Deux marchés que tout oppose
Le Japon et la Corée du Sud forment deux marchés de paiement séparés, sans monnaie commune, sans régulateur commun et sans infrastructure partagée. Ce sont les deux économies les plus avancées d'Asie de l'Est, et les deux marchés de paiement les plus opposés du continent, leurs systèmes d'encaissement s'étant construits selon des logiques inverses. La Corée a industrialisé la carte de crédit au point d'en faire une obligation légale d'acceptation et un instrument de politique fiscale. Le Japon a passé trente ans avec un taux de paiement scriptural faible pour un pays de ce niveau de richesse. Il n'a basculé qu'à partir de 2018, sous l'effet d'une subvention publique et d'une guerre de cashback privée. Les deux marchés se rejoignent sur un point qui commande l'entrée d'un acteur étranger. Les rails domestiques y sont fermés, anciens, et rien ne permet de les contourner. L'encaissement local n'y est accessible par aucun contrat d'acquisition international pris isolément.
| Japon | Corée du Sud | |
|---|---|---|
| Banque centrale / régulateur | Banque du Japon (BoJ) ; FSA pour l'agrément, METI pour la politique cashless et le 割賦販売法 | Banque de Corée (BOK) ; FSC pour la réglementation, FSS pour le contrôle |
| Rail de virement de détail | Zengin System (Zengin-Net, 1973), 24/7 depuis 2018 | KFTC, 전자금융공동망 / 타행환 (1989), quasi instantané depuis l'origine |
| RTGS | BOJ-NET (1988), Banque du Japon | BOK-Wire+ (1994), Banque de Corée |
| Scheme carte domestique | JCB (1961), scheme international d'origine japonaise ; J-Debit résiduel | BC Card (1982) + neuf sociétés de cartes émettrices ; pas de scheme international domestique |
| Commutation carte | CAFIS (NTT Data, 1984) et CARDNET (1995), deux switches concurrents | Couche VAN privée (Nice, KIS, KICC, Smartro) entre terminal et émetteur |
| Commission commerçant | Libre, avec un interchange publié et élevé (jusqu'à 2,88 % en catégorie générale, Visa) | Plafonnée par la loi (여신전문금융업법), révisée périodiquement par la FSC |
| Refus du paiement carte | Possible : nombre d'établissements restent en espèces uniquement | Interdit : le commerçant affilié ne peut refuser la carte ni imposer un montant minimum |
| Sans contact dominant | FeliCa (NFC-F), avec Suica, iD et QUICPay, coexistant avec EMV contactless | EMV contactless, après une longue domination du MST de Samsung Pay et de la piste magnétique |
| Portefeuille de référence | PayPay (SoftBank / LY Corporation) | Kakao Pay, Naver Pay, Toss, Samsung Pay |
Les deux marchés diffèrent par la nature du coût que représente leur ouverture. Au Japon, la carte est le moyen de paiement dominant mais l'acceptation est fragmentée entre deux switches, deux rails NFC propriétaires, une dizaine de monnaies électroniques et quatre portefeuilles QR. Le coût d'intégration y est donc un coût de couverture. En Corée, l'acceptation est unifiée mais la couche d'intermédiation est obligatoire, avec un VAN en proximité, un PG en ligne et une réglementation qui fixe le prix. Le coût d'intégration coréen est un coût de conformité et de contractualisation locale.
Le Japon interbancaire : Zengin, BOJ-NET et le reste
Le Zengin System (全銀システム) assure la compensation des virements de détail au Japon. Mis en service en 1973, il créditait le bénéficiaire en quasi temps réel quarante ans avant la diffusion de l'expression instant payment. Il est exploité par le Japanese Banks' Payment Clearing Network, Zengin-Net (全国銀行資金決済ネットワーク), agréé au titre du Payment Services Act depuis septembre 2010. Le système traite environ 6,5 millions d'opérations par jour pour près de 12 000 Md JPY (Zengin-Net, page officielle « Clearing of Funds », consultée en 2026). Deux évolutions l'ont ensuite étendu, l'une dans le temps, l'autre dans la liste de ses adhérents. Le Zengin More Time System, ouvert en 2018, l'a rendu disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L'ouverture progressive aux établissements de paiement non bancaires (資金移動業者) est engagée à partir de 2022, et la première adhésion effective a été approuvée par communiqué du 17 octobre 2024.
