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🇲🇦 Les paiements au Maroc

Un marché de cash qui bascule sous contrainte : la fin du monopole d'acquisition du CMI, l'interchange plafonné par Bank Al-Maghrib, le paiement mobile qui ne décolle pas, le contre-remboursement en e-commerce et le mur de l'Office des changes

Un marché où la carte sert d'abord à retirer

Les statistiques monétiques de Bank Al-Maghrib distinguent deux usages de la carte bancaire, le retrait d'espèces au guichet automatique et le paiement chez un commerçant. Le Maroc comptait 22,6 millions de cartes bancaires en circulation à fin 2024, soit 12 % de plus qu'un an plus tôt (Bank Al-Maghrib, rapport annuel sur la supervision bancaire, exercice 2024). Le parc progresse rapidement, alors que la répartition entre les deux usages se déplace lentement. Les retraits d'espèces représentent 86 % des opérations réalisées avec ces cartes en 2024, contre 88 % en 2023. Le retrait domine donc l'usage de la carte.

401 M
retraits aux guichets automatiques en 2024 (−0,3 %)
Bank Al-Maghrib, rapport sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement, exercice 2024
403 Md MAD
valeur de ces retraits (+1,1 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
192,5 M
paiements par carte en 2024 (+17 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
63 Md MAD
valeur des paiements par carte (+11 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
OpérationNombreMontantÉvolution sur un an
Retraits aux guichets automatiques401 M403 Md MAD−0,3 % en nombre, +1,1 % en valeur
Paiements sur terminal (TPE)153,3 M52,2 Md MAD+17 %
Paiements en ligne38,5 M11 Md MAD+20 % en nombre, +11 % en valeur
Total paiements par carte192,5 M63 Md MAD+17 % / +11 %
Retrait contre paiement : l'écart qui structure le marché marocain (2024)
🔑
Le ratio qui commande toute stratégie d'acceptation
Le rapport entre la valeur des retraits et celle des paiements par carte s'établit à 6,4 pour 1 en 2024. Les distributeurs ont délivré 403 milliards de dirhams, contre 63 milliards payés par carte (Bank Al-Maghrib). Pour un dirham payé par carte, 6,4 dirhams sortent au distributeur. Les fonds crédités sur les comptes sont donc convertis en billets avant d'arriver en caisse, puis dépensés hors du circuit scriptural. Un acquéreur marocain se trouve ainsi en concurrence avec le guichet automatique le plus proche du commerce, avant de l'être avec les autres acquéreurs.

Le taux de bancarisation rapporte le nombre d'adultes détenteurs d'un compte à la population adulte du pays. Il atteint 58 % des adultes à fin 2024, contre 54 % un an plus tôt, pour 18,5 millions de personnes physiques détentrices d'un compte (Bank Al-Maghrib, supervision bancaire 2024). Une partie de la progression tient à un changement de méthode, par lequel les résultats du recensement général de 2024 ont remplacé au dénominateur les projections démographiques antérieures. Le réseau de distribution se recompose dans le même temps. Les agences bancaires reculent à 5 692 unités. Les points d'accès des établissements de paiement montent en revanche à 32 221, en hausse de 6 328 sur la seule année 2024.

Les rails interbancaires : SRBM, SIMT, virement instantané

Le SRBM (Système des règlements bruts du Maroc) règle les opérations interbancaires une par une, à mesure qu'elles se présentent et sans compensation préalable entre elles. C'est ce que désigne le règlement brut. Bank Al-Maghrib en assure l'exploitation. Le SRBM est le seul lieu de règlement définitif en monnaie de banque centrale. S'y règlent les opérations de gros montant, celles de politique monétaire et les soldes nets remontés par les systèmes de détail. Le système a traité 25 262 milliards de dirhams en 2024, soit l'équivalent du produit intérieur brut annuel du pays en seize jours de fonctionnement (Bank Al-Maghrib, exercice 2024).

