Un marché où la carte sert d'abord à retirer
Les statistiques monétiques de Bank Al-Maghrib distinguent deux usages de la carte bancaire, le retrait d'espèces au guichet automatique et le paiement chez un commerçant. Le Maroc comptait 22,6 millions de cartes bancaires en circulation à fin 2024, soit 12 % de plus qu'un an plus tôt (Bank Al-Maghrib, rapport annuel sur la supervision bancaire, exercice 2024). Le parc progresse rapidement, alors que la répartition entre les deux usages se déplace lentement. Les retraits d'espèces représentent 86 % des opérations réalisées avec ces cartes en 2024, contre 88 % en 2023. Le retrait domine donc l'usage de la carte.
| Opération | Nombre | Montant | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Retraits aux guichets automatiques | 401 M | 403 Md MAD | −0,3 % en nombre, +1,1 % en valeur |
| Paiements sur terminal (TPE) | 153,3 M | 52,2 Md MAD | +17 % |
| Paiements en ligne | 38,5 M | 11 Md MAD | +20 % en nombre, +11 % en valeur |
| Total paiements par carte | 192,5 M | 63 Md MAD | +17 % / +11 % |
Le taux de bancarisation rapporte le nombre d'adultes détenteurs d'un compte à la population adulte du pays. Il atteint 58 % des adultes à fin 2024, contre 54 % un an plus tôt, pour 18,5 millions de personnes physiques détentrices d'un compte (Bank Al-Maghrib, supervision bancaire 2024). Une partie de la progression tient à un changement de méthode, par lequel les résultats du recensement général de 2024 ont remplacé au dénominateur les projections démographiques antérieures. Le réseau de distribution se recompose dans le même temps. Les agences bancaires reculent à 5 692 unités. Les points d'accès des établissements de paiement montent en revanche à 32 221, en hausse de 6 328 sur la seule année 2024.
Les rails interbancaires : SRBM, SIMT, virement instantané
Le SRBM (Système des règlements bruts du Maroc) règle les opérations interbancaires une par une, à mesure qu'elles se présentent et sans compensation préalable entre elles. C'est ce que désigne le règlement brut. Bank Al-Maghrib en assure l'exploitation. Le SRBM est le seul lieu de règlement définitif en monnaie de banque centrale. S'y règlent les opérations de gros montant, celles de politique monétaire et les soldes nets remontés par les systèmes de détail. Le système a traité 25 262 milliards de dirhams en 2024, soit l'équivalent du produit intérieur brut annuel du pays en seize jours de fonctionnement (Bank Al-Maghrib, exercice 2024).
Le SIMT (Système interbancaire marocain de télécompensation) est le système de compensation des paiements de détail marocains. Les créances réciproques des banques y sont soldées par différence avant règlement. Il est opéré par le GSIMT, groupement d'intérêt économique constitué par Bank Al-Maghrib et la communauté bancaire. Ce groupement traite les instruments scripturaux, à savoir les virements, les prélèvements, les chèques et les effets de commerce. Les cartes en sont exclues. Elles relèvent d'une autre chaîne de traitement, la chaîne monétique. En 2024, le SIMT a échangé 136,3 millions d'opérations, en hausse de 16,1 %, pour 2 524 milliards de dirhams (Bank Al-Maghrib, exercice 2024).
La disponibilité des infrastructures dépassait 99,8 % en 2024 selon les systèmes (Bank Al-Maghrib). Les limites du virement instantané tiennent donc à ses conditions d'emploi plutôt qu'à sa fiabilité technique. Un rail plafonné à 20 000 dirhams, et dépourvu de schéma d'acceptation marchand normalisé, ne se substitue pas encore à l'espèce au point de vente. Le chèque et l'effet de commerce restent des instruments courants des échanges interentreprises marocains. Le SIMT en assure la compensation.
Le CMI : de l'acquéreur unique au processeur national
Le Centre monétique interbancaire (CMI) est la structure par laquelle les banques marocaines ont mutualisé le traitement des opérations par carte. Neuf d'entre elles l'ont constitué en 2001, pour une mise en production en 2004. Sa mission d'origine réunissait deux fonctions que la plupart des marchés confient à des acteurs distincts, l'interopérabilité des retraits et des paiements d'une part, l'acquisition commerciale des commerçants d'autre part. L'acquisition commerciale recouvre la signature du contrat d'affiliation, la fixation de la commission et le règlement des fonds encaissés au commerçant. Pendant vingt ans, un commerçant marocain qui souhaitait accepter la carte ne disposait que d'un contrat possible. Ce contrat était celui du CMI.