| Système | Nom officiel | Exploitant | Depuis | Rôle |
|---|---|---|---|---|
| Zengin System | 全銀システム | Zengin-Net (全国銀行資金決済ネットワーク) | 1973 | Virement de détail quasi temps réel, 24/7 depuis 2018, avec ~6,5 M opérations et ~12 000 Md JPY par jour |
| BOJ-NET | 日銀ネット (BOJ-NET Funds Transfer System) | Banque du Japon | 1988 | RTGS du yen, actif de règlement final de tous les autres systèmes ; refonte « Next-Generation RTGS » 2008-2011 |
| FXYCS | 外国為替円決済制度 | Tokyo Bankers Association, opéré sur BOJ-NET | 1980 | Jambe yen des opérations de change et paiements transfrontaliers, avec ~17 000 Md JPY par jour ouvré en 2018 (Banque du Japon) |
| Cotra | ことら送金 | Cotra Inc. (株式会社ことら) | 2022 | P2P interbancaire ≤ 100 000 JPY, gratuit, adressage par téléphone ou e-mail, sur une ligne dédiée petits montants du Zengin System |
| Densai Net | でんさいネット (全銀電子債権ネットワーク) | Zengin Electronic Monetary Claims Network Co., Ltd. (JBA) | 2013 | Créances électroniques 電子記録債権 en remplacement des effets papier, avec 50 090 Md JPY de demandes et 569 854 entreprises enregistrées (densai.net, 2025) |
| 電子交換所 | Electronic Clearing House | Japanese Bankers Association | 2022 | Compensation nationale des effets et chèques par image, arrêt annoncé pour avril 2027 (Nikkei, 2025) |
| 統合ATMスイッチング | 統合ATMスイッチングサービス | NTT Data | 2004 | Interconnexion des réseaux de distributeurs des fédérations bancaires ; porte aussi la vérification du compte bénéficiaire avant virement depuis 2005 |
Trois chantiers documentés par des communiqués de Zengin-Net engagent les années à venir. Le premier est l'annonce du calendrier de mise en service du système de nouvelle génération (« 次期全銀システムの稼動予定時期について », 17 octobre 2024). Le deuxième est la mise en production d'une passerelle d'API (« APIゲートウェイの稼動について », 25 novembre 2025). Le troisième est la fermeture programmée du 電子交換所 en avril 2027, terme de la disparition complète des effets et chèques papier au Japon. Cette dernière échéance clôt un mouvement dont l'étape précédente est déjà franchie. Les 179 chambres de compensation locales (手形交換所), en service depuis 1879, ont cessé leurs opérations le 2 novembre 2022, et la compensation a basculé sur le 電子交換所 le 4 novembre 2022. Le 電子交換所 fermant à son tour, les entreprises dont les règlements B2B reposent encore sur des effets papier disposent d'une date limite ferme pour leur migration.
Le format Zengin : 120 octets, du katakana, et pas de nom en clair
Le format Zengin (全銀フォーマット) régit l'échange de fichiers de virements et de prélèvements entre une entreprise et sa banque au Japon. Il repose sur des enregistrements de longueur fixe de 120 octets, hérités de l'époque des bandes magnétiques, et ne comporte aucune version XML native. Quatre types d'enregistrements le structurent, identifiés par leur premier caractère : 1 en-tête (ヘッダーレコード), 2 données (データレコード), 8 totalisation (トレーラーレコード), 9 fin de fichier (エンドレコード). Un dispositif distinct porte les informations de rapprochement. ZEDI (全銀EDIシステム), mis en service en décembre 2018, attache au virement une charge utile XML qui transporte notamment le numéro de facture et la référence de commande.
Enregistrement HEADER (120 octets)
1 code enregistrement "1"
21 code de type d'operation ex. virement de masse (総合振込)
0 code de support 0 = transmission en ligne
...... code donneur d'ordre numero attribue par la banque
...... nom du donneur d'ordre KATAKANA DEMI-CHASSE (半角カナ), 40 car.