Le SIMT (Système interbancaire marocain de télécompensation) est le système de compensation des paiements de détail marocains. Les créances réciproques des banques y sont soldées par différence avant règlement. Il est opéré par le GSIMT, groupement d'intérêt économique constitué par Bank Al-Maghrib et la communauté bancaire. Ce groupement traite les instruments scripturaux, à savoir les virements, les prélèvements, les chèques et les effets de commerce. Les cartes en sont exclues. Elles relèvent d'une autre chaîne de traitement, la chaîne monétique. En 2024, le SIMT a échangé 136,3 millions d'opérations, en hausse de 16,1 %, pour 2 524 milliards de dirhams (Bank Al-Maghrib, exercice 2024).

Du terminal au règlement définitif : le chemin d'un paiement carte domestique
Commerçant
Encaisse sur TPE ou page de paiement
Contrat d'affiliation signé avec un acquéreur agréé : filiale d'acquisition bancaire, établissement de paiement, ou historiquement le CMI
Acquéreur
Collecte et transmet la transaction
Il porte le contrat commerçant, la tarification et le risque de contrepartie
Plateforme technique nationale
Route l'autorisation vers l'émetteur
Le CMI opère cette plateforme et doit y donner accès dans des conditions équitables, transparentes et non discriminatoires (décision n° 152/D/2024)
Émetteur
Autorise ou refuse
Banque ou établissement de paiement marocain pour les cartes domestiques ; réseau international pour les cartes étrangères
Compensation monétique
Calcule les positions nettes interbancaires
L'interchange est prélevé au profit de l'émetteur, dans la limite du plafond fixé par Bank Al-Maghrib
SRBM
Règle les soldes en monnaie de banque centrale
Finalité irrévocable ; l'acquéreur peut alors créditer le commerçant en dirhams
ℹ️
Le virement instantané, ouvert le 1er juin 2023
Le virement interbancaire instantané est un virement exécuté et rendu disponible sur le compte du bénéficiaire en quelques secondes, à toute heure. Bank Al-Maghrib et le GSIMT l'ont ouvert le 1er juin 2023, sur l'infrastructure de ce dernier. L'exécution intervient en moins de 20 secondes. Le service fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il était plafonné à 20 000 dirhams pendant une période transitoire, et gratuit trois mois pour les particuliers au lancement (Bank Al-Maghrib / GSIMT, communiqué du 1er juin 2023). Les autres instruments continuent d'être compensés en différé dans le SIMT.

La disponibilité des infrastructures dépassait 99,8 % en 2024 selon les systèmes (Bank Al-Maghrib). Les limites du virement instantané tiennent donc à ses conditions d'emploi plutôt qu'à sa fiabilité technique. Un rail plafonné à 20 000 dirhams, et dépourvu de schéma d'acceptation marchand normalisé, ne se substitue pas encore à l'espèce au point de vente. Le chèque et l'effet de commerce restent des instruments courants des échanges interentreprises marocains. Le SIMT en assure la compensation.

Le CMI : de l'acquéreur unique au processeur national

Le Centre monétique interbancaire (CMI) est la structure par laquelle les banques marocaines ont mutualisé le traitement des opérations par carte. Neuf d'entre elles l'ont constitué en 2001, pour une mise en production en 2004. Sa mission d'origine réunissait deux fonctions que la plupart des marchés confient à des acteurs distincts, l'interopérabilité des retraits et des paiements d'une part, l'acquisition commerciale des commerçants d'autre part. L'acquisition commerciale recouvre la signature du contrat d'affiliation, la fixation de la commission et le règlement des fonds encaissés au commerçant. Pendant vingt ans, un commerçant marocain qui souhaitait accepter la carte ne disposait que d'un contrat possible. Ce contrat était celui du CMI.