L'ouverture du marché de l'acquisition trouve son origine dans une saisine contentieuse. NAPS SA en a pris l'initiative. Elle a porté devant le Conseil de la concurrence les pratiques du CMI sur les terminaux et le paiement en ligne. Le Conseil a rendu obligatoires des engagements structurels, comportementaux et tarifaires. Les banques actionnaires doivent garantir l'indépendance juridique et économique de leurs filiales d'acquisition, et un programme de conformité au droit de la concurrence leur est également imposé. Une commission mixte associant le Conseil et Bank Al-Maghrib suit l'exécution, sur rapports semestriels, pendant deux ans.
- Ce qui reste au CMI : la plateforme technique nationale, en accès équitable, transparent et non discriminatoire pour tous les établissements agréés.
- Ce qui quitte le CMI : le démarchage, le contrat d'affiliation, la tarification commerçant et le portefeuille historique de terminaux et de sites marchands.
- Fatourati, la plateforme de recouvrement de factures opérée par le CMI, prolonge son rôle d'infrastructure : plus de 70 canaux d'encaissement et 32 institutions financières raccordées (CMI, 2025).
- Le switching et la compensation ont quitté le CMI dès 2016 au profit de HPS. La séparation entre acquisition marchande et traitement interbancaire est donc antérieure de huit ans à l'ouverture du marché.
Encaisser au Maroc : ce qu'il faut réunir
L'exercice d'une activité de service de paiement au Maroc est subordonné à un agrément de Bank Al-Maghrib. Cet agrément relève de la loi n° 103-12. Aucun mécanisme de passeport n'ouvre le marché marocain aux titulaires d'une licence délivrée à l'étranger, de sorte que l'acquisition transfrontalière n'y a pas d'équivalent. Un marchand étranger qui souhaite encaisser localement constitue donc une entité marocaine, ouvre un compte bancaire en dirhams et signe un contrat d'affiliation avec un acquéreur agréé. Le règlement des fonds au commerçant intervient lui aussi en dirhams.
| Type d'acteur | Base de l'habilitation | Ce qu'il apporte | Ce qu'il faut vérifier |
|---|---|---|---|
| Filiale d'acquisition d'une banque | Filiale dédiée, indépendance juridique et économique exigée par la décision n° 152/D/2024 | Adossement bancaire, financement du parc de terminaux, relation compte courant | L'indépendance réelle vis-à-vis de la maison mère et l'absence de conditionnement au compte bancaire |
| Établissement de paiement agréé | Agrément Bank Al-Maghrib (loi n° 103-12) | Agilité tarifaire, réseau physique dense, appétence pour le petit commerce | Le périmètre exact de l'agrément et la solidité opérationnelle du traitement |
| CMI | Plateforme technique nationale | Traitement, autorisation, compensation monétique, Fatourati | Il ne démarche plus de commerçants depuis le 1er novembre 2024 |
| Passerelle e-commerce | Contractuelle, adossée à un acquéreur agréé | Tunnel de paiement, 3-D Secure, gestion multi-devises | L'acquéreur réellement porteur du contrat derrière la passerelle |
Le parc d'acceptation désigne l'ensemble des terminaux de paiement électronique installés chez les commerçants. Rapporté au tissu commercial marocain, il reste étroit. Il comptait 94 387 terminaux à fin 2024, en hausse de 13 %, dont environ 72 % actifs (Bank Al-Maghrib, supervision bancaire 2024). Un terminal est comptabilisé comme actif lorsqu'il enregistre des transactions au cours de la période observée. Un quart environ du parc installé n'entre pas dans ce décompte. La répartition sectorielle explique en partie ce phénomène. La grande distribution concentre 23 % du parc installé, devant la santé avec 14 %, l'habillement avec 13 %, le tourisme avec 11 % et la restauration avec 8 %. Le commerce de proximité, où se concentre l'essentiel des dépenses quotidiennes, demeure largement en dehors du parc.
- Identifier le porteur du contrat après la cession des portefeuilles, car le nom sur le terminal ne suffit plus à le déterminer.
- Distinguer la commission d'acceptation de l'interchange : le plafond réglementaire ne porte que sur la seconde composante.