MMJJ date d'execution demandee
.... code banque (4) + code agence (3) du compte a debiter
. type de compte 1 = ordinaire (普通), 2 = courant (当座)
....... numero de compte 7 chiffres, cadre a droite, zeros a gauche
Enregistrement DATA (120 octets), un par beneficiaire
2 code enregistrement "2"
.... code banque beneficiaire 4 chiffres
...... nom de banque en katakana 15 car. demi-chasse
... code agence beneficiaire 3 chiffres
...... nom d'agence en katakana 15 car. demi-chasse
. type de compte 1 = 普通, 2 = 当座
....... numero de compte beneficiaire 7 chiffres
...... NOM DU BENEFICIAIRE 30 car. KATAKANA DEMI-CHASSE uniquement
...... montant 10 chiffres, YEN ENTIER, pas de decimale
...... code client / reference libre
Enregistrement TRAILER "8" : nombre total d'enregistrements + montant total
Enregistrement END "9" : fin de fichierDeux mécanismes complètent le dispositif et n'ont pas d'équivalent direct ailleurs. Le premier est la vérification du nom du bénéficiaire avant virement, portée depuis 2005 par le 統合ATMスイッチングサービス de NTT Data, puis étendue en 2014 à un traitement par lots destiné aux fichiers de paie. Le contrôle compare le nom saisi par le donneur d'ordre à celui que la banque du bénéficiaire détient pour le compte visé, et le Japon l'applique depuis vingt ans. Le second est le 口座振替 (prélèvement par débit de compte), rail des factures récurrentes que sont les loyers, l'énergie, les abonnements et les cartes de crédit. Il repose sur un mandat contractualisé avec la banque du débiteur, alors que le prélèvement européen repose sur un mandat détenu par le créancier.
La carte au Japon : JCB, deux switches et un interchange qui surprend
JCB (Japan Credit Bureau), fondé en 1961, est le seul scheme carte international né en Asie de l'Est en dehors d'UnionPay. JCB Co., Ltd. revendique plus de 175 millions de porteurs et environ 71 millions de commerçants dans 195 pays et territoires (JCB, communications 2025). Son acceptation hors d'Asie repose largement sur l'alliance de réciprocité avec Discover Global Network, qui a fêté ses vingt ans en 2025. Une carte JCB présentée aux États-Unis y est en pratique acceptée sur le réseau Discover, et une carte Discover présentée au Japon l'est sur le réseau JCB. Le scheme porte aussi QUICPay, l'un des deux rails sans contact propriétaires du pays.
Une particularité d'organisation distingue le marché japonais, dans lequel la commutation carte n'a jamais été aux mains des banques. CAFIS (Credit And Finance Information System), exploité par NTT Data depuis 1984, est le réseau d'autorisation historique et dominant. Toute intégration carte au Japon le croise, les demandes d'autorisation transitant par lui entre l'accepteur et l'émetteur. Son concurrent, CARDNET (日本カードネットワーク), a été constitué le 16 mars 1995, et non dans les années 1980, contrairement à ce qu'indiquent de nombreuses sources. Cette société commune du secteur déclare au 30 juin 2025 un actionnariat qui réunit JCB, NTT Data, Mitsubishi UFJ Nicos, TIS et Sumitomo Mitsui Card. S'y ajoutent AEON Financial Service, Orient Corporation, Credit Saison, Sumitomo Mitsui Trust Club, Jaccs, UCS, Life Card et deux fédérations de commerçants. Le capital est de 480 M JPY, pour 380 salariés au 31 mars 2025. NTT Data, qui exploite CAFIS, figure donc au capital de son propre concurrent.
| Catégorie | Taux publié | Lecture |
|---|---|---|
| General / Other | 2,28 % à 2,88 % | Catégorie par défaut, selon le produit (Classic, Gold, Platinum/Commercial/Rewards, Infinite) |
| Non qualifié | 2,68 % à 3,28 % | S'applique quand la transaction ne remplit pas les critères de qualification, et pénalise directement une intégration mal paramétrée |
| Airlines | 1,10 % à 1,70 % | Catégorie sectorielle négociée |
| Utility | 0,60 % à 0,90 % | Factures de services publics |
| B2B Platform Program | 0,50 % | Programme dédié aux plateformes B2B, tous produits |
Deux textes encadrent l'acceptation de la carte au Japon. Le 割賦販売法 (Installment Sales Act), révisé en 2018, impose aux commerçants affiliés des mesures de protection des données de carte, sous forme de non-conservation ou de conformité PCI DSS, ainsi que des mesures de prévention de l'usage frauduleux. Ce texte est à l'origine de la généralisation des terminaux à puce. La クレジットカード・セキュリティガイドライン de la 日本クレジット協会 (Japan Consumer Credit Association) fixe pour sa part le cadre opérationnel du secteur, et elle a porté l'obligation pour les commerçants en ligne de déployer EMV 3-D Secure, avec une échéance fixée à fin mars 2025. Depuis cette date, 3-D Secure conditionne l'acceptation de la carte dans le commerce en ligne japonais, et un marchand qui ne l'a pas déployé n'y encaisse pas.