2001
Constitution du CMI
Neuf banques marocaines créent le centre monétique interbancaire ; mise en production effective en 2004.
24 décembre 2014
Loi bancaire n° 103-12
Le dahir n° 1-14-193 promulgue la loi relative aux établissements de crédit et organismes assimilés. Elle institue l'établissement de paiement, catégorie non bancaire habilitée à tenir des comptes de paiement.
2016
Le switching passe à HPS
Le CMI cède ses activités de switching et de compensation à HPS (Hightech Payment Systems) pour 120 millions de dirhams. Il absorbe la même année Maroc Telecommerce, passerelle e-commerce historique (CMI).
Janvier 2018
Premiers établissements de paiement agréés
Bank Al-Maghrib agrée Wafacash, Maroc Traitement de Transaction (M2T), Cash Plus et NAPS.
20 septembre 2024
Décision réglementaire n° 244/W/2024
Bank Al-Maghrib plafonne l'interchange monétique domestique à 0,65 % de la valeur de la transaction, applicable au 1er octobre 2024.
31 octobre 2024
Décision n° 152/D/2024 du Conseil de la concurrence
Saisi par NAPS SA, le Conseil rend obligatoires les engagements du CMI et de ses banques actionnaires : sortie de l'acquisition commerciale et ouverture du marché.
1er novembre 2024
Interdiction de démarchage
Le CMI ne peut plus démarcher de nouveaux commerçants.
1er mai 2025
Ouverture effective de l'acquisition
Établissements de paiement et filiales bancaires dédiées commercialisent leur offre. Le CMI lance sa plateforme multi-acquéreurs : sept établissements opérationnels, quatre en préparation (CMI).
31 janvier 2026
Cession des contrats privés
Date limite de transfert du portefeuille de contrats commerçants privés du CMI vers les nouveaux acquéreurs.
30 avril 2026
Cession des contrats publics
Même opération pour les contrats du secteur public.
6 juillet 2026
Décision réglementaire n° 265/W/2026
Bank Al-Maghrib abaisse le plafond d'interchange à 0,50 %, avec un plafond spécifique de 0,15 % pour les paiements aux administrations et le commerce de proximité, applicable au 1er octobre 2026.

L'ouverture du marché de l'acquisition trouve son origine dans une saisine contentieuse. NAPS SA en a pris l'initiative. Elle a porté devant le Conseil de la concurrence les pratiques du CMI sur les terminaux et le paiement en ligne. Le Conseil a rendu obligatoires des engagements structurels, comportementaux et tarifaires. Les banques actionnaires doivent garantir l'indépendance juridique et économique de leurs filiales d'acquisition, et un programme de conformité au droit de la concurrence leur est également imposé. Une commission mixte associant le Conseil et Bank Al-Maghrib suit l'exécution, sur rapports semestriels, pendant deux ans.

⚠️
Un commerçant marocain a changé de contrepartie sans changer de terminal
La cession des portefeuilles a transféré le contrat d'affiliation de chaque commerçant à un nouvel acquéreur. L'échéance tombait le 31 janvier 2026 pour les contrats privés et le 30 avril 2026 pour les contrats publics. Le traitement technique de la transaction peut rester assuré par le CMI, alors que la relation commerciale, la tarification et le reporting relèvent désormais de l'acquéreur repreneur. L'examen d'un dossier marocain porte donc sur deux points devenus distincts, l'identification de qui porte aujourd'hui le contrat, puis la grille tarifaire appliquée depuis le transfert. Ces deux informations viennent d'acteurs différents.
  • Ce qui reste au CMI : la plateforme technique nationale, en accès équitable, transparent et non discriminatoire pour tous les établissements agréés.
  • Ce qui quitte le CMI : le démarchage, le contrat d'affiliation, la tarification commerçant et le portefeuille historique de terminaux et de sites marchands.
  • Fatourati, la plateforme de recouvrement de factures opérée par le CMI, prolonge son rôle d'infrastructure : plus de 70 canaux d'encaissement et 32 institutions financières raccordées (CMI, 2025).
  • Le switching et la compensation ont quitté le CMI dès 2016 au profit de HPS. La séparation entre acquisition marchande et traitement interbancaire est donc antérieure de huit ans à l'ouverture du marché.

Encaisser au Maroc : ce qu'il faut réunir

L'exercice d'une activité de service de paiement au Maroc est subordonné à un agrément de Bank Al-Maghrib. Cet agrément relève de la loi n° 103-12. Aucun mécanisme de passeport n'ouvre le marché marocain aux titulaires d'une licence délivrée à l'étranger, de sorte que l'acquisition transfrontalière n'y a pas d'équivalent. Un marchand étranger qui souhaite encaisser localement constitue donc une entité marocaine, ouvre un compte bancaire en dirhams et signe un contrat d'affiliation avec un acquéreur agréé. Le règlement des fonds au commerçant intervient lui aussi en dirhams.