- Cadrer la devise de règlement dès le contrat : encaisser au Maroc, c'est être crédité en dirhams, avec les conséquences de change traitées plus bas.
- Vérifier l'authentification en ligne : l'authentification 3-D Secure a été généralisée sur le paiement e-commerce domestique par le CMI, Maroc Telecommerce et les banques.
- Anticiper les cartes étrangères : elles échappent au plafond d'interchange domestique et coûtent sensiblement plus cher à accepter.
L'interchange plafonné, et ce qu'il ne couvre pas
L'interchange désigne la quote-part de la commission prélevée au commerçant qui revient aux banques et aux établissements de paiement émetteurs de la carte. Bank Al-Maghrib l'a plafonné pour la monétique domestique par la décision réglementaire n° 244/W/2024 du 20 septembre 2024. Le plafond s'établit à 0,65 % de la valeur de la transaction, applicable au 1er octobre 2024. Le périmètre du plafond est délimité. Il couvre les seuls paiements domestiques, c'est-à-dire ceux qui sont réglés par des cartes émises au Maroc.
La décision réglementaire n° 265/W/2026 du 6 juillet 2026 abaisse ce plafond à 0,50 % à compter du 1er octobre 2026. Elle introduit un plafond réduit de 0,15 % pour les paiements aux administrations et le commerce de proximité. Ce plafond réduit vise des segments à faible marge unitaire, comme la facture d'eau, la facture d'électricité et l'épicerie. Ces segments ne supportaient pas un prélèvement de 0,65 % sur chaque opération, et l'acceptation n'y progressait pas.
| Période | Plafond général | Plafond réduit | Texte |
|---|---|---|---|
| Avant le 1er octobre 2024 | Aucun plafond réglementaire | – | – |
| Du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2026 | 0,65 % | – | Décision n° 244/W/2024 du 20 septembre 2024 |
| À compter du 1er octobre 2026 | 0,50 % | 0,15 % (administrations, commerce de proximité) | Décision n° 265/W/2026 du 6 juillet 2026 |
Les paiements effectués au Maroc avec des cartes émises à l'étranger constituent une recette en devises pour le pays et une charge pour l'hôtellerie, la restauration et le commerce touristique. Ces transactions sortent du plafond domestique. Celui-ci ne vise que les cartes émises au Maroc. Un établissement de Marrakech ou d'Agadir dont la clientèle est majoritairement étrangère ne bénéficie donc pas de la baisse d'octobre 2026 sur l'essentiel de son volume. Les marges de négociation qui lui restent portent sur la marge de l'acquéreur, sur les frais de réseau refacturés et sur les conditions de la conversion dynamique de devise. Ce dernier mécanisme permet au porteur étranger de régler dans la monnaie de sa carte.
Le paiement mobile : dix ans de cadre, un décollage qui se fait attendre
Le paiement mobile marocain repose sur le portefeuille électronique, compte de paiement accessible depuis un téléphone et alimenté en monnaie électronique. Le cadre juridique y a précédé l'offre. Cette séquence s'écarte de celle observée sur la plupart des marchés africains. La loi n° 103-12 crée en 2014 la catégorie d'établissement de paiement, entité non bancaire habilitée à tenir des comptes de paiement et à émettre de la monnaie électronique. Cette entité ne peut ni recevoir de dépôts à vue ni consentir de crédits. Les premiers agréments sont délivrés en janvier 2018, à Wafacash, Maroc Traitement de Transaction (M2T), Cash Plus et NAPS. Un switch mobile dédié a ensuite rendu les portefeuilles interopérables entre eux.
| Indicateur | Établissements de paiement | Offres bancaires |
|---|---|---|
| Part des transactions en nombre | 93 % | 7 % |
| Part des transactions en valeur | 86 % | 14 % |
| Nombre d'offres de portefeuille | 12 | 9 |
| Usage dominant | Paiement de factures : 65 % des transactions | Non publié séparément |
Deux facteurs expliquent la progression de 2024. Le versement des aides sociales directement sur des comptes de paiement a ouvert des portefeuilles et créé un premier usage pour leurs titulaires. L'acceptation a cessé de constituer un obstacle, puisque 93 % du parc de terminaux accepte le portefeuille mobile. La limite qui subsiste tient au comportement des porteurs. Lorsqu'une prestation sociale créditée sur un portefeuille est retirée intégralement en espèces dès le lendemain, le portefeuille sert de canal de distribution du versement, sans se substituer aux espèces au moment de payer.