Avec le J-Debit (日本デビットカードシステム), lancé en 1999 par la Japan Electronic Payment Promotion Organization (日本電子決済推進機構, JEPPO), le porteur paie en magasin directement avec sa carte de retrait bancaire. Le dispositif reste techniquement en service. Les cartes de débit de marque internationale et le QR l'ont supplanté. Ses volumes sont devenus marginaux alors que le système demeure opérationnel après vingt-cinq ans, et il continue de figurer dans les matrices d'acceptation des documentations d'intégration.
FeliCa, Suica et l'empire du prépayé
Le sans contact japonais repose sur FeliCa, technologie développée par Sony, normalisée sous JIS X 6319-4 et connue dans l'univers NFC sous le nom de NFC-F, ou type F. Ce type F est distinct des types A et B, sur lesquels fonctionnent les cartes EMV contactless. FeliCa transmet à 212 ou 424 kbit/s là où les types A et B plafonnent bien plus bas. Ce débit permet de tenir les temps de transaction exigés par les portiques du métro tokyoïte, contrainte fondatrice de tout l'écosystème. Un terminal japonais typique doit donc gérer trois familles radio, A, B et F, auxquelles s'ajoute le QR.
PayPay, JPQR, konbini et paiement différé
La compétition entre portefeuilles de paiement par code s'est déroulée au Japon entre 2018 et 2025, et cette guerre du code-barres japonaise s'est achevée sur la domination d'un acteur. PayPay a été lancé fin 2018 par PayPay Corporation (groupe SoftBank / LY Corporation), avec une campagne de cashback d'une agressivité sans équivalent. Il revendique 70 millions d'utilisateurs enregistrés au 15 juillet 2025, soit près de 55 % de la population japonaise, et les analyses sectorielles de 2025 lui attribuent environ deux tiers du marché du paiement par code. La consolidation s'est achevée à l'intérieur du groupe. LINE Pay Japon a fermé le 30 avril 2025. Ses soldes ont été transférés vers PayPay entre le 27 janvier et le 23 avril 2025, avec des plafonds de 20 000 JPY par jour et 100 000 JPY au total. Le reliquat a été remboursé au titre du 資金決済法.
| Portefeuille | Opérateur | Depuis | Ce qui le porte | Statut |
|---|---|---|---|---|
| PayPay | PayPay Corporation (SoftBank / LY Corporation) | 2018 | Cashback massif, puis effet de réseau ; a absorbé LINE Pay Japon | Production, incontournable |
| Rakuten Pay | Rakuten Payment, Inc. | 2016 | Écosystème Rakuten et les Rakuten Points, quasi-monnaie au Japon | Production |
| d払い | NTT Docomo | 2018 | d POINT et paiement sur facture opérateur | Production |
| au PAY | KDDI | 2019 | au PAY Card et la néobanque au Jibun Bank | Production |
| Merpay | Merpay, Inc. (groupe Mercari) | 2019 | Solde de vente sur la marketplace C2C Mercari ; différé メルペイスマート払い | Production |
| Bank Pay | JEPPO | 2020 | Débit direct du compte, adossé au socle J-Debit | Production, adoption faible |
| ゆうちょPay | 株式会社ゆうちょ銀行 (Japan Post Bank) | – | Compte Japan Post Bank | Arrêt annoncé pour décembre 2026, à retirer des matrices d'acceptation |
| LINE Pay (Japon) | LY Corporation | 2014 | – | Arrêté le 30 avril 2025 ; LINE Pay reste actif à Taïwan, entité distincte |
| Origami Pay | Origami Inc. (racheté par Mercari) | 2016 | – | Arrêté en 2020, pionnier éliminé par la guerre du cashback |
| 7pay | Seven Pay Co. (Seven & i) | 2019 | – | Ouvert le 1er juillet 2019, fermé le 30 septembre 2019 après compromission massive de comptes |
JPQR est la norme japonaise de code de paiement unifié, définie en 2019 par la Payments Japan Association (キャッシュレス推進協議会) sous impulsion du METI. Un seul code y remplace les dix codes qu'un commerçant afficherait autrement, un par prestataire accepté. Son extension internationale, JPQR Global, a été lancée le 5 juillet 2025 sur le site de l'Expo 2025 Osaka-Kansai. Elle interconnecte JPQR aux normes QR étrangères, d'abord KHQR (Cambodge), puis QRIS (Indonésie) à partir du 17 août 2025. Un touriste d'Asie du Sud-Est peut depuis lors payer au Japon avec son portefeuille domestique sans passer par une passerelle privée, ce qu'aucun dispositif n'autorisait avant JPQR Global.