Type d'acteurBase de l'habilitationCe qu'il apporteCe qu'il faut vérifier
Filiale d'acquisition d'une banqueFiliale dédiée, indépendance juridique et économique exigée par la décision n° 152/D/2024Adossement bancaire, financement du parc de terminaux, relation compte courantL'indépendance réelle vis-à-vis de la maison mère et l'absence de conditionnement au compte bancaire
Établissement de paiement agrééAgrément Bank Al-Maghrib (loi n° 103-12)Agilité tarifaire, réseau physique dense, appétence pour le petit commerceLe périmètre exact de l'agrément et la solidité opérationnelle du traitement
CMIPlateforme technique nationaleTraitement, autorisation, compensation monétique, FatouratiIl ne démarche plus de commerçants depuis le 1er novembre 2024
Passerelle e-commerceContractuelle, adossée à un acquéreur agrééTunnel de paiement, 3-D Secure, gestion multi-devisesL'acquéreur réellement porteur du contrat derrière la passerelle
Qui peut acquérir un commerçant marocain depuis le 1er mai 2025

Le parc d'acceptation désigne l'ensemble des terminaux de paiement électronique installés chez les commerçants. Rapporté au tissu commercial marocain, il reste étroit. Il comptait 94 387 terminaux à fin 2024, en hausse de 13 %, dont environ 72 % actifs (Bank Al-Maghrib, supervision bancaire 2024). Un terminal est comptabilisé comme actif lorsqu'il enregistre des transactions au cours de la période observée. Un quart environ du parc installé n'entre pas dans ce décompte. La répartition sectorielle explique en partie ce phénomène. La grande distribution concentre 23 % du parc installé, devant la santé avec 14 %, l'habillement avec 13 %, le tourisme avec 11 % et la restauration avec 8 %. Le commerce de proximité, où se concentre l'essentiel des dépenses quotidiennes, demeure largement en dehors du parc.

ℹ️
Le terminal accepte déjà le portefeuille mobile
93 % du parc de terminaux acceptait les paiements par portefeuille mobile à fin 2024, contre 75 % un an plus tôt (Bank Al-Maghrib, supervision bancaire 2024). La capacité technique d'accepter ce moyen de paiement est donc présente sur la très grande majorité des terminaux installés. L'obstacle restant tient à l'usage. L'équipement d'un commerce relève de la relation entre l'acquéreur et le commerçant, alors que l'adoption d'une habitude de paiement relève de la relation entre l'émetteur et le porteur.
  • Identifier le porteur du contrat après la cession des portefeuilles, car le nom sur le terminal ne suffit plus à le déterminer.
  • Distinguer la commission d'acceptation de l'interchange : le plafond réglementaire ne porte que sur la seconde composante.
  • Cadrer la devise de règlement dès le contrat : encaisser au Maroc, c'est être crédité en dirhams, avec les conséquences de change traitées plus bas.
  • Vérifier l'authentification en ligne : l'authentification 3-D Secure a été généralisée sur le paiement e-commerce domestique par le CMI, Maroc Telecommerce et les banques.
  • Anticiper les cartes étrangères : elles échappent au plafond d'interchange domestique et coûtent sensiblement plus cher à accepter.

L'interchange plafonné, et ce qu'il ne couvre pas

L'interchange désigne la quote-part de la commission prélevée au commerçant qui revient aux banques et aux établissements de paiement émetteurs de la carte. Bank Al-Maghrib l'a plafonné pour la monétique domestique par la décision réglementaire n° 244/W/2024 du 20 septembre 2024. Le plafond s'établit à 0,65 % de la valeur de la transaction, applicable au 1er octobre 2024. Le périmètre du plafond est délimité. Il couvre les seuls paiements domestiques, c'est-à-dire ceux qui sont réglés par des cartes émises au Maroc.