Le niveau d'activité des portefeuilles détermine la place qu'ils occupent dans un parcours de paiement marchand. Un parcours adossé au seul portefeuille mobile ne couvre pas, au Maroc en 2026, une base d'utilisateurs actifs suffisante. Le portefeuille tient donc une place complémentaire, sur la facture récurrente, le transfert de fonds et l'encaissement de proximité, aux côtés de la carte et du contre-remboursement plutôt qu'à leur place.
E-commerce : le contre-remboursement tient encore le marché
Le contre-remboursement désigne le règlement d'une commande en ligne au moment de la remise du colis. Il s'effectue en espèces, auprès du livreur. Ce mode de règlement reste le plus répandu chez les acheteurs en ligne marocains, alors que le paiement en ligne par carte progresse. Ce dernier a représenté 38,5 millions d'opérations pour 11 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 20 % en nombre et de 11 % en valeur (Bank Al-Maghrib, exercice 2024). L'enquête sur les technologies de l'information de l'ANRT pour 2024-2025 relève que 83,8 % des acheteurs en ligne marocains déclarent recourir au paiement comptant à la livraison.
| Critère | Contre-remboursement | Paiement par carte en ligne |
|---|---|---|
| Encaissement | À la remise du colis, en espèces, par le livreur | À l'autorisation, avant expédition |
| Délai de trésorerie | Reversement par le transporteur, après collecte et rapprochement | Règlement de l'acquéreur en dirhams, selon contrat |
| Échec de la vente | Refus au seuil de la porte : le colis revient, le transport est payé deux fois | Refus d'autorisation, connu avant toute logistique |
| Coût visible | Frais de collecte du transporteur, manipulation d'espèces, retours | Commission d'acceptation encadrée sur l'interchange domestique |
| Contestation | Litige commercial de droit commun | Chargeback selon les règles du réseau |
| Réconciliation | Trois sources à croiser : commande, bordereau transporteur, versement d'espèces | Deux sources : remise et virement acquéreur |
Le coût du contre-remboursement ne prend pas la forme d'une commission d'acceptation. Il se répartit sur la chaîne de livraison et sur la trésorerie du marchand. Le taux de refus au moment de la remise et l'immobilisation du stock pendant la tournée de livraison y contribuent. Le double transport des colis refusés et le délai de reversement des espèces collectées s'y ajoutent. La nature du risque de fraude diffère elle aussi. Le risque de fraude au paiement disparaît, et le risque de commande non honorée le remplace. Le passage à la carte substitue donc une charge à une autre, avec la différence que la commission d'acceptation se mesure et se négocie.
- Rendre la carte plus sûre que la porte : l'authentification 3-D Secure généralisée sur le paiement en ligne domestique retire l'argument de l'insécurité perçue.
- Traiter la clientèle étrangère à part : le CMI a lancé avec Global Blue un service de paiement multidevises sur les sites marchands marocains, avec règlement en euro, dollar américain, livre sterling, yen, dollar canadien et franc suisse.
- Élargir l'acceptation des réseaux : l'acceptation des cartes JCB a été étendue aux établissements de paiement en novembre 2025 (CMI), ce qui compte pour les flux touristiques asiatiques.
- Ne pas confondre encaissement et rapatriement : encaisser en devise sur un site marocain ne dispense d'aucune obligation vis-à-vis de l'Office des changes.
L'Office des changes : la contrainte qui décide du modèle
Le dirham n'est pas librement convertible. Les transferts de fonds entre le Maroc et l'étranger sont donc subordonnés à une dotation ou à une autorisation réglementaire. Cette contrainte s'applique à toute activité de paiement transfrontalière touchant le Maroc. L'Office des changes fixe les règles applicables aux opérations de change dans l'Instruction générale des opérations de change. La version IGOC 2026 est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Le texte est structuré par nature d'opération et par profil d'utilisateur, chaque combinaison ayant sa propre dotation ou sa propre procédure d'autorisation.