Deux dispositifs complètent l'ensemble. Le paiement sur facture opérateur (キャリア決済) reste un moyen de paiement à part entière pour les contenus numériques, les jeux et les abonnements, alors qu'il a quasiment disparu en Europe. Il prend la forme de d払い/ドコモ払い chez NTT Docomo, de auかんたん決済 chez KDDI et de まとめて支払い chez SoftBank. Le régime du 資金決済法 (Payment Services Act) répartit ensuite les acteurs entre plusieurs statuts d'agrément. Les émetteurs de prépayé relèvent du 前払式支払手段, et les opérateurs de transfert du 資金移動業, lui-même réparti depuis 2021 en trois catégories. La deuxième, la plus courante, est plafonnée à 1 million de yens par opération. Un portefeuille japonais n'est donc pas un compte de paiement, et le plafond attaché à son statut détermine les cas d'usage qu'il peut couvrir.
La Corée interbancaire : KFTC, BOK-Wire+ et l'Open Banking
L'infrastructure de paiement coréenne repose sur deux piliers. Le premier est un RTGS de banque centrale, BOK-Wire+ (한은금융망), exploité par la Banque de Corée depuis 1994 en modèle hybride, avec un règlement brut complété de mécanismes de compensation destinés à économiser la liquidité. Le second est un seul opérateur mutualisé pour tout le reste, le Korea Financial Telecommunications & Clearings Institute (금융결제원, KFTC), organisme sans but lucratif détenu par ses banques membres. La KFTC exploite le virement interbancaire, le réseau d'automates partagé, le giro, les prélèvements de masse et l'Open Banking. Cette concentration distingue la Corée des marchés où plusieurs chambres de compensation et plusieurs switches concurrents coexistent.
| Système | Nom officiel | Depuis | Rôle |
|---|---|---|---|
| BOK-Wire+ | 한은금융망 | 1994 | RTGS hybride, actif de règlement final de tous les systèmes KFTC, exploité par la Banque de Corée |
| Virement interbancaire | 타행환 / 전자금융공동망 | 1989 | Rail de virement quasi instantané : le bénéficiaire est crédité immédiatement, les positions interbancaires étant compensées en multilatéral net puis réglées le lendemain sur BOK-Wire+ |
| Réseau ATM mutualisé | CD공동망 (Interbank Shared Network) | 1988 | Un porteur utilise n'importe quel automate du pays |
| Giro | 지로시스템 | 1977 | Paiement de factures et prélèvements de masse (services publics, impôts, primes) |
| CMS | 자금관리서비스망 | 1996 | Cash Management Service : prélèvements et virements de masse d'entreprise, mandat électronique, le rail des abonnements et cotisations récurrentes |
| Compensation des effets | 어음교환시스템 | 1910 | Chèques et effets, largement dématérialisés par troncature d'image ; subsiste pour les effets B2B papier |
| Open Banking | 오픈뱅킹 | 2019 | Guichet unique d'API : consultation de solde et initiation de virement sur les comptes de toutes les banques, ouvert dès l'origine aux fintechs |
L'agenda 2026-2027 de la Banque de Corée est exposé dans son rapport annuel sur les systèmes de paiement (지급결제보고서) de l'exercice 2025, qui recense quatre chantiers. L'élargissement des horaires d'exploitation de BOK-Wire+ est intervenu le 30 mars 2026. Vient ensuite le relèvement du taux de collatéralisation du règlement net de 90 % à 100 %. L'adoption d'ISO 20022 est prévue au deuxième trimestre 2026. La construction d'un système de règlement du won offshore (역외 원화결제시스템) est annoncée pour une mise en service en 2027. Ce dernier chantier est le plus lourd de conséquences pour un acteur étranger. Le won n'est pas une devise librement négociable en dehors du pays, et le système annoncé porte précisément sur cette contrainte.