La décision réglementaire n° 265/W/2026 du 6 juillet 2026 abaisse ce plafond à 0,50 % à compter du 1er octobre 2026. Elle introduit un plafond réduit de 0,15 % pour les paiements aux administrations et le commerce de proximité. Ce plafond réduit vise des segments à faible marge unitaire, comme la facture d'eau, la facture d'électricité et l'épicerie. Ces segments ne supportaient pas un prélèvement de 0,65 % sur chaque opération, et l'acceptation n'y progressait pas.

PériodePlafond généralPlafond réduitTexte
Avant le 1er octobre 2024Aucun plafond réglementaire––
Du 1er octobre 2024 au 30 septembre 20260,65 %–Décision n° 244/W/2024 du 20 septembre 2024
À compter du 1er octobre 20260,50 %0,15 % (administrations, commerce de proximité)Décision n° 265/W/2026 du 6 juillet 2026
Plafonds d'interchange monétique domestique au Maroc
⚠️
Deux erreurs de lecture qui coûtent cher
La première lecture erronée assimile le plafond réglementaire au coût d'acceptation. Le plafond ne borne que l'interchange. Les frais de réseau, la marge de l'acquéreur, la tarification de la passerelle et les services optionnels demeurent librement fixés, et la concurrence entre les nouveaux entrants porte désormais sur ces composantes non encadrées. La seconde lecture erronée transpose au Maroc le raisonnement européen de la répercussion, selon lequel le commerçant reporte la commission sur le prix payé par le client. Bank Al-Maghrib rappelle que les commissions sur paiement par carte ne peuvent être refacturées par les commerçants aux consommateurs (communiqué, 2024). La facturation d'une surcharge en caisse est donc exclue au Maroc.
38,3 M
opérations réalisées au Maroc avec des cartes étrangères en 2024 (+58 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
41,7 Md MAD
montant correspondant (+43 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
35,5 M
opérations réalisées à l'étranger avec des cartes marocaines (+52 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
17,4 Md MAD
montant correspondant (+37 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024

Les paiements effectués au Maroc avec des cartes émises à l'étranger constituent une recette en devises pour le pays et une charge pour l'hôtellerie, la restauration et le commerce touristique. Ces transactions sortent du plafond domestique. Celui-ci ne vise que les cartes émises au Maroc. Un établissement de Marrakech ou d'Agadir dont la clientèle est majoritairement étrangère ne bénéficie donc pas de la baisse d'octobre 2026 sur l'essentiel de son volume. Les marges de négociation qui lui restent portent sur la marge de l'acquéreur, sur les frais de réseau refacturés et sur les conditions de la conversion dynamique de devise. Ce dernier mécanisme permet au porteur étranger de régler dans la monnaie de sa carte.

Le paiement mobile : dix ans de cadre, un décollage qui se fait attendre

Le paiement mobile marocain repose sur le portefeuille électronique, compte de paiement accessible depuis un téléphone et alimenté en monnaie électronique. Le cadre juridique y a précédé l'offre. Cette séquence s'écarte de celle observée sur la plupart des marchés africains. La loi n° 103-12 crée en 2014 la catégorie d'établissement de paiement, entité non bancaire habilitée à tenir des comptes de paiement et à émettre de la monnaie électronique. Cette entité ne peut ni recevoir de dépôts à vue ni consentir de crédits. Les premiers agréments sont délivrés en janvier 2018, à Wafacash, Maroc Traitement de Transaction (M2T), Cash Plus et NAPS. Un switch mobile dédié a ensuite rendu les portefeuilles interopérables entre eux.

13,7 M
portefeuilles mobiles en encours à fin 2024, contre 10,4 M à fin 2023 (+32 %)
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
19,7 M
transactions m-wallet en 2024, contre 9,7 M en 2023
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
3,9 Md MAD
montant total de ces transactions, environ le double de 2023
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
21
offres de portefeuille sur le marché, dont 12 portées par des établissements de paiement
Bank Al-Maghrib, exercice 2024
⚠️
Le rapport que les communiqués ne calculent pas
Bank Al-Maghrib publie pour 2024 19,7 millions de transactions pour 13,7 millions de portefeuilles. Le rapport des deux donne environ 1,4 transaction par portefeuille et par an. Le montant moyen s'établit autour de 198 dirhams. Ce niveau d'activité correspond à des comptes ouverts et mouvementés une à deux fois dans l'année, le plus souvent par une alimentation suivie d'un retrait. La croissance de 32 % des encours mesure donc l'ouverture de comptes, et non l'installation d'un usage régulier du portefeuille comme instrument de paiement.
IndicateurÉtablissements de paiementOffres bancaires
Part des transactions en nombre93 %7 %
Part des transactions en valeur86 %14 %
Nombre d'offres de portefeuille129
Usage dominantPaiement de factures : 65 % des transactionsNon publié séparément
Qui porte le paiement mobile marocain, et pour quoi faire (2024)