| Bénéficiaire | Plafond annuel | Support |
|---|---|---|
| Personne physique résidente, y compris Marocain résidant à l'étranger | 20 000 MAD | Carte de paiement internationale adossée au compte en dirhams |
| Jeune entreprise innovante labellisée par l'Agence de développement du digital | 2 000 000 MAD | Carte de paiement internationale |
| Opérateur économique catégorisé | 1 000 000 MAD | Carte de paiement internationale |
| Entité marocaine sans compte en devises ni en dirhams convertibles | 200 000 MAD | Carte de paiement internationale |
| Société nouvellement créée ou exonérée | 50 000 MAD | Carte de paiement internationale |
| Titulaire d'un compte en devises ou en dirhams convertibles | Dans la limite des disponibilités du compte | Compte convertible |
Les autres opérations de change relèvent de régimes distincts. Pour les entreprises, l'obligation principale est le rapatriement des recettes d'exportation, dans un délai de 150 jours pour les marchandises et de 90 jours pour les services (Office des changes). L'IGOC 2026 assouplit la contrepartie accordée aux exportateurs de services, qui peuvent alimenter leur compte en devises ou en dirhams convertibles à hauteur des fonds rapatriés, dans la limite de 15 % du montant total du contrat. La dotation de base pour voyages personnels atteint 100 000 dirhams. Un supplément égal à 30 % de l'impôt sur le revenu acquitté s'y ajoute, sous un plafond global de 500 000 dirhams par année civile.
Le régime de change proprement dit repose sur un cours central du dirham, calculé sur un panier composé à 60 % d'euro et 40 % de dollar américain. La bande de fluctuation a été élargie de ±2,5 % à ±5 % le 9 mars 2020 (ministère de l'Économie et des Finances, sur avis de Bank Al-Maghrib), au titre de la deuxième phase d'une réforme entamée en janvier 2018. Un acquéreur règle donc le commerçant en dirhams. Il ne peut pas s'engager sur un règlement en devise étrangère. Le traitement de la devise intervient en amont de l'encaissement, par un compte en devises ou en dirhams convertibles lorsque le bénéficiaire y a droit.
Bank Al-Maghrib : agréments, surveillance et chantiers ouverts
Bank Al-Maghrib est l'institut d'émission du Royaume du Maroc. Elle exerce trois fonctions que d'autres juridictions répartissent entre plusieurs autorités, celles de banque centrale, de superviseur bancaire au titre de la loi n° 103-12 et de surveillant des systèmes et moyens de paiement. À ce titre, elle délivre les agréments, conduit les contrôles et fixe par décision réglementaire des paramètres économiques comme le plafond d'interchange. Le pays comptait dix-huit établissements de paiement agréés à fin 2024 (Bank Al-Maghrib).
- Ce qu'un établissement de paiement peut faire : tenir des comptes de paiement, exécuter des opérations de paiement, émettre de la monnaie électronique, opérer des transferts de fonds, et depuis mai 2025 acquérir des commerçants.
- Ce qu'il ne peut pas faire : recevoir des dépôts à vue du public, consentir des crédits, exercer des services d'investissement.
- Ce qui reste bancaire : l'émission de carte adossée à un compte de dépôt, le crédit et la tenue de compte au sens de la loi bancaire.
- Ce que la supervision impose ensuite : reportings prudentiels, cantonnement des fonds de la clientèle, contrôles thématiques sur place, et mise en conformité des fiches clients demandée aux établissements de paiement à échéance du 31 décembre 2025.
L'articulation avec le Conseil de la concurrence constitue la nouveauté institutionnelle de la période. Les deux autorités ont publié un communiqué conjoint et mis en place une commission mixte de surveillance de l'ouverture du marché monétique. Chacune intervient sur un terrain distinct. Le régulateur sectoriel fixe le prix plafond de l'interchange, et l'autorité de concurrence défait la position acquise dans l'acquisition commerciale. Elles suivent ensemble l'exécution des engagements.
Le traitement réglementaire des crypto-actifs suit une trajectoire comparable, de l'interdiction vers l'encadrement. Un communiqué conjoint du ministère des Finances et de Bank Al-Maghrib du 21 novembre 2017 avait déclaré les transactions en cryptomonnaies illégales. Un avant-projet de loi n° 42-25 relatif aux actifs cryptographiques, daté du 5 août 2025, a été élaboré par le ministère de l'Économie et des Finances avec Bank Al-Maghrib et l'AMMC. Il répartit la supervision entre ces deux autorités. Bank Al-Maghrib est compétente sur la monnaie et les stablecoins, l'AMMC sur les marchés et les prestataires de services.