et expédie à ses frais
Stock immobilisé, préparation et emballage engagés sur une commande non payée
Transporteur
Livre et encaisse les espèces
Le livreur devient collecteur de fonds : refus au seuil de la porte, absence, ou paiement partiel
Transporteur
Centralise puis reverse au marchand
Reversement périodique, souvent hebdomadaire, net de frais de livraison et de frais de collecte
Marchand
Rapproche colis, encaissements et retours
Trois flux à réconcilier : bordereaux de livraison, virements du transporteur, colis retournés non payés
PosteContre-remboursementPaiement en ligne prépayé
Commission d'encaissementFrais de collecte du transporteur, généralement un pourcentage du montant collecté, en sus du prix de livraisonCommission d'acquisition, avec au Maroc un interchange plafonné à 0,50 % HT à compter du 1ᵉʳ octobre 2026
Délai d'encaissementLivraison, puis reversement périodique du transporteur : plusieurs semaines de DSOQuelques jours ouvrés selon l'acquéreur
Taux d'échecRefus à la livraison et retours : coût de transport aller-retour intégralement à la charge du marchandRefus d'autorisation, sans coût logistique
Risque portéRisque de crédit sur le transporteur qui détient les espèces, et risque de détournementRisque de fraude et de rétrofacturation sur les cartes ; nul sur un virement instantané poussé
RéconciliationTrois sources à rapprocher : commandes, bordereaux transporteur, virements reçusDeux sources : remises et virements de l'acquéreur
Ce que coûte réellement le contre-remboursement, comparé au prépayé
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Le COD n'est pas gratuit : il est simplement facturé ailleurs
Le contre-remboursement ne supporte aucune commission d'acquisition. Beaucoup de plans d'affaires de la zone le comparent pour cette raison à une commission carte, sous l'étiquette « zéro commission COD ». Le coût existe pourtant, réparti sur d'autres postes. Le transporteur facture des frais de collecte, et la commande supporte un taux de retour qui peut atteindre plusieurs dizaines de pour cent selon la verticale. S'y ajoute un DSO de plusieurs semaines, soit le délai entre l'expédition et la mise à disposition des fonds. Le transporteur qui détient les espèces fait par ailleurs peser un risque de contrepartie. La grandeur comparable entre les deux modes d'encaissement est le coût complet par commande livrée et encaissée, qui intègre le transport aller-retour des colis refusés. Calculé ainsi, le paiement prépayé ressort souvent moins cher, ce qui conduit les marchands de la zone à inciter activement leurs clients à y basculer.
  • Différencier le prix : remise explicite sur le paiement en ligne, ou frais de service sur le COD lorsque le droit local le permet. Au Maroc, la commission d'acquisition elle-même ne peut jamais être répercutée sur le client.
  • Réduire le risque perçu : paiement à l'expédition plutôt qu'à la commande, politique de retour lisible, et preuve de livraison.
  • Proposer le virement instantané là où il existe : InstaPay en Égypte, virement interbancaire instantané au Maroc, avec un coût marginal faible, des fonds immédiats et aucune rétrofacturation.
  • Brancher un réseau de cash-in (Fawry, Aman en Égypte ; agrégateurs de facturiers ailleurs) pour convertir un client « cash » en encaissement scriptural sans passer par le livreur.
  • Mesurer le retour par canal : le taux de retour du COD est la variable qui décide de la rentabilité d'une verticale, bien avant le taux de commission.

Le contrôle des changes, ce qui décide de la faisabilité d'un montage

Le contrôle des changes désigne l'ensemble des règles par lesquelles un État encadre la détention et la circulation des devises étrangères sur son territoire. Il commande la faisabilité d'un montage d'encaissement dans la zone. Le choix du prestataire technique vient ensuite. Le dirham marocain, le dinar algérien et le dinar tunisien ne sont pas librement convertibles. La livre égyptienne a connu des tensions de disponibilité en devises. Les questions à instruire en premier sont donc quelle entité encaisse, dans quelle devise, et comment les fonds sortent du pays. Le montage habituel dans l'Union européenne associe une entité unique, un acquéreur transfrontalier et un payout centralisé. Il ne se transpose dans aucun de ces quatre pays sans adaptation.