Deux facteurs expliquent la progression de 2024. Le versement des aides sociales directement sur des comptes de paiement a ouvert des portefeuilles et créé un premier usage pour leurs titulaires. L'acceptation a cessé de constituer un obstacle, puisque 93 % du parc de terminaux accepte le portefeuille mobile. La limite qui subsiste tient au comportement des porteurs. Lorsqu'une prestation sociale créditée sur un portefeuille est retirée intégralement en espèces dès le lendemain, le portefeuille sert de canal de distribution du versement, sans se substituer aux espèces au moment de payer.

Le niveau d'activité des portefeuilles détermine la place qu'ils occupent dans un parcours de paiement marchand. Un parcours adossé au seul portefeuille mobile ne couvre pas, au Maroc en 2026, une base d'utilisateurs actifs suffisante. Le portefeuille tient donc une place complémentaire, sur la facture récurrente, le transfert de fonds et l'encaissement de proximité, aux côtés de la carte et du contre-remboursement plutôt qu'à leur place.

E-commerce : le contre-remboursement tient encore le marché

Le contre-remboursement désigne le règlement d'une commande en ligne au moment de la remise du colis. Il s'effectue en espèces, auprès du livreur. Ce mode de règlement reste le plus répandu chez les acheteurs en ligne marocains, alors que le paiement en ligne par carte progresse. Ce dernier a représenté 38,5 millions d'opérations pour 11 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 20 % en nombre et de 11 % en valeur (Bank Al-Maghrib, exercice 2024). L'enquête sur les technologies de l'information de l'ANRT pour 2024-2025 relève que 83,8 % des acheteurs en ligne marocains déclarent recourir au paiement comptant à la livraison.

ℹ️
Ce que mesure exactement ce 83,8 %
L'enquête de l'ANRT porte sur des acheteurs déclarants. Elle mesure la proportion de personnes qui disent recourir à ce mode de règlement. Elle ne mesure pas la part des transactions ainsi réglées, un même acheteur pouvant employer les deux moyens selon le panier ou le vendeur. Les estimations sectorielles disponibles situent la part réelle du contre-remboursement dans une fourchette large, variable selon les catégories de produits. Une prévision d'activité fondée sur une part de carte précise se vérifie donc sur le flux propre du marchand, parce que les moyennes de marché ne renseignent pas sur la composition d'un catalogue donné.
CritèreContre-remboursementPaiement par carte en ligne
EncaissementÀ la remise du colis, en espèces, par le livreurÀ l'autorisation, avant expédition
Délai de trésorerieReversement par le transporteur, après collecte et rapprochementRèglement de l'acquéreur en dirhams, selon contrat
Échec de la venteRefus au seuil de la porte : le colis revient, le transport est payé deux foisRefus d'autorisation, connu avant toute logistique
Coût visibleFrais de collecte du transporteur, manipulation d'espèces, retoursCommission d'acceptation encadrée sur l'interchange domestique
ContestationLitige commercial de droit communChargeback selon les règles du réseau
RéconciliationTrois sources à croiser : commande, bordereau transporteur, versement d'espècesDeux sources : remise et virement acquéreur
Contre-remboursement et carte, du point de vue du marchand

Le coût du contre-remboursement ne prend pas la forme d'une commission d'acceptation. Il se répartit sur la chaîne de livraison et sur la trésorerie du marchand. Le taux de refus au moment de la remise et l'immobilisation du stock pendant la tournée de livraison y contribuent. Le double transport des colis refusés et le délai de reversement des espèces collectées s'y ajoutent. La nature du risque de fraude diffère elle aussi. Le risque de fraude au paiement disparaît, et le risque de commande non honorée le remplace. Le passage à la carte substitue donc une charge à une autre, avec la différence que la commission d'acceptation se mesure et se négocie.