Côté monnaie numérique, la Banque de Corée a mené en juin 2025 le premier pilote en transactions réelles du 프로젝트 한강. Il portait sur des jetons de dépôt émis par des banques commerciales, et non sur une monnaie numérique de banque centrale de détail au sens strict (Banque de Corée, 지급결제보고서 2025). Le Japon avance selon un calendrier délibérément plus lent. La Banque du Japon conduit depuis avril 2023 un Pilot Program de yen numérique (デジタル円) associant le secteur privé via un CBDC Forum, après deux phases de preuve de concept menées de 2021 à 2023. Elle conditionne explicitement toute émission à un cadre législatif et à un débat public. Aucune décision d'émission n'a été prise dans l'un ou l'autre pays.
La carte de crédit reine : VAN, PG et commissions administrées
La Corée est le marché le plus intensif au monde en usage de la carte, et cette intensité procède d'une politique publique. Après la crise asiatique, l'État a encouragé le paiement par carte pour élargir l'assiette fiscale, au moyen de deux dispositifs toujours en vigueur. Le premier est une déduction de l'assiette de l'impôt sur le revenu au titre des dépenses par carte. La carte de débit et le 현금영수증, le reçu en espèces, y bénéficient d'un traitement plus favorable que la carte de crédit. Le second est l'obligation faite au commerçant affilié, au titre du 여신전문금융업법 (Specialized Credit Finance Business Act), de ne pas refuser le paiement par carte. S'y ajoutent l'interdiction d'imposer un montant minimum et celle de répercuter la commission sur le porteur.
L'émission est concentrée entre neuf sociétés de cartes agréées (여신전문금융회사) : Shinhan, Samsung, KB Kookmin, Hyundai, Lotte, Hana, Woori, NH Nonghyup et BC. BC Card (비씨카드, 1982, groupe KT) occupe une position particulière, en tant que seul scheme et processeur carte domestique. Il émet et traite pour le compte d'une dizaine de banques dépourvues de filiale carte. Il est aussi le premier acquéreur du pays, avec une part de marché d'acquisition estimée à 42,6 % en 2023 (sources sectorielles, non recoupées sur rapport FSS). Sur le volume d'achat, Shinhan Card est donné à 24,8 % et Lotte Card à 14,3 % pour 18,7 millions de cartes en 2023 (mêmes réserves de source).
Kakao Pay, Naver Pay, Toss, et ce qu'il faut faire pour encaisser
Le paiement simplifié coréen (간편지급) désigne le règlement effectué à partir d'un moyen de paiement déjà enregistré dans une application, sans nouvelle saisie des données de carte. Il est passé du statut de commodité à celui de rail principal du commerce en ligne. Il représentait en 2025 un usage quotidien moyen de 1 105,3 Md KRW, en hausse de 14,6 % sur un an. Il couvrait aussi 51,9 % de tous les paiements carte effectués sans présentation de la carte physique (Banque de Corée, 20 et 30 mars 2026). Sa répartition entre catégories d'acteurs éclaire l'équilibre du marché. Les 전자금융업자, c'est-à-dire les fintechs, pèsent 54,9 % du montant, en progression de 4,4 points, contre 23,7 % aux établissements financiers et 21,5 % aux fabricants de téléphones. Au sein du paiement carte simplifié, la Banque de Corée mesure 72,5 % pour les fintechs contre 27,5 % pour les sociétés de cartes. L'interface avec le porteur relève donc majoritairement d'acteurs non bancaires.
| Service | Usage quotidien moyen | Évolution sur un an | Opérations par jour |
|---|---|---|---|
| Paiement simplifié (간편지급) | 1 105,3 Md KRW | +14,6 % | – |
| Passerelle de paiement (PG) | 1 554,2 Md KRW | +9,2 % | 33,64 M (−11,8 %) |
| Prépayé électronique (선불전자지급수단) | 1 305,1 Md KRW | +11,0 % | 36,54 M (+8,0 %) |
| Virement simplifié (간편송금) | 978,5 Md KRW | +7,3 % | 7,42 M (+2,9 %) |