PaysAcquisition localeSortie de devises pour un résidentCe qu'un marchand étranger doit savoir
🇲🇦 MarocOuverte depuis le 1ᵉʳ mai 2025 : onze acquéreurs agréés par Bank Al-Maghrib, le CMI devenant plateforme techniqueDotations encadrées par l'Office des Changes : à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, dotation e-commerce des particuliers portée à 20 000 MAD par an (contre 15 000 MAD)Interchange plafonné et décroissant (0,50 % HT au 1ᵉʳ octobre 2026) ; commission jamais répercutable sur le client
🇩🇿 AlgérieFermée : plateformes de paiement exploitées exclusivement par les banques agréées par la Banque d'Algérie et par Algérie Poste (loi n° 18-05)Très restreintePas d'acquisition étrangère possible ; entité locale, compte local et raccordement SATIM obligatoires
🇹🇳 TunisieDeux passerelles historiques : Click to Pay SMT et la solution e-DINAR de La Poste TunisienneCarte technologique internationale : 1 000 TND/an pour une personne physique, 10 000 TND pour une personne morale résidente, jusqu'à 100 000 TND pour une société labellisée « Start-up », usage en ligne limité aux dépenses TICVendre un abonnement logiciel à des PME tunisiennes se heurte au plafond de dotation, pas au moyen de paiement
🇪🇬 ÉgypteCadre PSO/PSP publié par la Central Bank of Egypt en juin 2025 (loi n° 194 de 2020), catégories A et B avec capital étagéEncadrée ; plafonds propres à InstaPay : 70 000 EGP par opération, 120 000 EGP par jour, 400 000 EGP par mois et par compte liéL'acceptation de Meeza n'est pas optionnelle : c'est la base porteurs la plus large, alimentée par les flux publics
Encaisser dans la zone : les contraintes structurantes, pays par pays

Le Maroc a relevé plusieurs de ses plafonds de change. La nouvelle Instruction générale des opérations de change de l'Office des Changes, applicable à compter de 2026, en fixe les nouveaux montants. La dotation e-commerce des personnes physiques, résidents comme Marocains du monde, passe de 15 000 à 20 000 dirhams par an. Côté entreprises, le plafond e-commerce pour les structures sans compte en devises ou en dirhams convertibles est porté de 500 000 à 1 million de dirhams. La dotation touristique annuelle reste fixée à 100 000 dirhams, complétée par une dotation supplémentaire adossée à l'impôt sur le revenu acquitté. Ces dotations s'appliquent aux résidents marocains et non aux marchands étrangers. Elles bornent en revanche le marché adressable de ces derniers. Elles fixent le montant qu'un client marocain peut dépenser en ligne auprès d'un fournisseur établi hors du pays.

Buna est le seul rail transfrontalier de la région réellement en production côté arabe. Lancée en 2020, cette plateforme panarabe assure la compensation et le règlement multidevises. Elle est exploitée par l'Arab Regional Payments Clearing and Settlement Organization (ARPCSO), filiale du Fonds monétaire arabe. Elle traite des flux interbancaires et non des paiements de détail, ce qui la place hors de la chaîne d'encaissement marchand. Elle modifie en revanche la logistique des règlements entre banques de la région, qui peuvent y être opérés en plusieurs devises sur une même plateforme.

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La règle d'entrée sur la zone, en une phrase
Encaisser dans un pays du Maghreb ou en Égypte suppose d'y être établi. Le montage repose sur une entité locale, un compte local, un acquéreur local et une devise locale. Le rapatriement des marges suppose un plan explicite, validé avec la banque teneuse de compte avant le lancement, puisque les autorisations de change conditionnent la sortie des fonds. Les montages « acquisition transfrontalière + payout centralisé », courants en Europe, échouent dans la zone pour des motifs de change et non de technologie. Le partenaire déterminant est donc la banque locale, celle qui portera le compte et instruira les dossiers de change, davantage que le PSP retenu pour l'intégration technique.
  • Qui il faut connaître : Bank Al-Maghrib, l'Office des Changes, le CMI, HPS et le GSIMT au Maroc ; la Banque d'Algérie, la SATIM, le GIE Monétique et Algérie Poste en Algérie ; la Banque Centrale de Tunisie, la Société Monétique Tunisie et La Poste Tunisienne en Tunisie ; la Central Bank of Egypt, l'Egyptian Banks Company, Fawry et les PSP agréés en Égypte.
  • Ce qui casse le plus souvent : la sortie des fonds, jamais l'intégration technique.
  • Ce qui coûte : le contre-remboursement, par son taux de retour et son DSO, et non la commission carte, aujourd'hui la plus encadrée de la zone au Maroc.
  • Ce qui bouge en 2026 : le calendrier marocain (cession des portefeuilles commerçants du CMI en janvier puis avril 2026, interchange à 0,50 % en octobre 2026) et la montée en charge du cadre PSO/PSP égyptien.
  • Ce qu'il ne faut pas supposer : qu'un scheme international suffit. En Algérie il ne sert à rien en domestique ; en Égypte il rate la base Meeza ; au Maroc et en Tunisie il coexiste avec des rails locaux que la clientèle utilise davantage.