  • Rendre la carte plus sûre que la porte : l'authentification 3-D Secure généralisée sur le paiement en ligne domestique retire l'argument de l'insécurité perçue.
  • Traiter la clientèle étrangère à part : le CMI a lancé avec Global Blue un service de paiement multidevises sur les sites marchands marocains, avec règlement en euro, dollar américain, livre sterling, yen, dollar canadien et franc suisse.
  • Élargir l'acceptation des réseaux : l'acceptation des cartes JCB a été étendue aux établissements de paiement en novembre 2025 (CMI), ce qui compte pour les flux touristiques asiatiques.
  • Ne pas confondre encaissement et rapatriement : encaisser en devise sur un site marocain ne dispense d'aucune obligation vis-à-vis de l'Office des changes.

L'Office des changes : la contrainte qui décide du modèle

Le dirham n'est pas librement convertible. Les transferts de fonds entre le Maroc et l'étranger sont donc subordonnés à une dotation ou à une autorisation réglementaire. Cette contrainte s'applique à toute activité de paiement transfrontalière touchant le Maroc. L'Office des changes fixe les règles applicables aux opérations de change dans l'Instruction générale des opérations de change. La version IGOC 2026 est entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Le texte est structuré par nature d'opération et par profil d'utilisateur, chaque combinaison ayant sa propre dotation ou sa propre procédure d'autorisation.

BénéficiairePlafond annuelSupport
Personne physique résidente, y compris Marocain résidant à l'étranger20 000 MADCarte de paiement internationale adossée au compte en dirhams
Jeune entreprise innovante labellisée par l'Agence de développement du digital2 000 000 MADCarte de paiement internationale
Opérateur économique catégorisé1 000 000 MADCarte de paiement internationale
Entité marocaine sans compte en devises ni en dirhams convertibles200 000 MADCarte de paiement internationale
Société nouvellement créée ou exonérée50 000 MADCarte de paiement internationale
Titulaire d'un compte en devises ou en dirhams convertiblesDans la limite des disponibilités du compteCompte convertible
Dotations annuelles de commerce électronique international (IGOC 2026, article 121)
⚠️
Ce que la dotation e-commerce implique pour un marchand étranger
Un résident marocain qui achète sur un site étranger impute le montant sur sa dotation de 20 000 dirhams par an. L'IGOC 2026 a porté cette dotation à ce niveau, contre 15 000 dirhams auparavant. Une fois la dotation épuisée, l'opération est refusée au titre du contrôle des changes, indépendamment du solde disponible sur le compte. Un marchand établi hors du Maroc peut donc observer une concentration de refus sur sa clientèle marocaine en fin d'année civile. Ces refus traduisent l'atteinte d'un plafond réglementaire. Ils se distinguent d'un incident de fraude ou d'authentification.

Les autres opérations de change relèvent de régimes distincts. Pour les entreprises, l'obligation principale est le rapatriement des recettes d'exportation, dans un délai de 150 jours pour les marchandises et de 90 jours pour les services (Office des changes). L'IGOC 2026 assouplit la contrepartie accordée aux exportateurs de services, qui peuvent alimenter leur compte en devises ou en dirhams convertibles à hauteur des fonds rapatriés, dans la limite de 15 % du montant total du contrat. La dotation de base pour voyages personnels atteint 100 000 dirhams. Un supplément égal à 30 % de l'impôt sur le revenu acquitté s'y ajoute, sous un plafond global de 500 000 dirhams par année civile.

Le régime de change proprement dit repose sur un cours central du dirham, calculé sur un panier composé à 60 % d'euro et 40 % de dollar américain. La bande de fluctuation a été élargie de ±2,5 % à ±5 % le 9 mars 2020 (ministère de l'Économie et des Finances, sur avis de Bank Al-Maghrib), au titre de la deuxième phase d'une réforme entamée en janvier 2018. Un acquéreur règle donc le commerçant en dirhams. Il ne peut pas s'engager sur un règlement en devise étrangère. Le traitement de la devise intervient en amont de l'encaissement, par un compte en devises ou en dirhams convertibles lorsque le bénéficiaire y a droit.

Bank Al-Maghrib : agréments, surveillance et chantiers ouverts

Bank Al-Maghrib est l'institut d'émission du Royaume du Maroc. Elle exerce trois fonctions que d'autres juridictions répartissent entre plusieurs autorités, celles de banque centrale, de superviseur bancaire au titre de la loi n° 103-12 et de surveillant des systèmes et moyens de paiement. À ce titre, elle délivre les agréments, conduit les contrôles et fixe par décision réglementaire des paramètres économiques comme le plafond d'interchange. Le pays comptait dix-huit établissements de paiement agréés à fin 2024 (Bank Al-Maghrib).

  • Ce qu'un établissement de paiement peut faire : tenir des comptes de paiement, exécuter des opérations de paiement, émettre de la monnaie électronique, opérer des transferts de fonds, et depuis mai 2025 acquérir des commerçants.
  • Ce qu'il ne peut pas faire : recevoir des dépôts à vue du public, consentir des crédits, exercer des services d'investissement.
  • Ce qui reste bancaire : l'émission de carte adossée à un compte de dépôt, le crédit et la tenue de compte au sens de la loi bancaire.
  • Ce que la supervision impose ensuite : reportings prudentiels, cantonnement des fonds de la clientèle, contrôles thématiques sur place, et mise en conformité des fiches clients demandée aux établissements de paiement à échéance du 31 décembre 2025.

L'articulation avec le Conseil de la concurrence constitue la nouveauté institutionnelle de la période. Les deux autorités ont publié un communiqué conjoint et mis en place une commission mixte de surveillance de l'ouverture du marché monétique. Chacune intervient sur un terrain distinct. Le régulateur sectoriel fixe le prix plafond de l'interchange, et l'autorité de concurrence défait la position acquise dans l'acquisition commerciale. Elles suivent ensemble l'exécution des engagements.

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e-dirham : deux phases d'expérimentation, pas de calendrier de lancement
Le e-dirham est le projet de monnaie numérique de banque centrale conduit par Bank Al-Maghrib. L'institution a annoncé en juillet 2025, lors du séminaire annuel de l'Association des banques centrales africaines, l'achèvement d'une première phase d'expérimentation portant sur les paiements entre particuliers. Une seconde phase, appuyée techniquement par la Banque mondiale, teste les transferts transfrontaliers avec la Banque centrale d'Égypte. Le gouverneur Abdellatif Jouahri situe explicitement le projet à moyen et long terme. Aucune date de mise en circulation n'est annoncée.

Le traitement réglementaire des crypto-actifs suit une trajectoire comparable, de l'interdiction vers l'encadrement. Un communiqué conjoint du ministère des Finances et de Bank Al-Maghrib du 21 novembre 2017 avait déclaré les transactions en cryptomonnaies illégales. Un avant-projet de loi n° 42-25 relatif aux actifs cryptographiques, daté du 5 août 2025, a été élaboré par le ministère de l'Économie et des Finances avec Bank Al-Maghrib et l'AMMC. Il répartit la supervision entre ces deux autorités. Bank Al-Maghrib est compétente sur la monnaie et les stablecoins, l'AMMC sur les marchés et les prestataires de services.

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Ce qu'un professionnel doit retenir avant d'opérer au Maroc
L'évolution en cours porte sur la structure du marché plutôt que sur la place respective des instruments de paiement. L'acquisition s'ouvre à de nouveaux entrants, l'interchange baisse à 0,50 % au 1er octobre 2026, et ces entrants se disputent un parc de 94 387 terminaux dont un quart reste sans activité. Le paiement en espèces conserve sa position, avec 403 milliards de dirhams retirés contre 63 milliards payés par carte en 2024. Trois vérifications précèdent en pratique tout engagement sur ce marché. La première porte sur l'identité de l'acquéreur qui porte le contrat depuis la cession des portefeuilles. La deuxième concerne la part du volume réglée par des cartes étrangères, exclue du plafond domestique. La troisième examine ce que la réglementation de l'Office des changes autorise à transférer hors du pays.